Archives de catégorie : Autobiographie/Biographie

La nuit de feu – Eric-Emmanuel Schmitt


SCHMITT, Eric-Emmanuel. La nuit de feu. Albin Michel, 2015, 183 pages, 16 €.
En librairie le 2 septembre 2015


L’histoire :

Pour la première fois, Eric-Emmanuel Schmitt évoque un évènement qui a changé le cours de son existence : un voyage de dix jours dans le désert algérien. Spiritualité et remise en cause de soi sont les maîtres mots de ce récit autobiographique.

Ce que j’en ai pensé :

Eric-Emmanuel Schmitt est un auteur prolifique, dont j’ai lu une dizaine de romans, la plupart m’ayant laissé un très bon souvenir. Avec sa belle écriture, il aborde des sujets aussi graves et éclectiques que l’amour (« L’elixir d’amour« , « Le poison d’amour« ), l’Histoire (« La part de l’autre« ), la maladie (« Oscar et la dame rose« ), la tolérance (« Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran« ) ou encore la mort.
Romans, bande dessinée, pièces de théâtre… Des genres toujours différents, où la patte du philosophe est bien reconnaissable. Mais il y a un genre dans lequel, lui, un des auteurs français les plus lus dans le monde ; homme au demeurant très discret sur sa vie privée ; ne s’était pas encore illustré : l’autobiographie.
Ces 180 pages ont été pour Eric-Emmanuel Schmitt une expérience physiquement et psychologiquement très intense : comme il le dit à la fin du livre, celui-ci lui aura coûté deux séjours à l’hôpital !

« La nuit de feu« , c’est l’histoire de la seconde naissance de l’auteur. Nous sommes en 1989, il a vingt-huit ans, en voyage dans le désert algérien il s’apprête à vivre une expérience qui va le bouleverser et modifier sa façon de vivre. Et pour cause, un jour de voyage, il va avoir l’imprudence de s’écarter du groupe et l’obliger à vivre une nuit seul, dans un désert effrayant. Et cette nuit précisément, il s’en souviendra toujours, certainement comme le premier jour du reste de sa vie ! Car l’expérience, si difficile à décrire avec des mots comme il le dit très bien, va lui prouver l’existence d’une entité supérieure. Dieu ? S’il faut le nommer ainsi, oui. Mais surtout, ce jeune homme athée va rencontrer la foi.
Pourquoi raconter cette expérience plus de vingt-cinq ans après ? Tout d’abord, la peur de se dévoiler et peut-être aussi de ne pas arriver à transmettre ce que cela lui a apporté. La foi ? Dieu ? Plutôt une confiance spirituelle, une confiance dans le mystérieux Après qui nous attend.

Mais ce livre est aussi une formidable ode au désert et à ses peuples. Des individus vrais, fiers, portés sur les actes plutôt que sur les paroles. Une relation forte va lier Eric-Emmanuel Schmitt avec le touareg qui va suivre le groupe. Dans ce désert dont on ne sort pas indemne, les individus vont échanger autour de sujet tels que Dieu, ou encore l’Univers et notre place au sein de celui-ci.

Finalement, ce livre est court mais intense. C’est fort, bien écrit, sensible et quelle force de la part d’Eric-Emmanuel Schmitt d’oser se confier avec la peur tacite d’être jugé. J’ai trouvé ce récit littéralement envoûtant, par le sujet développé, l’intimité fragile décrite ainsi que les nombreux thèmes de réflexions qu’il apporte au lecteur.

Vous aimerez si…

– Vous êtes un adepte de l’auteur à travers ses nombreuses histoires.
– Vous souhaitez en savoir plus sur Eric-Emmanuel Schmitt et son rapport à la spiritualité.

Baronne Blixen – Dominique de Saint Pern


SAINT PERN, Dominique (de). Baronne Blixen. Stock, 2015, 432 pages, 21,50 €.


L’histoire :

Karen Blixen. Aristocrate danoise, exilée pendant de nombreuses années au Kenya, alors colonie britannique, où elle noue un attachement profond à l’Afrique et ses habitants. Poétesse, écrivain, pressentie au Nobel, elle est un personnage à l’aura extraordinaire qui a exercé un pouvoir incroyable sur les individus qui croisaient son chemin.

Ce que j’ai apprécié :

– Karen Blixen, je n’en avais jamais entendu parlé. Peut-être parce que je suis trop jeune pour connaître le film « Out of Africa«  adapté de son roman autobiographique, « La ferme africaine », qui est sorti sur les écrans en 1985, avec Meryl Streep pour incarner la lionne. C’est dire si, en commençant cette lecture, je ne savais pas à quel point le destin de cette femme aristocrate danoise fut romanesque en tous points.
Avec ce roman, j’ai découvert un personnage digne des imaginations dramatiques des écrivains et qui, pourtant, à bel et bien existé.

– J’ai beaucoup aimé la première moitié du livre qui narre la vie de la baronne Blixen, Tania ou Tanne pour ses intimes, lors de son arrivée au Kenya jusqu’à son départ forcé en 1931, suite à la faillite de son entreprise d’exploitation de caféiers sur des terres réputées arides. Ces quelques dix-sept années sont narrées d’une façon que j’ai trouvé géniales : en effet, il s’agit de Clara Selborn, qui fut la femme à tout faire de Karen Blixen à partir de 1943, qui vient sur les terres kenyanes sur le tournage de Out of Africa. Nous sommes en 1983/1984. Meryl Streep s’apprête à interpréter la baronne mais elle est désemparée face à cette femme au destin et à la personnalité hors du commun. Clara arrive pour lui narrer une femme qu’elle a connu sans connaître véritablement.

– Sur les terres d’Afrique, Blixen est une femme à la main de fer mais au grand coeur. Arrivée avec les préjugés de son époque sur les autochtones, elle noue des liens forts et protecteurs envers les squatters de sa plantation. Confort, éducation, reconnaissance : elle se battra pour que les habitants restent sur leur terre d’origine.
Une attitude qui, on le comprend entre les lignes, ne la fera pas toujours bien avoir par les Anglais qui s’estiment supérieurs en tout. En avance sur son époque ? Certainement ; à la fois pour une femme, mais en plus une femme à l’écoute d’un peuple kenyans emplis de traditions millénaires qu’elle respectera toujours.

– Enfin, le personnage lui-même. Ce livre est une véritable biographie, certes romancée mais particulièrement bien documentée, où chaque nom mentionné à réellement existé (sauf un, précisé par l’auteur en fin d’ouvrage). Un travail minutieux effectué par Dominique de Saint Pern, notamment à partir de nombreux documents des archives de Karen Blixen.
La baronne Blixen a eu plusieurs vies en une. Contrairement aux aristocrates féminines de son époque du début de XXe siècle, elle est aventureuse, avides de découvertes, chasseuse, observatrice, écrivain, poétesse. De nombreuses cordes à son arc. Comme toutes les femmes passionnées, elle est une amoureuse transie et exclusive. L’amour de sa vie, Denys, un chasseur épris de liberté, fut sa plus grande joie mais aussi son plus tragique souvenir.
Pour compléter cette biographie, j’ai d’ailleurs très envie de voir le film Out of Africa, romance dramatique, qui semble être très représentatif de cette vie africaine fabuleuse.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– J’ai été beaucoup moins intéressée par la seconde partie de la vie de Karen Blixen, lorsqu’elle est contrainte de retourner au Danemark. Comme si l’enchantement africain était définitivement brisé, alors même que sa vie fut tout aussi étonnante de par la fascination qu’elle a exercé sur ses contemporains.

En bref ?

Une biographie aussi étonnante que fabuleuse. L’écriture et les choix narratifs de Dominique de Saint Pern en font un livre particulièrement touchant. La partie africaine est une épopée qui m’a littéralement passionnée.

Le voyant – Jérôme Garcin


GARCIN, Jérôme. Le voyant. Gallimard, 2015, 192 pages, 17,50 €.


L’histoire :

Jacques Lusseyrand. Un nom qui ne parle à personne. Pourtant, il s’agit d’une figure de la résistance française, déporté et rescapé du camp de Buchenwald, puis mis au rebut par son pays, la France.

Ce que j’ai apprécié :

– Jérôme Garcin, par son entreprise même, a toute ma sympathie, car il a remis en lumière un homme qui a joué un rôle dans la résistance française lors de la Seconde Guerre Mondiale mais qui, comme beaucoup d’autres, n’a pas eu les faveurs de la postérité. Dans cette biographie, courte mais complète, il dresse le portrait de celui qui su tirer profit de sa cécité précoce pour voir autrement le monde qui l’entourait.
C’est un portrait tendre mais néanmoins sans concession.

– Je n’avais jamais entendu parler de Jacques Lusseyrand. Aveugle à huit ans, il trouva vite la lumière intérieure à défaut de voir à nouveau celle de l’extérieur. Un handicap qui ne l’empêchera pas de créer le groupe Les Volontaires de la Liberté dans son lycée de Louis-le-Grand en 1941. De même, il intègrera très vite le comité directeur du journal résistant Défense de la France. Il a seulement dix-sept ans.
On sait que nombre de résistants durant cette guerre furent parfois très jeunes. Ce livre, à travers l’histoire de Jacques Lusseyrand, leur rend aussi hommage. Car évidemment, la postérité ne pouvait peut-être pas retenir chaque nom de chaque courageux qui officia pour notre liberté. Mais les romanciers tels que Jérôme Garcin les aide à se reprendre une place, si petite soit-elle. Je loue cette démarche historique, et j’avoue avoir été particulièrement touchée par un passage du roman, où l’auteur cite des passages des lettres de certains jeunes résistants qui furent fusillés. Ils avaient moins de vingt ans et prouvent leur étonnante maturité et leur fierté de mourrir pour la liberté des futures générations. C’est terriblement émouvant.

– J’ai trouvé l’écriture de Jérôme Garcin magnifique. Je n’avais jamais lu cet auteur, mais quelle maîtrise de la langue, quelle poésie dans chacune de ses phrases. J’ai été sincèrement touchée par le style car, il révèle, entre les lignes, la tendresse et l’admiration de l’auteur pour son personnage. Ce n’est pas un biographie lambda. Ce n’est pas lourd, ni didactique. Ce n’est pas descriptif, ni dénué d’émotions. C’est tout le contraire, en vérité.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Je cherche des points plus négatifs à cette lecture mais à vrai dire je n’en trouve pas, à chaud. J’aurais pu dire que, ayant adoré ce livre, je me serais laissée aller à lire un peu de pages en plus. Mais en fait, non. Les quelques 190 pages se suffisent largement.

En bref ?

Premier livre sur 4 lu dans le cadre de la sélection finale du Prix Relay des voyageurs-lecteurs 2015. Et quelle lecture ! Si les trois autres livres sont du même acabit, le choix sera dur !

Le roi des rêves, Louis II de Bavière – Isaure de Saint Pierre


SAINT PIERRE (de), Isaure. Le roi des rêves. Louis II de Bavière. Albin Michel, 2015, 232 pages, 18 €.


L’histoire :

Louis II de Bavière, cousin de la célèbre Sissi, est un prince puis un roi bien loin de l’image qu’on peut avoir de la fonction. Isaure de Saint Pierre retrace la vie de cet homme, qui n’était définitivement pas enclin à porter la royauté. Adulé puis honnis, il restera dans les esprits comme « le roi des rêves ».

Ce que j’en ai pensé :

– L’écriture d’Isaure de Saint Pierre, que j’ai découvert avec ce livre, est très agréable et pas lourde comme peut l’être celle de l’historien. C’est-à-dire que le récit biographique à l’avantage d’être accessible à tous, précis sans crouler sous les détails.

– J’ai aimé ce personnage fantasque, rêveur, dont on a l’impression qu’il est né dans un univers qui n’est pas le sien. Jeune homme travailleur, passionné et littéralement porté par la musique wagnérienne, il n’est pas moins à sa place qu’à Munich. Il lui préfère les châteaux de la montagne bavaroise, et il consacrera d’ailleurs une partie de sa vie à leur édification. Rêveur oui, peu intéressé par la chose politique, oui et non. Lorsqu’il devient roi, ce jeune prince adoré de ses sujets, se lance à corps perdu dans cette nouvelle tâche dont il s’estime le garant bien qu’elle ne corresponde pas à son idéal de vie.
Homosexuel, il aura des amours physiques passionnées, mais aucune de surpassera celle, platonique, qu’il entretiendra avec Richard Wagner depuis son accession au trône jusqu’à la mort de celui-ci.

– J’ai trouvé l’intérêt de ce livre dans l’alternance entre les faits de vie de Louis II de Bavière et la géopolitique germanique de l’époque. Nous sommes dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les royaumes germains s’allient et se font la guerre presque incessamment. Avec un roi qui n’entend rien aux combats, le peuple se désolidarise de ce rêveur qu’il avait autrefois aimé mais qui rechigne à faire valoir leur indépendance.

En bref ?

Une biographie assez courte, qui va droit aux choses, en s’appuyant notamment sur la correspondance prolifique de Louis II de Bavière avec ses proches. Néanmoins, tout en étant courte, elle est complète et la bibliographie en fin d’ouvrage montre l’important de recherche de l’auteure. On y découvre un prince puis un roi passionné par la musique et l’architecture royale. Rêveur, amoureux, vivant dans les légendes du Moyen-âge au point d’en faire un style de vie sans se rendre compte que son entourage ne partageait pas cet engouement.

George Sand : les carnets secrets d’une insoumise – Catherine Hermary-Vieille


HERMARY-VIEILLE, Catherine. George Sand : les carnets secrets d’une insoumise. XO éditions, 2014, 282 pages, 19,90 €.


L’histoire :

1876. George Sand, célèbre écrivain française, meurt dans sa demeure de Nohant. Sa fille, Solange Gabrielle se plonge dans les carnets intimes de cette mère qu’elle aimait autant qu’elle la fuyait. Une mère célèbre, toujours à la recherche de l’amour. Sa vie articulée autour d’amants comme Alfred de Musset ou Chopin fut également une fuite incessante vers un idéal jamais atteint.

Éléments de réflexion :

Ce roman biographique de George Sand s’appuie sur des carnets imaginaires que découvriraient la fille de l’écrivain à la mort de celle-ci. Des carnets que Catherine Hermary-Vieille a imaginé à partir d’éléments réels connus de la vie de celle qui fut socialiste acharnée, défenseur du droit des femmes dans le mariage et la vie en général.
Une biographie, donc, romancée, qui retrace une vie foisonnante, sans pauses, d’une femme aux manières d’hommes qui n’en restait pas moins une demoiselle face aux émois amoureux, parfois violents, de ses amants.

Ce que j’ai apprécié :

– Je suis ravie d’avoir enfin redécouvert l’écriture de Catherine Hermary-Vieille, que j’avais vraiment aimé dans son livre Lola, lu il y a plusieurs années. Un style très poétique, un vocabulaire riche, bref, un réel plaisir de la lire.

– J’ai aimé également le style de narration choisi, à savoir l’alternance entre des passages des carnets de George Sand et les ressentis de sa fille au présent de 1876 sur ce qu’elle lit et sur sa vie et l’influence de la sa mère sur celle-ci.
J’ai trouvé ce procédé particulièrement réussi et original en matière de biographie romancée. Cela permet d’avoir d’une part la vision de George Sand mais aussi les revers psychologiques que son mode de vie a fait peser sur sa famille et notamment sur Solange.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Malheureusement, j’ai globalement été peu emballée par le personnage de George Sand, que je ne connais finalement que de nom, et à qui j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher. Si bien que je me suis assez rapidement lassé de cette lecture.
Un conseil, si vous êtes intéressés par cette écrivain de talent, ce livre vous comblera. Si ce n’est pas le cas, j’ai bien peur que ce ne soit pas une lecture prenante.

En bref ?

Une biographie intéressante, très fournie et certainement bien documentée, pour qui s’intéresse à l’histoire de l’art français ; et surtout à la vie d’une des figures les plus célèbres de la littérature de notre pays.

Cadre de lecture : Lu grâce à XO éditions.