Lebensborn, la fabrique des enfants parfaits : Enquête sur ces Français nés dans les maternités SS – Boris Thiolay


THIOLAY, Boris. Lebensborn, la fabrique des enfants parfaits : Enquête sur ces Français nés dans les maternités SS. Flammarion, 2012, 315 pages, 21 €.


Le contexte historique :

Le nazisme, c’est la volonté de supprimer tous les éléments qui ne participeraient pas, bon gré, mal gré, à la constitution d’un nouvel ordre mondial dominé par la « race supérieure » des aryens. Tout le monde connaît l’extermination des juifs, gitans, handicapés, opposants au régime, etc. En revanche, très peu de lumière faite sur la création de parfaits petits aryens dans les Lebensborn, « Fontaines de vie », mystérieuses maternités SS, qui vont fleurir un peu partout en Europe. D’autant plus que, lors des procès de Nuremberg, ces lieux ne seront pas condamnés par les Alliés, estimant qu’ils avaient uniquement pour vocation de recueillir les orphelins.

L’enquête de Boris Thiolay :

Boris Thiolay est journaliste reporter d’enquêtes à L’Express. Lorsqu’il va s’intéresser aux Lebensborn, il ne s’imagine peut-être pas ce qu’il va découvrir. Et pour cause, la plupart des archives ont été détruites quand il a été évident que les nazis perdraient la guerre. Travail méticuleux de fourmis, il va remonter les pistes des mairies, états civils, archives qui s’ouvrent enfin, pour découvrir notamment une fameuse « liste des 17 », comportant 17 noms et prénoms d’enfants nés dans les maternités SS de Wégimont et Lamorlaye, en Belgique et en France.
Son enquête, c’est un pan de l’histoire du nazisme mais aussi et ce sont des rencontres avec des individus perdus sur leurs origines, qui vont redécouvrir ou tout simplement enfin se confier à propos de ce qui les attendaient dès leur naissance.

Ce que j’ai apprécié :

– C’est tout d’abord le thème qui m’a intrigué. La seconde guerre mondiale, on en parle de long en large. Mais finalement, ce sont toujours les mêmes thématiques qui sont abordées. Alors quand un sujet encore tabou est abordé, je pense qu’il est vital de s’y intéresser, ne serait-ce que pour redonner de l’estime à ceux qui ont souffert. C’est donc tout à l’honneur de Boris Thiolay de revenir sur les Lebensborn et toute la cruauté qu’ils cachaient derrière un masque plutôt sympathique.

– J’ai apprécié rencontrer Erwin, Gisèle, Christiane, Walter, et les autres enfants du Lebensborn. Une grande diplomatie de la part de Boris Thiolay a permis de les mettre en confiance, mais aussi parfois de reprendre espoir d’un passé qu’ils pensaient perdu à jamais. Beaucoup d’humanité dans ces rencontres, pas de jugements envers ces mères qui avaient très souvent eu des relations avec des officiers SS. Et quelle émotion lorsque, grâce au journaliste, des fratries se retrouvent, comme c’est le cas pour Christiane et Iris.

– J’ai trouvé le travail de Boris Thiolay particulièrement complet car, avec des mots simples, il nous fait replonger dans ces lieux inconnus de tous. Des maternités certes, des pouponnières où les résidents étaient majoritairement bien nourris, mais surtout des lieux de propagande nazie dans toute sa splendeur et son horreur, même si cela restait plutôt caché. Ces Lebensborn étaient véritablement des paris sur l’avenir : quand les nazis gagneraient la guerre, ils auraient besoin de petits aryens pour prendre la relève. Ces enfants étaient là pour ça. Sans tendresse aucune, élevés en troupeau (les libérateurs ont eu affaire à des enfants presque sauvage, s’exprimant par onomatopées), ces bébés étaient souvent le fruit des amours entre des femmes françaises ou belges et des militaires SS. Mais ce n’est pas le plus souvent de plein gré que les mères abandonnent leur progéniture ; en réalité, les enfants leur étaient parfois arrachés des bras. Pour d’autres, c’était le fruit du péché ultime.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

Le seul point qui m’a ennuyé par moment, ce sont les répétitions qu’il peut y avoir dans le récit. Cela permet d’ancrer les noms dans l’esprit du lecteur, mais c’était parfois trop j’ai trouvé.

En bref ?

Une lecture très intéressante et qui m’a ouvert les yeux sur une pratique nazie dont j’ignorais tout.

Cadre de lecture : Une lecture effectuée sur ma liseuse Kindle. Sortie le 27 août prochain au format poche chez J’ai Lu.

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