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Le nombre de Dieu – José Luis Corral


CORRAL, José Luis. Le nombre de Dieu. HC éditions, 2015, 443 pages, 22 €.
Traduit de l’espagnol par Anne-Carole Grillot.


L’histoire :

Début du XIIIe siècle, le temps des cathédrales. Henri de Rouen et Teresa Rendol, respectivement maître bâtisseur et maître peintre, vont traverser ces années culturellement fastes entre les villes espagnoles de Burgos et Leon, participant activement à l’élévation de magnifiques cathédrales.

Ce que j’en ai pensé :

« Le nombre de Dieu« , c’est une fresque historique magnifique, qui vous entrainera dans un Moyen-âge florissant, à une époque charnière, une sorte de parenthèse où l’art change et les femmes ont une place à part entière dans la société.
Henri de Rouen et Teresa Rendol, nos protagonistes, sont les fervents constructeurs de ce siècle. Nous allons les suivre de leur enfance jusqu’à leur mort, dans une passion à la fois amoureuse et professionnelle.

Dès les premières pages, le lecteur en prend plein les yeux avec la merveilleuse cathédrale de Chartres du temps de sa construction. Chartres, c’est l’apogée des vitraux, qui permettent au monument de laisser entrer la lumière ; cette lumière qui sera la quête des nouveaux bâtisseurs. C’est à cette époque, au XIIIe siècle, que les cathédrales, abbayes et monastères gothiques s’élèvent en Europe. Des édifices majestueux, nécessitant des connaissances en mathématiques très précises, notamment ce nombre de Dieu, qui est en fait « l’harmonie de la proportion« , comme nous l’explique l’auteur dans un épilogue court mais très appréciable pour le lecteur.
Et José Luis Corral, avec toute la précision du professeur d’histoire médiéval qu’il est, nous décrit l’architecture d’une façon si précise que l’on voit littéralement le monument. Moi qui aime l’histoire de l’art, je me suis sentie tellement bien au contact de ces descriptions ! Elles illustrent le faste, la magnificence et surtout le travail de titan que constituaient ces édifices. Des décennies de construction, des évêques qui se succédaient, avant de voir l’oeuvre achevée.

Mais au-delà de l’histoire culturelle et architecturale, José Luis Corral ancre son histoire dans l’Histoire avec un grand « H ». Nous sommes quelques années après Aliénor d’Aquitaine. Dans cette parenthèse éphémère où les femmes ont une liberté presque totale. A cette époque, les femmes peuvent, à l’égal des hommes, devenir maître bâtisseur, maître peintre, comme c’est le cas de Teresa. Une femme forte qui, d’ailleurs, n’a qu’une peur : perdre cette liberté. De tradition familiale cathare, Teresa doit évidemment cacher ses aspirations pour ne pas risquer le bûcher.
Henri sera l’amour de sa vie. Et il en sera de même pour lui. Un amour sincère et pur, qui sera semé d’embûches. Leur histoire passionnelle, du fait qu’elle se déroule sur la durée ; jusqu’à leur mort ; m’a beaucoup touché. J’ai eu de l’empathie pour ces deux personnages forts et toutefois prisonniers d’un monde religieux, que ce soit chrétien ou cathare. Terriblement beau.

Ce livre aura été pour moi une plongée étonnante dans un Moyen-âge, que l’on traite à tort d’âge sombre. L’art gothique, l’art de la lumière, c’est le Moyen-âge. Un monde florissant, où les hommes connaissaient les principes mathématiques et géométriques à la perfection. Assez en tout cas pour ériger des cathédrales frisant parfois la démesure. Et surtout des édifices qui nous sont parvenus, presque mille ans plus tard.

Merveilleuse lecture, que je recommande aux férus d’histoire de l’art, et d’histoire tout court.

Vous aimerez si…

– Les romans historiques vous intéressent.
– Le Moyen-âge est une époque que vous connaissez, aimez ou simplement souhaitez découvrir.
– L’architecture des cathédrales gothiques vous plaît.

Bilan – Juin 2015

Le mois de juin a été mitigé, puisque j’ai eu beaucoup d’abandons.
 12 livres terminés.

J’ai eu du mal à me fixer dans mes lectures, il fallait que ça dépote, que ça me plaise vraiment, sans quoi l’envie n’y était pas du tout… Alors certes, j’ai tout de même eu de très bonnes découvertes, mais également 5 abandons, donc 5 livres qui ne m’ont pas emballés jusqu’à au moins la moitié de ma lecture.


J’ai adoré et je conseille

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« Châteaux Bordeaux, t.1 : Le Domaine« , de Corbeyran et Espé : Un premier tome génial sur l’héritage d’un domaine viticole dans le bordelais suite au décès du patriarche. Jalousie, trahison, souvenirs d’enfance… Avec des illustrations que j’ai adoré. Hâte de lire la suite.

« Je suis juive mais je me soigne« , de Sefwoman : Un condensé d’humour, de la caricature juste et intelligente. J’ai adoré et je vous conseille vraiment !

« Le coup de la girafe« , de Léo Grasset : Vous ne verrez plus la science comme une matière ennuyeuse ! C’est drôle et instructif, vous allez découvrir des révélations chocs sur Le Roi Lion, et aussi l’animal le plus badass au monde : le ratel !

J’ai aimé

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 – « Sur la trace des peuples perdus« , de Jean-Pierre Dutilleux : Documentaire très intéressant, façon « Rendez-vous en Terre inconnue », qui nous présente plusieurs peuples méconnus, primaires, que l’auteur a pu rencontré lors de ces reportages vidéos.

« Le bâton d’Euclide« , de Jean_pierre Luminet : Un roman historique sur la destruction de la Bibliothèque d’Alexandrie. L’auteur imagine des discours entre quatre personnages, dont trois essaient de convaincre le quatrième de préserver les trésors contenus dans l’édifice.

« Avant Pandémia : Le grand voyage« , de Franck Thilliez : Avant de lire « Pandémia » (bientôt !), cette courte nouvelle m’a mis l’eau à la bouche, et plus encore ! Une écriture, fine, précise, haletante. Du grand Thilliez. Encore.

« Fidèle au poste« , d’Amélie Antoine : Un roman à suspense très bien ficelé, bien qu’un peu long à se mettre en route. Néanmoins le retournement de situation auquel je ne m’attendais pas du tout a nettement effacé ce petit désagrément.

« Saisir« , de K.A. Tucker : Une romance qui se lit très bien. Rien d’original, mais le scénario est là et les personnages crédibles.

« Tendre comme les pierres« , de Philippe Georget : Une enquête au coeur du site archéologique de Pétra, en Jordanie. Un personnage principal que j’ai adoré et surtout des descriptions du désert et des bédouins vraiment belles.

« Le sourire du diable« , de Antonia Hodgson : Roman historique dans les bas-fonds londoniens du XVIIIe siècle. Très bon.

« Hyenae« , de Gilles Vincent : Thriller court mais terriblement efficace, sur fond de trafic et de tortures d’enfants. Ca fait frissonner, et l’auteur est sans concession envers ses personnages.

« La liste de mes envies« , de Grégoire Delacourt : Roman contemporain qu’on ne présente plus, qui mène à réfléchir sur l’importance de l’argent.

Les déceptions : abandons

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« Ianos, singularité nue« , d’Olivier Bérenval : De la science-fiction dont le thème scientifique de l’univers m’intéressait beaucoup, puis malheureusement tout ce qui était à côté de cela m’a ennuyée.

« Evolutis, t.1 : De chair et de sang« , de Christie Bronn : Lecture beaucoup trop adolescente pour moi. On se concentre presque uniquement sur les états d’âme amoureux de la protagoniste.

« Monster« , de Patrick Bauwen : MA déception du mois. Je pensais adorer, et je n’ai pas accroché, je suis passée à côté de ce livre, c’est évident. Le personnage m’a semblé fade, et l’histoire très lente. Dommage.

« Le livre secret de Dante« , de Francesco Fioretti : Si l’histoire semblait très intéressante, l’écriture m’a déplu. Trop ampoulée je crois.

« Les aventures de Cluny Brown« , de Margery Sharp : Donc, c’est définitif, l’humour british, je n’aime pas du tout !

Cosplay, t.1 : première volution – Laurent Ladouari

couv25016274L’histoire :

Récit d’anticipation autour de l’informatique et des sciences biologiques.
Une entreprise, Phénix, vient de faire un coup étonnant en rachetant 1T, une société qui a eu son heure de gloire mais qui s’enlise dans ses acquis sans réussir à rebondir. Dans le milieu, personne ne comprend ce geste, surtout que la première action de Zoran Adamas ; président de Phénix ; est d’organiser un Cosplay au sein de 1T. Le Cosplay étant un jeu où chaque individu choisi un personnage qu’il incarnera sans que les autres ne sachent son identité.
Trois jours pour détruire ou régénérer l’entreprise.

Éléments de réflexion présents dans l’histoire :

Laurent Ladouari signe un livre étonnant et détonnant ! Qui aurait oser imaginer un roman d’anticipation se déroulant uniquement dans le huis-clos d’une entreprise en déclin ? Le thème peut même paraître ennuyant. Et pourtant… A vrai dire, je ne savais pas à quoi m’attendre en me plongeant dans ce livre, mais ce qui est sûr après l’avoir terminé, c’est que je ne suis pas déçue de cette expérience littéraire.
C’est une histoire sur la gestion de crise au sein de l’entreprise. Ainsi qu’une réflexion sur la gestion des égos et de la hiérarchie. En s’appuyant sur le thème du Cosplay, l’auteur ressuscite les fondements historiques du déguisement, notamment tels qu’ils étaient présentés à la Renaissance italienne par exemple : le temps d’un jour, chacun peut-être qui il veut, les relations maîtres/esclaves sont abolies et tout le monde est sur le même pied d’égalité. Ainsi, pour 1T, Zoran Adamas permet à chacun de mettre en exergue ses idées pour sauver l’entreprise : sans préjugés, chacun pourra s’exprimer afin que le meilleur  sorte.
Les idées avant les personnalités.

Les points positifs ?

– L’objet livre qui est aussi original que son contenu. Vouus le savez maintenant peut-être, l’impact de la couverture est un véritable coup marketing qui marche beaucoup sur moi. Ici, c’est réussi !
– Le thème de la gestion de crise ainsi que celui de la recherche scientifique autour de l’informatique et du cerveau humain. J’aurais néanmoins en savoir encore plus à ce sujet, même si ce n’était pas l’intérêt principal du livre.
– J’ai aimé le principe de mettre en avant les idées et non les individualités. Ainsi, les personnages insignifiants se révèleront peut-être plus intelligents que ce qu’on aurait pensé. Chacun a sa chance, tant que cela va dans le sens de la communauté de l’entreprise. Très intéressant et surtout très original comme thème de roman.

Les points négatifs ?

– Peut-être trop original pour certains ? Je ne sais pas, mais en tout cas, pour moi c’est carton plein.

En bref ?

Une écriture intéressante et drôle, un sujet original et maîtrisé, des personnages convaincants avec des individualités très différentes. Un des meilleurs romans lu en 2013 (parution 2 janvier 2014).