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Blanc comme… nègre – Norbert Jaoui

Blanc_comme____n_52429b62ebea2L’histoire :

Albi, un jeune sénégalais, va fuir son pays en compagnie de trois amis, pour l’eldorado européen. Pourquoi partir ? Parce qu’il est né blanc au pays des noirs ; autrement dit albinos en Afrique.
Arrivé au Pays Basque, seul, il va se retrouver confronter à une culture qu’il ne connaît pas, mais il va aussi rencontrer des personnalités atypiques qui, comme lui, ont des blessures qui les rendent singuliers.

Un peu de réflexion…

À travers ce roman, Norbert Jaoui nous révèle les caractéristiques des albinos ainsi que leurs difficultés d’intégration, notamment dans le cas très particulier des albinos africains.
À la fois craints et rejetés, on les tabasse autant qu’on leur donne de l’argent de peur des mauvais sorts qu’ils pourraient jeter. Ni noirs, ni blancs, ils ne sont personnes, ils sont transparents.
Le seul moyen de s’en sortir pour Albi, c’est partir. Fuir. Et il atterrit en France. Et là, l’auteur nous fait prendre conscience que l’on est tous le vilain petit canard de quelqu’un : qui muet, qui roux, etc.

Les points positifs ?

– La façon dont l’auteur intègre ses réflexions au sein d’un récit à la « Candide » de Voltaire. Sans en avoir l’air, le lecteur en prend plein les mirettes concernant la tolérance et le respect d’autrui.
– La construction du livre, où chaque chapitre est un « round » pour (peut-être) montrer le combat de l’intégration, dans lequel Albi rencontre un personnage différent (le Père Thomas, la jolie Lucette, Vincent le muet, Moussa le rebelle du 9-3, etc.)
– Le personnage d’Albi qui arrive en France avec toutes les espérances de richesses, et qui s’étonne naïvement de trouver des gens pauvres ! Comme je le disais plus haut, le parallèle avec Candide est net.

Les points négatifs ?

– Je pensais néanmoins en apprendre plus sur la conditions des albinos. Les réflexions sont là mais plus perdues dans le récit que ce à quoi je m’attendais.

En bref ?

Avec un titre aussi beau et une photo couverture sublime, le récit n’est pas en reste. Voilà un sujet peu commun qui côtoie un autre bien plus d’actualité, qui est l’intégration de l’étranger.
En résumé, j’ai vraiment apprécié cette lecture et j’aimerai beaucoup lire autre chose sur le sujet des albinos.
>>> www.editionspantheon.fr/

La reine de Saba – Marek Halter



Quatrième de couverture :

Elle était noire. Elle était belle. Elle subjuguait par son esprit. Guerrière, elle imposa la paix, neuf siècles avant notre ère, sur le fabuleux royaume de Saba, pays d’or et d’encens. Mais sa plus belle bataille fut celle de l’amour et de l’intelligence mêlés. Elle défia le roi Salomon par le jeu des énigmes. Vaincue, elle se donna à lui pour trois éblouissantes nuits. Trois nuits que le chant du Cantique des cantiques inscrira pour l’éternité dans la mémoire amoureuse de l’Occident. L’histoire nous dit que Makéda, reine de Saba, et Salomon, roi de Juda et d’Israël, eurent un fils, Ménélik, le premier d’une longue lignée de rois africains. A la suite de la Bible, des Evangiles et du Coran, la reine de Saba a fait rêver des générations de peintres, de poètes et d’écrivains. Aujourd’hui, s’appuyant sur les dernières fouilles archéologiques, Marek Halter part à son tour à sa rencontre. Il nous révèle une reine de Saba d’une modernité inattendue.

Mon avis :

Après Le Kabbaliste de Prague de Marek Halter, il me tardait de découvrir ce livre-là, dont le titre, La reine de Saba, et la couverture sont évocateurs de force et de sensualité.

Ce roman est un récit historique où l’auteur décide de nous emmener à la découverte d’une femme d’exception qui vécut il y a longtemps ; neuf siècles avant notre ère. Au pays de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Le royaume de Saba, en Afrique, plus bas que les sources du Nil. Cette jeune femme, Makéda, fut à la fois une reine de guerre et de paix, une reine amoureuse et sensuelle, forte et sage. Ce récit est sa biographie puisqu’il commence lorsqu’elle a six ans et qu’elle doit fuir avec son père Maryab pour Axoum suite à une rebellion ; et qu’il finit lorsque son fils, Ménélik, a dix-sept ans. Tout du long, on découvre la force de caractère de ce personnage : courageuse, ambitieuse, emplie de vengeance, Makéda, reine de Saba, sait qu’elle est belle et désirable mais ne veut pas que les hommes ne voient que ça d’elle. Car elle est aussi cultivée et désirera apprendre l’hébreu pour mieux connaître Salomon.

Marek Halter nous expose un magnifique portrait de cette femme exceptionnelle, presque à la manière d’un peintre. En effet, ses mots sont toujours aussi beaux et plein d’émotions. Cela se ressent un peu moins au début du livre, mais la fin est digne des plus belles poésies.
Le récit est organisé en quatre parties et fini par un épilogue. Chaque partie (en comptant également l’épilogue) évoque une époque de la vie de la reine de Saba. Tout est mené avec un style parfaitement maîtrisé, avec des phrases longues ou courtes selon ce que veut l’auteur veut nous faire ressentir. Car l’écriture de Marek Halter est clairement dans le ressenti des émotions. Et cela fait que je me suis sentie nostalgique et émue lorsque j’ai refermé ce court livre de 330 pages.

Amateur de la belle langue, d’histoire, de récit court qui va directement à l’essentiel, je vous recommande ce livre et cet auteur en général.

Ecrivain et oiseau migrateur – Alain Mabanckou



Quatrième de couverture :

“Mon pays d’origine, le Congo, possède une petite fenêtre qui donne sur la mer. De là, gamin, je voyais passer toutes sortes d’oiseaux, certains pressés, d’autres à l’envol lourd. Parmi eux, les oiseaux migrateurs, qui planaient loin au-dessus de ma tête, me fascinaient. Lorsqu’ils se posaient sur les branches d’un arbre, le bec ouvert, je les observais contempler l’horizon, les ailes marquées par leur longue traversée. J’étais enfant et je voulais, moi aussi, devenir un oiseau migrateur. Mais je suis devenu un écrivain, sans doute par compensation… Et la plupart de mes grands voyages sont nés des rencontres et des lectures que j’ai faites et qui m’ont construit. Dans ce livre, j’ai voulu dévoiler certaines pages de mon univers. La clé est dans la serrure : il suffit de la tourner, de pousser doucement la porte pour entrer dans ce jardin que j’arrose encore avec la foi du charbonnier. On y trouvera l’ombre de ma mère, les éclats de rire de mes amis, une promenade silencieuse avec J.-M. G. Le Clézio, et bien d’autres souvenirs…” Alain Mabanckou

Mon avis :

C’est grâce au site News Book, qui propose une riche actualité littéraire, que j’ai eu la chance de découvrir à la fois un livre, un auteur et une petite maison d’édition.
Tout d’abord, le livre physique. Tout en longueur,ce petit ouvrage de moins de 200 pages est très sobre concernant sa couverture. Le mot « sobre » n’est pas péjoratif. Au contraire : ce fond blanc avec pour seule illustration un cadrage sur les yeux, je dirais même sur le regard, de l’auteur. Tout à fait dans le ton puisque cette nouvelle collection de l’éditeur ; Chemin faisant ; a pour but, je cite, que les « créateurs égrènent leurs souvenirs« .

Il s’agit donc ici d’une autobiographie, pas du tout linéaire mais plutôt des morceaux choisis par l’auteur. Il nous raconte des rencontres marquantes, il nous raconte l’Afrique, son rapport à l’écriture et au fait d’être un écrivain congolais français et il nous raconte des anecdotes. Le livre est une forme d’abécédaire : les entrées se font de A à Z. On trouve entre autres « Algérie (souvenirs d’) », « Blog (Mon) », « J’écris en français parce que… » ou encore « Ma mère ».
Je ne connaissais cet auteur que de nom, ou plutôt de visage. Il a reçu de nombreux prix littéraires pour ses oeuvres. Je n’en avais lu aucune jusqu’ici. Peut-être que je tenterais l’expérience puisque cette lecture m’a fait découvrir un homme, une pensée et une écriture.
Congolais d’origine, il aime sa terre natale comme un enfant aime sa mère. Il va ensuite s’installer en France et ses livres seront tous écrit en français. Cette situation est ambigüé : écrivain français ou écrivain francophone ? Pour les écrivains français, il est clairement francophone. Pour lui, il est un écrivain français. Cette question l’énerve on le sent bien, et il ressent comme un sentiment d’exclusion le fait d’être rangé en librairie dans le domaine étranger.

Sa langue est pleine de poésie. Il joue avec la langue : dans une des entrées, il y a plus de trois pages sans point final. Et le plus étonnant c’est que je m’en suis rendue compte à la fin : le thème justifiait ce jeu synthaxique. 
Ce que j’ai aimé dans cet exercice, c’est que l’auteur se livre. Le fait que ce ne soit pas linéaire rend étrangement le sujet plus proche : comme si dans une discussion on parlait d’une chose, pour rebondir sur une autre sans rapport.

J’adorerai que certains de mes auteurs favoris se livrent à ce jeu. Je trouve que c’est enrichissant pour comprendre le parcours de l’écrivain, ses choix d’écriture et puis comprendre ses livres, tout simplement.

Remerciements : Merci à Ys du site News Book, un site très complet sur l’actualité littéraire que j’ai découvert il y a quelques jours, ainsi qu’à André Versaille éditeur, qui promet de beaux ouvrages dans cette nouvelle collection, Chemin faisant. Ce fut une belle lecture. 



Ce livre entre également dans le cadre du challenge lancé par les agents littéraires sur la rentrée littéraire des petites maisons d’éditions !

Fleur du désert – Waris Dirie

Quatrième de couverture :

Waris, excisée selon la tradition, n’a que treize ans lorsqu’elle décide de s’enfuir, de quitter ses parents, afin d’échapper à un mariage forcé. Après une dangereuse cavale dans le désert somalien, elle rejoint Mogadiscio, puis Londres où elle devient domestique.
C’est alors qu’elle est remarquée par un photographe de mode, et que va démarrer sa prodigieuse carrière de mannequin.

Avec émotion et sincérité, Waris Dirie raconte les détails de son étonnante histoire, évoquant sans détour les difficultés rencontrées tout au long de cette aventure.
Fleur du désert est la troublante confession d’une femme hors du commun.

Mon avis :

La volonté de lire ce livre émane d’un intérêt pour les témoignages sur certaines cultures, dont nous, occidentaux, connaissons assez mal. Et je suis toujours fascinée par le courage de ces femmes qui, comme Waris, osent partir, quitter leur famille, traverser le désert par instinct de survie.
Plus qu’une simple catharsis, Fleur du désert. Du désert de Somalie à l’univers des top models est un pamphlet pour lutter contre la violence faite aux femmes par l’ablation de leurs parties génitales. On imagine la difficulté de l’exercice : parler de ce traumatisme c’est exhiber sa vie intime aux yeux de tous, mais c’est aussi s’opposer à une pratique traditionnelle millénaire dans le pays que l’on aime malgré tout plus que tout. J’ai notamment été très émue par le court passage qui raconte le bouleversement de Waris retournant dans le désert avec une équipe de tournage : « J’ai couru un moment, puis je me suis arrêtée pour ramasser des poignées de sable et le laisser couler entre mes doigts. J’ai caressé les arbres. […] Oh, mon Dieu, c’était ici chez moi ! Je me suis assise sous un arbre et j’ai pleuré de joie« .

Devenue ambassadrice de l’ONU, avoir réussi à vivre avec un homme qu’elle a choisi et à être mère, ce sont là les véritables victoires de Waris Dirie. De la petite fille nomade à la top-model internationale, elle n’a pas tellement changé : sa notoriété la fait plutôt rire et elle en fait sa force pour qu’un jour, son combat aboutisse et que l’excision soit définitivement interdite.
Un livre poignant, vrai : à lire !

Le vol des cigognes – Jean-Christophe Grangé

Quatrième de couverture :

Un ornithologue suisse est trouvé mort d’une crise cardiaque… dans un nid de cigognes. Malgré cette disparition, Louis, l’étudiant qu’il avait engagé, décide d’assumer seul la mission prévue : suivre la migration des cigognes jusqu’en Afrique, afin de découvrir pourquoi nombre d’entre elles ont disparu la saison précédente…
Parmi les Tsiganes de Bulgarie, dans les territoires occupés par Israël, puis en Afrique, Louis court d’énigme en énigme et d’horreur en horreur : observateurs d’oiseaux massacrés, cadavres d’enfants mutilés dans un laboratoire… Les souvenirs confus de son propre passé – ses mains portent des cicatrices de brûlures depuis un mystérieux accident – se mêlent bientôt à l’enquête. Et c’est au cœur de l’Inde, à Calcutta, que surgira l’effroyable vérité…
Suspense, imagination, vérité documentaire : ce thriller captivant, véritable coup de maître, est le premier roman de l’auteur du best-seller
Les rivières pourpres.

Mon avis :

Pour un premier livre écrit par Grangé, il a tous les charmes d’un polar : captivant, mystérieux. Contrairement à beaucoup, ce n’est pas le roman que j’ai préféré de l’auteur. Mais pour un premier ouvrage, que dire de plus que « très bien orchestré » ?

On suit Louis Antioche à travers plusieurs cultures, ce qui nous permet de voyager : ancien reporter, JC Grangé excelle dans ce domaine.
Ce jeune homme, pris malgré lui dans une histoire tordue qui révèlera les pires horreurs, semble s’adapter assez vite à la « mission » qui lui incombe, à savoir : pourquoi des cigognes disparaissent-elles ?

Une imagination sans frontières, JC Grangé ne m’a pas déçue avec ce livre. Cependant, il est net que depuis ce livre il a évolué vers des histoires que j’apprécie beaucoup plus. C’est intéressant de voir l’évolution.
Ainsi il ne me reste plus que « Les rivières pourpres » et « Le concile de pierre » à lire de cet auteur. A suivre…