Archives de catégorie : Contemporain étranger

Femme interdite – Ali Al-Muqri


AL-MUQRI, Ali. Femme interdite. Liana Levi, 2015, 208 pages, 19 €.


L’histoire :

L’héroïne de ce roman est une jeune femme élevée dans une famille traditionnelle yéménite, dans une société où la femme est impure, qu’elle que soit la situation. Entre soumission totale et appétit sexuel, Ali Al-Muqri nous livre sa vision du Yémen traditionnel avec ce roman court et percutant.

L’auteur :

Ali Al-Muqri est un auteur yéménite engagé envers les dysfonctionnements religieuses et sociales de son pays. De part cet engagement, il a reçu des fatwas et des menaces de mort.
Son précédent roman, Le Beau Juif, et également paru chez Liana Levi.

Ce que j’ai apprécié :

– Ce livre est court mais il foisonne d’informations sur cette société yéménite islamiste. Lorsque j’ai entamé la lecture de ce roman, j’avais entrepris de mettre des Post-it pour marquer les idées importantes. J’ai vite arrêté : des Post-it, il y en avait en vérité à toutes les pages.
C’est un récit sans concession sur une société qui annihile complètement la femme, qui en fait un sous-être qui mérite à peine de vivre. Alors que faire des désirs de ces femmes ? Des filles qui aspirent à l’amour, à la sensualité, au désir et au plaisir dans tout ce qu’il a de plus cru.
Des romans sur la condition féminine dans un régime extrémiste comme celui des talibans, j’en ai lu. Mais jamais aucun n’est allé aussi loin dans l’image de la sexualité de ces femmes. De ce point de vue-là, ce livre est déjà fascinant.

– L’héroïne est une jeune fille candide, qui apprend la sexualité de façon quelque peu forcée, par sa soeur aînée Loula qui, elle, loin d’être attirée par les préceptes de la religion, vend son corps et profite de tout ce que les hommes peuvent lui offrir. Une pécheresse à l’état pur selon la charia. Mais finalement bien utile lorsqu’il s’agit de ramener de l’argent à son père. Cette éducation sexuelle se fera à l’aide de « cassettes culturelles » qui ne sont autre que des enregistrements vidéos ou seulement audio de films pornographiques.
L’héroïne n’aura de cesse de rechercher cette jouissance, dans un monde où la notion de plaisir pour la femme n’est même pas envisageable.

– Le personnage du grand frère, Raqib est saisissant. Il est tout d’abord complètement anti-religieux, grand lecteur de philosophie, pour finalement, une fois marié, se transformer en un prédicateur forcené par simple jalousie. Le changement radical d’orientation traduit une véritable cassure chez Raqib, issue d’une faiblesse à un moment donné qui le fera basculer : c’est un peu le principe de tous les fondamentalismes, de toutes les sectes : se nourrir de la faiblesse d’un individu.
La dimension tragique et caustique de ce personnage est terrible et vraiment bien construite.

– Et puis ce livre, c’est avant tout une vision globale de la situation de la femme et de la sexualité dans le monde islamiste de la charia. La femme elle-même est illicite. La voir, la toucher, la soigner, l’éduquer : autant d’actes prohibés par la charia. Comme ce passage terrible qui indique qu’une femme enceinte ne peut être examinée, que ce soit par un homme ou une autre femme car ce serait la profaner et profaner l’être qu’elle porte. Saisissant lorsque l’on sait que cette affirmation dépasse le simple roman.
Cela amène aussi à se poser des questions sur les femmes qui vivent cet enfer. Ont-elles vraiment le choix ? Soumission au risque de se perdre et ne pas exister ; ou transgression avec tous les risques que l’on imagine.
Des scènes tragico-comiques comme celle d’un enseignant filmé qui explique aux filles comment se comporter dans l’intimité conjugale et qui voit la caméra déviée vers son bas-ventre et son excitation évidente ; avec un par-terre de jeunes filles fascinées, qui le contemple avec une envie certaine.
L’héroïne, entre ces cassettes érotiques et sa quête inassouvi de plaisir, voudra se lancer dans une quête religieuse extrême qui passera par le djihad. Une société hypocrite qui interdit, tout en mettant les objets du délit sous les yeux des femmes.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Difficile de juger ce livre. Sa dimension si réaliste peut paraître choquante, mais c’était exactement ce qu’il fallait pour amener le lecteur à se poser les bonnes questions.
Ce qui m’a le moins touché en vérité, c’est la présence de ce poème sur lequel tout le roman s’appuie pour étayer les propos, comme une grande étude de texte.

En bref ?

Un roman très percutant, qui m’a dérouté, révolté et dont je me souviendrais longtemps.

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Notre mère – Koren Zailckas


ZAILCKAS, Koren. Notre mère. Belfond, 2015, 448 pages, 21,50 €.


L’histoire :

Violet et Will sont les deux enfants d’une fratrie de trois, dont l’ainée a disparu un an auparavant. Père fuyant, un tantinet alcoolique, cadette à la dérive internée en hôpital psychiatrique, fils de douze ans autiste et, surtout, une mère effrayante dans ses comportements avec les membres de sa famille.

Ce que j’ai apprécié :

– Le postulat de base est très intéressant et promet un développement intense : celui de la mère sociologiquement instable. L’auteur va loin dans la psychologie de ce personnage franchement étonnant et rien n’est fait pour lui trouver des excuses. Au fur et à mesure de la lecture, je me suis posée mille questions sur cette femme, sur ce qu’elle était capable de faire ou non, sur son comportement très sincèrement terrifiant. Car, je ne sais pas si on peut qualifier ce roman de polar : c’est plutôt un drame, selon moi. Mais seule le soir dans mon lit, je vais avouer que j’ai eu une bonne poussée de frayeur à la lecture de certains passages.

– J’ai trouvé le système de narration top, car il alterne entre le point de Will le petit frère et Violet la fille cadette de seize ans. C’est à travers ces deux personnages que l’on découvre l’omniprésence nuisible de la mère de famille. Deux individus très différents et qui, pourtant, ont cela en commun qu’ils réagissent chacun d’une manière tout à fait singulière face aux agissements de leurs parents.
Le problème de Will, c’est l’autisme et les crises d’épilepsie qui le contraignent à ne plus être scolarisé mais à rester continuellement chez lui en compagnie de cette mère qu’il idolâtre de tout son être.
Le problème de Violet, c’est qu’elle a touché à la drogue et qu’un trou noir l’empêche de se souvenir de la soirée où sa mère l’accuse d’avoir littéralement poignardé son petit frère. Résultat : séjour en hôpital psychiatrique.
Et puis bien sûr, Rose, cette jeune femme qui a fui son foyer où elle ne trouvait plus l’estime maternelle qu’elle avait essayer de gagner durant toute sa jeunesse.

– La fin est franchement intéressante, notamment concernant le personnage de Will et ce que l’on imagine clairement qu’il va devenir. C’est criant de vérité et cela fait beaucoup réfléchir. Finalement, c’est ce personnage-là qui m’a le plus touché dans cette histoire. Peut-être parce que c’est le plus jeune et le plus torturé au fond ?

– Et, parce que le point fort de ce roman est le panel de personnages présentés, que dire de Joséphine, la mère de famille ? Une personnalité très complexe qui se révèle tout au long de l’histoire, avec une apothéose à la fin. Elle est psychologiquement très bien construite. Et je dois avouer que même si ce livre me faisait très envie, je ne m’attendais pas à trouver ce type de personnage et à autant être happée dans ce récit.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Le personnage qui m’a le moins plus, c’est le père, qui est une sorte de chiffe-molle complètement dépassé par sa femme et dont il ne supporte plus l’emprise. Pourtant, pas de réaction ! Ni pour lui, ni pour ses enfants. Mais enfin, il s’inscrit néanmoins assez bien dans le récit, donc pas un gros point négatif non plus.

En bref ?

Une lecture qui m’a agréablement surprise car je ne m’attendais pas à trouver un drame familial aussi profond, avec des personnages très bien construits psychologiquement parlant. J’ai lu ce livre avec avidité car il m’était difficile de le lâcher tant j’avais hâte de connaître les aboutissants de cette histoire.
Si l’auteur écrit d’autres livres, je les lirais sans hésitation.

Les chemins de la rédemption – Wiley Cash


CASH, Wiley. Les chemins de la rédemption. Belfond, 2015, 309 pages,  21 €.


L’histoire :

Easter et Ruby, douze et six ans, ont perdu leur mère d’une overdose, tandis que leur père a renoncé à ses droits parentaux il y a quelques années. Elles se retrouvent en foyer d’accueil, avec la peur d’être envoyées chez leurs grands-parents maternelles, qu’elles ne connaissent pas, en Alaska.
Jusqu’au jour où Wade, leur père biologique, vient les enlever et ils prennent la fuite à trois.

Eléments de réflexion :

Un roman sur la paternité et donc la filiation, sur la pression de la société et les malaises qu’elle engendre. Une fuite sans but, sauf celui d’être irrémédiablement rattrapé.

Ce que j’ai apprécié :

– Le thème de cette histoire est plutôt dramatique, puisque ce père malgré lui, qui a renoncé juridiquement à ses droits parentaux sur ses deux filles, se retrouve pris dans une course poursuite motivée par la vengeance et l’argent. J’ai aimé ce personnage au bord du gouffre, qui n’a plus rien à perdre et qui décide donc, coûte que coûte, de réaliser son rêve : récupérer ses deux filles, puisqu’il n’a plus qu’elles. Et quand on n’a rien à perdre, on tente tout. Jusqu’à mettre en danger ce que l’on a de plus précieux.
Cet homme m’a vraiment touché, avec un final digne de cette histoire. C’est une société à la dérive qui est décrite sciemment ou de façon sous-jacente : drogue, pauvreté, filiation, instinct parentaux, instinct de survie aussi.

– J’ai apprécié également le fil conducteur qui relie malgré eux les trois membres de cette famille, à savoir le base-ball. Les discussions sur ce sport sont le liant positif entre ces trois personnages. L’amour ? Difficile d’aimer un père qui vous a abandonner ou des filles qui vous idéalisent ou vous haïssent. Le rêve d’un père idéal, d’une famille perdue. Le base-ball, c’est leur échappatoire, le sujet qui les fait oublier leur réalité. C’est tellement juste, c’était tellement bien écrit, que j’ai trouvé cela vraiment émouvant.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Un roman où il faut lire entre les lignes et où certains ne verront du coup peut-être qu’une histoire rapide et pas vraiment aboutie. Alors que ce n’est pas du tout le cas.

En bref ?

Une histoire très dramatique mais pas écrite d’une façon triste. Roman contemporain et road trip éclair. Très bon moment de lecture.

Un hiver long et rude – Mary Lawson


LAWSON, Mary. Un hiver long et rude. Belfond, 2015, 417 pages, 21 €.


L’histoire :

La famille Cartwright vit à Struan, une petite bourgade perdue dans le Grand Nord canadien. Famille nombreuse moyenne des années 1960, leurs drames personnels les font évoluer en marge les uns des autres au lieu d’être unis et de se soutenir. Edward, Tom et Megan sont les voix de cette famille à la dérive, pourtant unie par une tendresse et un amour pas toujours évidents.

Éléments de réflexion :

Un roman familial, sur la construction d’une famille et cet instinct de rattachement qui n’est pas toujours inné. Une fresque des années 1960 où le fossé entre les villages et les grandes villes est immense, de même que celui entre les Amériques et la Vieille Europe.
Témoin d’une époque, mais aussi immersion dans la psychologie de personnages rattrapés par leur passé, sans réussir à le surmonter pour se construire sainement.

Ce que j’ai apprécié :

– C’est un récit contemporain à la fois terrible et plein de langueur (et non longueurs !). Nous sommes en hiver, dans un hiver canadien rude et long comme le dit la couverture et j’ai été ravie de retrouver cette ambiance froide, blanche, ainsi que la solitude qui va avec. Mary Lawson est née dans ce Grand Nord canadien qu’elle connaît bien et cela se voit dans les descriptions très juste des paysages et des sensations que l’on ressent durant la période hivernale.

– La narration est divisée selon le point de vue de trois membres de la famille Cartwright : Edward le père, Tom le fils ainé et Megan la seule fille de la fratrie. J’ai trouvé cette idée particulièrement intelligente car cette une famille tellement complexe, chaque membre étant si seul face à lui-même qu’il était intéressant d’en écouter plusieurs pour se faire une idée plus globale de leur situation.

– J’ai trouvé les personnages vraiment excellents et les trois narrateurs sont très attachants chacun à leur manière et, surtout, malgré leurs défauts.
Edward : C’est le père de famille, qui est loin d’avoir l’envergure de la figure symbolique du patriarche chef de famille que l’on pouvait avoir à cette époque. Il est complètement dépassé par cette masse d’enfants que sa femme ne cesse de vouloir, encore et encore, malgré les conseils du médecin de famille qui leur conseillait d’arrêter les grossesse à répétition. Edward est un homme triste, qui ne s’épanouit qu’à son travail de directeur de banque. Son enfance a été dure, son père violent et sa crainte est de lui ressembler. Sa carapace, c’est son bureau, son antre. Il s’y enferme dès qu’il rentre du travail et s’y réfugie sans cesse : là-dedans il se passionne pour des sujets historiques et culturels pour ne pas regarder sa réalité en face.
Tom : Le fils ainé, fort de ses études dans l’aéronautique, est un jeune homme terriblement taciturne. Après l’université, un évènement tragique l’a renvoyé chez ses parents, pour ne plus en sortir et gâcher son intelligence au sein d’un foyer qu’il exècre.
Megan : C’est la fille unique de la fratrie, qui a toujours fait tourner la maison d’une main de fer. Mais à vingt-et-un ans, elle n’en peut plus. La petite provinciale qui n’a jamais quitté sa bourgade natale s’envole vers l’Angleterre, sans projets, mais avec la force de sa jeunesse et une volonté farouche de s’en sortir. Ce qu’elle va faire. Pendant trois ans, elle va mener sa barque, sans jamais revenir au pays. Mais ce petit bout de jeune femme était la celle qui tenait sa famille d’une main ferme. Son départ n’a laissé derrière elle que des individus d’une même famille inconnus les uns pour les autres.

Ces trois personnages sont saisissant d’humanité, de tendresse mais aussi de colère.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Le choix de ne pas respecter une linéarité de temps. En effet, le roman s’étale sur trois ans : de 1966 à 1969. Et on passe d’une année à l’autre selon que ce soit le père ou le fils (1969) qui parlent ou la fille (1966 durant la majeure partie du roman). Ainsi, ce sont des retours en arrières sans cesse lorsque l’on a le point de vue de Megan. C’est un point qui m’a chagriné au début de ma lecture.

En bref ?

Ce roman, c’est la construction bancale d’une famille, avec des individus obligés de s’en sortir les uns sans les autres. C’est la difficulté de se montrer un amour présent mais pudique. C’est un père malgré lui. Un fils solitaire et désespéré. Une fille mère symbolique avec l’heure.
A la fois dramatique et tendre, cette lecture propose des personnages complexes, très travaillés. De plus, j’ai apprécié le travail de recherche de Mary Lawson pour nous proposer des descriptions et des situations au plus proche de la réalité.

Nos étoiles contraires – John Green


GREEN, John. Nos étoiles contraires. Nathan, 2013, 330 pages, 16,90 €.


L’histoire :

Hazel a 16 ans et un cancer incurable. Au groupe de soutien, elle rencontre Augustus, en rémission. Un jeune homme de 17 ans, beau et athlétique, un brin rebelle et plein de malice. Entre eux, une belle histoire va naître, entrecoupée de désagréments de la vie des jeunes cancéreux.

Éléments de réflexion :

Un roman de fiction sur un thème bien réel, lui : la vie face à la maladie. Et pas des moindres : une maladie diverse, qui se guérit ou non, qui s’appelle « cancer » et qui, quoiqu’il en soit, balade toujours une épée de Damoclès au-dessus de celui qui en est la victime.
Un beau roman, sur un sujet noir et tabou, surtout en littérature (et encore plus en littérature jeunesse). Mais il ne suffit pas d’avoir un sujet choc pour faire un livre poignant et fort. Il faut la patte John Green : l’humour, l’amour et un brin de folie.

Ce que j’ai apprécié :

– Tout d’abord, le thème abordé et l’audace qu’il faut pour écrire un livre au sujet aussi dur et tabou, qui soit destiné à de jeunes lecteurs. J’aime cette prise de risque, ce va-tout que semble jouer l’auteur ici. Evidemment, c’est réalisé avec un tel brio que l’on ne peut que le porter aux nues. D’autant plus une fois qu’on referme l’ouvrage et qu’on prend vraiment conscience de l’histoire qu’on vient de lire.

– Le grand coup de chapeau à John Green, c’est l’humour qu’il intègre à ce roman au sujet noir. A chaque page, il y a beaucoup d’émotions et de cruauté, car n’oublions pas que c’est avant tout l’histoire de deux adolescents. Mais il y a aussi toujours un brin d’humour, qu’il soit léger ou carrément assumé. Cela permet de lâcher du lest, de permettre au lecteur de respirer. Mais c’est aussi essentiel pour les protagonistes eux-mêmes, Hazel et Augustus. L’adolescence, c’est normalement la transition de l’enfance à l’âge adulte. Ca ne peut pas être la dernière ligne droite, comme ça l’est pour les jeunes cancéreux. Sans humour, c’est la mort à petit feu. Entre humour et citations graves, le lecteur est balloté entre des émotions très fortes et des réflexions universelles qui ne le quitte pas une fois le livre refermé.

– L’intérêt de ce roman, c’est aussi l’intelligence de John Green de créer des personnages aussi différents dans leur approche de la maladie.
Hazel : c’est LA malade incurable du roman. A seize ans, elle ne peut évidemment pas vivre comme les adolescentes de son âge, mais n’en reste pas moins une jeune fille pleine de désir. Sa force est étonnante. Très philosophe, c’est un personnage qui m’a scotchée de par ses réflexions sur le côté éphémère de l’espèce humaine et que, quoiqu’il en soit, malade ou pas, nous sommes tous mortels et donc nous seront tous confrontés à la mort un jour ou l’autre.
Augustus : Le beau gosse en rémission, celui dont Hazel ne veut pas tomber amoureuse, tout simplement pour ne pas le blesser par sa mort. Il est enjoué, farceur, charmeur et terriblement amoureux d’Hazel. Un personnage qui repousse le cancer dans sa tête, peut-être pour faire comme si tout allait bien malgré tout ?
Le père d’Hazel : un homme brisé par la maladie de sa fille. Qui part tous les matins travailler sans savoir s’il reverra son enfant vivante. Ce personnage est terriblement dramatique car il n’arrive pas à se montrer fort face à sa fille, il ne peut retenir ses larmes. Si bien qu’il est en retrait, presque timide, toujours coupable.
La mère d’Hazel : Un personnage pétillant, dévoué à sa fille malade. Elle sait que cette dernière mourra bientôt, avant elle c’est sûr. Si bien qu’elle fait de chaque moment un évènement. Son énergie est surdéveloppée et dédiée à ce que sa fille vive des moments festifs le plus souvent possible. Un personnage extrêmement touchant aussi.

– Evidemment, ce qui nous touche aussi dans ce roman, c’est l’amour et le courage de ces adolescents face à la maladie. Une maladie incurable, terrible à vivre au quotidien, qui sont considérés comme des cas désespérés. On les abandonne peu à peu, on leur témoigne une gratitude suspecte (les fameux « cadeaux cancer » comme les appelle Hazel). L’amour qu’Hazel et Augustus se portent en est d’autant plus fort et paisible qu’il se sait éphémère dans son rapport physique à l’autre. Terrible et tellement beau.

– Dans ce roman, il y a aussi une ode à la littérature. La portée des mots et de la fiction n’a rien à envier à la réalité. C’est avec leur livre fétiche qu’Hazel et Augustus s’apprivoisent, apprennent à se connaître. C’est grâce à ces deux histoires que les premières discussions s’engagent. Comme le dit John Green en guise d’introduction : « Ni les romans ni les lecteurs ne gagnent à savoir si des faits réels se cachent derrière une histoire. Ce genre de tentative sape l’idée que les histoires inventées peuvent avoir de l’importance, ce qui est pourtant un des postulats fondamentaux de notre espèce » (p.11).

– Et enfin, je finirais simplement avec une des réflexions qui m’a le plus touchée et qui m’a également frappé en plein coeur. Le fait que le cancer n’est pas un parasite extérieur qu’il faut combattre. Le cancer, c’est une partie intégrante de l’individu qu’il détruit. Il est le malade et, il doit se tuer pour vivre. Car si le cancer vit, le sujet meurt. Terrible cercle, terrible réalité.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Un livre globalement très bon, je n’ai pas de points vraiment négatifs à relever, même si ce n’est pas le coup de coeur de beaucoup de lecteurs.

En bref ?

Poignante, vraie, drôle, émouvante, audacieuse… Les adjectifs manquent pour traduire en mots ce que j’ai pensé de cette histoire. Maintenant, je comprends que ce livre soit ait été autant lu, autant encensé. Il est réellement bénéfique.