Archives de catégorie : Littérature du terroir

Blues – Marcel Rabarin

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RABARIN, Marcel. Blues. Nelson District, 2ème édition, 2014, 65 Ko.


L’histoire :

Un village provençal. Une fête de village. Une jeune fille est morte récemment et, dans la soirée, le corps d’une seconde jeune fille est retrouvée. Qui est le meurtrier et pourquoi ?
Rémi, un villageois lambda, est intrigué comme tous. Parallèlement, le retour au bercail d’un homme bouleverse son couple.

Éléments de réflexion :

Un roman qui évoque la routine quotidienne à la fois dans un village mais aussi au sein d’un couple, ainsi que le petit grain de sable qui vient enrayer la machine et oblige les acteurs à se dévoiler.
De plus, l’auteur nous parle de la mélancolie, un sentiment étrange, qui peut toucher tout le monde et faire des ravages.

Les points positifs :

– Point fort pour l’écriture de Marcel Rabarin que j’ai trouvé très bonne. Syntaxe, vocabulaire, émotions, tout y est.

– J’ai beaucoup aimé le personnage de Rémi. Quarantenaire, amoureux de sa femme et réciproquement, depuis vingt-cinq ans, deux enfants, une vie paisible, rien n’entache son bonheur. Puis, l’élément déclencheur, l’arrivée de Julien, ancien enfant du pays parti explorer le monde, bouleverse sa routine. Laurence, la femme de Rémi, est irrésistiblement attirée par cet homme baroudeur et rieur. Les angoisses, la peur d’être quitté, celle de vieillir, tout remonte à la surface. Ajoutez à cela le meurtre de jeunes adolescentes de l’âge de Marie, sa fille, le pauvre Rémi est désemparé.
A travers ce personnage, l’auteur développe tout un panel d’émotions parfaitement vraisemblables : la peur, la mélancolie, la colère, le ressentiment. Un personnage très bien imaginé et bien construit, que j’ai tout de suite adopté.

– Ensuite, la résolution des meurtres est vraiment intéressante et bien trouvée, surtout dans l’environnement d’un village sans histoire à la base, refermé sur lui comme peuvent l’être les villages où tout le monde se connaît. Avec les histoires de famille, les non-dits et les rumeurs.

Les points négatifs :

Pas vraiment de points négatifs. J’ai globalement beaucoup apprécié cette lecture.

En bref :

Un roman qui m’a surprise par son intérêt tant au niveau de la psychologie du personnage de Rémi, que par l’intérêt d’une histoire de villageois tourmentés par des morts violentes.

Le rond de la Fontaine – Georges Terlon

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TERLON, Georges. Le rond de la fontaine. Nelson District, 2ème édition, 2014, 165 Ko.


L’histoire :

Village provençal, 1952. La vie dans un hameau sans électricité, ni eau courante. Les complots, les rumeurs, mais aussi la solidarité.
Il y a Sophie et son mari Jacques. Robert, leur ami, voire plus pour la jeune femme. Il y a le maire, avide de pouvoir. Mais surtout, il y a la fontaine, le lieu où l’on apprend et commente l’actualité.

Éléments de réflexion :

Ce très court roman, uniquement disponible au format numérique, nous conte avec simplicité l’histoire de villageois provençaux, à travers des querelles sociales, amoureuses, ou encore immobilière. L’importance de conserver un mode de vie simple, où l’entraide reste le point culminant.

Les points positifs :

– C’est un roman bien écrit, avec une très bonne syntaxe, donc agréable à lire.

– L’auteur utilise le parler provençal et d’époque. Certaines expressions locales mais aussi l’utilisation de la particule « le » ou « la » devant les prénoms (la Sophie, le Jacques). J’ai trouvé cela intéressant car il y a un respect historique et géographique de l’histoire.

– L’histoire en elle-même est sympathique, il y a des rebondissements (même s’ils sont parfois prévisibles) et le lecteur s’immerge assez bien dans la vie des personnages et les péripéties qui leur arrivent.

Les points négatifs :

J’ai trouvé l’histoire trop courte et donc trop rapide. Ce qui m’a donné l’impression que les actions s’enchaînent beaucoup trop vites.

En bref :

Un roman agréable à lire, qui, sans être transcendant, aura l’avantage de vous plonger dans un quotidien régional et historique intéressant.

Elise au pays des alpages – Régine Boisier

9782842063771FSL’histoire :

Élise est une orpheline, née dans un hameau proche du Grand-Bornand en Haute-Savoie. En orphelinat pour commencer puis recueillie par deux vieilles filles, elle va n’avoir de cesse de vouloir en savoir plus sur sa naissance.

Un peu de réflexion…

Régine Boisier nous conte avec cette histoire très simple à la fois deux choses : d’une part les paysages de Haute-Savoie avec une géographie particulièrement montagneuse, et d’autre part la vie dans ses milieux reculés et parfois hostiles au début du XXe siècle.

Les points positifs ?

Plusieurs choses m’ont plu dans ce récit.
Tout d’abord, l’idée de base, à savoir le début du siècle (1913 pour être exacte) où les convenances sont de mises. Ainsi, une jeune femme enceinte sans être mariée ne peut que jeter l’opprobre sur sa famille et doit faire en sorte de cacher son péché.
Ensuite, j’ai trouvé l’écriture de Régine Boisier très agréable, avec des descriptions légères des paysages environnants.
Puis l’histoire en elle-même ainsi que le personnage d’Élise m’a vraiment charmé. Une jeune fille qu’on suit de sa naissance à ses vingt ans, avec une réelle déchirure qui est celle de l’orphelin. Les questions sur ses racines, et la façon de se construire sans connaître l’histoire de ses parents.

Les points négatifs ?

Plus une précision qu’un point négatif : la lecture de ce roman pourra ravir beaucoup de personnes mais je le conseille évidemment principalement aux personnes originaires des Savoie, puisque les éditions de la Fontaine de Siloé privilégient justement des récits où les lieux savoyards et hauts-savoyards ont presque une place de personnage principal.

En bref ?

Un roman régional qui m’a beaucoup plu et qui m’a permis de visualiser les paysages avec d’autant plus de facilité qu’ils me sont familiers.

L’orange de Noël – Michel Peyramaure


Quatrième de couverture :

A la fin de l’été 1913, Cécile Brunie, toute jeune institutrice, arrive à Saint-Roch pour y prendre possession de son poste.
Dans ce petit village de la basse Corrèze où le curé fait seul la loi et où prospère une école catholique, elle est accueillie comme le diable en personne. Nul doute que, comme ses prédécesseurs, elle ne puisse tenir que quelques mois devant le redoutable abbé Brissaud qui, chaque dimanche, tonne contre l’école sans Dieu et ses suppôts. Mais Cécile fait front, résiste aux injures, aux provocations, aux calomnies et, peu à peu, gagne la confiance du village et vois se peupler son école. Au terme d’une année terrible, sa victoire aura le visage heureux de la petite Malvina Delpeuch, que chacun considérait comme une demeurée et qu’elle aura réussi à conduire jusqu’au certificat d’études.

Mon avis :

Dans ce livre, amour et histoire des campagnes se côtoient. Un roman du terroir qui met en scène une jeune institutrice, Cécile Brunie, et une demoiselle de quatorze ans passant pour simple d’esprit, Malvina. Ces deux êtres que tout opposent vont se trouver et s’apprivoiser tout au long d’une année scolaire. 

La narratrice est Malvina Delpeuch adulte. Elle raconte une année scolaire de son enfance à Saint-Roch, village de Corrèze, en 1913/1914. Considérée comme attardée mentale par la population, on ne s’occupe que très peu d’elle. Elle vit ainsi de façon très libre, à la manière d’un animal. 
Lorsque Cécile arrive au village pour enseigner à « la communale » ou école laïque, elle est prise pour cible par le curé et ses partisanes. Malvina suit le mouvement et la prend en grippe. Mais une chose va tout changer : Cécile, elle, ne croit pas à la « maladie » de la jeune fille. 
En la prenant sous son aile, l’institutrice va changer sa vie et la faire sortir de sa bulle. Cela passe par l’apprentissage du français et la confiance en soi. Petite révolution pour les villageois, Cécile ne s’arrête pas là. Elle va tenir tête au curé, l’abbé Brissaud, qui la dénigre lors de ses offices : le problème étant que Cécile représente l’école laïque.

Ce roman, très simple, doux, sans rebondissements, est très agréable à lire. Mais surtout, il informe le lecteur sur la vie dans les campagnes au début du XXe siècle ; sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, avec notamment l’apparition de l’école laïque dont les représentants sont vus comme le diable. Un roman du terroir certe, mais aussi un roman historique. Le personnage de Cécile montre au lecteur la difficulté d’être une femme seule à cette époque. Une femme seule et libre, qui lit des ouvrages interdits par l’église mais qui n’est cependant pas athée : un duo qui semble impossible. Peut-on enseigner et prôner l’école laïque, l’école sans Dieu, et être toutefois croyante ? Difficile à faire admettre et Cécile devra se battre pour s’affirmer. Sa victoire, pense-t-elle, ne peut passer que par la réussite de Malvina au certificat d’études.

Un roman agréable et intelligent, qui ravira les amoureux d’histoire et de littérature du terroir. Michel Peyramaure, très reconnu dans ce genre littéraire, fait passer beaucoup d’émotions dans son écriture ; c’est peut-être pour cela qu’il y a un sentiment de nostalgie qui s’est emparée de moi à de nombreux moments au cours de cette lecture.

Savoie, une montagne de légende – Lucien Chavoutier

Quatrième de couverture :

« Tous les pays qui n’ont plus de légendes seront condamnés à mourir de froid… »
Patrice de La Tour du Pin.

Mon avis :

Entre Histoire et légendes, le fossé semble immense. Les légendes n’en sont pas moins aussi importantes que l’Histoire. Elles véhiculent une histoire populaire, un témoignage de la vie à une époque et un lieu donné. Lucien Chavoutier nous les présente comme des compléments à l’Histoire que l’on nous conte traditionnellement.

Ici, c’est la Savoie qui est traitée mais également toute la chaîne alpine. Quelles légendes se sont créées ? A partir de quels évènements ? Quelles sont leurs particularités ? Au travers de quinze chapitres thématique, l’auteur nous entraîne dans la Savoie d’antan et dans l’imaginaire collectif de ses populations paysannes montagnardes.
L’on apprend notamment le mystère engendré par les Alpes, cette chaîne de montagnes magnifique, fascinante, mais aussi mystérieuse et parfois dangereuse. L’on apprend également la vie quotidienne des villageois, la relation entre les individus mais les rapports des hommes avec une nature très riche, qu’elle soit animale ou végétale.

Avec un effort certain de vulgarisation, l’auteur entraîne le lecteur familier vers des lieux connus de lui (notamment des villages savoyards de Maurienne et Haute-Maurienne) mais dont les légendes qui s’y attachent peuvent lui échapper. 
Pour ma part, j’ai beaucoup aimé retrouver les légendes autour du Diable, très présentes dans la région. Notamment celle du diable et du Pont du Diable à Bessans, village et station d’hiver que je connais bien.

L’auteur explique que les légendes sont essentielles pour l’Histoire. En la complétant, elle ne la renie pas. En effet, il explique assez bien que les populations ne sont pas naïves au point de prendre à la lettre les fables racontées lors des veillées. Cela permet simplement de créer des historiettes autour de fait divers : des gros blocs de pierre charriés par les glaciers ; les edelweiss, ces magnifiques fleurs qui ne poussent qu’entre 1000 et 3000 mètres d’altitude ; etc.

Plus qu’un recueil de légendes, ce livre est donc également un essai sur le rôle et la valeur de celles-ci. Une bibliographique très complète montre l’important travail de documentation de l’auteur (108 références sont citées dans le livre et reprises en fin d’ouvrage).
Je ne peux que recommander cette lecture aux savoyards et haut-savoyards. Pour les autres, n’hésitez pas à vous procurer des livres de cet acabit mettant en scène votre région. Très enrichissant.