Parce qu’ils sont arméniens – Pinar Selek


SELEK, Pinar. Parce qu’ils sont arméniens. Liana Levi, 2015, 93 pages, 10 €.


Le sujet :

1915. Génocide arménien par les turcs : ceux-ci veulent tout simplement les éradiquer d’Anatolie par tous les moyens possibles.
Pinar Selek, turque elle-même, s’interroge sur ces évènements tragiques, que le gouvernement turc renie complètement. A travers une autobiographie succincte, elle revient sur la Turquie dans laquelle elle a grandit, sa naïveté première puis son incompréhension et sa colère face à la répression du gouvernement envers les arméniens, les dissidents, les communistes, féministes, etc.

L’auteur :

Pour en savoir plus sur Pinar Selek, je vous encourage à aller lire sa biographie sur le site http://www.pinarselek.fr/ . « Pinar Selek est féministe, antimilitariste, sociologue, écrivaine et militante. »

Ce que j’en ai pensé :

Le génocide arménien, tout le monde en a ne serait-ce qu’entendu parler. Et notamment, on connaît la polémique toujours d’actualité qui veut que le gouvernement turc ne reconnaît toujours pas ce génocide. Comment, derrière cette négation évidente, ne pas reconnaître les signes d’un racisme encore exacerbé ?

Pinar Selek se livre entre ses pages. Elle avoue que plus jeune elle était elle aussi naïve, ne se posait pas de questions et, à plusieurs moments, était fière d’être turque. Et pour cause, le slogan du pays n’est-il pas « Heureux celui qui se dit turc ! » ? Puis l’incompréhension face à ses petites camarades arméniennes qui ne faisaient rien pour répondre aux insultes dont elles étaient souvent victimes. Avec cette terrible phrase, qu’elle entendra très souvent en Turquie : « Parce que je suis arménien… », en justification de l’impossibilité de faire ou dire ce que l’on pense.

Le traumatisme de cette minorité, c’est le nettoyage de l’Anatolie des arméniens par le gouvernement turc. Exterminations, envois dans des camps de  travail, séparation de familles, augmentation des taxes pour cette part de la population exclusivement, tortures, conversion forcée à l’Islam. Nous sommes en 1915. Mais comme le dit très dramatiquement l’auteur : « Les temps ont changé. Il est désormais exclu de passer les Arméniens au fil de l’épée. Mais il y a mille manières de tuer. » (p. 29)

En 2003 ; c’était hier ; le ministère de l’éducation nationale turc veut imposer un thème de rédaction dans les écoles primaires du pays. Ce thème : « Le génocide arménien est une imposture. […] prouver que les arméniens d’Anatolie n’ont pas été exterminés. » (p. 11)
2003 ! Mais Pinar Selek, qui a du s’exiler pour accusation de terrorisme, après deux ans de prison et de tortures, lance un cri du coeur. Sa Turquie n’est pas toute entière à la dictature. Des gens se battent au quotidien là-bas.

Pour aller plus loin :

Nous avons commémorer il y a quelques jours les 70 ans de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz. Extermination en masse notamment des juifs par les nazis. On nous dit « N’oublions pas pour ne pas reproduire ». Mais pourquoi dans ce cas mettons un mouchoir sur l’esclavage des noirs, le génocide arménien, le génocide au Rwanda, les massacres du groupe islamiste Boko Haram au Nigéria ? Entre autres, malheureusement.
Les belles paroles ne restent que des paroles si on passe sous silence des terribles agissements temporellement plus proches de nous.
Nous n’avons pas oublié, mais nous laissons se reproduire.

En bref ?

93 pages qui m’ont fait me poser beaucoup de questions et qui ont répondu également à beaucoup d’interrogation sur le génocide arménien que je connaissais de loin.

« Parce qu’ils sont arméniens » fait partie des lectures indispensables de cette année 2015. Car « Témoigner est une responsabilité » selon Pinar Selek.

Beautiful Beloved – Christina Lauren


LAUREN, Christina. Beautiful Beloved. Hugo et Cie, 2015, 113 pages, 8,95 €.


L’histoire :

Après leur rencontre dans « Beautiful Stranger« , Max et Sarah sont de retour, mais ils ne sont plus seuls. La petite Annabel a rejoint leur foyer depuis quatre mois, à leur plus grand bonheur. Mais cette nouvelle vie de parents sera-t-elle compatible avec leurs rapports intimes si particuliers et intenses ? Rien n’est moins compliqué, en tout cas, de se retrouver à deux. Mais ils ne sont pas prêts à abandonner la partie !

Ce que j’ai apprécié :

- TOUT ! Bon, c’est vrai, je parle en mode groupie. Soyons donc sérieuse deux minutes. Tout d’abord, ce court roman est une suite de saga (le septième volet pour être exacte), qui comporte à l’heure actuelle trois gros romans et quatre courts. (Lien du site de l’éditeur).
Max et Sara se rencontre dans le second gros volume, et dans le dernier ; « Beautiful beggining » ; le lecteur apprend la grossesse de Sara. Donc, nous voici ici quelques mois plus tard. Annabel est née, fait le bonheur (et la fatigue) de ses parents. J’ai aimé la justesse de cette nouvelle relation : les auteurs décrivent parfaitement ce nouvel état d’esprit, merveilleux il va s’en dire, où le couple se pose des questions sur ses rapports intimes maintenant qu’ils sont parents.

- J’ai aimé retrouver ces deux personnages et leurs caractéristiques. Leur particularité ? Se retrouver au club de voyeurisme de Johnny où ils sont maintenant très attendus. Mais qui sait s’ils arriveront à se remettre dans le bain. Et surtout, j’ai trouvé très juste le comportement de Max, un jeune papa follement amoureux de sa femme mais qui se rend compte qu’il veut la surprotéger, qu’il la voit fragile là où, elle, voudrait que leurs rapports redeviennent aussi passionnés qu’avant.

- A savoir : Dans ce roman on rencontre Niall Stella, petit frère de Max, qui sera le héros du prochain livre de la saga, « Beautiful Secret« . Hâte !

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

Rien ! En fait, je suis complètement accro à cette saga depuis le premier tome ! Celui-ci est très court c’est vrai, mais je trouve que, finalement, il se suffit bien.
Allez, j’ose quand même dire que j’ai trouvé la description de Sara physiquement parfaite. Trop parfaite peut-être. A part ses seins volumineux de mère allaitante, elle a retrouvé une taille amincie en un rien de temps. Trop idéalisé ?

En bref ?

Le tome le plus court de la saga mais aussi certainement le plus émouvant. J’ai été tellement séduite par l’étonnement merveilleux qui saisit Max et Sara en se rendant compte qu’ils ont fait un bébé, et qu’ils ne savent pas trop comment se retrouver quatre mois après cette naissance attendue.

EN LIBRAIRIE LE 5 FEVRIER !

Le roi des rêves, Louis II de Bavière – Isaure de Saint Pierre


SAINT PIERRE (de), Isaure. Le roi des rêves. Louis II de Bavière. Albin Michel, 2015, 232 pages, 18 €.


L’histoire :

Louis II de Bavière, cousin de la célèbre Sissi, est un prince puis un roi bien loin de l’image qu’on peut avoir de la fonction. Isaure de Saint Pierre retrace la vie de cet homme, qui n’était définitivement pas enclin à porter la royauté. Adulé puis honnis, il restera dans les esprits comme « le roi des rêves ».

Ce que j’en ai pensé :

- L’écriture d’Isaure de Saint Pierre, que j’ai découvert avec ce livre, est très agréable et pas lourde comme peut l’être celle de l’historien. C’est-à-dire que le récit biographique à l’avantage d’être accessible à tous, précis sans crouler sous les détails.

- J’ai aimé ce personnage fantasque, rêveur, dont on a l’impression qu’il est né dans un univers qui n’est pas le sien. Jeune homme travailleur, passionné et littéralement porté par la musique wagnérienne, il n’est pas moins à sa place qu’à Munich. Il lui préfère les châteaux de la montagne bavaroise, et il consacrera d’ailleurs une partie de sa vie à leur édification. Rêveur oui, peu intéressé par la chose politique, oui et non. Lorsqu’il devient roi, ce jeune prince adoré de ses sujets, se lance à corps perdu dans cette nouvelle tâche dont il s’estime le garant bien qu’elle ne corresponde pas à son idéal de vie.
Homosexuel, il aura des amours physiques passionnées, mais aucune de surpassera celle, platonique, qu’il entretiendra avec Richard Wagner depuis son accession au trône jusqu’à la mort de celui-ci.

- J’ai trouvé l’intérêt de ce livre dans l’alternance entre les faits de vie de Louis II de Bavière et la géopolitique germanique de l’époque. Nous sommes dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les royaumes germains s’allient et se font la guerre presque incessamment. Avec un roi qui n’entend rien aux combats, le peuple se désolidarise de ce rêveur qu’il avait autrefois aimé mais qui rechigne à faire valoir leur indépendance.

En bref ?

Une biographie assez courte, qui va droit aux choses, en s’appuyant notamment sur la correspondance prolifique de Louis II de Bavière avec ses proches. Néanmoins, tout en étant courte, elle est complète et la bibliographie en fin d’ouvrage montre l’important de recherche de l’auteure. On y découvre un prince puis un roi passionné par la musique et l’architecture royale. Rêveur, amoureux, vivant dans les légendes du Moyen-âge au point d’en faire un style de vie sans se rendre compte que son entourage ne partageait pas cet engouement.

Méduse bleue – Clive Cussler & Paul Kemprécos


CUSSLER, Clive & KEMPRECOS, Paul. Méduse bleue. Le Livre de Poche, 2015, 493 pages, 7,90 €.


L’histoire :

Une souche grippale très virulente dans la campagne chinoise, un laboratoire sous-marin qui mène des recherches secrètes… Le nouveau roman de Clive Cussler nous embarque dans un thriller médical où chacun devra faire attention à ses arrières sous peine de mort.

Éléments de réflexion :

Ce thriller, le dernier sorti au format poche de Clive Cussler, auteur de polar très prolifique, s’appuie sur le domaine médical en imaginant un nouveau virus inconnu envahissant peu à peu la campagne chinoise et menaçant, de fait, la planète entière. Qui dit virus, dit vaccin : c’est sur ce dernier que planche des légions de chercheurs, et notamment un laboratoire sous-marin secret, financé par le gouvernement américain. Une certaine méduse bleue pourrait bien être le remède miracle.

Ce que j’ai apprécié :

- Le thème du thriller médical est absolument passionnant, et ici plus particulièrement car les auteurs nous emmène vers la recherche marine. Et on sait en effet que nos fonds marins recèlent nombres d’espèces encore inconnues qui pourraient se révéler essentielles dans la lutte contre certaines maladies.
La méduse bleue imaginée dans ce roman est vraiment fascinante et les effets des propriétés de son venin sur l’être humain stupéfiantes. Très intelligemment, Clive Cussler prend l’exemple fictif d’un équipage de pêcheurs à la baleine au XIXe siècle, furieusement malades et entièrement guérit sur une île de Micronésie. Sur ce fait historique, les protagonistes de l’histoire vont s’appuyer pour étayer une thèse aussi étonnante qu’effrayante lorsqu’on imagine les effets sur le long terme.

- Le rythme soutenu de l’histoire et ses multi ramification sont très appréciables. Si le thème médical est relativement simple, les personnages et les entités qui l’entourent le sont moins ! Equipes de chercheurs, hommes de gouvernement, FBI, filiale chinoise aux agissements proche de la mafia… Un réseau d’individus complexe où, étonnamment, je ne me suis pas perdue à un seul instant.

- La réflexion universelle sous-jacente aux travaux sur la méduse bleue est passionnante et le lecteur ne peut cesser de se poser une question existentielle une fois le livre refermer : évidemment, on voudrait pouvoir soigner toutes les maladies. Mais si c’était le cas, comment assurer la pression humaine sur les ressources naturelles ? Car les maladies, aussi terribles soient-elles, ne servent-elles pas aussi à la Terre à réguler sa population ? Vaste question ouverte, dont les réponses ne sont peut-être pas aussi évidentes que cela.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

- J’ai trouvé que le roman était parfois long, très descriptif dans les forces opposées et donc les combats. Ce sont les parties qui m’ont le moins intéressées, aussi j’ai eu du mal à me concentrer dessus lorsqu’elles étaient trop longues. De même, j’ai donc trouvé que les parties informatives sur les découvertes médicales des chercheurs, les enjeux, etc. étaient trop peu nombreuses !

- J’ai regretté qu’il n’y ait pas, en fin d’ouvrage, une note des auteurs sur le vrai du faux du roman. Qu’en est-il de la méduse bleue par exemple, ou plus généralement des recherches sous-marines pour applications pharmaceutiques ? Voilà qui aurait clôturé à merveille le livre. Dommage.

En bref ?

Malgré quelques longueurs selon moi, un thriller qui en vaut la peine. Biologie marine, recherche médicale, fait historique extraordinaire, géopolitique chinoise… beaucoup de thèmes, tous traités avec beaucoup de précision semble-t-il. Je découvre Clive Cussler avec grand intérêt.

Eveille-moi – Christie Bronn


BRONN, Christie. Eveille-moi. Editions de la Reine, 2015, 290 pages, 17,45 €.


L’histoire :

Emy est une jeune femme de vingt-sept ans hantée par un passé terriblement violent. Seule par nécessité, elle ne peut s’attacher sous peine de mettre en danger ses fréquentations. Seule exception à cette règle drastique : Hugo, son meilleur ami, son confident. Lorsqu’elle quitte le sud pour le rejoindre à Paris, elle ne se doute pas qu’elle va faire une rencontre qui va bouleverser son existence : Ethan.
Entre eux, une histoire va naître, tortueuse, sexuelle et tendre malgré eux.

Éléments de réflexion :

Un livre érotique et sentimental, qui a pour base la reconstruction et la culpabilité que les personnes victimes d’agressions sexuelles ressentent. Une reconstruction lente puisqu’elle nécessite d’entraver les pulsions destructrices nées du traumatisme.

Ce que j’ai apprécié :

- Le personnage complexe d’Emy est particulièrement réussi. Elle a vécu ce qu’aucun enfant ne devrait vivre. Comment se construire après ça ? Pour Emy, le plus simple est l’isolement et le sexe bestial. A la manière d’une droguée, elle essaie de se sevrer de ce besoin d’éprouver du plaisir en dominant sexuellement des hommes rencontrés au hasard de ses pérégrinations nocturnes. Soutenue par Hugo, le chemin est semé d’embûches, surtout lorsqu’elle rencontre Ethan qui va complètement la chambouler : pour la première fois les sensations qu’elle ressent s’apparente à un désir classique d’une femme envers un homme.
Ce personnage est très attachant et j’ai trouvé intéressant que l’auteure choisisse une façon d’exorciser les démons d’Emy par un besoin de domination sexuelle presque morbide. Une construction psychologique vraiment réussie et crédible.

- J’ai aimé l’histoire entre Emy et Ethan, qui tient du coup de foudre entre deux personnes qui se reconnaissent intimement par les blessures qu’elles cachent aux yeux des autres. C’est un apprentissage de l’amour et de la sexualité que chacun expérimente l’un avec l’autre. Quand chacun de leur côté ils soumettaient leurs « proies », ensemble ils se révèlent et osent affronter ce qui les effraie.

- Ce roman est très semblable dans son histoire à « Dévoile-moi » de Sylvia Day (tome 1 de la saga Crossfire), que j’ai pu lire récemment. A la différence qu’il est plus court et donc pas du tout répétitif ! Ouf, car les scènes de sexe dans une romance érotique peuvent vite être lassantes et identiques. Mais ici, point trop n’en faut. Alors oui, des scènes explicites, il y en a. Et en même temps, on lit aussi de la romance érotique pour ça ! Mais elles sont loin de tenir une place majeure. En fait, ce que j’apprécie dans ce livre-ci, c’est l’équilibre entre l’histoire, les scènes de sexe, l’introspection d’Emy.

- Les derniers chapitres sont vraiment intéressants car l’auteure ose un épisode assez dur, digne d’un thriller ! Et ça, j’ai adoré (non je ne suis pas sadique) car elle sort des chemins battus de la romance érotique. Cela dit, je n’ai pas une immense expérience de lecture de ce genre donc peut-être que cela se retrouve dans d’autres livres du même type : mais pour moi, c’est un bon point.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

- J’ai un bémol concernant les débuts de chapitres révélant des bouts du journal intime d’Emy. En effet, je ne les ai pas trouvé nécessaires à l’histoire car, le plus souvent, ils sont un résumé de ce que vient de vivre la protagoniste dans le chapitre précédent.

En bref ?

Une romance que j’ai beaucoup apprécié, qui est très bien écrite (pour un premier roman en plus). Il se lit facilement, on s’attache aux personnages qui ne sont pas gnangnan mais s’ils restent classiques pour ce genre de romance.
Quoiqu’il en soit, un roman qu’il n’a rien a envié à ses semblables édités dans des maisons d’éditions plus connues. A découvrir donc !

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