L’ascension du Mont-Blanc – Ludovic Escande


ESCANDE, Ludovic. L’ascension du Mont-Blanc. Allary éditions, 2017, 161 pages, 16,90 €.



L’histoire :

Quand Jean-Christophe Rufin et Sylvain Tesson emmènent un éditeur sujet au vertige à 4800 mètres d’altitude…
Éditeur parisien, Ludovic Escande est plus habitué aux salons littéraires qu’aux bivouacs en haute montagne. Un soir, il confie à son ami Sylvain Tesson qu’il traverse une période difficile, l’écrivain lui lance : « Mon cher Ludovic, on va t’emmener au sommet du mont Blanc ! ».
Avec sincérité et humour, Ludovic Escande raconte cette folle ascension qui est aussi et surtout une formidable aventure amicale, littéraire et spirituelle.

Ce que j’en ai pensé :

Voilà une découverte littéraire faite au hasard, comme on aimerait en faire plus souvent ! Ce qui m’a attiré en premier, c’est le nom de Sylvain Tesson, cet écrivain aventurier dont j’aime lire les livres pour leur philosophie et l’évasion qu’ils procurent.
Et me voilà plongée avec Ludovic Escande, éditeur parisien, dans une aventure assez folle, inédite en tout cas pour un citadin comme lui soumis au vertige.

En proie à une situation personnelle difficile, le défi à relever est de taille. Il fait peur, il angoisse même, mais après tout, pourquoi pas ?
Cette aventure amicale est un condensé d’humour et de folie. Des alpinistes fêtards, des écrivains un peu fou, un guide imperturbable et un éditeur qui se demande clairement ce qu’il fait là.

J’ai trouvé cette lecture ressourçante ! En effet, on est loin des sportifs qui se préparent corps et âme. Non, ici les soirées sont interminables, musicales et surtout alcoolisées ! Et pour cause, ce défi sportif est avant tout une aventure amicale et prône la confiance et le dépassement de soi. Encourager un ami, lui vider la tête de son quotidien sombre.

⇒ En bref ?

J’ai été charmée par ce court récit. C’est humble mais riche. Je salue l’auteur !

Je conseille si vous aimez…

– l’alpinisme
– les témoignages


L’islam sera français ou ne sera pas – Farid Abdelkrim


ABDELKRIM, Farid. L’islam sera français ou ne sera pas. Les Points sur les i, 2015, 128 pages, 12 €.


L’histoire :

À moins qu’il ne devienne français, l’islam en France est condamné, non pas à disparaître, mais à demeurer un problème. En posant ainsi le débat, ce livre ambitionne de soulever de vraies questions. Et d’y répondre ! Faut-il persister à vouloir représenter les musulmans ou simplement servir leur culte ? Pourquoi des citoyens, sous prétexte de leur appartenance réelle ou supposée à la tradition islamique, ne parviennent-ils pas à se sentirent membres à part entière de la communauté nationale ? La deuxième religion du pays est-elle condamnée à n’être envisagée qu’à travers les prismes ethnique, communautariste, électoraliste et policier ? Qu’on se le dise, la France a et aura l’islam et les musulmans qu’elle mérite. Et ces derniers ont et auront la France et l’islam qu’ils méritent.

Citoyen, croyant, et soucieux que sa religion cesse d’être un problème pour sa nation, l’auteur est convaincu que pour mettre de l’ordre dans ce désordre, il suffit de séparer les ordres. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. Des mises au point simples et néanmoins réalistes qui jalonnent en permanence cette voie vers un islam définitivement français.

Ce que j’en ai pensé :

Il y a quelques mois, j’ai lu avec grand intérêt « Pourquoi j’ai cessé d’être islamiste » de Farid Abdelkrim. Après cette lecture et le visionnage de plusieurs interviews de l’auteur, j’étais ravie de pouvoir découvrir un autre de ses livres.
Après un récit-témoignage, nous avons ici un livre-réflexion, qui se rapproche d’un rapport qu’un expert pourrait rendre au gouvernement. C’est d’ailleurs le point positif mais aussi le point négatif de ce livre selon moi. Et concernant ce dernier, je dirais en effet que Farid Abdelkrim s’adresse avant tout aux politiques, aux représentants des français, qui cherchent à trouver des solutions pour que l’islam de France s’accorde avec les principes de laïcité. Pour le moment en vain. En tant que lectrice lambda, voire carrément néophyte, je ne me suis pas sentie appartenir au public cible.
Cependant, avec un peu de volonté et en passant outre ce sentiment, il est évident que ce livre est une véritable mine d’informations. Et j’espère que l’auteur saura faire porter ses idées devant les dirigeants français.

Avant tout, il convient de rappeler que Farid Abdelkrim ne parle pas de l’islam dans sa généralité mais bien de son application sur les territoire français. Et selon lui, il faut que l’islam soit « réformer » pour son application en France. Pour se faire, il ne prend pas de pincette : éliminer les imams radicaux et autoproclamés pour établir des imams éclairés ; remettre les musulmans sur le devant de la scène afin qu’ils ne s’effacent pas devant des chefs religieux qui décideraient de la façon de mener leur religion à leur place.
L’auteur parle beaucoup, entre les lignes, du rôle du vocabulaire, qui peut être aussi néfaste et stigmatisant que porteur de richesses.
Ce qui ressort de ce livre, de ce « prologue » comme il le dit lui-même, c’est la nécessité de créer un islam de France très vite, avant que les religieux radicaux gangrènent toujours plus des pans entiers de la population.
A voir si nos dirigeants sauront prendre acte concrètement de ces idées, sans s’en tenir à de belles paroles qui ne font en rien avancer le débat. A bon lecteur, salut !

Vous aimerez si…  

  • Les évènements tragiques de novembre 2015 à Paris vous donne envie de vous intéresser aux problématiques liées à l’islam.

L’Etat islamique – Samuel Laurent


LAURENT, Samuel. L’Etat islamique. Points, 2015, 184 pages, 6,50 €.


Le thème :

Cet essai traite de l’Etat islamique, cette organisation qui a fait de la France un de ses ennemis à abattre, au nom d’une religion qui sert d’excuse.

L’auteur :

Samuel Laurent est consultant international et possède des connaissances et des contacts inégalés dans les régions contrôlées par Al-Qaïda. Son précédent ouvrage porte d’ailleurs sur cette organisation : Al-Qaïda en France, également disponible aux éditions Points pour l’édition poche.

Ce que j’en ai pensé :

Pour combattre un ennemi, il faut le connaître en profondeur. Ses failles comme les domaines de compétences dans lesquels il excelle. C’est exactement ce que nous propose Samuel Laurent : voir l’Etat islamique tel qu’il est ; à savoir une organisation très bien installée, proclamée califat depuis le mois de juin 2014, qui repose sur des bases très solides.
L’intelligence et la morale sont deux choses bien distinctes. Et pour cause : Al-Bagdadi, le calife de l’EI, ne manque pas de ressources et de finesse d’esprit. Un dictateur sanguinaire, qui n’hésite pas à tuer au sein de ses propres troupes, et qui utilise à merveille les nouvelles techniques, notamment les réseaux sociaux. Concernant ces derniers, c’est Twitter qui l’emporte haut la main. Détournement de hashtag (#) pour toucher plus largement les individus, création de nouveaux comptes dès que l’un d’eux est fermé… Bref, une invasion (pollution, contagion) de leurs idées sur la toile.
Et ce qu’il faut bien avoir en tête, c’est que cette organisation oeuvre en accord avec un Islam des débuts ; pur en quelque sorte. Samuel Laurent explique d’ailleurs de façon assez stupéfiante : « Refuser de voir l’Islam, dans sa forme originelle, comme une idéologie violente et dominatrice, constitue un déni de réalité particulièrement dangereux pour nos nations. Et aussi particulièrement stupide, dans la mesure où il sert les intérêts des musulmans les plus extrêmes… » (p.72) Une affirmation qui tend à prouver que nos gouvernements ne connaissent finalement pas bien cet ennemi qui semble alors inatteignable. D’ailleurs, Samuel Laurent dit bien que les moyens de combattre l’Etat islamique par nos gouvernements occidentaux est parfaitement stérile puisqu’ils se logent chez l’habitant, dans de petits villages et ne se déplacent que dans des tacots défraîchis.

Ce que j’ai trouvé vraiment intéressant dans cet ouvrage, c’est la précision des informations et leur classement. En effet, l’auteur nous évoque toutes les parties de ce gouvernement totalitaire : la structure générale, l’armée, la justice, les renseignements, les financements, la guerre médiatique, la personnalité du calife.
Puis une ouverture sur l’Occident face à l’Etat islamique et ce même Etat islamique en France.
En 180 pages à peine, je suis ressortie plus riche d’informations sur ces formateurs de terroristes car nous effraient par le biais des médias presque tous les jours.

Je souhaite très vite lire Al-Qaïda en France de Samuel Laurent, et vous conseille vivement cet essai pour aller plus loin que ce que nous en disent les médias et nos politiques.

Vous aimerez si…

  • Vous vous intéressez à la géopolitique mondiale actuelle,
  • Si les questions d’Al-Qaïda et de l’Etat islamique vous intriguent et vous font peut-être peur.

Sur la trace des peuples perdus – Jean-Pierre Dutilleux


DUTILLEUX, Jean-Pierre. Sur la trace des peuples perdus. Hugo et cie, 2015, 238 pages, 17 €.


L’histoire :

Pendant plusieurs années, entre les années 1975 et 2000, Jean-Pierre Dutilleux a parcouru le monde pour ses reportages télévisés ou écrits, pour rencontrer et vivre un moment avec différentes tribus. Ceux qu’on appelle les peuples premiers.
Aujourd’hui, il a ressenti le besoin, avant que les souvenirs s’estompent complètement, de nous raconter quelques unes de ces rencontres.

Ce que j’en ai pensé :

Ce livre m’a rappelé l’émission « Rendez-vous en Terre inconnue » qui passe de temps en temps sur France 2. C’est-à-dire que l’on va à la rencontre de peuplades inconnues, encore protégées des technologies liées à nos civilisations.

C’est avec beaucoup d’émotion que Jean-Pierre Dutilleux revient vers ces moments qui l’ont marqué, peut-être plus qu’il ne l’aurait cru au départ. Des personnes qu’il va parfois revoir des années après, qui l’accueilleront presque toujours à bras ouvert, étonnés de voir des photos et des vidéos de proches maintenant décédés.
Ce qui m’a plu, c’est qu’il ne s’agit pas d’un livre d’ethnologie. Ce sont vraiment des souvenirs, ainsi on a autant les ressentis des équipes de réalisation (souvent deux ou trois personnes, guère plus), que des informations sur les peuples rencontrés.
Un carnet photos offre d’ailleurs au lecteur plus de détails que de longs textes écrits. Ces éléments visuels sont toujours très appréciables dans ce genre de livre : c’est vraiment un bon point.

En bref ?

Un livre intemporel, qui m’a plu par la sincérité de la démarche de l’auteur, à savoir laisser une trace pour ne pas oublier. Que ce soit pour lui-même, que pour le monde entier finalement puisque, souvent lorsqu’il revient vers les années 2000 chez un peuple croisé quinze ans plus tôt, les moeurs ont déjà changé, la civilisation est parfois passée par là, en faisant des dégâts incurables.
Le devoir de mémoire et de sauvegarde, c’est aussi pour ces peuples premiers. Le « perdus » du titre, signifie-t-il perdus géographiquement ou perdus, à terme, pour la planète. Peut-être les deux, malheureusement.

Sexe, drogue et natation – Amaury Leveaux (avec Christophe Quillien)


LEVEAUX, Amaury. Sexe, drogue et natation. Fayard, 2015, 249 pages, 18 €.


L’histoire :

Amaury Leveaux a été un des champions de natation français de ces dernières années. En 2013, il prend sa retraite sportive avec un beau palmarès à son actif : médaillé de France, d’Europe, du monde et des Jeux Olympiques surtout.
Ce livre est son autobiographie mais aussi une immersion dans les coulisses de la natation haut niveau.

Ce que j’ai apprécié :

– La natation, à un moment de ma vie, c’était tout. Aussi, lorsque les médias s’y sont vraiment intéressés suite à l’émergence de nageurs talentueux et médiatiques, j’ai suivi les grandes compétitions, j’ai vibré lors des finales tendues, et je me suis réjouis de toutes les victoires. Et puis, je les aimais bien ces nageurs, ils passaient bien à la télévision et semblaient particulièrement sympathiques et discrets.
Amaury Leveaux, avec son autobiographie, nous informe, un peu agacé, que les médias nous racontent ce qu’ils veulent et, surtout, que l’image policée est loin d’être réaliste.

– Autant le dire tout de suite, ce livre depuis sa sortie fait polémique dans le milieu sportif. Aussi, j’étais très curieuse de me faire un avis objectif sur son contenu.
Une fois la lecture terminée, ce qui m’a le plus interpellé, c’est la manière qu’ont les médias et les polémistes, de ne retenir que le plus sulfureux dans un témoignage de ce genre. Evidemment, c’est cela qui fait le buzz. Alors, oui, Amaury Leveaux y va fort : ce livre est garanti sans langue de bois !
Cependant, je n’ai pas eu l’impression qu’il y avait de quelconque règlements de comptes, comme cela lui a été reproché. Il expose des faits qu’il a observé, sur des collègues nageurs qui peuvent avoir une image excellente, parfois usurpée. Souvent, les individus en question ne sont pas nommés, et surtout, il ne s’exclut pas de ce constat. Oui, c’est un sale gosse parfois, oui il a fait des erreurs, oui il s’est pris pour le roi du monde, oui il a pris de la cocaïne, il a fait la fête un nombre incalculable de fois avec champagne et filles à gogo.
Mais ce livre, ce n’est pas QUE les dessous sulfureux de la natation française.

– Avant tout, c’est l’autobiographie d’un jeune garçon qui n’aimait pas l’école et qui a trouvé dans l’opportunité de nager une échappatoire. C’est un jeune garçon que sa mère a élevé seule avec son frère et sa soeur, qui allait aux Restos du Coeur et en colonie grâce au Secours Populaire.
Et puis, Amaury Leveaux évoque la condition de nageur, de sportif en général, professionnel. Levé tôt, enchaîner les longueurs encore et encore, plusieurs fois par jour, avec des séances de musculation. C’est une routine très huilée, dont la moindre contrariété déstabilise tout. Il parle de rigueur mentale, physique et diététique. Non qu’ils soient à plaindre mais, lorsque les sportifs sont jeunes, ils ne tombent pas toujours sur un encadrement tout à fait honnête avec eux. Et puis, le sportif professionnel est contraint à livrer un emploi du temps très détaillé, à la minute près dirait-on, afin de subir des contrôles antidopage à l’improviste.
La vie d’un sportif de haut niveau, ce ne sont pas que les paillettes et Amaury Leveaux le dit très bien dans son livre.

– Et puis, une partie que j’ai beaucoup aimé, il parle de son « pétage de plombs » après les Jeux de Pékin. Pendant trois ou quatre mois, il est devenu une autre personne. Du jour au lendemain il était riche, reconnu et très demandé. Considéré comme le plus beau, le plus fort, le plus intéressant, il y a cru : « J’étais devenu hautain, méprisant, prétentieux et arrogant » (p. 96). L’arrivée brutale d’argent dans les mains d’une personne, jeune qui plus est, n’est pas toujours évidente à gérer. Pas de conseil de la part des instances de la natation ? Lorsque l’on lit le chapitre où il accable la Fédération Française de natation, on imagine bien que, tant que l’argent remontait vers elle, tout le monde pouvait bien s’en fiche qu’il se perde.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– J’ai trouvé certains chapitres inutiles, faisant trop penser à de la jalousie envers d’autres nageurs, comme notamment « Mes amis les Marseillais ». Peut-être un des rares moments du livre qui m’a le plus dérangé par les propos tenus.

– Concernant l’écriture, ce livre a été écrit en collaboration avec Christophe Quillien. Je n’ai jamais lu d’autres autobiographies de sportifs mais, évidemment, concernant le style, il n’y a pas de comparaison à faire avec un roman d’écrivain, les tournures sont parfois maladroites. Ce n’est juste pas comparable. Mais néanmoins, ma lecture a été agréable et je n’ai pas ouvert ce livre pour la forme mais pour le fond.

En bref ?

Ce que je retiens avec ce livre, et qu’il faudrait rappeler aux médias, c’est qu’il s’agit d’une autobiographie et non d’un essai sur la natation française. Aussi, si Amaury Leveaux veut tacler ou donner ses ressentis sur certaines affaires, libre à lui ! Il a le droit d’être subjectif et de tirer le voile d’un sport où les champions sont trop idéalisés.