George Sand : les carnets secrets d’une insoumise – Catherine Hermary-Vieille


HERMARY-VIEILLE, Catherine. George Sand : les carnets secrets d’une insoumise. XO éditions, 2014, 282 pages, 19,90 €.


L’histoire :

1876. George Sand, célèbre écrivain française, meurt dans sa demeure de Nohant. Sa fille, Solange Gabrielle se plonge dans les carnets intimes de cette mère qu’elle aimait autant qu’elle la fuyait. Une mère célèbre, toujours à la recherche de l’amour. Sa vie articulée autour d’amants comme Alfred de Musset ou Chopin fut également une fuite incessante vers un idéal jamais atteint.

Éléments de réflexion :

Ce roman biographique de George Sand s’appuie sur des carnets imaginaires que découvriraient la fille de l’écrivain à la mort de celle-ci. Des carnets que Catherine Hermary-Vieille a imaginé à partir d’éléments réels connus de la vie de celle qui fut socialiste acharnée, défenseur du droit des femmes dans le mariage et la vie en général.
Une biographie, donc, romancée, qui retrace une vie foisonnante, sans pauses, d’une femme aux manières d’hommes qui n’en restait pas moins une demoiselle face aux émois amoureux, parfois violents, de ses amants.

Ce que j’ai apprécié :

- Je suis ravie d’avoir enfin redécouvert l’écriture de Catherine Hermary-Vieille, que j’avais vraiment aimé dans son livre Lola, lu il y a plusieurs années. Un style très poétique, un vocabulaire riche, bref, un réel plaisir de la lire.

- J’ai aimé également le style de narration choisi, à savoir l’alternance entre des passages des carnets de George Sand et les ressentis de sa fille au présent de 1876 sur ce qu’elle lit et sur sa vie et l’influence de la sa mère sur celle-ci.
J’ai trouvé ce procédé particulièrement réussi et original en matière de biographie romancée. Cela permet d’avoir d’une part la vision de George Sand mais aussi les revers psychologiques que son mode de vie a fait peser sur sa famille et notamment sur Solange.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

- Malheureusement, j’ai globalement été peu emballée par le personnage de George Sand, que je ne connais finalement que de nom, et à qui j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher. Si bien que je me suis assez rapidement lassé de cette lecture.
Un conseil, si vous êtes intéressés par cette écrivain de talent, ce livre vous comblera. Si ce n’est pas le cas, j’ai bien peur que ce ne soit pas une lecture prenante.

En bref ?

Une biographie intéressante, très fournie et certainement bien documentée, pour qui s’intéresse à l’histoire de l’art français ; et surtout à la vie d’une des figures les plus célèbres de la littérature de notre pays.

Cadre de lecture : Lu grâce à XO éditions.

Le palimpseste d’Archimède – Eliette Abécassis


ABECASSIS, Eliette. Le palimpseste d’Archimède. Le Livre de Poche, 2014, 426 pages, 7,60 €.


L’histoire :

A Normal Sup, des professeurs sont assassinés de manière atroce, presque rituelle. La signature commune est le célèbre chiffre Pi, mais ces meurtres sont également étroitement liés à un précieux codex, qui serait le palimpseste d’Archimède (Palimseste :un manuscrit constitué d’un parchemin déjà utilisé, dont on a fait disparaître les inscriptions pour pouvoir y écrire de nouveau ; cf Wikipédia). Joachim, brillant élève, va assister sa professeure Elsa Maarek dans l’enquête.

Éléments de réflexion :

Un thriller ésotérique qui aborde les thèmes de la religion et des mathématiques dans la fondation du monde. Tout cela avec l’étude du mystérieux chiffre Pi, un nombre aux décimales infinies, qui s’enchaînent dans une suite qui semble parfaitement aléatoire. Dernière information qui, dans le roman d’Eliette Abécassis, signifie que tout l’ordre du monde et tous les possibles sont inscrits dans les décimales de Pi.

Ce que j’ai apprécié :

- L’histoire d’un écrit d’Archimède, mathématicien de la Grèce antique, qui serait explosif pour la communauté scientifique et surtout religieuse, au point qu’un esprit éclairé a eu l’intelligence de cacher derrière un autre texte historique pour former ce que l’on appelle un palimpseste. Un secret sur la création du monde : sciences ou religion ? L’auteure utilise les deux principes qui s’affrontent depuis la nuit des temps pour répondre aux questions de la vie, de l’Univers et de l’organisation du monde.

– J’ai apprécié le rythme du roman, qui enchaîne les meurtres, les thèses scientifiques, les rituels mystiques avec beaucoup de fluidité.

- Du côté des personnages, c’est leur ambiguité qui est intéressante, davantage que leur personnalité. Quid du tueur ? Rien n’est moins sûr jusqu’à la toute fin du livre. Et surtout, quel mobile ? Le Mal incarné, un psychopathe avide de rituels macabres ou bien sacrifices humains ?

- Et le protagoniste le plus inhérent à l’histoire : le nombre Pi lui-même. On en apprend beaucoup sur les recherches autour de ce symbole mathématique qui est le rapport entre le cercle et la droite, soit entre toute chose, car le monde n’était-il pas fait de cercles et de droites ? J’ai appris de ce fait qu’il s’agissait d’un nombre aux décimales infinies (supposé) et surtout aléatoires. Donc, pourquoi ne pas supposer qu’il s’agirait effectivement du code universel qui régirait le monde dans sa globalité, intégrant de ce fait tous les futurs possibles ? Une théorie que je trouve assez fascinante.
Néanmoins, le livre manque d’une note de fin d’ouvrage où l’auteure aurait pu nous démêler le vrai du romanesque à ce sujet. L’état des recherches développées sont-elles réelles ou inventées pour servir l’histoire ?

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

- Certains aspects mathématiques pas du tout vulgarisés : des termes lancés dans le récit, qui forment des paragraphes tout bonnement incompréhensibles pour un néophyte.

- Joachim, l’étudiant que nous suivons, est en pleine rédaction d’une thèse philosophique sur le Mal. J’ai été un peu déçue de ne pas en savoir plus à ce sujet. La question du Mal me semblait importante au début du récit, puis elle a perdu de l’intensité pour finalement me donner l’impression d’avoir été complètement avortée. Très dommage car j’étais vraiment curieuse à ce sujet !

En bref ?

Un roman ésotérique riche, où le suspense côtoie les informations mathématiques relatives au nombre Pi avec beaucoup de précision.

Cadre de lecture : Lu grâce aux éditions Le Livre de Poche pour la sélection des blogueurs du mois de novembre.

Ce que j’aimerais te dire – Nikos Aliagas


ALIAGAS, Nikos. Ce que j’aimerais te dire. NiL éditions, 2014, 183 pages, 17,50 €.


L’histoire :

Il y a deux ans, la vie de Nikos Aliagas changeait radicalement : sa fille Agathe naissait. Aussitôt, le besoin de transmission s’est fait ressentir. Mais aussi et surtout, l’envie de crier son amour : pour elle, pour Tina sa femme, pour la Grèce : son héritage antique, ses paysages, pour sa famille et ses amis, pour la vie tout simplement.

Éléments de réflexion :

Le roman est scindé en plusieurs chapitres, chacun étant un élément de la vie que Nikos Aliagas souhaite enseigner à sa fille : l’instant présent (ou kairos), la mesure, l’amitié, le respect de soi, l’amour des racines ou encore la mort.
Bien que destiné à Agathe, c’est aussi un roman plus large, qui s’adresse à nous tous. Que doit-on retenir de notre vie, comment bien se construire ? Entre réflexions personnelles et pensées universelles, le lecteur découvre un homme sensible et attaché aux enseignements de l’antiquité grecque.

Ce que j’ai apprécié :

- Tout d’abord c’est couverture magnifique, blanche et bleue, avec des dessins enfantins de chouettes, l’une adulte, l’autre enfant. Un symbole qui prend tout son sens lors du chapitre « Honorer chaque moment de vie, y compris la mort. Thanatos« . La chouette comme porteuse de l’âme des morts, pour dire à sa fille qu’il sera toujours là, quelque part, pour elle, même lorsqu’il ne sera plus.

- J’ai aimé l’esprit du livre, cette volonté de transmettre mais aussi de laisser un écrit là où les mots parlés n’arriveront pas à tout dire lorsqu’Agathe sera en âge de comprendre et de lire l’ouvrage. C’est donc une grande pudeur qui se cache derrière cet exercice. Un exercice d’autant plus compliqué qu’il est porté par un amour indéfectible, inaltérable, celui d’un père pour sa fille.

- Est-ce parce que je viens d’être maman d’une petite fille que ce livre m’a autant touché ? Que je vois l’amour d’un papa pour sa fille au jour le jour ? Et surtout l’admiration d’une fille pour son père. Car oui, l’amour père-fille a quelque chose de particulier qui fait que l’homme ne voit plus les femmes de la manière ; et qui fait que le père se sent investit d’une mission exceptionnelle lorsque son enfant le regarde ?
Quoiqu’il en soit, tous les pères se reconnaîtront dans les paroles de Nikos Aliagas. Et tous, ils se demanderont ce qu’ils aimeraient écrire à leur enfant.

- La mythologie grecque est redécouverte par le biais de ce court roman car, pour expliquer ses propos, l’auteur s’appuie sur les légendes et mythes qui sont tout autant d’enseignements qui, comme les contes, cachent une morale qui aide les êtres humains à construire leur vie.

- Enfin, j’ai beaucoup aimé la façon dont Nikos Aliagas évoque sa propre vie avec pudeur, réserve, en parsemant le récit de ses propres expériences, sans que le livre ne devienne une autobiographie.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

A vrai dire, j’ai adoré cette lecture. Néanmoins, je regrette une seule chose, qui n’est pas le fait de la qualité du roman : pour ceux qui ont fans du personnage public, ils pourront être déçus de ne pas trouver une autobiographie justement ; et pour les autres, les « je n’aime pas le personnage » ou « il ne m’intéresse pas », ils passeront à côté d’un bon livre.
Finalement, écrire et promouvoir ce genre de livre quand on est connu comme animateur radio/présentateur télé, qu’on soit aimé ou détesté, n’est pas évident.

En bref ?

Une lecture qui m’a charmé du début à la fin, qui m’a ému plus d’une fois et surtout qui m’a fait me poser des questions. Et c’est cela que j’aime aussi en littérature : me poser des questions sans avoir de réponses évidentes.

Cadre de lecture : Lu grâce aux éditions NiL que je remercie pour cette belle découverte.

Mauvais garçon – Laurent Bettoni


BETTONI, Laurent. Mauvais garçon. Don Quichotte, 2014, 305 pages, 18,90 €.


L’histoire :

A 23 ans, Thomas a une soif inextinguible de s’en sortir. Habitant d’une cité, mère au chômage, père accidenté du travail depuis plusieurs années, l’horizon n’est pas bien engageant. Mais pour lui, diplômé d’un master en sociologie et philosophie politique, tout semble s’ouvrir. Sauf qu’il n’a pas le réseau qu’il faut et donc, aucune boîte ne l’embauche. Or, il faut bien s’en sortir : petits deals pour les caïds de la cité et, surtout, boulot de rédacteur sur le site Ideo, créé par son professeur mentor, accessible uniquement sur le Darknet.

Éléments de réflexion :

Un roman sur les dérives de notre société qui exclut sans vergogne certaines catégories de la population. Mais également la plongée dans l’envers de l’Internet, du « tout accessible », le Darknet, où seuls les initiés sont conviés. Des bas-fonds virtuels où rien n’est tabou.

Ce que j’ai apprécié :

- Dans cette histoire, le personnage central de Thomas est un monde à lui seul. Il est français d’origine française, vit dans une cité ; joliment nommée La Pléiade ; avec tous les malheurs financiers qui vont avec. Son problème ? Il refuse de n’avoir aucune chance et de ne pas être ambitieux. Avec son master de sociologie et philosophie politique, il a de la valeur et le sait. Pourtant, il manque d’une chose essentielle : le réseau. Si bien qu’il ne trouve aucun travail. Petits deals sur petits deals avec ceux de son quartier, il vivote, avec sa colère qui grandit peu à peu.
L’élément déclencheur de l’histoire, c’est son ancien professeur fétiche qui va lui proposer d’animer à ses côtés un site Internet d’opinions libres qui évolue sur le mystérieux Darknet. Le personnage attachant devient dur, raciste, aigri. Il s’embourbe dans un univers qui n’est pas le sien, qui est destructeur. Ainsi, il se coupe de ses valeurs et de celle qui les représente le mieux : Malika, sa petite amie.

- Malika, en deux mots, c’est un personnage secondaire de l’histoire mais c’en est aussi personnage le plus sain. Elle est le fil d’Ariane de Thomas, celle qui peut le garder hors de l’eau. Sa bouée de sauvetage mais aussi l’ancre qui l’empêche d’évoluer selon ses désirs.

- Les réflexions qui parsèment le récit sont de véritables coups de poing. De pensées librement exprimées sans peur du jugement, on dérive sur des propos racistes et des actions extrêmes. Et Laurent Bettoni ouvre un champ de pensées très large. Pour ma part j’ai retenu celui-ci : lorsque l’on retranche une catégorie de la population et que parallèlement on en favorise d’autres, le plus sage citoyen peut devenir le plus virulent détracteur. D’autant que les politiques ne s’intéressant pas vraiment au pays, tout le monde évolue de son côté, sans se connaître et donc sans se comprendre.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

- Bien que ce soit un roman qui choque vraiment, il faut lire entre les lignes et comprendre qu’il s’agit d’un livre qui fait réfléchir sur notre société, nos politiques et sur la dangerosité des extrémismes quels qu’ils soient. Donc pas de points négatifs pour moi avec cette lecture. Au contraire.

En bref ?

Une lecture choc absolument excellente, pleine de réflexions sur notre société et ce qu’elle produit comme individus.

Cadre de lecture : Lu grâce à l’agence de presse L&P Conseils et les éditions Don Quichotte.

L’homme à la bulle de savon – Sylvie Matton


MATTON, Sylvie. L’homme à la bulle de savon. Don Quichotte, 2014, 241 pages, 17,90 €.


L’histoire :

Patrick est à un tournant de sa vie. Aujourd’hui est un grand jour, il l’attend certainement depuis presque quinze ans, sans le savoir. Aujourd’hui, il va s’approprier une oeuvre d’art, la subtiliser au musée de Draguignan. Nous somme le 13 juillet 1999, il va voler « L’enfant à la bulle de savon » de Rembrandt.

Éléments de réflexion :

Ce roman est une non-fiction, puisqu’en 1999, Patrick Vialaneix dérobe réellement ce petit tableau estimé à 3 millions d’euros. Ce n’est qu’en mars 2014 que le tableau est restitué. Et son histoire n’est pas celle d’un petit trafiquant d’art issu d’un réseau organisé. Non. Son histoire est bien plus complexe. C’est ce que nous raconte Sylvie Matton avec ce roman.

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Ce que j’ai apprécié :

- L’histoire prise dans son ensemble est fascinante du fait qu’il s’agisse d’une histoire vraie. En effet, on est dans la psychologie pure, en entrant dans la pensée et la vie schizophrène de Patrick. L’auteure utilise différents moyens de narration : dans la première partie, le lecteur suit Patrick dans le présent, le jour du vol du Rembrandt, puis en parallèle, il apprend tout de la vie de cet homme, de son enfance jusqu’à ce jour charnière. Dans la seconde partie, on suit la vie de Patrick avec le tableau : une vie de paranoïa pure et de culpabilité. Jusqu’à ce qu’on comprenne qu’il devient pour lui trop dur de vivre avec ce tableau, témoin de son passé malheureux.

- J’ai trouvé que l’auteure, sous couvert du roman, retrace avec perfection une histoire vraie mais surtout des états d’âme. Car ce que Patrick a vécu et ce qui l’amène à rencontrer et vivre avec celui qu’il appelle « L’Enfant » est tout bonnement terrible. Un père violent et sadique, une mère aimante mais effacée et sans pouvoir : le seul refuge pour Patrick lorsque son chien adoré meurt, c’est son double, celui dans lequel il se reconnaît. Celui qui lui parle. Car on est bien dans une forme élevée de schizophrénie puisqu’il estime réelles les voix de « l’Enfant » et du « peintre », qui l’accompagneront pendant presque trente ans !

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

Pas que j’ai eu des éléments négatifs lors de cette lecture, mais je pense que si je l’ai apprécié, c’est avant tout car il s’agit d’une histoire vraie.
Par contre, je trouve que le livre se termine trop tôt. Et cela pour deux raisons : tout d’abord, l’auteure choisit de ne pas aller jusqu’à la remise du tableau aux gendarmes par Patrick le 19 mars 2014 et surtout, j’aurais aimé une sorte de prologue avec le parcours de l’auteure, son travail de recherche et ses réflexions personnelles sur cette histoire. De plus, pourquoi avoir décidé de raconter cette histoire particulière ? Autant de questions qui attendent des réponses.

En bref ?

Une lecture très intéressante, où l’on entre dans la limite très fragile entre l’appréciation artistique et l’obsession.
En lien, un article de Culturebox.fr sur le retour du Rembrandt au musée de Draguignan.

Cadre de lecture : Lu grâce à l’agence de presse L&P Conseils et les éditions Don Quichotte.