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Le sculpteur – Scott McCloud


McCLOUD, Scott. Le sculpteur. Rue de Sèvres, 2015, 485 pages, 25 €.
Traduit par Fanny Soubiran.


L’histoire :

David Smith a 26 ans et un avenir désolant. Orphelin, célibataire, il ne perce pas dans son art : la sculpture. Lorsque son oncle mort se présente a lui et lui propose un deal, il accepte de devenir surdoué en sculpture. Mais en contrepartie, il accepte de ne vivre plus que pendant 200 jours.

Les illustrations :

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Les illustrations de cette bande dessinée sont originales tout d’abord du fait qu’elles sont colorisées uniquement dans un camaïeu de bleu.
Les traits quant à eux sont très aigus. Et ce qui est très bluffant, c’est la particularité de Scott McCloud qui réussit à parfaitement rendre le mouvement, comme vous pouvez le voir dans la planche suivante :
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Pour quel public ?

Indéniablement cette bande dessinée est destinée à un public adulte et adolescent mature.

Ce que j’en ai pensé :

– Tout d’abord, concernant la forme de la bande dessinée, j’ai beaucoup aimé ce choix de camaïeu de bleu, qui donne une ambiance idéale à l’histoire. D’autant que les dessins m’ont énormément plu. Comme je le disais plus haut, j’ai été étonnée par les changements de rythmes des illustrations : parfois douces, d’autres fois brutes et très dynamiques.
Et puis, enfin une bande dessinée longue ! Car, on ne va pas se mentir, les histoires illustrées c’est bien, mais ça finit beaucoup trop vite. Là, non : presque 500 pages ! Tout est détaillé, c’est vraiment génial.

– Puis, l’histoire en elle-même est parfaite dans sa dimension très dramatique. La vie de David est comptée, au jour près. Il sait quel jour il mourra. Cela lui importe peu, puisqu’il n’a plus rien à quoi se raccrocher. Sauf à partir du moment où il rencontre Meg. Mais c’est inéluctable. Sa vie, il doit la vivre à fond, que ce soit pour son amour ou son art.
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La psychologie du personnage de David est magistrale. C’est la première fois que je rencontre une personnalité de ce type en BD et je comprends tout l’intérêt du dessin pour faire passer des émotions diverses. Le tragique des situations est exacerbé par rapport au simple écrit. D’ailleurs, le planches les plus touchantes sont certainement celles où le texte est absent.

– Et enfin, j’ai été très touchée par le message de l’histoire, à savoir l’angoisse de la mort sous le volet : que laisse-t-on pour que l’on se souvienne de nous ? Le personnage de David est terrifié par le fait de mourrir sans laisser aucune trace à la postérité. Ce besoin de reconnaissance de son art, c’est aussi une furieuse envie d’exister après la mort. D’ailleurs, la mort en elle-même ne l’effraie pas au début puisqu’il accepte le deal macabre? D’autant plus qu’étant orphelin sans famille, s’étant coupé de la plupart de ses amis, qui sera là pour se souvenir de lui ?
Ce thème est très intéressant. Il laisse d’ailleurs la place à une fin magistrale, que Scott McCloud réussit d’une main de maître.

En bref ?

A lire absolument !!

L’homme à la bulle de savon – Sylvie Matton


MATTON, Sylvie. L’homme à la bulle de savon. Don Quichotte, 2014, 241 pages, 17,90 €.


L’histoire :

Patrick est à un tournant de sa vie. Aujourd’hui est un grand jour, il l’attend certainement depuis presque quinze ans, sans le savoir. Aujourd’hui, il va s’approprier une oeuvre d’art, la subtiliser au musée de Draguignan. Nous somme le 13 juillet 1999, il va voler « L’enfant à la bulle de savon » de Rembrandt.

Éléments de réflexion :

Ce roman est une non-fiction, puisqu’en 1999, Patrick Vialaneix dérobe réellement ce petit tableau estimé à 3 millions d’euros. Ce n’est qu’en mars 2014 que le tableau est restitué. Et son histoire n’est pas celle d’un petit trafiquant d’art issu d’un réseau organisé. Non. Son histoire est bien plus complexe. C’est ce que nous raconte Sylvie Matton avec ce roman.

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Ce que j’ai apprécié :

– L’histoire prise dans son ensemble est fascinante du fait qu’il s’agisse d’une histoire vraie. En effet, on est dans la psychologie pure, en entrant dans la pensée et la vie schizophrène de Patrick. L’auteure utilise différents moyens de narration : dans la première partie, le lecteur suit Patrick dans le présent, le jour du vol du Rembrandt, puis en parallèle, il apprend tout de la vie de cet homme, de son enfance jusqu’à ce jour charnière. Dans la seconde partie, on suit la vie de Patrick avec le tableau : une vie de paranoïa pure et de culpabilité. Jusqu’à ce qu’on comprenne qu’il devient pour lui trop dur de vivre avec ce tableau, témoin de son passé malheureux.

– J’ai trouvé que l’auteure, sous couvert du roman, retrace avec perfection une histoire vraie mais surtout des états d’âme. Car ce que Patrick a vécu et ce qui l’amène à rencontrer et vivre avec celui qu’il appelle « L’Enfant » est tout bonnement terrible. Un père violent et sadique, une mère aimante mais effacée et sans pouvoir : le seul refuge pour Patrick lorsque son chien adoré meurt, c’est son double, celui dans lequel il se reconnaît. Celui qui lui parle. Car on est bien dans une forme élevée de schizophrénie puisqu’il estime réelles les voix de « l’Enfant » et du « peintre », qui l’accompagneront pendant presque trente ans !

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

Pas que j’ai eu des éléments négatifs lors de cette lecture, mais je pense que si je l’ai apprécié, c’est avant tout car il s’agit d’une histoire vraie.
Par contre, je trouve que le livre se termine trop tôt. Et cela pour deux raisons : tout d’abord, l’auteure choisit de ne pas aller jusqu’à la remise du tableau aux gendarmes par Patrick le 19 mars 2014 et surtout, j’aurais aimé une sorte de prologue avec le parcours de l’auteure, son travail de recherche et ses réflexions personnelles sur cette histoire. De plus, pourquoi avoir décidé de raconter cette histoire particulière ? Autant de questions qui attendent des réponses.

En bref ?

Une lecture très intéressante, où l’on entre dans la limite très fragile entre l’appréciation artistique et l’obsession.
En lien, un article de Culturebox.fr sur le retour du Rembrandt au musée de Draguignan.

Cadre de lecture : Lu grâce à l’agence de presse L&P Conseils et les éditions Don Quichotte.

Rosa Bonheur, liberté est son nom – Gonzague Saint Bris

1507-1Le personnage :

Rosa Bonheur. Un nom qui ne vous dira peut-être rien, comme c’était mon cas avant cette lecture. Et pourtant ! Cette femme du XIXe siècle a certainement été la femme peintre la plus renommée de son époque. Admirée par ses pairs et par la critique de son vivant, ayant très souvent exposé dans les Salons et expositions universelles, tout cela malgré son statut connu et revendiqué de femme dans un monde d’hommes.
Elle s’est notamment distinguée par ses peintures animalières, d’une précision exceptionnelle, traduisant l’âme des animaux comme personne.

L’auteur :

Gonzague Saint Bris est ce qu’on pourrait appeler un homme polyvalent : tour à tour écrivain, historien, journaliste, homme de radio et de télévision, et j’en passe !
Spécialiste notamment du XIXe siècle, il a écrit un nombre assez étonnant de biographies, dont la dernière en date, Marquis de Sade, L’ange de l’ombre, parue aux éditions Télémaque, semble faire l’unanimité de la critique.
(source : http://www.gonzaguesaintbris.com/)

Ce que j’en ai pensé :

C’est grâce à un détour en braderie que j’ai découvert ce livre, qui tombait à pic car je souhaitais découvrir Gonzague Saint Bris écrivain/historien.
Et grand bien m’en a pris ! Car, peu adepte des biographies, j’ai été enchantée de découvrir une femme forte, avec un caractère presque masculin mais qui ne reniait en rien sa condition de femme. Et surtout un personnage emblématique de la peinture animalière française, qui n’a pas en France la notoriété qu’elle mérite. En effet, adulée en Angleterre et surtout aux États-Unis, sa propre patrie semble l’avoir mis de côté.

J’ai beaucoup aimé la façon de conter de Gonzague Saint Bris, qui nous livre une biographie (et non un roman historique, attention) très facile à lire, assez courte, qui est loin d’être dense et imbuvable. C’est donc une plume que je souhaite retrouver : si je tombe sur ses livres je les achèterais sans hésiter.

Un conseil ? Même si vous ne connaissez pas le personnage d’une biographie, n’hésitez pas à acheter le livre ! Cela permet de faire des découvertes, de ne pas toujours rester enfermé dans ce que l’on connait.

Les visages – Jesse Kellerman

62629428L’histoire :

Ethan Muller, la trentaine, tient une galerie d’art dans New York. Tout marche plutôt bien pour lui, et ce n’est pas près de se tarir car, un jour, le bras droit de son père, l’appelle pour qu’il voit des dessins découverts dans un appartement vide. Et là, c’est le choc. Plus de 130 000 dessins formant visiblement une immense carte, s’entassent dans des cartons.
Une œuvre d’art qui va faire fureur, jusqu’au jour où l’on découvre que des visages dessinés sont des enfants assassinés une quarantaine d’années plus tôt.

Un peu de réflexion…

Ce roman n’est pas un thriller à proprement parler. Il n’y a pas un suspense intenable ou des passages effrayants. C’est une enquête qui se déroule dans le domaine de l’art contemporain, mais pas que. Encore une fois (de même que dans Jusqu’à la folie et Beau parleur), Jesse Kellerman créé surtout un personnage très énigmatique et qui semblerait être psychologiquement très instable, à savoir l’auteur caché de cette œuvre : Victor Cracke.

Les points positifs ?

– En tant qu’ancienne étudiante en histoire de l’art, tout ce qui s’y rapporte me passionne. Et ici, j’ai apprécié les quelques réflexions cachées que l’on peut trouver sur l’art contemporain et également sur la façon dont les collectionneurs et les marchands d’art font qu’un objet du quotidien peut devenir une œuvre !
– Le personnage de Victor Cracke et les mystères qui tournent autour de sa personnalité.
– Les révélations qui arrivent grâce aux flashback qui évoquent la vie de la famille d’Ethan depuis le milieu du 19e siècle.

Les points négatifs ?

Pas vraiment un point négatif mais disons que je m’attendais à une fin plus… spectaculaire disons !
De plus, je ne peux pas cacher qu’au début, les flashbacks ne me plaisaient dans le sens où je ne voyais pas leur intérêt (je trouve que l’auteur remonte trop loin dans le passé). Mais au final, ce sont eux le point déterminant du récit.

En bref ?

Une excellente lecture, que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher. Mais attention, ce n’est pas un thriller au sens où on peut l’entendre. Et ce n’est pas non plus à proprement parler un thriller psychologique.
Et j’ai très (très, très !) envie de découvrir le nouveau roman de Jesse Kellerman, Bestseller, paru il y a peu aux éditions les Deux Terres.

Un château sur la Lune. Le rêve brisé de Joséphine Baker – Jean-Claude Bouillon-Baker

Quatrième de couverture :

Sous les paillettes et les costumes extravagants de cette star de la chanson et de la danse, se cache une femme de coeur et de courage à la destinée hors du commun. Résistante pendant la Seconde Guerre mondiale, engagée dans la lutte contre le racisme, Joséphine Baker est de tous les combats en faveur de l’égalité et de la justice entre les hommes. Au faîte de sa carrière, elle décide avec son mari Jo Bouillon d’adopter des enfants de nationalité et de religion différentes pour prouver au monde que la fraternité entre les peuples n’est pas une utopie. Et c’est au coeur du Périgord, au château des Milandes, qu’elle installe sa « tribu arc-en-ciel ». Jusqu’au jour ou ses dettes la rattrappent… Son fils adoptif, Jean-Claude Bouillon-Baker, avec une sensibilité à fleur de peau, nous livre un témoignage bouleversant et inédit sur sa mère en faisant le récit de son enfance. Il rend ainsi l’hommage le plus poignant qui soit à l’une des plus grandes figures du XXe siècle.

Mon avis :

Joséphine Baker racontée par Jean-Claude Bouillon-Baker, un de ses douze enfants adoptés ; voilà ce que nous propose les éditions Hors Collection.

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