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Terrienne – Jean-Claude Mourlevat

Quatrième de couverture :

Après avoir reçu un étrange message de sa soeur Gabrielle, disparue depuis un an, Anne se lance à sa recherche.
Accompagnée d’un vieil écrivain en mal de création, rencontré sur la route, elle passe alors brusquement de l’autre côté.
Et découvre un monde parallèle, un univers blanc, aseptisé, glacial. Là-bas, les habitants ne respirent pas, ne sourient pas, et les humains sont esclaves. Au milieu d’eux, elle comprend vite que sa soeur est retenue prisonnière, quelque part, et qu’elle est en danger. Anne va tout tenter… jusqu’au péril de sa vie.

Mon avis :

Comment mieux apprécier notre vie sur Terre qu’en découvrant un monde parallèle terrifiant par son caractère fade et sans relief ? C’est l’expérience que va mener Anne Collodi dans ce roman jeunesse, « Terrienne ».

Anne, jeune fille de dix-sept vit à Saint-Etienne. Sa vie n’est plus celle d’une adolescente normale depuis que sa soeur aînée, Gabrielle, a disparu voilà un an. Jusqu’au jour où elle reçoit un message improbable de Gabrielle. Dès lors, elle va découvrir qu’elle vit près d’une faille immatérielle, qui conduit vers un univers aseptisé où les individus ne respirent pas, n’éprouvent aucun sentiment et où l’argent n’existe pas.
L’auteur développe une récit fantastique très intéressant mais qui manque d’explications plus approfondies sur la teneur du monde et sur la façon dont les individus ont eu connaissance de la vie sur Terre ; qu’il s’agisse d’un mythe pour les uns ou d’un savoir pour les plus érudits et les privilégiés. Evidemment, je n’oublie pas que ce livre est destiné aux adolescents et que les descriptions doivent être concises pour ne pas lasser les lecteurs.

Les personnages sont très intéressants et particulièrement bien travaillés. C’est à travers eux que l’on en apprend davantage sur cet univers parallèle.
Anne Collodi est la protagoniste de notre histoire. A dix-sept ans, elle ne paraît ni trop mûre, ni pas assez. Elle est forte mais sans excès, c’est-à-dire que le désespoir décuple sa volonté et son intelligence, ce qui est tout à fait vraisemblable. Je l’ai trouvé très complète.
Bran Ashelbi est un jeune homme de vingt ans qui vit dans le monde parallèle sous l’appelation d’hybride. En effet, il est né d’un gamète masculin et d’une mère terrienne. Il est complètement tourmenté par ce métissage et il est celui qui ressent le plus les émotions terrestres et qui peut vivre comme un terrien. De part sa singularité, il vit à l’écart de la population dite « normale », avec nombre d’adolescents comme lui. Il est un soldat, c’est-à-dire qu’il se forme pour être envoyé en mission dans l’autre monde.
Gabrielle Collodi est un personnage secondaire. Elle apparaît lorsque l’auteur nous explique les conditions de sa détention. Séquestrée et droguée, elle n’a pas de personnalité propre dans le roman. Elle la cause des aventures que va vivre sa soeur Anne pour la retrouver.
Etienne Virgil est un vieil homme de soixante et onze ans. Ecrivain sans aucun confiance en lui, il va rencontrer Anne totalement par hasard et la mener à la frontière de ce monde qu’il ne connaît pas encore. Une tendresse va s’intaller entre eux et Anne va sentir qu’elle peut compter sur lui s’il lui arrive quelque chose lors de son « passage ». A la manière d’un grand-père, il va accourir au secours de la jeune fille dès qu’elle l’appellera, et cela sans rien demander.
Madame Stormiwell est une femme de l’autre monde, travaillant à l’hôtel Légende dans lequel Anne va descendre lors de ses passages. Fascinée par le monde des terriens, elle se prend de sympathie pour l’adolescente et va se révéler une alliée indispensable.

De nombreux autres personnages apparaissent dans ce roman, mais ils sont davantage en retrait, même si chacun garde son intérêt.

Le style d’écriture est très bon et bien adapté au public visé. Les adultes pourront trouver certaines expressions enfantines, mais rien de ridicule non plus.

Pour conclure, j’ai beaucoup aimé cette histoire même si elle ne m’a pas transporté comme cela a pu être le cas pour d’autres lecteurs. J’aurais apprécié en savoir encore plus sur ce monde parallèle et les rapports avec les terriens.
Néanmoins, je note une fin parfaite, qui m’a touchée voire émue. Une belle leçon sur la beauté de notre monde et de notre vie, dans tout ce qu’ils recèlent de bons et de mauvais. Un ensemble qui créé une richesse incomparable dont il faut être conscient.

Uglies, t.1 – Scott Westerfeld

Quatrième de couverture :

Tally aura bientôt 16 ans. Comme toutes les filles de son âge, elle s’apprête à subir l’opération chirurgicale de passage pour quitter le monde des Uglies et intégrer la caste des Pretties. Dans ce futur paradis promis par les Autorités, Tally n’aura plus qu’une préoccupation, s’amuser… Mais la veille de son anniversaire, Tally se fait une nouvelle amie qui l’entraîne dans le monde des rebelles. Là-bas, elle découvre que la beauté parfaite et le bonheur absolu cachent plus qu’un secret d’État : une manipulation. Que va-t-elle choisir? Devenir rebelle et rester laide à vie, ou succomber à la perfection ?

Mon avis :

Que serait le monde si l’on vous persuadiez que vous naissez laid mais qu’à seize ans, une opération vous rendra beau et heureux ? Un endoctrinement des cerveaux qui repose sur le paraître, sur l’amusement, pour détruire toute volonté de réflexion et de rébellion. C’est l’univers dans lequel Scott Westerfeld nous plonge avec « Uglies« .

Les Uglies sont de jeunes adolescents qui, de douze à seize ans, partent de chez leurs parents pour vivre dans des dortoirs à Uglyville. Période de transition où ces jeunes gens n’aspirent qu’à devenir des Pretties, c’est-à-dire des personnes parfaites, grâce à la mystérieuse Opération.
Le lecteur va suivre Tally, une demoiselle qui attend avec impatience sa transformation. Son meilleur ami vient de devenir un Pretty ; elle est donc seule dans Uglyville quand elle rencontre Shay, qui va l’amener à se poser de nombreuses questions sur cette société qu’elle refuse en masse.

Cette saga young adult, bien que destinée à la jeunesse, ne gênera pas les adultes, au contraire. J’ai trouvé l’écriture très agréable et certainement pas enfantine.
Au sujet du rythme de l’histoire, le début m’a semblé long et redondant. A partir de 150 pages environ, lorsque Tally est prête pour sa transformation, j’ai réellement commencé à accrocher au roman. Cette dystopie est donc longue à démarrer mais le sujet de fond est vraiment intéressant. L’auteur exploite un thème de notre société où seule l’apparence compte et dans laquelle les modèles de perfection aussi bien féminins que masculins sont dictés par les médias. Tally est le personnage central du roman : endoctrinée, elle va peu à peu ouvrir les yeux devant la terrifiante vérité que cache les Specials Circumstances, qui gèrent notamment l’Opération. Shay et David sont deux personnages secondaires qui vont aider à cette prise de conscience. Chacun des trois sont très différents et par là même très intéressant. Ils ont un potentiel de réflexion qui s’éveille au contact les uns des autres, ce qui laisse présager une suite intéressante et pleine d’action.

Premier dystopie jeunesse que je lis et je dois dire que je trouve ce concept, maintenant à la mode, très formateur pour les adolescents. Une histoire mettant en scène des jeunes adultes, qui vivent avec les problèmes de leur âge, mais qui sont face à une société contre-utopique, où les consciences sont contrôlées d’une quelconque manière. Des récits qui mènent à une réelle réflexion sur le rôle des masses et de leur endoctrinement : distrayant et intelligent.

Les derniers hommes, t.1 : Le peuple de l’eau – Pierre Bordage



Quatrième de couverture :

Le futur proche, après la troisième guerre mondiale. Dans une Europe dévastée par les pollutions chimiques, nucléaires et génétiques, les rares ressources intactes sont partagées par des tribus nomades qui ont pris chacune en charge l’exploitation d’une denrée spécifique. Solman le boiteux, du peuple aquariote – qui découvre et contrôle les sources d’eau -, possède le don de clairvoyance : infaillible juge des âmes, cet atout le confine aussi à l’écart de tous, qui se méfient de son talent. Seuls Raïma, la guérisseuse, puis la mystérieuse Kadija et un vieux scientifique de l’ancien monde vont l’accompagner dans sa quête pour échapper à l’apocalypse qui semble menacer les derniers hommes…

Mon avis :

Un récit de science-fiction où l’auteur nous plonge dans un futur dévasté, où notre civilisation est morte suite aux excès chimiques, nucléaires, etc. A présent, des peuples nomades cohabitent à la surface de la Terre, dont le peuple de l’eau que nous suivons.
Chaque peuple est détenteur d’une ressource ou d’une technologie. Le peuple de l’eau peut reconnaître l’eau potable de l’eau empoisonnée par des « anguilles GM ». D’autres peuples possèdent la savoir des armes à feu. Ainsi, la vie en harmonie est nécessaire puisque chacun doit à l’autre sa survie. Néanmoins, des dissentions existent comme on peut s’en douter : du moment qu’une société naît, l’homme créé des hiérarchies, ce qui engendre des tensions naturelles.

Le lecteur suit Solman le boîteux, un donneur du peuple de l’eau. Un donneur possède le don de percevoir les émotions de chacun, de connaître les pensées bonnes ou mauvaises, etc. Riche de ce don, il est à la fois respecté, craint et détesté. Ce jeune homme de dix-sept ans tente de se faire une place dans cette société dirigée par des pères et des mères, dont les ambitions ne sont pas toujours respectables. Sous couvert d’un bien-être général, ces personnages déterrent les principes des anciennes religions.
L’homme ne peut-il s’empêcher d’exercer une domination sur ses congénères ? Les civilisations prochaines suivront-elles indéfiniment le schéma de la nôtre, qui se détruit elle-même et détruit parallèlement la planète ? Quoiqu’il en soit, ce futur imaginé par Pierre Bordage est loin d’être parfait. Entre retour à une sorte de préhistoire où certaines technologies actuelles subsisteraient, l’auteur nous embarque dans un monde étonnant où l’on imagine sans peine la vraisemblance des faits.

J’ai beaucoup apprécié ce roman de science-fiction, dans lequel les personnages que l’on suit ont une belle consistance. Néanmoins, je soulèverais un point négatif qui m’a dérangé : l’auteur ne nous explique pas ce que sont ces fameuses « anguilles GM » qui ont contaminé l’eau. D’où viennent-elles ? Que sont-elles exactement ? Autant de réponses que je n’ai pas eu dans ce premier tome.

A savoir : sur la boutique Kindle d’Amazon, cet ebook est disponible gratuitement ! Les tomes suivants sont, quant à eux, à 0,99€. Avis à ceux qui possèdent une liseuse électronique.