Nous – David Nicholls


NICHOLLS, David. Nous. Belfond, 2015, 477 pages, 22 €.
Traduit de l’anglais par Valérie Bourgeois.


L’histoire :

Douglas et Connie ont la cinquantaine, un fils de dix-sept ans et un voyage d’un mois en Europe prévu avant qu’Albie ne parte pour l’université.
Ce voyage sera l’occasion d’un nouveau départ pour chacun des membres de cette famille. Mais aussi un moyen de réfléchir sur le passé et ce qu’ils sont devenus.

Ce que j’ai apprécié :

– Ce drame contemporain pourrait être l’histoire de beaucoup de couples qui, arrivés au moment charnière où les enfants quittent le nid, se retrouvent face à la peur de ne rester qu’à deux, comme avant mais en plus vieux, sans perspectives d’avenir. Connie, lorsqu’elle s’en rend compte, avoue à celui qui est son mari depuis plus vingt ans, qu’elle ne pense pas arriver à vivre ainsi, qu’elle le quittera certainement, le moment venu.
Douglas tombe de très haut, lui qui voue une adoration sans failles à sa femme bien-aimée. C’est alors l’occasion pour lui de revenir sur tous les évènements marquants de leur passé.
J’aime trouvé ce système narratif très intéressant car on alterne le temps présent du voyage en Europe entre deux parents et leur adolescent de fils, avec le passé de Connie et Douglas, leurs joies et leurs peines. Ce passé qui explique parfaitement la situation complexe dans laquelle chaque membre de cette famille se trouve aujourd’hui.

– Ce roman, c’est aussi l’histoire des relations familiales et de la difficulté de chacun a trouvé la place qui lui revient. La mère qui souhaite laissé son enfant vivre ses rêves, très fusionnelle ; le père qui souhaite procéder à une éducation comme celle qu’on prône dans les livres, très cadrée, sans folie ; et enfin le fils adolescent qui souhaite s’émanciper et qui n’arrive évidemment pas à dire à ce père maudit qu’il l’aime.
D’ailleurs, cette histoire pourrait avoir la teneur d’un voyage initiatique.

– Là où David Nicholls excelle, c’est sans aucun doute la création de personnages très ancrés dans la réalité. Ils pourraient être (et sont certainement) ce que nous sommes, avons été ou deviendrons un jour.
Albie : A dix-sept ans, il a des rêves pleins la tête mais l’important c’est qu’ils soient différents de ce que son père espère pour lui. Il aime cette mère qui lui voue un culte et qui m’a très clairement semblé vivre les ambitions artistiques de son fils par procuration. Tu réussiras là où j’ai raté, en quelque sorte. Niveau caractère, il est somme toute assez dans les normes de l’adolescent en rupture avec son milieu familial, avec des envies d’émancipation qui passe par la rébellion.
Connie : Le personnage qui m’a clairement été le plus antipathique. Pour moi, cette femme est une castratrice. Pleine de nostalgie de son passé d’artiste peintre avorté, elle est aussi d’un égoïsme terrible. Son mari acquiesce à tout, lui passe chaque caprice. Mais elle est aussi inconstante dans ses sentiments et un peu trop femme-enfant pour une cinquantenaire. Une illusionniste dont j’ai eu du mal à voir les qualités.
Douglas : Le mari déchu, le père haï. Cet homme m’a profondément agacé d’autant se plier devant la femme qu’il aime, certes, mais qui n’a de cesse de le traiter comme un gentil bonhomme, sans plus. Scientifique de métier, il l’est tout autant dans sa vie intime et les sentiments ou l’imprévu n’ont peu de place dans son quotidien. Au cours de leur voyage estival à travers les capitales européennes, il va essayer d’arranger les choses, essayer de discuter et de comprendre les siens. Mais à cinquante ans passé, certaines choses sont inéluctables, difficile de revenir sur ce qui a été fait.
C’est un personnage que j’ai beaucoup aimé, malgré tout ses défauts et ses maladresses de père.

– Enfin, ce qui est admirable dans ce roman, ce sont les descriptions des villes dans lesquelles les personnages voyagent : Paris, Amsterdam, Venise, la Toscane, Madrid, Barcelone. J’ai adoré découvrir ces villes, à la lumière estivale et sous la plume de David Nicholls. J’aurais même aimé que ces passages prennent encore plus de place dans l’histoire.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Comme je le disais plus haut, j’ai eu beaucoup de mal avec le personnage de Connie qui m’a profondément exaspéré. J’ai vraiment eu envie de la secouer et de lui ouvrir les yeux sur sa façon de se comporter envers Douglas, mais aussi envers son fils par certains aspects.

– Le livre alterne donc entre passé et présent, ce que j’ai beaucoup aimé au début, puis au fur et à mesure, il est clair que j’étais beaucoup plus intéressée par ce qu’il se passait aujourd’hui. Néanmoins, je ne cache pas que les flash-back ont une réelle importance pour comprendre les personnages.

En bref ?

Voilà une histoire comme on en lui pas souvent. J’ai aimé suivre des cinquantenaires, cela apporte une originalité dans l’histoire et dans le message véhiculé par l’auteur : la désillusion, le fait de vieillir, vivre avec ses souvenirs douloureux, voir ses enfants quitter le foyer pour fonder leur vie, etc. Autant de passages qui doivent être terriblement difficile à vivre. Crise de la cinquantaine ? Nostalgie de jeunesse ? Quoiqu’il en soit, j’ai rarement rencontré ces thèmes dans mes lectures, ce qui a rendu cette histoire particulièrement intéressante.

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