Lontano – Jean-Christophe Grangé


GRANGE, Jean-Christophe. Lontano. Albin Michel, 2015, 776 pages, 24,90 €.


L’histoire :

Éminence grise du pouvoir, Grégoire Morvan a connu ses heures de gloire en Afrique dans les années 80, en arrêtant au Zaïre « l’Homme clou », tueur en série au rituel atroce, inspiré des plus violents fétiches africains.
Quarante ans plus tard, en France, les cadavres mutilés, criblés de ferraille et de tessons s’accumulent : la marque de « l’Homme clou », totem de la folie meurtrière née au plus profond de l’Afrique. Le passé trouble de son père – fantôme menaçant de sales affaires enterrées – rattrape alors Erwan Morvan, le meilleur flic de la crim’.
Saga familiale, roman psychologique et roman noir, Lontano est une plongée verticale dans les ténèbres de l’âme, roman paroxystique et vertigineux, dérangeant comme ces rites primitifs qui nous fascinent et nous effarent.

Ce que j’en ai pensé :

3 ans que je l’attends ce bouquin ! 3 ans ! Je me suis donc lancée dedans avec une impatience non feinte et aussi un poil d’appréhension je dois dire. Car depuis ma découverte de Jean-Christophe Grangé, il y a plusieurs années, j’ai lu et découvert d’autres auteurs français de thrillers ; et de très bons d’ailleurs.
Concernant « Lontano« , j’ai essayé de ne rien lire et rien écouter à son propos. Je suis donc entrée vierge dans ce livre !

Première impression : grosse brique ! Deuxième impression : pas aussi gore que les derniers livres de l’auteur, ni aussi pesant niveau ambiance.
Ici, c’est plutôt une saga familiale qui va servir de prétexte au thriller. Une nouveauté que j’ai plutôt apprécié. Cinq personnages, cinq personnalités torturées, secrètes et destructrices : le clan Morvan.
Grégoire, le père, tout d’abord. Ancien flic, une barbouze de l’ancien temps : tout est permis pour la République, quels que soient les moyens. Autoritaire, charismatique, il bat sa femme et mène ses enfants d’une main de fer, bien qu’ils soient maintenant adultes.
Un personnage noir, dur, dont j’ai aimé la construction psychologique.
Maggie, la mère. Personnage effacé ? Au fond on sait bien que non, que le couple cache un lourd secret qu’il a ramené de son passé au Zaïre, l’ex-Congo. Impossible de cerner cette femme et ce jusqu’à la fin du roman. Mais comme il s’agit d’un diptyque, il est évident que les réponses viendront avec le prochain livre.
Gaëlle, la plus jeune, vingt-neuf ans et un avenir qui semble fait de prostitution pour des rôles de cinéma qu’elle n’obtiendra jamais. Très sombre personnalité, la plus révélatrice de l’enfance qu’ils ont connu avec ce père violent et cette mère soumise.
Loïc, l’enfant du milieu : financier, il est aussi cocaïnomane, père de famille et séparé d’une riche italienne, Sofia. Le personnage que j’ai le moins pris plaisir à suivre. Je ne l’ai pas trouvé franchement intéressant pour l’histoire.
Erwann, le fils aîné : flic tout comme son père, c’est LE personnage de l’histoire, celui qui va poursuivre la trace d’un tueur en série aux moeurs des plus terrifiantes. Un homme taciturne, sans aucune confiance en lui dans son rapport aux autres, et notamment aux femmes. J’ai adoré le suivre, me laisser porter au gré de ses découvertes, de ses peurs, de ses coups de sang aussi.

Ajoutez à tout ces personnages un tueur en série qui a la particularité malsaine d’imiter les pratiques d’un homme qui a sévi au Congo dans les années 70, arrêté par Morvan père et mort trois ans plus tôt. Plusieurs victimes, mortes selon un rituel primitif qui rappelle les poupées vaudou, sauf qu’ici il s’agit de se protéger des esprits en plantant des clous et autres tessons de verre dans le corps d’individus bien vivants.
Le gros bémol, c’est que j’ai très vite deviné qui était ce tueur… Et cela m’arrive très rarement, ce qui me pousse à croire que Grangé a laissé des indices assez parlants. Ou alors je suis devenue très douée ! 😀

Au niveau géographique, Jean-Christophe Grangé nous entraîne en Bretagne et en Afrique, bien que nous explorerons ce continent seulement dans le second tome. Et croyez-moi, j’ai vraiment envie de me plonger dans celui-ci lorsqu’il paraîtra car je me demande s’il ne me plaira pas plus que « Lontano« . Disons que l’on aura enfin les réponses à toutes les questions fondamentales sur la famille Morvan, et notamment cette mystérieuse Maggie que je soupçonne d’être moins naïve qu’elle n’y paraît.

En bref, je suis ravie d’avoir retrouvé Grangé et sa plume. Il n’est peut-être plus mon auteur de thriller favori, mais reste un auteur que je suivrais coûte que coûte, à chacune de ses parutions.
Allez, on ne va pas se mentir, j’ai vraiment pris mon pied à savourer cette lecture, voilà, c’est dit !

Vous aimerez si…

  • Jean-Christophe Grangé vous a manqué après 3 ans d’attente.
  • Les sagas familiales et leur traitement sur fond de thriller vous intriguent.

Air Vol – Geoffroy Fierens


FIERENS, Geoffroy. Air Vol. Acrodacrolivres, 2015, 372 pages, 15 €.


L’histoire :

Dans l’Afrique des années 50 encore dominée par le colonialisme, le jeune Paul perd son père dans de tragiques circonstances. Animé par une rage de vivre à toute épreuve, il mettra sur pied une entreprise dont les finalités dépasseront de très loin le cadre de sa propre vie. Commandant de bord sur la compagnie la plus originale qui soit, il trouvera le moyen de propulser un continent tout entier dans l’avenir.

Ce que j’en ai pensé :

Toujours délicat de se lancer dans un livre d’une petite maison d’édition qu’on ne connaît pas, puisque l’on peut vite avoir l’a priori d’une qualité moindre. Avec Air Vol, dès les premières pages j’ai été charmée par l’écriture de Geoffroy Fierens. Je le remercie donc chaleureusement de m’avoir envoyé son livre.

Air Vol, c’est l’histoire de Paul, un jeune garçon qui a l’âge des rêves et de tous les possibles. Son père aviateur meurt en cours de vol, un drame pour lui et sa mère. Cette dernière ne s’en remettra jamais et en voudra toute sa vie à son fils de tant ressembler à son défunt mari.
Heureusement, Paul trouvera une seconde famille chez son ami Louis. Ensemble ils partageront une aventure d’enfants : la création d’une compagnie d’aviation. Leurs vélos seront leurs avions, et le grenier de Louis leur tour de contrôle.
Les descriptions de ces moments de jeux sont fabuleux car ils rappellent à tout le monde l’importance des rêves d’enfant. Ceux en lesquels on croyait fébrilement et qui, parfois, définissent le cours de notre vie.
Ce que j’ai aimé avec cette histoire, c’est que l’on va suivre Paul tout au long de sa vie. Ainsi le lecteur découvre ce qu’il devient, et surtout la façon dont il se construit par rapport à ce passé lourd qu’il porte en lui.

Vous l’aurez compris, j’ai été comblée par l’histoire. Mais pas que. J’ai trouvé l’écriture de Geoffroy Fierens vraiment très plaisante et je suivrais avec plaisir les autres parutions de cet auteur belge.

Vous aimerez si…

  • Les histoires tenant sur la vie complète d’un personnage vous passionnent.
  • Vous avez un goût pour l’aviation.

Baronne Blixen – Dominique de Saint Pern


SAINT PERN, Dominique (de). Baronne Blixen. Stock, 2015, 432 pages, 21,50 €.


L’histoire :

Karen Blixen. Aristocrate danoise, exilée pendant de nombreuses années au Kenya, alors colonie britannique, où elle noue un attachement profond à l’Afrique et ses habitants. Poétesse, écrivain, pressentie au Nobel, elle est un personnage à l’aura extraordinaire qui a exercé un pouvoir incroyable sur les individus qui croisaient son chemin.

Ce que j’ai apprécié :

– Karen Blixen, je n’en avais jamais entendu parlé. Peut-être parce que je suis trop jeune pour connaître le film « Out of Africa«  adapté de son roman autobiographique, « La ferme africaine », qui est sorti sur les écrans en 1985, avec Meryl Streep pour incarner la lionne. C’est dire si, en commençant cette lecture, je ne savais pas à quel point le destin de cette femme aristocrate danoise fut romanesque en tous points.
Avec ce roman, j’ai découvert un personnage digne des imaginations dramatiques des écrivains et qui, pourtant, à bel et bien existé.

– J’ai beaucoup aimé la première moitié du livre qui narre la vie de la baronne Blixen, Tania ou Tanne pour ses intimes, lors de son arrivée au Kenya jusqu’à son départ forcé en 1931, suite à la faillite de son entreprise d’exploitation de caféiers sur des terres réputées arides. Ces quelques dix-sept années sont narrées d’une façon que j’ai trouvé géniales : en effet, il s’agit de Clara Selborn, qui fut la femme à tout faire de Karen Blixen à partir de 1943, qui vient sur les terres kenyanes sur le tournage de Out of Africa. Nous sommes en 1983/1984. Meryl Streep s’apprête à interpréter la baronne mais elle est désemparée face à cette femme au destin et à la personnalité hors du commun. Clara arrive pour lui narrer une femme qu’elle a connu sans connaître véritablement.

– Sur les terres d’Afrique, Blixen est une femme à la main de fer mais au grand coeur. Arrivée avec les préjugés de son époque sur les autochtones, elle noue des liens forts et protecteurs envers les squatters de sa plantation. Confort, éducation, reconnaissance : elle se battra pour que les habitants restent sur leur terre d’origine.
Une attitude qui, on le comprend entre les lignes, ne la fera pas toujours bien avoir par les Anglais qui s’estiment supérieurs en tout. En avance sur son époque ? Certainement ; à la fois pour une femme, mais en plus une femme à l’écoute d’un peuple kenyans emplis de traditions millénaires qu’elle respectera toujours.

– Enfin, le personnage lui-même. Ce livre est une véritable biographie, certes romancée mais particulièrement bien documentée, où chaque nom mentionné à réellement existé (sauf un, précisé par l’auteur en fin d’ouvrage). Un travail minutieux effectué par Dominique de Saint Pern, notamment à partir de nombreux documents des archives de Karen Blixen.
La baronne Blixen a eu plusieurs vies en une. Contrairement aux aristocrates féminines de son époque du début de XXe siècle, elle est aventureuse, avides de découvertes, chasseuse, observatrice, écrivain, poétesse. De nombreuses cordes à son arc. Comme toutes les femmes passionnées, elle est une amoureuse transie et exclusive. L’amour de sa vie, Denys, un chasseur épris de liberté, fut sa plus grande joie mais aussi son plus tragique souvenir.
Pour compléter cette biographie, j’ai d’ailleurs très envie de voir le film Out of Africa, romance dramatique, qui semble être très représentatif de cette vie africaine fabuleuse.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– J’ai été beaucoup moins intéressée par la seconde partie de la vie de Karen Blixen, lorsqu’elle est contrainte de retourner au Danemark. Comme si l’enchantement africain était définitivement brisé, alors même que sa vie fut tout aussi étonnante de par la fascination qu’elle a exercé sur ses contemporains.

En bref ?

Une biographie aussi étonnante que fabuleuse. L’écriture et les choix narratifs de Dominique de Saint Pern en font un livre particulièrement touchant. La partie africaine est une épopée qui m’a littéralement passionnée.

Blanc comme… nègre – Norbert Jaoui

Blanc_comme____n_52429b62ebea2L’histoire :

Albi, un jeune sénégalais, va fuir son pays en compagnie de trois amis, pour l’eldorado européen. Pourquoi partir ? Parce qu’il est né blanc au pays des noirs ; autrement dit albinos en Afrique.
Arrivé au Pays Basque, seul, il va se retrouver confronter à une culture qu’il ne connaît pas, mais il va aussi rencontrer des personnalités atypiques qui, comme lui, ont des blessures qui les rendent singuliers.

Un peu de réflexion…

À travers ce roman, Norbert Jaoui nous révèle les caractéristiques des albinos ainsi que leurs difficultés d’intégration, notamment dans le cas très particulier des albinos africains.
À la fois craints et rejetés, on les tabasse autant qu’on leur donne de l’argent de peur des mauvais sorts qu’ils pourraient jeter. Ni noirs, ni blancs, ils ne sont personnes, ils sont transparents.
Le seul moyen de s’en sortir pour Albi, c’est partir. Fuir. Et il atterrit en France. Et là, l’auteur nous fait prendre conscience que l’on est tous le vilain petit canard de quelqu’un : qui muet, qui roux, etc.

Les points positifs ?

– La façon dont l’auteur intègre ses réflexions au sein d’un récit à la « Candide » de Voltaire. Sans en avoir l’air, le lecteur en prend plein les mirettes concernant la tolérance et le respect d’autrui.
– La construction du livre, où chaque chapitre est un « round » pour (peut-être) montrer le combat de l’intégration, dans lequel Albi rencontre un personnage différent (le Père Thomas, la jolie Lucette, Vincent le muet, Moussa le rebelle du 9-3, etc.)
– Le personnage d’Albi qui arrive en France avec toutes les espérances de richesses, et qui s’étonne naïvement de trouver des gens pauvres ! Comme je le disais plus haut, le parallèle avec Candide est net.

Les points négatifs ?

– Je pensais néanmoins en apprendre plus sur la conditions des albinos. Les réflexions sont là mais plus perdues dans le récit que ce à quoi je m’attendais.

En bref ?

Avec un titre aussi beau et une photo couverture sublime, le récit n’est pas en reste. Voilà un sujet peu commun qui côtoie un autre bien plus d’actualité, qui est l’intégration de l’étranger.
En résumé, j’ai vraiment apprécié cette lecture et j’aimerai beaucoup lire autre chose sur le sujet des albinos.
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