Au début – François Bégaudeau

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BEGAUDEAU, François. Au début. 10/18, 2014, 165 pages. 6,60€.


L’histoire :

Des histoires de femmes, dans ce qui les différencient le plus d’avec les hommes : la grossesse, le désir et l’acte d’enfanter. Qu’elles soient riches ou pauvres, jeunes ou plus âgées, heureuses ou non, chacune de ces femmes portent une douleur ou une angoisse, quelle qu’elle soit.

Éléments de réflexion :

Ce recueil de nouvelles évoque la grossesse et le désir, ou non, de devenir mère. Ce désir s’inscrit automatiquement dans la dualité d’un homme et d’une femme puisque, malgré tout, ce sont les ingrédients essentiels pour fabriquer un enfant.
Pas vraiment joyeux, beaucoup de questionnements sont abordés en très peu de pages.

Ce que j’ai apprécié :

– Tout d’abord, il faut bien le noter, l’auteur est un homme. Un homme qui consacre tout un recueil de nouvelles à parler de la grossesse, et plus particulièrement des expériences de grossesses. Car chacune est unique. Cela m’a interpellé autant que réjoui, et je suis heureuse de dire que je tire mon chapeau à François Bégaudeau pour avoir réussit très justement à s’approprier le corps, le cœur et le ressenti de ces femmes.

– J’ai été émue par toutes ces histoires si intimes et  terriblement révélatrices des troubles et des émotions que l’on ressent lorsque l’on est enceinte pour la première fois. Le fait de ne plus se sentir désirable, de reproduire un schéma familial compliqué et les erreurs de sa propre mère, d’avoir l’impression d’être devenue soudain très importante. Mais aussi les problèmes de couples qui peuvent survenir à toutes ces femmes : faire un bébé pour retenir un homme, sortir de la solitude, par amour aussi.

– Enfin, j’ai trouvé que l’auteur a justement évoqué des situations très différentes : la difficulté d’avoir un enfant parfois, les fausses-couches, les couples homosexuels, sortir d’une éternelle adolescence, la perte d’un enfant, etc. Autant de points délicats, tous abordés sans tabou mais avec la pudeur des émotions très bien décrites.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

Le seul point que je pourrais noter ici, c’est que je m’attendais à des histoires plus joyeuses, plus heureuses. Mais une grossesse heureuse à tous points de vue aurait-elle sa place pour faire une histoire littéraire avec une réflexion derrière ? Peut-être pas !

En bref ?

Des nouvelles que je suis absolument ravie d’avoir découvert et que je conseille vraiment, quel que soit le rapport qu’on ait avec la grossesse. C’est à la fois beau et terriblement touchant.

La fille de l’hiver – Eowyn Ivey

couv4294234L’histoire :

1920. Jack et Mabel sont mariés depuis plusieurs années. Mais une douleur assourdissante se glisse entre eux : ils n’ont jamais réussi à avoir d’enfants. Pour changer leur vie, ils décident de s’exiler en Alaska : vivre avec la dureté de la nature, vivre de ses mains, ne voir et ne se lier à personne. Voilà leur nouveau crédo. Jusqu’à cette première soirée d’hiver où une jeune fille s’approche de leur maison.

Éléments de réflexion :

Ce roman s’appuie sur un conte russe dans lequel un vieux couple n’arrivant pas à avoir d’enfant, sculpte un jour dans la neige une petite fille. Et voilà que celle-ci se matérialise (à la manière de Pinocchio). Mais lorsque les beaux jours arrivent, elle disparaît, pour ne revenir qu’aux premières neiges suivantes.
Durant toute cette histoire dramatique, le lecteur ne cesse de se demander quelle est la part de l’imaginaire et de la réalité dans l’apparition de Faïna dans la vie de Jack et Mabel. Une petite fille solitaire, qui semble vivre dans la nature, et dont personne n’a jamais aperçu ne serait-ce qu’une empreinte de pas. Réalité, fantasme ?

Les points positifs ?

– L’écriture d’Eowyn Ivey (et par la même, la traduction) est absolument magnifique. Un roman à lire sous la neige, tant l’ambiance froide et à la fois douce et chaleureuse est bien décrite. La dureté des conditions de vie en Alaska au début du XXe siècle est bien rendue.
– L’histoire en général, créée à partir du conte, est vraiment attachante. A la fois réellement dramatique et terriblement belle. On s’attache aux personnages qui, dans un premier temps sont rustres et froids que ce soit envers eux-mêmes ou l’image qu’ils renvoient au lecteur. Puis au fur et à mesure, les sentiments se dévoilent, les gestes se font plus tendre et chacun retrouve un semblant de joie de vivre et de chaleur.

Les points négatifs ?

Aucun, j’ai absolument tout aimé dans ce livre.

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

navaient-mer-poche-L-1ihOcpL’histoire :

Début du XXe siècles. Des japonaises de différents milieux quittent leur terre natale pour l’eldorado : les États-Unis. Là-bas les attendent de jeunes hommes exilés également, ayant réussi, qui souhaitent les prendre pour femme. C’est du moins ce que l’on veut leur faire croire. Car ce qu’elles vont trouver en arrivant n’a rien de glamour : ce sont de vieux bonhommes qui les attendent. Des fermiers, des jardiniers, des viticulteurs… Autant de professions qu’elles devront adopter et où elles devront trimer.

Un peu de réflexion…

C’est un pan de l’histoire peu connue des européens que nous raconte Julie Otsuka. De leur voyage chaotique en bateau jusqu’à leurs vieux jours aux États-Unis, le lecteur suit l’aventure, parfois dramatique de ces japonaises, qui n’étaient pas préparées à ce qu’elles allaient découvrir.
La narration est tout à fait inédite puisque l’auteure choisit la première personne du pluriel, le « nous », pour conter son récit. Comme si l’assemblée des femmes parlait à l’unisson, avec les particularités de chaque histoire, puisque aucune n’a vécu la même. Leur seul point commun a été d’être une sorte d’esclave, même si parfois les relations avec leurs patrons se passaient bien. Des femmes travailleuses, soumises, qui jamais ne se sont intégrées dans ce pays qui leur promettait tant.

J’ai découvert un pan de l’histoire également concernant le sort des japonais sur le sol américain durant la Seconde Guerre Mondiale, qui étaient de fait, considérés comme des ennemis du peuple.

Les points positifs ?

La façon d’écrire de Julie Otsuka est magnifique. Je vous donne un exemple très parlant, qui est caractéristique de tout le livre : (p.65) « Nous avons accouché sous un chêne, l’été, par quarante-cinq degrés. Nous avons accouché près d’un poêle à bois dans la pièce unique de notre cabane par la plus froide nuit de l’année. Nous avons accouché sur des îles venteuses du Delta, six mois après notre arrivée, nos bébés étaient minuscules, translucides, et ils sont morts au bout de trois jours. Nous avons accouché neuf mois après avoir débarqué de bébés parfaits, à la tête couverte de cheveux noirs« .
Le roman est entièrement écrit sous cette forme, ce qui donne une dimension universelle, et tragique aussi. Un coup de maître.

Je souligne aussi la magnifique couverture qui attirera les yeux des lecteurs en librairie sans aucun doute. Et que le lecteur n’hésite pas à se laisser tenter !

Les points négatifs ?

Pas de déceptions notoires, pas de longueurs (il faut dire que le récit est court, 143 pages).

En bref ?

Un livre qui m’a charmé du début à la fin mais qui est aussi triste, autant se le dire !

Un jour – David Nicholls


Quatrième de couverture :

Lui, Dexter, issu d’un milieu aisé, séduisant, sûr de lui, insouciant.
Elle, Emma, d’origine modeste, charmante qui s’ignore, bourrée de complexes, de principes et de convictions.
Nous sommes le 15 juillet 1988. Margaret Thatcher est au pouvoir, la new wave bat son plein, Dexter et Emma viennent de passer une nuit ensemble. Ces deux-là ne le savent pas encore mais ils ont vécu un coup de foudre.
D’année en année, Dexter et Emma vont se chercher, se perdre, s’aimer, se détester, se séparer, et finir par comprendre qu’ils ne sont jamais aussi heureux que lorsqu’ils sont ensemble.
Nous sommes le 15 juillet 2004. Tony Blair est Premier ministre, Robbie Williams cartonne et la vie, la vie qui va, réserve encore bien des surprises…

Mon avis :

C’est l’achat du DVD Un jour, adapté du livre de David Nicholls, qui m’a donné envie de sortir le livre de ma pile à lire alors même qu’il y traînait depuis un moment déjà. Et il est des fois, comme celle-ci, où l’on est particulièrement bien inspiré car, je dois bien le dire, j’ai adoré ce roman.

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La promesse de Noël – Anne Perry

Quatrième de couverture :

En cette veille de Noël, le superintendant Runcorn de Scotland Yard aspire à un peu de solitude, loin du vacarme de la ville. Malheureusement, sa paisible retraite sur l’île sauvage d’Anglesey sera de courte durée. Olivia Costain, la jeune sœur du pasteur local, est retrouvée assassinée au cœur du cimetière. De l’avis général, ce crime odieux ne peut être l’œuvre d’un insulaire. Mais les preuves semblent indiquer tout le contraire… Pressé par la belle Melisande Ewart qui lui ouvre les portes de la gentry locale, Runcorn accepte de mener l’enquête.

Mon avis :

Pour ma lecture spécial Noël, petite tradition à laquelle je tiens, je me faisais une joie d’allier à la fois un polar et une histoire sur fond de cette période. Le résultat, malheureusement ne m’a pas convaincue. Je n’avais jamais lu de roman d’Anne Perry. Mais je dois dire que j’en avais entendu plutôt du bien. Pourtant, je n’ai pas vraiment été saisie.
J’ai trouvé l’histoire fade à plusieurs niveaux : tout d’abord la mollesse du personnage principal Runcorn. Ce qui, à mon avis, à voulu être défini par l’auteur comme de la sensibilité, de la peur, m’a laissé voir un homme sans grand intérêt. Ensuite, le polar en lui-même… le fond est assez intéressant : une jeune fille est tuée, il faut retrouver son meurtrier. Cependant, j’ai noté beaucoup trop de répétition à mon goût. Comme si, finalement, l’auteure n’avait pas tant de choses à dire sur le sujet… Je suis un peu dure mais c’est réellement mon ressenti. Quant au dénouement de l’intrigue, je n’en parlerais même pas !

Malgré tout, ce que j’ai aimé dans l’histoire, c’est l’ambiance générale. Les personnes chargées officiellement de l’enquête connaissent chaque personne du village : il y a une telle proximité dans les petites villes que tout le monde se connaît. Ainsi, on se rend compte de la difficulté de mener une enquête : la peur de voir des secrets révélés notamment.

Pour finir sur une deuxième bonne note, je dirais que l’écriture de l’auteure est tout à fait agréable ! Mais cela ne suffit pas.