Outlander, t.1 : Le chardon et le tartan – Diana Gabaldon


GABALDON, Diana. Outlander, t.1 : Le chardon et le tartan. J’ai Lu, 2014, 852 pages, 16 €.


L’histoire :

Claire est une jeune infirmière de vingt-sept ans. Nous sommes en 1945, et, avec son mari Frank, ils se remettent doucement de la terrible guerre qui vient de sévir.
Mais lors d’une visite sur un lieu ressemblant à Stonehenge, elle se retrouve plongée au coeur des Highlands, au XVIIIe siècle. Un voyage dans le temps, aussi inexplicable qu’étonnant, qui la fera découvrir une époque, des moeurs et surtout, l’amour.

Ce que j’en ai pensé :

« Outlander« , LA saga historico-romantique qui fait un tabac en ce moment chez les lecteurs depuis que les éditions J’ai Lu ont fait reparaître les intégrales et que celles-ci ont été adaptées à la télévision américain sous forme de série. Avec ce premier tome et ses quelques 850 pages, vous avez entre les mains le plus court des tomes, c’est dire.

Autant le dire d’entrée, je ne fais pas exception : j’ai adoré cette aventure historique et romantique, qui met en scène des personnages complexes et un vrai contexte historique. A l’heure où la romance, érotique de surcroit, pullule en littérature, où les auteurs de ces dernières ne font plus preuve d’originalité malheureusement, il est temps de replonger dans le passé. Oui, car Outlander a plus de vingt ans !

Plusieurs choses m’ont plu dans ce roman :
– Le thème du voyage dans le temps, sous forme de croyance ésotérique qui donne un pouvoir magique aux monuments mégalithiques de grandes pierres concentriques à la Stonehenge. Claire se retrouve ainsi propulsée dans le passé, à l’époque et à l’endroit où vivait l’un des ancêtres de son mari, Jonathan Randall. Vu ce contexte, il est évident que cela n’est pas fortuit. Pourtant, je ne sais toujours pas les raisons de ce voyage, pourquoi elle et pourquoi cette époque. Peut-être dans un prochain tome ?
– La géographie des Highlands, très bien décrite dans le roman, m’a fait tombé sous le charme de cette Ecosse faite de grandes étendues verdoyantes, hantée par les esprits et croyances vieux comme le monde.
– Les moeurs de l’époque à divers niveaux : les sorcières et leur traque, les relations hommes/femmes notamment au sein du couple, les guerres de clans et les abus de pouvoirs des chefs.
– L’histoire d’amour entre Claire et Jamie ! Un délice d’authenticité, de peur et de joie, de souffrance et de confiance, de relation charnelle, de sentiments pudiques et voilés. Je les ai adoré et ai tellement hâte de les retrouver dans le tome 2.

Et puis pour finir, l’écriture de Diana Gabaldon (avec la traduction de Philippe Safavi) est géniale ! C’est cru et doux à la fois ; des descriptions qui ne sont pas plombantes… Bref un concentré qui marche, incontestablement. Je comprends l’engouement autour de cette saga.

Vous aimerez si…

– La région écossaise des Highlands vous intéresse en littérature.
– Vous aimez les histoires d’amour atypiques.
– Le roman historique d’aventure avec un brin de science-fiction vous plaît !

Le nombre de Dieu – José Luis Corral


CORRAL, José Luis. Le nombre de Dieu. HC éditions, 2015, 443 pages, 22 €.
Traduit de l’espagnol par Anne-Carole Grillot.


L’histoire :

Début du XIIIe siècle, le temps des cathédrales. Henri de Rouen et Teresa Rendol, respectivement maître bâtisseur et maître peintre, vont traverser ces années culturellement fastes entre les villes espagnoles de Burgos et Leon, participant activement à l’élévation de magnifiques cathédrales.

Ce que j’en ai pensé :

« Le nombre de Dieu« , c’est une fresque historique magnifique, qui vous entrainera dans un Moyen-âge florissant, à une époque charnière, une sorte de parenthèse où l’art change et les femmes ont une place à part entière dans la société.
Henri de Rouen et Teresa Rendol, nos protagonistes, sont les fervents constructeurs de ce siècle. Nous allons les suivre de leur enfance jusqu’à leur mort, dans une passion à la fois amoureuse et professionnelle.

Dès les premières pages, le lecteur en prend plein les yeux avec la merveilleuse cathédrale de Chartres du temps de sa construction. Chartres, c’est l’apogée des vitraux, qui permettent au monument de laisser entrer la lumière ; cette lumière qui sera la quête des nouveaux bâtisseurs. C’est à cette époque, au XIIIe siècle, que les cathédrales, abbayes et monastères gothiques s’élèvent en Europe. Des édifices majestueux, nécessitant des connaissances en mathématiques très précises, notamment ce nombre de Dieu, qui est en fait « l’harmonie de la proportion« , comme nous l’explique l’auteur dans un épilogue court mais très appréciable pour le lecteur.
Et José Luis Corral, avec toute la précision du professeur d’histoire médiéval qu’il est, nous décrit l’architecture d’une façon si précise que l’on voit littéralement le monument. Moi qui aime l’histoire de l’art, je me suis sentie tellement bien au contact de ces descriptions ! Elles illustrent le faste, la magnificence et surtout le travail de titan que constituaient ces édifices. Des décennies de construction, des évêques qui se succédaient, avant de voir l’oeuvre achevée.

Mais au-delà de l’histoire culturelle et architecturale, José Luis Corral ancre son histoire dans l’Histoire avec un grand « H ». Nous sommes quelques années après Aliénor d’Aquitaine. Dans cette parenthèse éphémère où les femmes ont une liberté presque totale. A cette époque, les femmes peuvent, à l’égal des hommes, devenir maître bâtisseur, maître peintre, comme c’est le cas de Teresa. Une femme forte qui, d’ailleurs, n’a qu’une peur : perdre cette liberté. De tradition familiale cathare, Teresa doit évidemment cacher ses aspirations pour ne pas risquer le bûcher.
Henri sera l’amour de sa vie. Et il en sera de même pour lui. Un amour sincère et pur, qui sera semé d’embûches. Leur histoire passionnelle, du fait qu’elle se déroule sur la durée ; jusqu’à leur mort ; m’a beaucoup touché. J’ai eu de l’empathie pour ces deux personnages forts et toutefois prisonniers d’un monde religieux, que ce soit chrétien ou cathare. Terriblement beau.

Ce livre aura été pour moi une plongée étonnante dans un Moyen-âge, que l’on traite à tort d’âge sombre. L’art gothique, l’art de la lumière, c’est le Moyen-âge. Un monde florissant, où les hommes connaissaient les principes mathématiques et géométriques à la perfection. Assez en tout cas pour ériger des cathédrales frisant parfois la démesure. Et surtout des édifices qui nous sont parvenus, presque mille ans plus tard.

Merveilleuse lecture, que je recommande aux férus d’histoire de l’art, et d’histoire tout court.

Vous aimerez si…

– Les romans historiques vous intéressent.
– Le Moyen-âge est une époque que vous connaissez, aimez ou simplement souhaitez découvrir.
– L’architecture des cathédrales gothiques vous plaît.

Le sourire du Diable – Antonia Hodgson


HODGSON, Antonia. Le sourire du Diable. XO éditions, 2015, 479 pages, 19,90 €.


L’histoire :

Tom Hawkins est un joueur invétéré, si bien qu’un jour, criblé de dettes, il est envoyé à Marshalsea, la prison londonienne pour débiteurs.
Cette véritable ville dans la ville, jeux de pouvoir et d’argent, est le lieu de traitements infâmes, où la mesquinerie est reine.
Nous sommes à Londres, au début du XVIIIe siècle.

Ce que j’ai apprécié :

– Ce livre est à la fois un roman policier et une extraordinaire fresque historique. A la manière d’un huis-clos, on entre avec Tom Hawkins dans la sinistre mais étonnante prison de Marshalsea.
Marshalsea, c’est une prison qui a réellement existé au XVIIIe siècle et qui était donc dévolue aux débiteurs, c’est-à-dire toutes les personnes du peuple qui devaient de l’argent et étaient dans l’incapacité de rembourser leurs dettes.
En ouvrant ce livre, je ne pensais pas découvrir une telle réalité historique. Et ce qui est fascinant dans ce livre, c’est que le glauque partage la vedette avec le burlesque, notamment au travers des personnages.

– Car, oui, il faut bien le dire, ce roman est une galerie de personnages détonnants ! Pour beaucoup d’entre eux, Antonia Hodgson s’est appuyée sur des documents d’archives et ont donc vraiment vécu, pour un temps au moins, dans la prison de Marshalsea.
Des personnages qui évoluent dans une prison atypique puisqu’elle fonctionnait selon toute vraisemblance comme un quartier à part entière de Londres. Avec des tavernes et leurs tenanciers, les prostituées, un barbier, le Palais de Justice, etc. Le tout dans un rapport à l’argent extrêmement exacerbé.
Ainsi tous les individus que l’on croise ne sont pas de braves gens. Ils ont des défauts, souvent liés à la dépense excessive d’argent qu’ils n’avaient pas. Mais guère plus.
Pourtant, quelques mois avant que Tom Hawkins arrive, un homme a été retrouvé pendu. La thèse du suicide est vite conclue. Mais la femme du brave homme crie à l’assassin. Aussi, s’il veut retrouver la liberté, Tom va se mettre en quête du meurtrier. Et ce n’est pas évident, dans un environnement où le mensonge et le chacun pour soi sont un art de vivre.

– Ce qui m’a littéralement fascinée, et que j’ai vraiment préféré, c’est sans aucun doute la description des ambiances. Antonia Hodgson le dit elle-même : elle s’est beaucoup documentée, et tout ce qu’elle décrit s’appuie sur des témoignages d’époque. Et côté retranscription, elle a fait un magnifique boulot.
La saleté et les odeurs, vous allez les sentir. La pauvreté, la misère, la variole, les enfants chétifs et cabossés par la vie, vous allez les voir.
Les plus terribles tableaux que nous donne littéralement à voir l’auteure, ce sont deux lieux et pratiques infâmes. Tout d’abord, le Common Side : le côté de la prison le plus odieux, d’où sortent des lamentations terribles. Et pour cause, à la manière des camps de la mort, les prisonniers, hommes, femmes et enfants, sont entassés comme des bêtes, dans leurs excréments et leurs maladies incurables et transmissibles. Un charnier vivant horrible.
Et puis également cette pratique, véridique, qui consistait à punir les rebelles de la prison en les enchaînant à des corps en décomposition pendant plusieurs jours.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Le point qui m’a le moins emballé, c’est l’enquête en elle-même, qui permet à l’auteure de justifier son roman historique en quelque sorte. Une enquête certes bien faite, mais qui ne m’a pas franchement intéressée.

En bref ?

Un roman historique bien plus qu’un roman policier. Et quel roman historique ! Le Londres du XVIIIe siècle dans toute sa réalité crue, et non embellie comme l’ont décrit beaucoup de romanciers.
C’est choquant et en même temps burlesque à certains moments, notamment à travers le personnage haut en couleurs de Samuel Fleet.

Le bâton d’Euclide – Jean-Pierre Luminet


LUMINET, Jean-Pierre. Le bâton d’Euclide. Le Livre de Poche, 2012, 316 pages, 6,60 €.


L’histoire :

642. Le général Amrou entre dans Alexandrie pour brûler tous les documents de la célèbre Bibliothèque. Sur place, un vieux philosophe chrétien, un médecin juif et une jeune mathématicienne vont tenter de l’en dissuader, en racontant ses richesses et son histoire.

Ce que j’en ai pensé :

– J’ai reçu ce livre dans le cadre d’un échange avec The Hoodoo’s Library, sur le thème des sciences. Je n’en avais donc jamais entendu parler avant de le recevoir. Et autant vous le dire, je suis ravie de cette lecture !

– L’auteur, Jean-Pierre Luminet est un astrophysicien que je connaissais de nom, notamment pour avoir tenu un temps une chaîne You Tube (Du Big Bang au Vivant) avec le grand Hubert Reeves, où ils abordaient des questions relatives à l’astronomie de façon vulgarisées.
J’ai donc été très surprise de le voir en écrivain de romans, pour mon plus grand plaisir.

– Tout d’abord, l’écriture est parfaite, avec beaucoup de vocabulaire, sans être incompréhensible. De plus, à la fin de l’ouvrage, des annexes nous donnent à voir une chronologie avec les évènements politiques et les évènements culturels, un dictionnaire des personnages principaux cités ayant réellement existé (seul Hypatie est inventée en fait) ainsi que des « notes savantes ».
En refermant ce livre, vous aurez nécessairement appris des choses vous en ressortirez plus érudit, si, si !

– Concernant l’histoire, Amrou, un général de l’armée du calife Omar, entre dans Alexandrie sur ordre de ce dernier pour prendre la ville et détruire tout ce qui s’opposerait à la parole du Prophète.
Amrou est un personnage très intéressant puisqu’il est tiraillé entre l’obéissance militaire qu’il doit à son chef et sa curiosité naturelle pour l’Autre. Ainsi, quand Philopon, le philosophe, l’entend arriver dans le Bibliothèque, il s’attend à mourir immédiatement et non à rencontrer un homme cultivé. S’en suit des discussions autour de l’histoire de la ville d’Alexandrie, de la Bibliothèque, on va nous raconter Euclide, Aristarque et Archimède, les intrigues politiques, la dynastie des Ptolémées, l’astrologie, etc.
Ce livre est donc à la fois un livre d’histoire et un pamphlet humaniste.

– En substance, ce récit est aussi une preuve, s’il est encore besoin d’en apporter, de l’importance des livres. Comme il est dit dans le texte, si les livres sont une arme, le langage est une armée. Car évidemment, quelle autre signification donner aux autodafés, sinon que le savoir contenu dans les livres fait peur aux ignorants ?
Il y a aussi la question de Dieu, des différentes religions et de la science qui s’interpose dans celles-ci, et aussi bien sûr le respect de l’Autre.
Quatre personnages, quatre appartenances différentes : Amrou le musulman, Philopon le chrétien, Rhazès le juif et Hypatie l’athée qui n’a pour religion que la voûte étoilée et ses mystères.

– Jean-Pierre Luminet a écrit un roman historique. C’est-à-dire que les éléments réels qui sont parvenus jusqu’à nous sont présents, pour le reste il a brodé, comme le font tous les romanciers. Ainsi, de cet interlude de dialogues, nous ne sauront jamais s’ils ont eu lieu ; mais la fin n’est malheureusement pas joyeuse puisque, on le sait, la Bibliothèque d’Alexandrie a bel et bien été détruite par le feu.
Néanmoins, le mystère de manuscrits sauvés in-extremis restera toujours une légende à laquelle tous les fervents amoureux des Sciences voudront croire !

En bref ?

Un livre court mais résolument riche. Ce sont des historiettes et anecdotes de notre Histoire, racontées à la façon d’un maître à son élève, avec la conviction de vouloir sauver le monde.

La croisade des voleurs – Jean-Michel Thibaux


THIBAUX, Jean-Michel. La croisade des voleurs. Presses de la Cité, 2015, 374 pages, 21 €.


L’histoire :

Anne est une jeune fille de seize ans, toulonnaise, fille de Mains d’Or, le roi des voleurs de la cité.
Nous sommes en 1096. Pour les beaux yeux du jeune comte Raymond-Geoffroy, elle va exhorter son père et sa clique à s’engager dans ce qui sera la Première Croisade. Reprendre Jérusalem aux musulmans sera leur cheval de bataille.

Ce que j’ai apprécié :

– Jean-Michel Thibaux, je le connaissais à travers deux ouvrages et, déjà, j’avais apprécié son écriture. Ecrivain plutôt régional, il aime mettre en avant sa Provence natale. Et ici, la tradition continue puisque notre histoire débute à Toulon et aura pour protagonistes des toulonnais du peuple, des pauvres hères qui auront tout à gagner dans une bataille où l’or promet d’être la récompense.

– J’ai aimé ce roman historique, de par son thème. Nous sommes au Moyen-âge, ce qui en soit m’a beaucoup intéressé car on a tendance à renier cette période dans la littérature. Hors, c’est effectivement l’époque des Croisades, et notamment la Première Croisade, qui dura trois ans, de 1096 à 1099. C’est précisément le cadre de notre histoire.
En presque 400 pages, l’auteur explique avec force détails les aventures, réelles, qu’ont pu vivre les croisés. Notamment ces gens du peuple, qui côtoyaient les nobles, là où cela n’aurait pas été possible dans leur vie précédente. A la manière des premiers colons, ils étaient là-bas pour un idéal chrétien, mais surtout pour s’enrichir aux dépens des autochtones.
Le but de cette croisade étaient de reprendre le contrôle sur Jérusalem aux Turcs, ceux-là mêmes qui avaient choisi de ne plus laisser passer les pèlerins chrétiens.
Ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est que le contexte historique est très fidèle à la réalité. Arrivée à Constantinople, siège d’Antioche, prise de Jérusalem.
De même que les grands noms de cette croisade ont réellement existé : Pierre l’Ermite, Alexis Ier, Adhémar de Monteil, etc.

– Question style, c’est très romanesque, à la manière des grandes épopées de l’Histoire, façon roman d’aventures. C’est fluide, bien écrit, sans emphase. Un bon divertissement, tout en en apprenant plus sur cette période historique.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– J’aurais aimé que les histoires d’amour d’Anne soient plus approfondies, car c’est justement une histoire de coeur qui l’a fait s’engager auprès des Toulonnais dans la Croisade des Pauvres.

– Il n’y a pas de bibliographie ou de note de l’auteur en fin d’ouvrage qui pourrait nous éclairer sur la réalité et la fiction dans cette histoire. Toujours intéressant lorsqu’on lit un roman historique.

En bref ?

Un très bon roman historique, qui a l’intérêt de mettre en avant de façon précise une période de l’Histoire qui n’est pas souvent traitée en littérature.