Archives par étiquette : Editions Don Quichotte

Mauvais garçon – Laurent Bettoni


BETTONI, Laurent. Mauvais garçon. Don Quichotte, 2014, 305 pages, 18,90 €.


L’histoire :

A 23 ans, Thomas a une soif inextinguible de s’en sortir. Habitant d’une cité, mère au chômage, père accidenté du travail depuis plusieurs années, l’horizon n’est pas bien engageant. Mais pour lui, diplômé d’un master en sociologie et philosophie politique, tout semble s’ouvrir. Sauf qu’il n’a pas le réseau qu’il faut et donc, aucune boîte ne l’embauche. Or, il faut bien s’en sortir : petits deals pour les caïds de la cité et, surtout, boulot de rédacteur sur le site Ideo, créé par son professeur mentor, accessible uniquement sur le Darknet.

Éléments de réflexion :

Un roman sur les dérives de notre société qui exclut sans vergogne certaines catégories de la population. Mais également la plongée dans l’envers de l’Internet, du « tout accessible », le Darknet, où seuls les initiés sont conviés. Des bas-fonds virtuels où rien n’est tabou.

Ce que j’ai apprécié :

– Dans cette histoire, le personnage central de Thomas est un monde à lui seul. Il est français d’origine française, vit dans une cité ; joliment nommée La Pléiade ; avec tous les malheurs financiers qui vont avec. Son problème ? Il refuse de n’avoir aucune chance et de ne pas être ambitieux. Avec son master de sociologie et philosophie politique, il a de la valeur et le sait. Pourtant, il manque d’une chose essentielle : le réseau. Si bien qu’il ne trouve aucun travail. Petits deals sur petits deals avec ceux de son quartier, il vivote, avec sa colère qui grandit peu à peu.
L’élément déclencheur de l’histoire, c’est son ancien professeur fétiche qui va lui proposer d’animer à ses côtés un site Internet d’opinions libres qui évolue sur le mystérieux Darknet. Le personnage attachant devient dur, raciste, aigri. Il s’embourbe dans un univers qui n’est pas le sien, qui est destructeur. Ainsi, il se coupe de ses valeurs et de celle qui les représente le mieux : Malika, sa petite amie.

– Malika, en deux mots, c’est un personnage secondaire de l’histoire mais c’en est aussi personnage le plus sain. Elle est le fil d’Ariane de Thomas, celle qui peut le garder hors de l’eau. Sa bouée de sauvetage mais aussi l’ancre qui l’empêche d’évoluer selon ses désirs.

– Les réflexions qui parsèment le récit sont de véritables coups de poing. De pensées librement exprimées sans peur du jugement, on dérive sur des propos racistes et des actions extrêmes. Et Laurent Bettoni ouvre un champ de pensées très large. Pour ma part j’ai retenu celui-ci : lorsque l’on retranche une catégorie de la population et que parallèlement on en favorise d’autres, le plus sage citoyen peut devenir le plus virulent détracteur. D’autant que les politiques ne s’intéressant pas vraiment au pays, tout le monde évolue de son côté, sans se connaître et donc sans se comprendre.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Bien que ce soit un roman qui choque vraiment, il faut lire entre les lignes et comprendre qu’il s’agit d’un livre qui fait réfléchir sur notre société, nos politiques et sur la dangerosité des extrémismes quels qu’ils soient. Donc pas de points négatifs pour moi avec cette lecture. Au contraire.

En bref ?

Une lecture choc absolument excellente, pleine de réflexions sur notre société et ce qu’elle produit comme individus.

Cadre de lecture : Lu grâce à l’agence de presse L&P Conseils et les éditions Don Quichotte.

L’homme à la bulle de savon – Sylvie Matton


MATTON, Sylvie. L’homme à la bulle de savon. Don Quichotte, 2014, 241 pages, 17,90 €.


L’histoire :

Patrick est à un tournant de sa vie. Aujourd’hui est un grand jour, il l’attend certainement depuis presque quinze ans, sans le savoir. Aujourd’hui, il va s’approprier une oeuvre d’art, la subtiliser au musée de Draguignan. Nous somme le 13 juillet 1999, il va voler « L’enfant à la bulle de savon » de Rembrandt.

Éléments de réflexion :

Ce roman est une non-fiction, puisqu’en 1999, Patrick Vialaneix dérobe réellement ce petit tableau estimé à 3 millions d’euros. Ce n’est qu’en mars 2014 que le tableau est restitué. Et son histoire n’est pas celle d’un petit trafiquant d’art issu d’un réseau organisé. Non. Son histoire est bien plus complexe. C’est ce que nous raconte Sylvie Matton avec ce roman.

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Ce que j’ai apprécié :

– L’histoire prise dans son ensemble est fascinante du fait qu’il s’agisse d’une histoire vraie. En effet, on est dans la psychologie pure, en entrant dans la pensée et la vie schizophrène de Patrick. L’auteure utilise différents moyens de narration : dans la première partie, le lecteur suit Patrick dans le présent, le jour du vol du Rembrandt, puis en parallèle, il apprend tout de la vie de cet homme, de son enfance jusqu’à ce jour charnière. Dans la seconde partie, on suit la vie de Patrick avec le tableau : une vie de paranoïa pure et de culpabilité. Jusqu’à ce qu’on comprenne qu’il devient pour lui trop dur de vivre avec ce tableau, témoin de son passé malheureux.

– J’ai trouvé que l’auteure, sous couvert du roman, retrace avec perfection une histoire vraie mais surtout des états d’âme. Car ce que Patrick a vécu et ce qui l’amène à rencontrer et vivre avec celui qu’il appelle « L’Enfant » est tout bonnement terrible. Un père violent et sadique, une mère aimante mais effacée et sans pouvoir : le seul refuge pour Patrick lorsque son chien adoré meurt, c’est son double, celui dans lequel il se reconnaît. Celui qui lui parle. Car on est bien dans une forme élevée de schizophrénie puisqu’il estime réelles les voix de « l’Enfant » et du « peintre », qui l’accompagneront pendant presque trente ans !

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

Pas que j’ai eu des éléments négatifs lors de cette lecture, mais je pense que si je l’ai apprécié, c’est avant tout car il s’agit d’une histoire vraie.
Par contre, je trouve que le livre se termine trop tôt. Et cela pour deux raisons : tout d’abord, l’auteure choisit de ne pas aller jusqu’à la remise du tableau aux gendarmes par Patrick le 19 mars 2014 et surtout, j’aurais aimé une sorte de prologue avec le parcours de l’auteure, son travail de recherche et ses réflexions personnelles sur cette histoire. De plus, pourquoi avoir décidé de raconter cette histoire particulière ? Autant de questions qui attendent des réponses.

En bref ?

Une lecture très intéressante, où l’on entre dans la limite très fragile entre l’appréciation artistique et l’obsession.
En lien, un article de Culturebox.fr sur le retour du Rembrandt au musée de Draguignan.

Cadre de lecture : Lu grâce à l’agence de presse L&P Conseils et les éditions Don Quichotte.