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Le roi des rêves, Louis II de Bavière – Isaure de Saint Pierre


SAINT PIERRE (de), Isaure. Le roi des rêves. Louis II de Bavière. Albin Michel, 2015, 232 pages, 18 €.


L’histoire :

Louis II de Bavière, cousin de la célèbre Sissi, est un prince puis un roi bien loin de l’image qu’on peut avoir de la fonction. Isaure de Saint Pierre retrace la vie de cet homme, qui n’était définitivement pas enclin à porter la royauté. Adulé puis honnis, il restera dans les esprits comme « le roi des rêves ».

Ce que j’en ai pensé :

– L’écriture d’Isaure de Saint Pierre, que j’ai découvert avec ce livre, est très agréable et pas lourde comme peut l’être celle de l’historien. C’est-à-dire que le récit biographique à l’avantage d’être accessible à tous, précis sans crouler sous les détails.

– J’ai aimé ce personnage fantasque, rêveur, dont on a l’impression qu’il est né dans un univers qui n’est pas le sien. Jeune homme travailleur, passionné et littéralement porté par la musique wagnérienne, il n’est pas moins à sa place qu’à Munich. Il lui préfère les châteaux de la montagne bavaroise, et il consacrera d’ailleurs une partie de sa vie à leur édification. Rêveur oui, peu intéressé par la chose politique, oui et non. Lorsqu’il devient roi, ce jeune prince adoré de ses sujets, se lance à corps perdu dans cette nouvelle tâche dont il s’estime le garant bien qu’elle ne corresponde pas à son idéal de vie.
Homosexuel, il aura des amours physiques passionnées, mais aucune de surpassera celle, platonique, qu’il entretiendra avec Richard Wagner depuis son accession au trône jusqu’à la mort de celui-ci.

– J’ai trouvé l’intérêt de ce livre dans l’alternance entre les faits de vie de Louis II de Bavière et la géopolitique germanique de l’époque. Nous sommes dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les royaumes germains s’allient et se font la guerre presque incessamment. Avec un roi qui n’entend rien aux combats, le peuple se désolidarise de ce rêveur qu’il avait autrefois aimé mais qui rechigne à faire valoir leur indépendance.

En bref ?

Une biographie assez courte, qui va droit aux choses, en s’appuyant notamment sur la correspondance prolifique de Louis II de Bavière avec ses proches. Néanmoins, tout en étant courte, elle est complète et la bibliographie en fin d’ouvrage montre l’important de recherche de l’auteure. On y découvre un prince puis un roi passionné par la musique et l’architecture royale. Rêveur, amoureux, vivant dans les légendes du Moyen-âge au point d’en faire un style de vie sans se rendre compte que son entourage ne partageait pas cet engouement.

Les châteaux fabuleux de Louis II de Bavière – Elisabeth Reynaud

Quatrième de couverture :

Roi de légende, mécène et protecteur des arts qu’on déclara fou, Louis II de Bavière nous laisse pourtant un fabuleux héritage.
En 1864, au coeur d’une Europe déchirée, il succède à son père sur le trône de Bavière à 18 ans. Sa beauté juvénile, sa prestance séduisent d’emblée son peuple.
Lui se voit Lohengrin, chevalier du cygne, Tristan ou Parsifal. Il s’exalte pour l’opéra et développe une passion immodérée pour Richard Wagner, son « Unique ». Il cède à tous les caprices du compositeur et finance pour lui le théâtre de Bayreuth.

Âme sensible torturée par des amours interdites, Louis fait construire des palais de contes de fées comme autant d’écrins pour abriter ses rêves. Les châteaux de Neuschwanstein, de Linderhof et de Herrenchiemsee, qui engloutissent des sommes considérables, témoignent encore aujourd’hui d’une incroyable fièvre bâtisseuse.

À ces deux passions s’ajoutent celles que lui inspirent les jeunes hommes et sa cousine Sissi, impératrice d’Autriche. Elle sera son âme soeur et sa confidente jusqu’à sa mort tragique en 1886.

« Je veux demeurer pour moi et pour les autres une éternelle énigme », écrit-il.

À partir d’un large choix de lettres, extraites notamment de la correspondance de Louis II et Wagner, de passages de son journal intime et des témoignages de ses contemporains, Elisabeth Reynaud dévoile les facettes d’un roi souvent incompris.

Mon avis :

Louis II de Bavière, ou la figure d’un roi qui n’était pas fait pour gouverner.
Elisabeth Reynaud, auteur de plusieurs romans et biographies, nous entraîne dans la vie étonnante et chimérique de ce roi au caractère atypique.

Dès lors que Louis II accède au trône de Bavière en 1864, le peuple n’aura de cesse d’admirer ce beau jeune homme. Cet amour ne se tarira jamais, malgré les dépenses folles qui caractérisera son règne. Dépenses pour entretenir son ami et idole Richard Wagner, mais aussi dépenses pour faire construire trois magnifiques châteaux au luxe débordant : Neuschwanstein, Linderhof et Herrenchiemsee. Les nombreuses photos couleur et noir et blanc présentes dans l’ouvrages permettent au lecteur de se rendre compte du faste de ces constructions.
Elevé dans une rigueur catholique extrême, Louis II se veut chaste comme les chevaliers qu’il admire. Néanmoins, il sera torturé toute sa vie par son homosexualité qui le culpabilise à l’extrême. Elisabeth Reynaud nous livre quelques passages éloquents de son journal intime : c’est un homme tiraillé entre ce que souhaite sa raison et ce que lui fait accomplir son coeur.

Au cours des vindt-sept chapitres que comporte ce docu-fiction biographique, Elisabeth Reynaud retrace la vie de cet homme rêveur, ce roi amateur de grands espaces et de solitude, amoureux des opéras de son « Unique », Richard Wagner. Roi mécène, c’est certainement grâce à lui que Wagner a pu écrire et mettre en scène ses plus grandes oeuvres. Roi pacifiste, la guerre l’horripilait, notamment la mort des civils et des soldats qu’il voulait éviter.
La politique l’intéresse peu, il préfère se réfugier dans le paraître, dans un monde qu’il s’est inventé de toute pièce.

Les amateurs d’histoire, comme c’est mon cas, se régaleront de cette lecture. D’autant que le style d’écriture est accessible : il ne s’agit pas ici d’une étude ou d’une thèse. J’ai relevé une certaine poésie dans les tournures de phrases : celles-ci s’enchaînent avec tellement de fluidité que la lecture n’en est que plus agréable et rapide.
L’impression d’avoir approfondi un pan de l’histoire de l’Allemagne mais aussi de l’Europe est nette lorsque l’on ferme ce livre.