Héritiers des larmes, t. 1 : L’épouse ennemie – Penny Watson Webb


WATSON WEBB, Penny. L’épouse ennemie. Harlequin, 2017, 384 pages, 7,90 €.



L’histoire :

Face à la reine de France, Brunhilde sent son cœur battre à tout rompre. La souveraine lui a accordé le droit de choisir son époux, et attend à présent sa réponse. Brunhilde sait que tout le monde souhaite qu’elle désigne, sur l’ordre de son frère, l’arrogant seigneur de Valcoudray, dont l’alliance renforcerait sa famille. Ce noble normand est même prêt à passer outre le baiser qu’il a surpris la veille entre elle et Conan de Ker Glenn, leur ennemi breton. Conan, l’homme à qui Brunhilde a caché son identité et qui lui lance aujourd’hui des regards noirs. Si c’est lui qu’elle choisit, il la méprisera, elle le sait, et la traitera comme une étrangère dans sa propre demeure. Mais la paix entre Bretons et Normands serait désormais actée. Consciente des regards qui pèsent sur elle, Brunhilde lève enfin les yeux, déterminée. Elle sait ce qui lui reste à faire.

Ce que j’en ai pensé :

Ce qui m’a tout d’abord attiré c’est cette magnifique couverture qui sonne très moderne. Puis, le résumé que vous pouvez lire plus haut, qui annonce un récit historique de fond qui pouvait potentiellement m’intéresser.

Pour le contexte, nous sommes en France, à la toute fin du XVe siècle et début du XVIe. Il est encore difficile de parler de pays tant les oppositions sont fortes entre les régions. Ici, nous suivons la guerre farouche opposant Bretons et Normands. Les paysages et les hommes ne sont pas sans rappeler les Highlands écossais.
Brunhilde est normande, ancienne suivante de la Reine, et fille de la riche famille des Montgomery. Elle est pressée par son frère de contracter un mariage de convenances avec l’arrogant Arthus de Valcoudray.
Conan est quant à lui breton, de la famille de Ker Glenn. Il est revanchard, empli de haine et de douleur. Les normands l’ont fait souffrir dasn sa chair et il n’est pas prêt à pardonner. La vengeance est sa seule motivation. Sauf que son fief est sans argent, dépouillé par ses ennemis. Il lui faut une riche héritières.

Les chemins de nos deux personnages vont se croiser. D’ailleurs l’auteure ne nous fait pas patienter très longtemps : en quelques pages ils se rencontrent. Mais comme il est de mise à cette époque, les histoires guerrières et de famille monopolisent les relations entre les individus. La froideur, le déni voire la violence sont au rendez-vous entre Brune et Conan. Mais l’attirance est là, et c’est bien là tout le problème pour le jeune homme qui ne supporte pas de trouver l’ennemi attirant.

On pourra trouver cette romance facile. Pourtant j’ai été happée, l’ai lu en un jour et j’ai vraiment trouvé le fond historique complet.
Je lirais la suite avec plaisir.

⇒ En bref ?

Une romance historique très bien écrite, par une auteure française malgré son nom aux résonances anglo-saxonnes.
Des personnages attachants qui m’ont embarqué dans leur romance !

Je conseille si vous aimez…

– les romances historiques


Je peux me passer de l’aube – Isabelle Alonso


ALONSO, Isabelle. Je peux me passer de l’aube. Héloïse d’Ormesson, 2017, 301 pages, 20 €.



L’histoire :

Juillet 39. La guerre d’Espagne est officiellement finie. Angel Alcalà Llach, 16 ans, rentre chez lui. Après dix mois au front et quatre au camp de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales), il croit retrouver les siens. Mais rien ne se passe comme prévu. L’Espagne franquiste est une prison à ciel ouvert et Angel ne sera finalement relâché qu’après un an de travaux forcés. Il rejoint enfin sa famille en juillet 1940 tandis que la répression fait rage. Il doit alors s’adapter à un monde inconcevable pour lui : sans droits, sans liberté, où tout devient risque, et où tout risque est mortel. Il choisit de continuer la lutte, et entre en résistance. Malgré la portée modeste de leurs actions, ses camarades vont colorer ces années de violence de toutes les teintes de l’espoir et de l’amitié.
En avril 44, son refus du service militaire le contraint à la clandestinité. Il rejoint Madrid. Les Alliés vont gagner la guerre, balayer Franco… Des temps nouveaux s’annoncent. La République va revenir, c’est sûr…

Ce que j’en ai pensé :

Nous sommes en Espagne, en 1939, à la fin de la guerre civile espagnole qui a duré trois ans. Gelin ; de son vrai nom Angel ; a dix-sept ans. Il revient dans son pays mais comme prisonnier. Les nationalistes ont gagné, Franco est au pouvoir et impose sa dictature.
Quand Angel est libéré, c’est une illusion de liberté. Sa famille essaie de reprendre une vie « normale » sous cette occupation oppressive, mais lui ne peut se résoudre à l’inaction.
Il dit d’ailleurs, page 217 : « agir, ça me donne le sentiment d’exister« .

Nous suivons donc ce jeune homme qui, pour vivre, a besoin de croire en l’avenir. Comme tout le monde me direz-vous. Sauf que pour lui, rester à attendre ne peut pas être une solution envisageable. Il ne veut pas seulement croire en le retour de la République. Il veut oeuvrer pour.

J’ai trouvé ce roman excellent, récit historique emprunt de romantisme ; entendant romantisme au sens artistique du terme : faire prévaloir le sentiment sur la raison.
C’est écrit avec beaucoup de justesse, l’auteur maîtrise incontestablement le sujet, beaucoup de documentation et une histoire personnelle qui l’encourage certainement à écrire (Isabelle Alonso est fille de républicains espagnols, naturalisée française à huit ans).

Gelin évolue dans une famille sans père. En tant qu’aîné, il reprend le flambeau. Trouver un toit pour vivre, du travail pour lui et son frère, préparer une vie meilleure pour ses petits frère et soeur et surtout aider sa mère Nena, qui ne montrera jamais ses sentiments mais qui, on le sent, admire son fils autant qu’elle exècre ses prises de risques.

Emportée par l’écriture d’Isabelle Alonso et son sujet, ce livre est sorti des sujets que j’ai l’habitude de lire et quel pied ! Hâte de lire la suite.

⇒ En bref ?

Un roman court et très intéressant, qui donne envie d’en savoir plus sur ce sujet particulier et qui m’était méconnu.
A savoir : il s’agit de la suite du livre Je mourrai une autre fois. Livre que je n’ai pas lu mais que je lirai volontiers à l’occasion.

Je conseille si vous aimez…

– En apprendre plus sur un sujet historique = la fin de la guerre civile espagnole dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale.


Les lionnes de Venise – Mireille Calmel


CALMEL, Mireille. Les lionnes de Venise, t.1. XO éditions, 2017, 345 pages, 19,90 €.



L’histoire :

Lucia, jeune et espiègle Vénitienne, se retrouve au milieu des flammes qui dévastent la modeste imprimerie familiale. Sous ses yeux, son père est enlevé par trois hommes armés. Qui donc se cache derrière ce crime ? La veille, la magnifique Isabella Rosselli, la plus rouée des espionnes de la cité des Doges, est venue faire reproduire une étrange gravure.

Lucia est décidée à percer cette énigme et à sauver son père. Dans une quête effrénée, elle s’immisce parmi les puissants, se mêle au bal des faux-semblants du carnaval, s’enfonce dans les arrière-cours des palais. Une Venise fascinante, oppressante, où le pouvoir se confond avec l’amour, où les étreintes succèdent aux duels et les baisers aux complots.

Ce que j’en ai pensé :

Un roman d’aventures au coeur du XVIIe siècle vénitien qui m’a transporté ! Un premier tome qui donne envie de connaître la suite.

⇒ Le contexte – l’ambiance

Venise au XVIIe siècle. Les ateliers d’art, et notamment de reproduction avec l’imprimerie du père de Lucia.  La gravure comme mode d’expression et de diffusion des idées. Il faut savoir que pendant longtemps, Venise fut la capitale culturelle par excellence. Sans parler du carnaval qui va permettre à Lucia de commencer son espionnage forcé.
L’espionnage, qu’il soit religieux, moral ou politique était de mise à une époque très faste, avec des inégalités puissantes.
→ Tout est là pour former un roman d’aventures addictif et Mireille Calmel l’a bien compris en plaçant cette histoire précisant en ce lieu et à cette période.

⇒ Les personnages

Voilà une belle galerie de personnages, dont la plupart sont des figures ayant réellement existé. Les personnages sont d’ailleurs une des forces de Mireille Calmel. Ils sont attachants, aventureux. Des femmes qui, le plus souvent, se dépassent pour leurs proches ou leur vie.
Ici, Lucia, Isabella, Luigi, Paolo, Marco font de leur jeunesse un atout. Une fougue qui leur permet d’évoluer dans un monde de fourberie et de débauche.
Des femmes n’hésitant pas à se sacrifier mais sans jamais perdre de vue leur honneur.

Le personnage le plus présent est celui de Lucia, qui doit retrouver son père, l’être qu’elle chérit le plus au monde. Enlevé par des barbares pour une gravure, elle devra mener plusieurs batailles pour le libérer. Si seulement elle y arrive. Aider d’acolytes qu’elle rencontre sur son chemin, elle forcera les barrages. C’est une femme extrêmement forte, psychologiquement très stable, dans un univers malsain, dominer par les hommes.

Finalement tous les personnages sont intéressants à leur manière. Ils sont crédibles, vraisemblables dans leurs actions et leur mode de vie.

⇒ En bref ?

Je vous conseille ce tome 1 si vous appréciez les romans historiques simples à lire et très documentés. L’écriture de Mireille Calmel permet de se plonger dans l’histoire avec beaucoup de facilité.
Si vous avez aimé, comme moi, Aliénor ou encore Lady Pirate, vous devriez aimez le personnage de Lucia.

Je conseille si vous aimez…

– l’Italie à son âge d’or,
– les romans historiques,
– les personnages qui vivent des aventures hors du commun.


 

La part des flammes – Gaëlle Nohant


NOHANT, Gaëlle. La part des flammes. Le Livre de Poche, 2016, 545 pages, 8,60 €.



L’histoire :

En mai 1897, à Paris, se déroule un des évènements mondains où auquel toute femme de la bourgeoisie veut participer : le Bazar de la Charité.
Mais cette année sera endeuillée par un incendie qui dévastera tout et bouleversera la vie de nombreuses femmes.

Ce que j’en ai pensé :

Voilà longtemps que je voulais lire ce roman historique qui avait notamment fait mouche auprès du célèbre libraire de La Griffe Noire, Gérard Collard. D’autant que cela faisait un certain temps que je ne m’étais pas laissée embarquée dans un roman historique.
Et quelle claque ! Une lecture magnifique, une écriture parfaitement maîtrisée et un sujet qui a permis à l’auteur de développer des portraits de femmes et d’hommes du XIXe siècle.

⇒ Le contexte – l’ambiance
Les moeurs d’un siècle à la croisée des chemins, où religion et luxure sont au coeur des préoccupationsLa part des flammes, c’est le visage d’une bourgeoisie qui aime faire voir qu’elle est proche des pauvres et des démunis. Une bonne conscience et un m’as-tu-vu qui pèsent sur les âmes et les relations entre les individus, qu’ils soient simples connaissances ou membres d’une même famille.. Le Bazar de la Charité est donc « the place to be ».

⇒ Les personnages
Violaine de Raezal, Constance d’Estingel et Sophie d’Alençon se rencontrent d’ailleurs dans ce lieu étonnant où bourgeoisie se mélange avec le peuple. Trois électrons libres, en marge de cette société chacune à sa façon.
Violaine de Raezal, depuis la mort de son mari, doit vivre dans la solitude, avec un secret qui la ronge ; Constance d’Estingel, jeune demoiselle sortie d’une institution religieuse et en quête identitaire.
Les personnages masculins ont une part belle également, notamment Lazlo de Nérac, journaliste et amoureux transmis à la façon des romantiques.

Les personnages de ce roman, qu’ils soient principaux ou secondaires, sont tous une figure de l’époque dans laquelle ils évoluent. C’est le point fort du récit.

⇒ En bref ?
Un coup de coeur pour l’histoire et l’écriture de Gaëlle Nohant. Gros travail de recherche derrière le roman. Un moment de lecture excellent.

Je conseille si vous aimez…

  • les romans historiques
  • les portraits de femmes

Les obus jouaient à pigeon vole – Raphaël Jerusalmy


JERUSALMY, Raphaël. Les obus jouaient à pigeon vole. Editions Bruno Doucey, 2016, 177 pages, 15,50 €.



L’histoire :

1916 : tranchée de première première ligne, au lieu-dit le Bois des Buttes. Le 17 mars à 16 h, le sous-lieutenant Cointreau-whisky, alias Guillaume Apollinaire, engagé volontaire, est atteint à la tempe par un éclat d’obus alors qu’il lit une revue littéraire. La revue qu’il tenait au moment de l’impact, annotée de sa main, vient d’être retrouvée en Bavière. C’est du moins ce que prétend l’auteur de ce récit. Les 24 h qui précèdent l’impact y sont relatées heure par heure, en un cruel compte à rebours qui condense le drame humain en train de se jouer au fond de cette tranchée et le bouleversement qu’il entraîne dans l’âme d’Apollinaire. Car cette journée va être capitale pour la poésie.

Ce que j’en ai pensé :

Lu dans le cadre du Prix Littéraire Cezam Inter-CE, par le biais duquel je vais donc lire 10 romans empruntés à la bibliothèque de mon CE.

Les obus jouaient à pigeon vole est un roman très particulier, court, qui nous parle de Guillaume Apollinaire, et de son engagement dans la Première Guerre Mondiale. Nous sommes le 16 et 17 mars 1916, dans une tranchée sur le front. Dans 24 heures, Apollinaire sera touché à la tête par un éclat d’obus.
Ce récit, c’est le compte à rebours qui nous amène jusqu’à l’impact.

Une écriture magnifique de Raphaël Jerusalmy, que je découvre et qui m’a totalement charmée. En très peu de pages, il nous conte la foi d’Apollinaire en son engagement, comme moyen de sublimer la poésie qui l’anime telle une flamme inextinguible. Pas de mélodrame dans ces quelques pages. Simplement des citoyens qui sont lancés dans ce conflit et qui en mesure la barbarie mais sans la nommer, sans s’apitoyer, sans montrer leur peur. Une force patriotique innée.
Apollinaire est un des rares poètes à s’être porté volontaire. Les projectiles ? Des « danseuses surdorées ». Et ces deux phrases, qui résument tellement bien tout cela : « Ah, si la guerre pouvait au moins servir à ça ! A écrire chaque ligne comme si c’était la dernière. »

Cette sélection de livres débute très bien ; il me tarde de découvrir ses concurrents !