L’homme de Verdigi – Patrice Franceschi

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FRANCESCHI, Patrice. L’homme de Verdigi. Points, 2014, 221 pages. 6,30€.

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L’histoire :

Un village corse qui n’est pas recensé sur les cartes, où aucun étranger ne vient jamais. Parfait pour André, qui cherche un lieu de paix, pour effectuer la dernière ligne droite de sa quête : une recherche mystérieuse à laquelle il a dévoué toute sa vie, en vain.

Éléments de réflexion :

Ce roman est un OVNI. Comment le classer avec précision ? Roman contemporain, c’est certain. Mais plus précisément, pamphlet sur la retraite isolée du monde, sur la solitude, le repli sur soi et aussi l’ouverture aux autres.
La question de l’étranger qui arrive dans un quotidien bien huilé est très intéressante : la nouveauté plaît dans un premier temps au plus grand nombre, puis vient le moment où l’on voit d’un mauvais œil les changements survenus dans la petite société à cause de cet élément « perturbateur ».

Ce que j’ai apprécié :

- Tout d’abord, l’écriture de Patrice Franceschi est d’une beauté toute poétique, où la philosophie transpire à chaque phrase.

- Les personnages sont nombreux  dans ce court récit. Un personnage principal, André Vérant, et beaucoup de personnages secondaires tout aussi importants. Chacun a une personnalité clé, qui est bénéfique au roman.

  • André Vérant : l’étranger, celui qui arrive dans un quotidien qui n’a pas été perturbé depuis plusieurs années. Solitaire, il cache le secret de son installation et de son caractère cordial mais fermé.
  • Vanina et Marie-Thérèse : une fillette et jeune femme qui vont être les premières bouées d’André. Peut-être la parabole de la jeunesse, plus encline à adhérer à de nouvelles idées, plus perméables dans le sens positif du terme ?
  • Les bergers : considérés comme des personnages sans grande envergure, le projet d’André les intrigue au point qu’ils vont chercher à s’en rapprocher. Si bien que les ignorants deviennent bientôt les initiés.
  • Le « bandit d’honneur » : il est le personnage symbole de la liberté, d’un choix de vie solitaire totalement assumé.
  • Les villageois : ils représentent le quotidien routinier bousculé, qui va à la fois les fasciner, les angoisser et faire monter en eux une colère sourde.

- Le lecteur est très vite au courant de la quête d’André, ancien astronome. Ce n’est pas un hasard qu’il fait construire une « tour », au sommet de la Pietra Resena où plus personne n’a mis les pieds depuis des lustres. Dans la quête, ce n’est finalement pas le moment de la trouvaille qui importe, mais bien celui de la recherche, tout d’abord en solitaire puis à plusieurs : le rassemblement autour d’une cause commune. Que celle-ci aboutisse n’est pas l’important, l’essentiel est ce qu’on éprouve à rechercher inlassablement.

- Je ne m’attendais pas à la fin choisie par l’auteur, néanmoins j’adhère totalement. Je ne peux pas vous en dire plus évidemment !

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

Pas de points négatifs à soulever. Ce livre m’a surprise car, même si je pensais aimer, j’ai été agréablement surprise par la philosophie générale que transmet l’auteur.

En bref ?

Une lecture excellente, que je conserverais dans ma bibliothèque avec plaisir et soin.

Dolorosa soror – Florence Dugas

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DUGAS, Florence. Dolorosa soror. La Musardine, 2014, 189 pages. 7,95€.


L’histoire :

Florence a dix-neuf ans. A la fac, elle fait la connaissance de J.-P., qui a le double de son âge. Cet homme va l’initier au sexe brutal, mais consenti, couramment appelé SM (sadomasochisme). Puis, une autre femme de son âge, Nathalie, va arriver dans ces relations.

Éléments de réflexion :

Un roman très profond sur les relations sadomasochistes, vues de l’intérieur par la narratrice/auteure, à la manière d’une autobiographie testament, à la mémoire de Nathalie, qui, le lecteur l’apprend tout de suite au début du roman, est morte.

Ce que j’ai apprécié :

- C’est avec beaucoup d’appréhension que j’ai entamé la lecture de ce roman érotique décrivant des pratiques sexuelles dont je suis très éloignée. Mais soit, la littérature permet des découvertes, des ouvertures quelles qu’elles soient.
Dès les premières lignes, ce qui m’a d’emblée plu, c’est l’écriture de Florence Dugas : romantique, réaliste, très crue, presque poétique. Et tout cela se poursuit tout au long de l’ouvrage.

- Le roman est constellé de notes de bas de page rédigées par le fameux J.-P., dont l’auteure a décidé de laisser le champ libre : aucune censure, bien que les propos soient très souvent une analyse psychothérapique des propos de Florence. La vision de cet acteur majeur de l’histoire est essentielle et apporte beaucoup au récit.

- Concernant l’histoire elle-même, en y entrant comme néophyte, j’ai appris ce que reflètent souvent les relations SM, à savoir une colère sourde, enfouie, qui rejailli sous forme d’acceptation de la douleur physique donnée par un être aimé et, quoiqu’il en soit, respectueux. D’autant que, aussi dures certaines scènes soient-elles, on ne peut que soulever le travail d’écriture réaliste, presque chirurgicale, de Florence Dugas, qui offre à son lecteur une histoire ; son histoire ; réelle, intime, pleine d’amour physique et sentimental.

Ce que j’ai moins apprécié :

- Comme je le disais plus haut, je suis complètement en-dehors de ce modèle d’amour physique entre deux personnes. Aussi, les scènes vraiment sadomasochistes décrites m’ont vraiment parues insoutenables parfois, à la limite du viol. Même je savais que tout cela était voulu, consenti et empreint d’amour entre les trois protagonistes, cela n’empêche pas que j’ai eu beaucoup de mal à lire ces scènes.

En bref ?

J’ai effectué cette lecture comme on emprunte un chemin inconnu, avec intérêt, mais sans vouloir y retourner. Je suis trop éloignée de ce modèle, mais force est de constater que j’ai compris certaines motivations, indépendantes de leurs acteurs, qui peuvent amener des individus vers le chemin du sadomasochisme.

Je ne suis pas un produit fini – La p’tite Blan

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La p’tite Blan. Je ne suis pas un produit fini. Blandine Lacour, 2014, 95 pages. 8,50 €.


L’histoire :

Blan, auteure et personnage principal du livre, s’est fait larguée par sa copine. Énième histoire d’amour, énième rupture. Dur.
Cette bande dessinée (ou livre illustré) est le journal ; pas si intime ; de cette histoire et déception amoureuse et du mois de deuil qui s’en suit.

Les illustrations :

L’illustrateur est Galou (meilleur ami de la p’tite Blan in real life). J’ai adoré ses dessins très stylisés mais qui conviennent parfaitement à l’histoire. Et l’humour qui filtre de son coup de crayon est délicieux.

Pour quel public ?

Ouvrage destiné à un lectorat adulte et sensible à l’humour un peu noir !

Ce que j’en ai pensé :

Dévoré d’un seul trait, j’ai trouvé ce mini-livre (format minuscule) absolument délectable ! Un condensé d’humour (noir, c’est encore meilleur), de vraies-fausses leçons sur le « bien-aimer » en couple, et surtout des mots et des dessins pour traduire la difficulté des ruptures amoureuses, l’envie d’en finir (même on n’est plus ado, si, si).
Puis le fait de rebondir, de se rendre compte qu’en fait, on ne savait pas aimer jusqu’à présent, qu’il faut qu’on apprenne à gérer nos angoisses (bonjour monsieur le psy !). Car, en vrai, quand on naît, on est loin d’être un produit fini, parole de p’tite Blan !

⇒ Tout ça pour vous dire, amis lecteurs, que je vous recommande cet ouvrage ! Et aussi je vous encourage à aller zieuter du côté de la maison d’éditions Blandine Lacour, dont toutes les parutions me font maintenant envie !

Blues – Marcel Rabarin

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RABARIN, Marcel. Blues. Nelson District, 2ème édition, 2014, 65 Ko.


L’histoire :

Un village provençal. Une fête de village. Une jeune fille est morte récemment et, dans la soirée, le corps d’une seconde jeune fille est retrouvée. Qui est le meurtrier et pourquoi ?
Rémi, un villageois lambda, est intrigué comme tous. Parallèlement, le retour au bercail d’un homme bouleverse son couple.

Éléments de réflexion :

Un roman qui évoque la routine quotidienne à la fois dans un village mais aussi au sein d’un couple, ainsi que le petit grain de sable qui vient enrayer la machine et oblige les acteurs à se dévoiler.
De plus, l’auteur nous parle de la mélancolie, un sentiment étrange, qui peut toucher tout le monde et faire des ravages.

Les points positifs :

- Point fort pour l’écriture de Marcel Rabarin que j’ai trouvé très bonne. Syntaxe, vocabulaire, émotions, tout y est.

- J’ai beaucoup aimé le personnage de Rémi. Quarantenaire, amoureux de sa femme et réciproquement, depuis vingt-cinq ans, deux enfants, une vie paisible, rien n’entache son bonheur. Puis, l’élément déclencheur, l’arrivée de Julien, ancien enfant du pays parti explorer le monde, bouleverse sa routine. Laurence, la femme de Rémi, est irrésistiblement attirée par cet homme baroudeur et rieur. Les angoisses, la peur d’être quitté, celle de vieillir, tout remonte à la surface. Ajoutez à cela le meurtre de jeunes adolescentes de l’âge de Marie, sa fille, le pauvre Rémi est désemparé.
A travers ce personnage, l’auteur développe tout un panel d’émotions parfaitement vraisemblables : la peur, la mélancolie, la colère, le ressentiment. Un personnage très bien imaginé et bien construit, que j’ai tout de suite adopté.

- Ensuite, la résolution des meurtres est vraiment intéressante et bien trouvée, surtout dans l’environnement d’un village sans histoire à la base, refermé sur lui comme peuvent l’être les villages où tout le monde se connaît. Avec les histoires de famille, les non-dits et les rumeurs.

Les points négatifs :

Pas vraiment de points négatifs. J’ai globalement beaucoup apprécié cette lecture.

En bref :

Un roman qui m’a surprise par son intérêt tant au niveau de la psychologie du personnage de Rémi, que par l’intérêt d’une histoire de villageois tourmentés par des morts violentes.

Le testament des siècles – Henri Loevenbruck

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LOEVENBRUCK, Henri. Le testament des siècles. France Loisirs, 2005, 416 pages.


L’histoire :

Damien vit aux États-Unis depuis onze ans. Créateur d’une série à succès, rien ne le destine à revenir en France. Hormis la mort de son père.
En débarquant, il apprend que son père faisait des recherches intensives concernant un objet mystérieux, la pierre de Iorden, qui contiendrait le dernier message du Christ.

Éléments de réflexion :

L’histoire s’appuie sur une idée imaginaire et originale de l’auteur qui prétend que le Christ aurait laissé un message posthume, le dernier, aux êtres humains. Ce message, évidemment caché derrière de nombreux textes et illustrations, semble avoir entraîné la mort d’individus notoires ou non.

Les points positifs :

- Comme d’habitude avec Henri Loevenbruck, l’histoire est bien écrite et vraiment simple d’accès. Rien de tarabiscoté, pas de personnages compliqués, et toujours une part ésotérique assez bien expliquée et développée dans la mesure du raisonnable, sans assommer le lecteur.

- J’ai été très vite emballée par ce message secret qui, s’il est découvert, semblera défier les humains, leur apprendre une nouvelle extraordinaire sur leur vie et leurs croyances peut-être. On suit le parcours de la pierre de Iorden, en en apprenant plus sur les Esséniens et les Templiers.

Les points négatifs :

Malheureusement, mon plaisir a été gâché ; le mot n’est pas trop fort ; par la fin et donc la révélation du message. Tellement pas à la hauteur de l’attente dans laquelle l’auteur place son lecteur ! Non, décidément, je me suis seulement dit « Tout ça pour ça ? ». Cela m’a vraiment déplu.

En bref :

Un livre agréable à lire mais dont la révélation finale ne tient pas, presque risible.