Les BD de la semaine #6


Deux semaines de retard ! Mais finalement peu importe car je n’ai que 3 BD à vous présenter aujourd’hui.

1. Corps et âme – Matz, Jef et Walter Hill

Voilà une BD polar très bien faite, un gros coup de coeur pour les illustrations qui s’accordent parfaitement avec ce genre de récit.
On suit un homme de main, qui tue sur commande. Jusqu’au jour où, pris à propre jeu, il se réveille… en femme ! Une histoire de vengeance bien orchestrée.
Je recommande vraiment cet album, de la grande qualité.

C’est édité chez Rue de Sèvres.


2. Puzzle – Mig et Franck Thilliez

Une adaptation roman-BD que je voulais lire dès sa sortie. Et quel kiffe ! Gros gros coup de coeur pour cet album absolument génial. Magnifique collaboration entre l’auteur et l’illustrateur.

Puzzle se fonde sur les jeux de rôle, plus réels que nature. Gamers, accrochez-vous, vous allez frissonner ! Mais surtout vous serez dans l’impossibilité de lâcher cette petite bombe.
Un conseil quand même, lisez d’abord le roman de Thilliez. Cette adaptation est très fidèle et apporte un excellent complément au roman.

⇒ Hôpital psychiatrique désaffecté, énigmes, et fin tonitruante. A lire d’urgence !

Edité par Ankama.


3. Chroniques de Jérusalem – Guy Delisle

On ne présente plus Guy Delisle, le dessinateur qui tient un journal de bord de ses pérégrinations d’expatrié, suivant les pas de sa femme qui travaille pour Médecins sans Frontières.
Après la Birmanie, le voici donc à Jérusalem. Vaste programme pour un occidental complètement athée.

Des dessins toujours très enfantins, très accessibles, qui donnent une sorte de naïveté au discours. Cette même naïveté voulue avec laquelle il découvre le pays qui l’accueille.

J’ai été happée par ces chroniques, ai pris tout mon temps pour les lire afin de faire durer le plaisir et de les savourer d’autant plus.
J’ai d’ailleurs découvert beaucoup de choses sur Jérusalem et la Cisjordanie. On rit et on se cultive : le combo gagnant !

C’est paru chez Delcourt.


⇒ A la semaine prochaine pour vous faire découvrir de nouvelles BD et nouveaux comics !


Un bruit étrange et beau – Zep


ZEP. Un bruit étrange et beau. Rue de Sèvres, 2016, 96 pages, 19 €.


L’histoire :

Où est la valeur d’une vie ? Dans le bruit et la fureur ou dans le recueillement du silence ? Dans ses batailles ou ses renoncements ? William, lui, a choisi le silence il y a 25 ans en intégrant l’ordre religieux des chartreux. Quand un héritage le contraint à quitter le couvent pour Paris, c’est tout un monde nouveau qu’il doit apprivoiser, et des certitudes longuement forgées à interroger… Sa rencontre avec Méry, jeune femme aux jours comptés du fait d’une maladie incurable mais résolument décidée à profiter du temps qu’il lui reste, le confrontera à de nouvelles questions et compliquera ses choix.

Ce que j’en ai pensé :

Résolument à des années-lumières de son célèbre personnage Titeuf, Zep m’a bluffée avec cet album d’une beauté stupéfiante. Un bruit étrange et beau est sans conteste une de mes plus belles découvertes littéraires de l’année 2016.

Il y une force dans chaque planche, qui m’a transporté.

Beaucoup d’émotions passent ; pour exemple la planche ci-contre. La beauté est indéniable. L’ambiance est palpable. On devient le moine chartreux.
D’autant qu’étant originaire de Grenoble, les paysages et l’histoire du monastère me parlent tout particulièrement.

On entre dans cette BD par les sommets.

L’histoire est d’une grande simplicité : la rencontre de deux personnages aussi éloignés qu’on peut l’être mais qui chacun va apprendre de l’autre. L’immuabilité des destins, la remise en cause de chaque principe qui fait notre vie.
J’ai vécu cette histoire comme une évidence : les êtres que l’on croise par hasard, aussi différents soient-ils de nous, on tous un impact sur notre personnalité, et ce tout au long de notre vie.

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J’ai été transportée par le coup de crayon de Zep ainsi que par le choix de la colorisation : camaïeux de violet, de marron, de bleu, ou encore de jaune ; selon ce que l’illustrateur souhaite exprimer. C’est intelligent et efficace.

Et concernant le personnage de William, il me suivra longtemps, que ce soit dans la simplicité de sa vie ou la force de sa volonté.

Frères de terroirs, carnet de croqueurs, t.2 : été et automne – Y. Camdeborde & J. Ferrandez


FERRANDEZ, Jacques. CAMDEBORDE, Yves. Frères de terroirs, carnet de croqueurs, t.2 : été et automne. Rue de Sèvres, 2015, 115 pages, 22 €.


L’histoire :

Ils sont apiculteurs, maraîchers, vignerons, boucher..
Ils sont tous fournisseurs d’Yves Camdeborde depuis des années, avec qui ils partagent le goût du bien manger et du bien produire. Une année de rencontres avec les producteurs favoris d’Yves Camdeborde, mise en dessin par Jacques Ferrandez : pour aller à la découverte de chasseurs de truffes, pêcheurs de brochet et vignerons aux quatre coins de la France. Une belle peinture de savoir-faire et de convivialité.

Les illustrations :

Des images réalistes, qui traduisent merveilleusement les émotions et l’intensité des paysages.

Pour quel public ?

Pour tous les adultes amoureux de bonne bouffe à la française, du terroir et des bons produits.

Ce que j’en ai pensé :

Voilà un an que j’attends ce second tome. Un an, c’est tout simplement depuis que j’ai refermé le tome 1 avec un sentiment de plénitude, de sérénité et d’amour de mon pays.
Et je n’ai pas été déçu lorsque j’ai refermé cet album il y a quelques jours.

Le projet part d’une idée originale d’Yves Camdeborge, célèbre cuisinier français, avec la participation de Jacques Ferrandez aux illustrations. Et quelles illustrations. Réalistes, recréant les émotions comme personne, de même que l’intensité des paysages et des lieux divers visités.
Après « Hiver et printemps », voici donc « Eté et automne ». Et nous voici repartis à la découverte de cultivateurs, bouchers, vignerons, boulangers, sculpteurs aussi. Tous ces français qui travaillent le produit de façon noble et qui le mette à disposition des chefs cuisiniers : les vrais, ceux qui transforment le produit et ne se contentent pas de le réchauffer. Ce sont en majorité des fournisseurs d’Yves Camdeborge.
On rencontre ainsi des personnalités toutes différentes qui s’expriment à travers leur métier de passion. Qui se battent le plus souvent contre cette grande distribution qui semble vouloir les faire fléchir, ou les réduire à une certaine forme d’esclavage.

Je ne cesserais de recommander encore et encore la lecture de ce diptyque, magnifiques albums qui prônent le mieux vivre, le bien manger et la convivialité française.

Bilan – Avril 2015

Le mois d’avril a été très productif niveau lecture ! Je n’y crois pas moi-même : 20 livres terminés.

Du très bon mais quand même beaucoup de lectures mitigées ce mois-ci…


J’ai adoré et je conseille

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« Gataca« , de Franck Thilliez : Mon chouchou d’amour du mois ! Gros coup de coeur de-la-mort-qui-tue. Science de l’évolution des espèces, deux personnages qui j’adore toujours plus au fil des tomes (Sharko et Henebelle), suspense et imagination excellents. What else ?

« Le sculpteur« , de Scott McCloud : BD énorme, tant au niveau du nombre de pages (presque 500) que du contenu. Dimension dramatique excellente, illustrations au top.

« Celui dont le nom n’est plus« , de René Manzor : Thriller sur le thème du don d’organes, avec des personnages psychologiquement énormes et une histoire autour du tueur très bonne.

« Confidences à Allah« , de Saphia Azzeddine : Livre très court mais très intense. Véritable coup de poing. Critique profonde d’une société masculine qui dévalorise les femmes en prenant Allah en otage.

« Freaks’ Squeele, t.5 : Nanorigines« , de Florent Maudoux : Je suis décidément fan de cette saga comics. Des apprentis super-héros qui sont face à une loi politique qui risque de les priver de leur diplôme de super-héros. Et puis, on découvre Ombre en homme et juste… waouh !

« Atomka« , de Franck Thilliez : Re chouchou d’amour ! Dernier livre lu du mois d’avril et… te-coup de coeur. Radioactivité, grands froids, médecine, suspense, personnages au top… Tout ce que j’aime.

J’ai aimé


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 – « Baronne Blixen« , de Dominique de Saint Pern : Biographie très bien écrite sur Karen Blixen, personnage qui a inspiré le film « Out of Africa » adapté de son livre autobiographie « La ferme africaine ».

« Nous sommes Charlie« , de Collectif d’auteurs : 60 auteurs, 60 textes sur la tolérance et la tuerie au sein de Charlie Hebdo.Je n’ai pas aimé tous les textes mais certains m’ont vraiment marqué.

« Beautiful secret« , de Christina Lauren : Nouvel opus de la célèbre saga que j’ai encore beaucoup aimé. Surtout que le personnage principal de Niall est très différent des précédents donc ça se renouvelle un peu. Très détente !

« Icônne« , de Natoo : Une parodie géniale de la presse féminine. Tout est parodié : les articles, les pubs, les présentations de produits, les interviews, les looks. Gros boulot !

« Neuroland« , de Sébastien Bohler : Un thriller scientifique très pointu, l’auteur étant lui-même du métier. Code neuronal, lecture des pensées, détournement de fonds, politique… Très complet et parfois un peu compliqué.

« Danser les ombres« , de Laurent Gaudé : Découverte de l’écriture d’un auteur. Et surtout un thème très intéressant et original : le séisme d’Haïti en 2010.

« Rosy & John« , de Pierre Lemaître : Même en peu de pages, Pierre Lemaître nous pond une histoire crédible et sympa. Ecriture au top et bonne imagination.

« Trafiquants d’hommes« , d’A. Di Nicola et G. Musumeci : Une enquête en immersion dans le passage illégal de clandestins. Très intéressant et on y apprend des choses assez étonnante. Un monde à part.

Lectures en demi-teinte

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« Le Ramayana« , de Pascal Fauliot : Une des plus célèbres épopées indiennes. Réécriture très adaptée au public. Maintenant l’histoire ne m’a pas emballée.

« Marie des Mimosas« , de Jean-Claude Lesellier : Lecture sur la vieillesse, le temps qui passe et les souvenirs qui restent. Pas désagréable à lire mais pas vraiment d’émotions pour moi.

« Parfaite« , de Caroline Kepnes : Un thriller très étonnant, que j’ai aimé par certains aspects mais qui est parfois terriblement lourd, trop linéaire et sans vraiment d’actions.

« Comment transformer votre mec en Brad Pitt en 30 jours« , de Marie Minelli : Guide humoristique, belle mise en page, ludique, mais un peu lourdinque quand même des fois…

La déception du mois

 

« Délicieuse effrontée« , de Victoria Dahl : Une romance franchement plate et beaucoup trop longue par rapport au peu d’action qu’il y a. En gros, je me suis ennuyée.

Les abandons du mois

 

« Le prince blessé« , de René Barjavel : J’adore René Barjavel mais pour ce recueil de nouvelles, c’est tombé à l’eau. Je n’ai pas accroché aux premières et je n’ai pas du tout eu envie de poursuivre.

« Fight for love, t.3 : Remy« , de Katy Evans : La même histoire que le tome 1, vu par le bonhomme. Mouais, pas convaincue… Au bout d’un moment, j’ai vu rouge, j’ai préféré stopper !

Le sculpteur – Scott McCloud


McCLOUD, Scott. Le sculpteur. Rue de Sèvres, 2015, 485 pages, 25 €.
Traduit par Fanny Soubiran.


L’histoire :

David Smith a 26 ans et un avenir désolant. Orphelin, célibataire, il ne perce pas dans son art : la sculpture. Lorsque son oncle mort se présente a lui et lui propose un deal, il accepte de devenir surdoué en sculpture. Mais en contrepartie, il accepte de ne vivre plus que pendant 200 jours.

Les illustrations :

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Les illustrations de cette bande dessinée sont originales tout d’abord du fait qu’elles sont colorisées uniquement dans un camaïeu de bleu.
Les traits quant à eux sont très aigus. Et ce qui est très bluffant, c’est la particularité de Scott McCloud qui réussit à parfaitement rendre le mouvement, comme vous pouvez le voir dans la planche suivante :
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Pour quel public ?

Indéniablement cette bande dessinée est destinée à un public adulte et adolescent mature.

Ce que j’en ai pensé :

– Tout d’abord, concernant la forme de la bande dessinée, j’ai beaucoup aimé ce choix de camaïeu de bleu, qui donne une ambiance idéale à l’histoire. D’autant que les dessins m’ont énormément plu. Comme je le disais plus haut, j’ai été étonnée par les changements de rythmes des illustrations : parfois douces, d’autres fois brutes et très dynamiques.
Et puis, enfin une bande dessinée longue ! Car, on ne va pas se mentir, les histoires illustrées c’est bien, mais ça finit beaucoup trop vite. Là, non : presque 500 pages ! Tout est détaillé, c’est vraiment génial.

– Puis, l’histoire en elle-même est parfaite dans sa dimension très dramatique. La vie de David est comptée, au jour près. Il sait quel jour il mourra. Cela lui importe peu, puisqu’il n’a plus rien à quoi se raccrocher. Sauf à partir du moment où il rencontre Meg. Mais c’est inéluctable. Sa vie, il doit la vivre à fond, que ce soit pour son amour ou son art.
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La psychologie du personnage de David est magistrale. C’est la première fois que je rencontre une personnalité de ce type en BD et je comprends tout l’intérêt du dessin pour faire passer des émotions diverses. Le tragique des situations est exacerbé par rapport au simple écrit. D’ailleurs, le planches les plus touchantes sont certainement celles où le texte est absent.

– Et enfin, j’ai été très touchée par le message de l’histoire, à savoir l’angoisse de la mort sous le volet : que laisse-t-on pour que l’on se souvienne de nous ? Le personnage de David est terrifié par le fait de mourrir sans laisser aucune trace à la postérité. Ce besoin de reconnaissance de son art, c’est aussi une furieuse envie d’exister après la mort. D’ailleurs, la mort en elle-même ne l’effraie pas au début puisqu’il accepte le deal macabre? D’autant plus qu’étant orphelin sans famille, s’étant coupé de la plupart de ses amis, qui sera là pour se souvenir de lui ?
Ce thème est très intéressant. Il laisse d’ailleurs la place à une fin magistrale, que Scott McCloud réussit d’une main de maître.

En bref ?

A lire absolument !!