Miséricorde – Jussi-Adler Olsen


OLSEN, Jussi-Adler. Miséricorde. Le Livre de Poche, 2013, 525 pages, 7,90 €.



L’histoire :

Pourquoi Merete Lyyngaard croupit-elle dans une cage depuis des années ? Pour quelle raison ses bourreaux s’acharnent-ils sur la jeune femme ? Cinq ans auparavant, la soudaine disparition de celle qui incarnait l’avenir politique du Danemark avait fait couler beaucoup d’encres. Mais, faute d’indices, la police avait classé l’affaire. Jusqu’à l’intervention des improbables Carl Morck et Hafez el Assad du Département V, un flic sur la touche et son assistant d’origine syrienne. Pour eux, pas de cold case …

Ce que j’en ai pensé :

Affaires classées non résolues qui remontent à la surface. Voilà à quoi va devoir s’atteler Carl Morck après une terrible descente aux Enfers. Mission placard ? Avec son bureau placé dans les sous-sols de la Préfecture de Police, ses collègues pensent certainement s’être partiellement débarrassés d’un élément perturbateur agressif et anti-social.
Mais c’était sans compter sur sa personnalité anti-conformiste et perfectionniste. Avec son acolyte hors normes, Assad, ils vont former le Département V ; et leur première affaire concernera la disparition de Merete Lyyngaard, jeune, belle et prometteuse politicienne, disparue cinq ans auparavant.

Le point fort de ce roman, c’est le duo d’enquêteurs proposés par J.-A. Olsen. Carl est définitivement le type de personnage flic que j’adore. Tout le monde le déteste, il est solitaire, agaçant, peu avenant mais terriblement doué. Avec Assad, c’est une relation de chef à employé à la fois drôle et admirative.

Parallèlement à l’enquête on suit également le calvaire de Merete Lyyngaard dans une geôle terrifiante, où ses bourreaux prennent visiblement un plaisir non feint à la faire souffrir.

C’est un thriller abouti, même si je l’ai trouvé un peu long à certains moments. Je lirais néanmoins la suite avec plaisir quand l’occasion se présentera.

Baronne Blixen – Dominique de Saint Pern


SAINT PERN, Dominique (de). Baronne Blixen. Stock, 2015, 432 pages, 21,50 €.


L’histoire :

Karen Blixen. Aristocrate danoise, exilée pendant de nombreuses années au Kenya, alors colonie britannique, où elle noue un attachement profond à l’Afrique et ses habitants. Poétesse, écrivain, pressentie au Nobel, elle est un personnage à l’aura extraordinaire qui a exercé un pouvoir incroyable sur les individus qui croisaient son chemin.

Ce que j’ai apprécié :

– Karen Blixen, je n’en avais jamais entendu parlé. Peut-être parce que je suis trop jeune pour connaître le film « Out of Africa«  adapté de son roman autobiographique, « La ferme africaine », qui est sorti sur les écrans en 1985, avec Meryl Streep pour incarner la lionne. C’est dire si, en commençant cette lecture, je ne savais pas à quel point le destin de cette femme aristocrate danoise fut romanesque en tous points.
Avec ce roman, j’ai découvert un personnage digne des imaginations dramatiques des écrivains et qui, pourtant, à bel et bien existé.

– J’ai beaucoup aimé la première moitié du livre qui narre la vie de la baronne Blixen, Tania ou Tanne pour ses intimes, lors de son arrivée au Kenya jusqu’à son départ forcé en 1931, suite à la faillite de son entreprise d’exploitation de caféiers sur des terres réputées arides. Ces quelques dix-sept années sont narrées d’une façon que j’ai trouvé géniales : en effet, il s’agit de Clara Selborn, qui fut la femme à tout faire de Karen Blixen à partir de 1943, qui vient sur les terres kenyanes sur le tournage de Out of Africa. Nous sommes en 1983/1984. Meryl Streep s’apprête à interpréter la baronne mais elle est désemparée face à cette femme au destin et à la personnalité hors du commun. Clara arrive pour lui narrer une femme qu’elle a connu sans connaître véritablement.

– Sur les terres d’Afrique, Blixen est une femme à la main de fer mais au grand coeur. Arrivée avec les préjugés de son époque sur les autochtones, elle noue des liens forts et protecteurs envers les squatters de sa plantation. Confort, éducation, reconnaissance : elle se battra pour que les habitants restent sur leur terre d’origine.
Une attitude qui, on le comprend entre les lignes, ne la fera pas toujours bien avoir par les Anglais qui s’estiment supérieurs en tout. En avance sur son époque ? Certainement ; à la fois pour une femme, mais en plus une femme à l’écoute d’un peuple kenyans emplis de traditions millénaires qu’elle respectera toujours.

– Enfin, le personnage lui-même. Ce livre est une véritable biographie, certes romancée mais particulièrement bien documentée, où chaque nom mentionné à réellement existé (sauf un, précisé par l’auteur en fin d’ouvrage). Un travail minutieux effectué par Dominique de Saint Pern, notamment à partir de nombreux documents des archives de Karen Blixen.
La baronne Blixen a eu plusieurs vies en une. Contrairement aux aristocrates féminines de son époque du début de XXe siècle, elle est aventureuse, avides de découvertes, chasseuse, observatrice, écrivain, poétesse. De nombreuses cordes à son arc. Comme toutes les femmes passionnées, elle est une amoureuse transie et exclusive. L’amour de sa vie, Denys, un chasseur épris de liberté, fut sa plus grande joie mais aussi son plus tragique souvenir.
Pour compléter cette biographie, j’ai d’ailleurs très envie de voir le film Out of Africa, romance dramatique, qui semble être très représentatif de cette vie africaine fabuleuse.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– J’ai été beaucoup moins intéressée par la seconde partie de la vie de Karen Blixen, lorsqu’elle est contrainte de retourner au Danemark. Comme si l’enchantement africain était définitivement brisé, alors même que sa vie fut tout aussi étonnante de par la fascination qu’elle a exercé sur ses contemporains.

En bref ?

Une biographie aussi étonnante que fabuleuse. L’écriture et les choix narratifs de Dominique de Saint Pern en font un livre particulièrement touchant. La partie africaine est une épopée qui m’a littéralement passionnée.