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Bilan – Avril 2015

Le mois d’avril a été très productif niveau lecture ! Je n’y crois pas moi-même : 20 livres terminés.

Du très bon mais quand même beaucoup de lectures mitigées ce mois-ci…


J’ai adoré et je conseille

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« Gataca« , de Franck Thilliez : Mon chouchou d’amour du mois ! Gros coup de coeur de-la-mort-qui-tue. Science de l’évolution des espèces, deux personnages qui j’adore toujours plus au fil des tomes (Sharko et Henebelle), suspense et imagination excellents. What else ?

« Le sculpteur« , de Scott McCloud : BD énorme, tant au niveau du nombre de pages (presque 500) que du contenu. Dimension dramatique excellente, illustrations au top.

« Celui dont le nom n’est plus« , de René Manzor : Thriller sur le thème du don d’organes, avec des personnages psychologiquement énormes et une histoire autour du tueur très bonne.

« Confidences à Allah« , de Saphia Azzeddine : Livre très court mais très intense. Véritable coup de poing. Critique profonde d’une société masculine qui dévalorise les femmes en prenant Allah en otage.

« Freaks’ Squeele, t.5 : Nanorigines« , de Florent Maudoux : Je suis décidément fan de cette saga comics. Des apprentis super-héros qui sont face à une loi politique qui risque de les priver de leur diplôme de super-héros. Et puis, on découvre Ombre en homme et juste… waouh !

« Atomka« , de Franck Thilliez : Re chouchou d’amour ! Dernier livre lu du mois d’avril et… te-coup de coeur. Radioactivité, grands froids, médecine, suspense, personnages au top… Tout ce que j’aime.

J’ai aimé


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 – « Baronne Blixen« , de Dominique de Saint Pern : Biographie très bien écrite sur Karen Blixen, personnage qui a inspiré le film « Out of Africa » adapté de son livre autobiographie « La ferme africaine ».

« Nous sommes Charlie« , de Collectif d’auteurs : 60 auteurs, 60 textes sur la tolérance et la tuerie au sein de Charlie Hebdo.Je n’ai pas aimé tous les textes mais certains m’ont vraiment marqué.

« Beautiful secret« , de Christina Lauren : Nouvel opus de la célèbre saga que j’ai encore beaucoup aimé. Surtout que le personnage principal de Niall est très différent des précédents donc ça se renouvelle un peu. Très détente !

« Icônne« , de Natoo : Une parodie géniale de la presse féminine. Tout est parodié : les articles, les pubs, les présentations de produits, les interviews, les looks. Gros boulot !

« Neuroland« , de Sébastien Bohler : Un thriller scientifique très pointu, l’auteur étant lui-même du métier. Code neuronal, lecture des pensées, détournement de fonds, politique… Très complet et parfois un peu compliqué.

« Danser les ombres« , de Laurent Gaudé : Découverte de l’écriture d’un auteur. Et surtout un thème très intéressant et original : le séisme d’Haïti en 2010.

« Rosy & John« , de Pierre Lemaître : Même en peu de pages, Pierre Lemaître nous pond une histoire crédible et sympa. Ecriture au top et bonne imagination.

« Trafiquants d’hommes« , d’A. Di Nicola et G. Musumeci : Une enquête en immersion dans le passage illégal de clandestins. Très intéressant et on y apprend des choses assez étonnante. Un monde à part.

Lectures en demi-teinte

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« Le Ramayana« , de Pascal Fauliot : Une des plus célèbres épopées indiennes. Réécriture très adaptée au public. Maintenant l’histoire ne m’a pas emballée.

« Marie des Mimosas« , de Jean-Claude Lesellier : Lecture sur la vieillesse, le temps qui passe et les souvenirs qui restent. Pas désagréable à lire mais pas vraiment d’émotions pour moi.

« Parfaite« , de Caroline Kepnes : Un thriller très étonnant, que j’ai aimé par certains aspects mais qui est parfois terriblement lourd, trop linéaire et sans vraiment d’actions.

« Comment transformer votre mec en Brad Pitt en 30 jours« , de Marie Minelli : Guide humoristique, belle mise en page, ludique, mais un peu lourdinque quand même des fois…

La déception du mois

 

« Délicieuse effrontée« , de Victoria Dahl : Une romance franchement plate et beaucoup trop longue par rapport au peu d’action qu’il y a. En gros, je me suis ennuyée.

Les abandons du mois

 

« Le prince blessé« , de René Barjavel : J’adore René Barjavel mais pour ce recueil de nouvelles, c’est tombé à l’eau. Je n’ai pas accroché aux premières et je n’ai pas du tout eu envie de poursuivre.

« Fight for love, t.3 : Remy« , de Katy Evans : La même histoire que le tome 1, vu par le bonhomme. Mouais, pas convaincue… Au bout d’un moment, j’ai vu rouge, j’ai préféré stopper !

Baronne Blixen – Dominique de Saint Pern


SAINT PERN, Dominique (de). Baronne Blixen. Stock, 2015, 432 pages, 21,50 €.


L’histoire :

Karen Blixen. Aristocrate danoise, exilée pendant de nombreuses années au Kenya, alors colonie britannique, où elle noue un attachement profond à l’Afrique et ses habitants. Poétesse, écrivain, pressentie au Nobel, elle est un personnage à l’aura extraordinaire qui a exercé un pouvoir incroyable sur les individus qui croisaient son chemin.

Ce que j’ai apprécié :

– Karen Blixen, je n’en avais jamais entendu parlé. Peut-être parce que je suis trop jeune pour connaître le film « Out of Africa«  adapté de son roman autobiographique, « La ferme africaine », qui est sorti sur les écrans en 1985, avec Meryl Streep pour incarner la lionne. C’est dire si, en commençant cette lecture, je ne savais pas à quel point le destin de cette femme aristocrate danoise fut romanesque en tous points.
Avec ce roman, j’ai découvert un personnage digne des imaginations dramatiques des écrivains et qui, pourtant, à bel et bien existé.

– J’ai beaucoup aimé la première moitié du livre qui narre la vie de la baronne Blixen, Tania ou Tanne pour ses intimes, lors de son arrivée au Kenya jusqu’à son départ forcé en 1931, suite à la faillite de son entreprise d’exploitation de caféiers sur des terres réputées arides. Ces quelques dix-sept années sont narrées d’une façon que j’ai trouvé géniales : en effet, il s’agit de Clara Selborn, qui fut la femme à tout faire de Karen Blixen à partir de 1943, qui vient sur les terres kenyanes sur le tournage de Out of Africa. Nous sommes en 1983/1984. Meryl Streep s’apprête à interpréter la baronne mais elle est désemparée face à cette femme au destin et à la personnalité hors du commun. Clara arrive pour lui narrer une femme qu’elle a connu sans connaître véritablement.

– Sur les terres d’Afrique, Blixen est une femme à la main de fer mais au grand coeur. Arrivée avec les préjugés de son époque sur les autochtones, elle noue des liens forts et protecteurs envers les squatters de sa plantation. Confort, éducation, reconnaissance : elle se battra pour que les habitants restent sur leur terre d’origine.
Une attitude qui, on le comprend entre les lignes, ne la fera pas toujours bien avoir par les Anglais qui s’estiment supérieurs en tout. En avance sur son époque ? Certainement ; à la fois pour une femme, mais en plus une femme à l’écoute d’un peuple kenyans emplis de traditions millénaires qu’elle respectera toujours.

– Enfin, le personnage lui-même. Ce livre est une véritable biographie, certes romancée mais particulièrement bien documentée, où chaque nom mentionné à réellement existé (sauf un, précisé par l’auteur en fin d’ouvrage). Un travail minutieux effectué par Dominique de Saint Pern, notamment à partir de nombreux documents des archives de Karen Blixen.
La baronne Blixen a eu plusieurs vies en une. Contrairement aux aristocrates féminines de son époque du début de XXe siècle, elle est aventureuse, avides de découvertes, chasseuse, observatrice, écrivain, poétesse. De nombreuses cordes à son arc. Comme toutes les femmes passionnées, elle est une amoureuse transie et exclusive. L’amour de sa vie, Denys, un chasseur épris de liberté, fut sa plus grande joie mais aussi son plus tragique souvenir.
Pour compléter cette biographie, j’ai d’ailleurs très envie de voir le film Out of Africa, romance dramatique, qui semble être très représentatif de cette vie africaine fabuleuse.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– J’ai été beaucoup moins intéressée par la seconde partie de la vie de Karen Blixen, lorsqu’elle est contrainte de retourner au Danemark. Comme si l’enchantement africain était définitivement brisé, alors même que sa vie fut tout aussi étonnante de par la fascination qu’elle a exercé sur ses contemporains.

En bref ?

Une biographie aussi étonnante que fabuleuse. L’écriture et les choix narratifs de Dominique de Saint Pern en font un livre particulièrement touchant. La partie africaine est une épopée qui m’a littéralement passionnée.

Constellation – Adrien Bosc


BOSC, Adrien. Constellation. Stock, 2014, 192 pages, 18 €.


L’histoire :

27 octobre 1949. Le « Constellation » F-BAZN, nouvel avion luxueux d’Air France, s’apprête à rejoindre les Etats-Unis. A son bord, trente-sept passagers, parmi lesquels le célèbre amant d’Edith Piaf, Marcel Cerdan. Mais son périple s’arrête aux Açores, où il s’écrase violemment : aucun survivants.

Éléments de réflexion :

Un livre historique, sur une tragédie qui toucha le monde entier, d’une part car beaucoup de nationalités se trouvaient à bord, mais surtout car des célébrités ont péri : Marcel Cerdan, Ginette Neveu violoniste virtuose, Kay Kamen inventeur des produits dérivés Disney. Et d’autres, plus anonymes, dont Adrien Bosc raconte l’histoire.
Un roman sur le hasard et ses volutes indéchiffrables.

Ce que j’ai apprécié :

– L’écriture d’Adrien Bosc qui très poétique et très acérée. Le récit va vite, les phrases sont souvent courtes, parfois un seul mot. Tout va vite, comme un crash d’avion. Comme une destinée qui ne peut dévier de sa route.

– La démarche d’Adrien Bosc est vraiment intéressante. Un roman historique, oui, à la fois réel et romanesque. De ce crash du 27 octobre 1949, on ne retient que Marcel Cerdan, et éventuellement Ginette Neveu. Deux figures parmi les plus célèbres de leur époque. Mais ils étaient trente-sept. Et c’est sur un pied d’égalité qu’Adrien Bosc évoque leur parcours individuel : héritière d’une marraine fortunée, paysans basques partant faire fortune aux Etats-Unis, inventeur du concept de produits dérivés Disney, et tant d’autres. Et à chaque histoire, on découvre le hasard, comme une partie de dés déjà jouée d’avance.

– Car oui, tout est affaire de hasard. Comme ce jeune apprenti luthier qui devait accompagner Ginette Neveu mais qui annule son vol à la dernière minute car la violoniste n’aura pas besoin de lui dans l’immédiat. Ou encore cet homme d’affaire furieux que son vol ait pris du retard et l’ait fait raté sa correspondance avec le « Constellation » puis apprend le crash avec stupeur. Ou bien ces deux jeunes mariés qui se voient annuler leurs billets pour laisser place à Marcel Cerdan et son équipe : privilège du rang, mais quel privilège. Et que dire de cette prophétie qui dira à Marcel Cerdan, quelques semaines avant même qu’il sache qu’il embarquera sur le « Constellation » qu’il devrait éviter de voyager en avion, surtout le vendredi ?

– Au fur et à mesure du roman, Adrien Bosc s’intègre dans l’histoire pour nous dévoiler son travail d’enquêteur : dans les archives et sur les lieux du crash. Terrible évidence. Une enquête qui, lit-on entre les lignes, le prend peu à peu aux tripes, l’attachant à chacun des individus, avec une ferveur presque familiale.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– J’ai trouvé beaucoup de points positifs et n’a bien y chercher, dans la ferveur de la fin de ma lecture, rien de négatif n’en ressort. Que le plaisir ressenti à la lecture de ces histoires.

En bref ?

Roman du hasard, tragédie humaine et technique, « Constellation », que ce soit le roman ou l’évènement dramatique, restera longtemps dans les mémoires.

Cadre de lecture : Lu dans le cadre de l’opération « Les matchs de la rentrée littéraire » organisée par le site Priceminister.

Le joueur d’échecs – Stefan Zweig



Quatrième de couverture :

Qui est cet inconnu capable d’en remontrer au grand Czentovic, le champion mondial des échecs, véritable prodige aussi fruste qu’antipathique ? Peut-on croire, comme il l’affirme, qu’il n’a pas joué depuis plus de vingt ans ? Voilà un mystère que les passagers oisifs de ce paquebot de luxe aimeraient bien percer.
Le narrateur y parviendra. Les circonstances dans lesquelles l’inconnu a acquis cette science sont terribles. Elles nous reportent aux expérimentations nazies sur les effets de l’isolement absolu, lorsque, aux frontières de la folie, entre deux interrogatoires, le cerveau humain parvient à déployer ses facultés les plus étranges.
Une fable inquiétante, fantastique, qui, comme le dit le personnage avec une ironie douloureuse,  » pourrait servir d’illustration à la charmante époque où nous vivons « .

Mon avis :

Cette nouvelle publiée après la mort de son auteur, Stefan Zweig, est un pamphlet contre le nazisme et ses tortures psychologiques. Ecrite entre novembre 1941 et 1942, elle fut éditée en 1943 à Stockholm, soit un an après le suicide de l’auteur (février 1942).
Ce texte est très célèbre du fait que Stefan Zweig livre son désarroi face au nazisme. Il montre derrière l’histoire de Monsieur B., l’inconnu joueur d’échecs, à quel point le nazisme l’a détruit en tant qu’homme mais aussi en tant qu’écrivain.

Monsieur B. représente un homme d’envergure qui subit des pressions de la part de la Gestapo. Comme il le dit, les nazis n’ont pas créés que des camps de concentration où la déchéance était physique, annihilant l’être humain. Pour les hommes dont il fallait soustraire des informations, les nazis avaient prévu des prisons dorées. Monsieur B. se retrouve ainsi enfermé dans une chambre d’hôtel dont la description nous fait penser à une cellule de prison. Dans cette cellule, il n’y aucun moyen de distraction. Ni télévision, ni livre. Personne ne doit lui adresser la parole. La torture psychologique devient absolue. L’évènement majeur va être la découverte et le vol d’un petit livre, un manuel d’échecs, par lequel Monsieur B. va penser échapper à ces tortures. Au début cela se passe ainsi. L’auteur nous montre à quel point un livre, un instrument de savoir, d’évasion, de réflexion, peut être salvateur. Le problème est que ce petit objet et le savoir qu’il contient ; la pratique et la technique des échecs ; va tourner à l’obsession et à la folie. Je l’ai perçu de la façon suivante : Monsieur B. n’ayant plus que cela sur quoi se reposer, il va se laisser emporter et absorber par cette nouvelle passion. Qui le conduira à une torture mentale similaire à celle produite par la Gestapo.

Ainsi, un être humain a besoin de liberté pour s’accomplir. Si une bride trop forte et injuste le retient, il aura beau trouver des occupations, cela n’arrangera rien à sa condition. Le travail d’écrivain de Stefan Zweig s’est trouvé annihilé par le nazisme.
Un livre que j’aurais aimé étudier en classe tant sa portée semble universelle.