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La sixième extinction – Guillaume Lebeau


LEBEAU, Guillaume. La sixième extinction. Marabooks, 2014, 381 pages, 19,90 €.


L’histoire :

Après « Le Troisième Pôle« , Smila Sibir et Ethan Terrel sont de retour. Leur combat contre les organisations mondiales à qui profitent le dérèglement climatique est loin d’être terminé.
Ici, c’est le père de Smila et notamment ses recherches sur les glaciers qui sont au coeur du roman. Pourquoi a-t-il été éliminé ? Qu’avait-il découvert de si compromettant ? Et surtout, qu’en est-il de cette mystérieuse « sixième extinction » ?

Éléments de réflexion :

Guillaume Lebeau signe ici son second thriller avec pour thème le très actuel dérèglement climatique.

Ce que j’ai apprécié :

– Tout d’abord, je me souviens avec beaucoup aimé le premier volet des aventures de Smila et Ethan, dans « Le Troisième Pôle« , il y a maintenant trois ans. Je savais qu’une suite allait être écrite, aussi j’ai été ravie de pouvoir lire ce deuxième opus, malgré qu’il soit beaucoup moins épais que le premier (quand on aime…).

– Toujours un thriller façon polar nordique, qui prend pour thème principal le dérèglement climatique : les thèses scientifiques, le climatosceptiques, les catastrophes naturelles, l’industrie économique qui est découle. Car ce qui m’intéresse particulièrement dans ce roman, c’est l’idée que l’humanité s’est résignée à courir à sa perte et que ce désengagement suicidaire profite à des groupuscules qui y voient l’opportunité de gagner toujours plus d’argent.

– L’organisation du roman est faite de cinq parties et un épilogue. Chacune des parties indique une extinction à l’échelle planétaire, comme par exemple la première extinction, il y a 440 millions d’années, où 85% des espèces marines ont disparu. Chacune des cinq extinctions est expliquée en quelques lignes : qu’en sera-t-il de la sixième ?
Les parties n’ont pas de lien avec ces extinctions ; il n’en ai même pas fait référence dans le roman en lui-même ; mais il s’agit plutôt de montrer que peu à peu on se rapproche chronologiquement de la sixième et de montrer qu’on n’y échappera pas, quoiqu’il se passe.

– J’ai beaucoup aimé l’hypothèse de la sixième extinction. J’ai trouvé la thèse développée par l’auteur excellente car parfaitement crédible. Et d’autant plus effrayante.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Le point sur lequel j’ai le moins accroché, c’est sans aucun doute les personnages, auxquels je ne me suis pas du tout attachée. Ils ne sont pas antipathiques, pas désagréables d’une quelconque façon, mais leur personnalité n’a pas été un élément à part entière du livre.

– Ensuite, je regrette que la lecture du premier soit si lointaine car j’ai eu du mal à me souvenir des évènements et je trouve que cela m’a empêché d’apprécier ce livre-ci dans son entièreté. J’aurais presque dû relire le tome un avant de me lancer dans le deux.

En bref ?

Une seconde aventure très plaisante à lire. Par contre, je conseille vivement de lire le premier volet avant celui-ci, car de nombreuses références y sont présentes.

Cadre de lecture : Merci à Audrey de l’agence LP Conseils pour l’envoi de ce livre… dédicacé s’il vous plaît !

Chroniques du ciel et de la vie – Hubert Reeves


Quatrième de couverture :

Quel mauvais sort semble avoir été jeté sur l’espèce humaine ? Pour quelles raisons son impact sur la nature est-il si profondément dévastateur et si difficile à transformer en action positive ? Mais « là où il y a danger, croît aussi ce qui sauve », écrivait le poète allemand Hölderlin. L’espoir naît aujourd’hui d’une conscience rapidement croissante de la gravité de la situation et des efforts vigoureux pour panser les blessures de la planète. Peut-être nous épargneront-ils de figurer un jour sur la liste des espèces disparues. L’avenir de la vie sur Terre est éclairé par les connaissances que, grâce au travail des scientifiques depuis des siècles, nous avons accumulées sur notre monde. Les galaxies et les atomes nous permettent de mieux comprendre, et, peut-être, de mieux maîtriser notre destin.

Mon avis :

Hubert Reeves, célèbre astrophysicien connu pour sa volonté de vulgariser la science et la rendre accessible à tout un chacun, a présenté pendant quelque temps des chroniques sur France Culture. Celles-ci ont été reprises et compilées dans deux recueils : Chroniques du ciel et de la vie et Chroniques des atomes et des galaxies.

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Les derniers hommes, t.1 : Le peuple de l’eau – Pierre Bordage



Quatrième de couverture :

Le futur proche, après la troisième guerre mondiale. Dans une Europe dévastée par les pollutions chimiques, nucléaires et génétiques, les rares ressources intactes sont partagées par des tribus nomades qui ont pris chacune en charge l’exploitation d’une denrée spécifique. Solman le boiteux, du peuple aquariote – qui découvre et contrôle les sources d’eau -, possède le don de clairvoyance : infaillible juge des âmes, cet atout le confine aussi à l’écart de tous, qui se méfient de son talent. Seuls Raïma, la guérisseuse, puis la mystérieuse Kadija et un vieux scientifique de l’ancien monde vont l’accompagner dans sa quête pour échapper à l’apocalypse qui semble menacer les derniers hommes…

Mon avis :

Un récit de science-fiction où l’auteur nous plonge dans un futur dévasté, où notre civilisation est morte suite aux excès chimiques, nucléaires, etc. A présent, des peuples nomades cohabitent à la surface de la Terre, dont le peuple de l’eau que nous suivons.
Chaque peuple est détenteur d’une ressource ou d’une technologie. Le peuple de l’eau peut reconnaître l’eau potable de l’eau empoisonnée par des « anguilles GM ». D’autres peuples possèdent la savoir des armes à feu. Ainsi, la vie en harmonie est nécessaire puisque chacun doit à l’autre sa survie. Néanmoins, des dissentions existent comme on peut s’en douter : du moment qu’une société naît, l’homme créé des hiérarchies, ce qui engendre des tensions naturelles.

Le lecteur suit Solman le boîteux, un donneur du peuple de l’eau. Un donneur possède le don de percevoir les émotions de chacun, de connaître les pensées bonnes ou mauvaises, etc. Riche de ce don, il est à la fois respecté, craint et détesté. Ce jeune homme de dix-sept ans tente de se faire une place dans cette société dirigée par des pères et des mères, dont les ambitions ne sont pas toujours respectables. Sous couvert d’un bien-être général, ces personnages déterrent les principes des anciennes religions.
L’homme ne peut-il s’empêcher d’exercer une domination sur ses congénères ? Les civilisations prochaines suivront-elles indéfiniment le schéma de la nôtre, qui se détruit elle-même et détruit parallèlement la planète ? Quoiqu’il en soit, ce futur imaginé par Pierre Bordage est loin d’être parfait. Entre retour à une sorte de préhistoire où certaines technologies actuelles subsisteraient, l’auteur nous embarque dans un monde étonnant où l’on imagine sans peine la vraisemblance des faits.

J’ai beaucoup apprécié ce roman de science-fiction, dans lequel les personnages que l’on suit ont une belle consistance. Néanmoins, je soulèverais un point négatif qui m’a dérangé : l’auteur ne nous explique pas ce que sont ces fameuses « anguilles GM » qui ont contaminé l’eau. D’où viennent-elles ? Que sont-elles exactement ? Autant de réponses que je n’ai pas eu dans ce premier tome.

A savoir : sur la boutique Kindle d’Amazon, cet ebook est disponible gratuitement ! Les tomes suivants sont, quant à eux, à 0,99€. Avis à ceux qui possèdent une liseuse électronique.


Le Troisième Pôle – Guillaume Lebeau



Quatrième de couverture :

1912, au Cap Nord en Norvège. Un enfant est atrocement sacrifié au nom d’un rituel à Gaïa. 1996, à Jökulsárlón en Islande. Le corps d’une jeune femme nue et entièrement recouvert de tatouages est découvert, emprisonné dans la glace.

Novembre 2010, à Spitzberg entre la Norvège et le pôle nord. Smila, une jeune paléoclimatologue française, tente de rejoindre son père, chercheur sur la base de Ny-Ålesund, pour lui apporter une série de documents qu’il lui a demandés. Mais au moment où elle arrive sur la base, celle-ci est attaquée et mise à sac par un groupe d’hommes surentraînés. Le père de Smila meurt dans l’incendie de Ny-Ålesund avant d’avoir pu lui révéler l’objet de ses recherches. Que cherchait à détruire ce gang ? Quelles recherches menait le père de Smila ? Quels secrets renferment les documents du père de Smila ? Dans cette enquête qui la mènera aux quatre coins du monde, la paléoclimatologue découvrira qu’une sombre organisation cherche à troubler l’ordre mondial…

Mon avis :

Norvège, Islande, Sibérie. Les lieux où se déroulent l’histoire de ce thriller sont peu exploités par les auteurs français. Guillaume Lebeau, spécialiste de la littérature policière scandinave, fait exception. Il ancre ce polar écologique sur les terres qui sont actuellement de réels enjeux dans la course au dérèglement climatique.

Dès le début du roman, le lecteur est entraîné au coeur de courts récits se situant à diverses époques:
– en 1912, où l’on suit un groupe sectaire qui effectue un mystérieux rituel, dans le paysage norvégien du Cap Nord.
– en 1996,  où l’on suit des scientifiques qui font une étrange découverte au coeur d’un glacier.
– en 2010, où l’on fait la connaissance de Smila Sibir, une jeune paléoclimatologue en partance pour rejoindre son père au Spitzberg.
On le voit, beaucoup de personnages se succèdent, et cela n’est pas terminé puisqu’une foison de personnages de côtoient tout au long du roman. Un peu difficile parfois de s’y retrouver, mais c’est le reflet d’une problématique mondiale qui concerne un nombre important d’acteurs.

Le personnage principal est Smila Sibir, une jeune femme au tempérament affirmé, qui va vivre une aventure qui la dépasse sans toutefois perdre sa répartie et son entrain.
Lorsque son père meurt sur la base scientifique de Ny-Alesund, elle tombe dans un profond coma pendant six mois. Lors de son réveil à Paris, elle fait la connaissance d’Ethan Terrel, un agent de la DCRI qui souhaite savoir ce que sont devenus les documents secrets qu’elle était en passe d’amener à son père lorsque celui-ci est mort. Une amnésie l’empêche de répondre mais elle ne se doute pas que des instances bien supérieures cherchent également cette information. Sont-ce des politiques ? Des fanatiques ? Un groupe de riches industriels ? Quoiqu’il en soit, le commanditaire doit être un homme influent puisqu’il fait appel à une société militaire privée (SMP) nommée Intelligence Solutions, pour faire parler la paléoclimatologue.
Dès lors, la jeune femme va devoir fuir, sans savoir exactement quel est l’enjeu de cette fuite et pourquoi les documents de son père sont si dangereusement convoités.

Contrairement à beaucoup de thrillers ésotériques où les personnages sont au coeur d’un jeu de piste qui leur font découvrir des indices concrets tout au long de l’histoire, Smila, dans sa fuite, ne décèle pas l’enjeu que pourraient avoir les travaux de recherche d’un spécialiste de la fonte des glaciers. C’est à la toute fin du livre que l’auteur révèle la problématique. Le lecteur est averti de la piste générale, à savoir le dérèglement climatique, l’effet de serre, les problèmes nucléaires et tout ce qui nuit à la planète et à la vie qui s’y déploie.
Entre militants écologistes, adeptes du culte de Gaïa et industriels véreux dont la fortune ne passent que par les énergies fossiles, ce thriller se veut fortement écologique. Un thème actuel, politique, moral ; et original dans ce genre littéraire. 

L’organisation du livre est très bien faite. Trois grandes parties, découpée en sous-parties, elles-mêmes scindées en courts chapitres. Une lecture très aisée, avec un rythme rapide. Rien à dire sur le style de l’auteur qui est très agréable. Sans parler de l’objet livre qui est vraiment beau et très souple.
Point négatif cependant : un petit bémol sur la fin qui se termine trop rapidement. Cela dit, un moment de lecture très sympathique, avec un thème peu exploité dans les thrillers.

A savoir que ce livre est la première aventure de Smila Sibir. L’auteur devrait donc revenir bientôt avec d’autres livres dans la même veine.

Remerciements : Encore une fois un grand merci à Thomas de chez MyBoox qui m’a permi de découvrir ce livre, avec lequel j’ai passé un très bon moment de lecture !


Le journal intime d’un arbre – Didier Van Cauwelaert


Quatrième de couverture :

« On m’appelle Tristan, j’ai trois cents ans et j’ai connu toute la gamme des émotions humaines. Je suis tombé au lever du jour.

Une nouvelle vie commence pour moi – mais sous quelle forme ? Ma conscience et ma mémoire habiteront-elles chacune de mes bûches, ou la statuette qu’une jeune fille a sculptée dans mon bois ?

Ballotté entre les secrets de mon passé et les rebondissements du présent, lié malgré moi au devenir des deux amants dont je fus la passion commune, j’essaie de comprendre pourquoi je survis.
Ai-je une utilité, une mission, un moyen d’agir sur le destin de ceux qui m’ont aimé ? »

Mon avis :

Un livre dont le narrateur est un arbre ? Farfelue comme idée direz-vous. Didier Van Cauwelaert l’a fait. Et il l’a même très bien fait. Un récit tendre, émouvant, écologique aussi.

L’auteur nous présente Tristan, un poirier tricentenaire qui vient de tomber suite à un mauvais coup de vent. Tristan ne sait plus où il en est, ses repères sont perturbés. Tombé ne veut pas dire mort. Ses sensations ne s’interrompent pas, elles changent. Il est un peu déçu de ne plus être debout car Yannis, un jeune « critique d’arbres », devait le faire entrer dans le cercle fermé des Arbres remarquables.

L’auteur, en faisant parler un végétal, nous fait admettre qu’il existe une conscience de la nature. Une conscience qui permet aux mondes végétal et animal de communiquer. Selon Tristan, les hommes auraient perdu cette faculté de comprendre le langage des arbres. Comment cela se déroule ? Au travers des phéromones, du pollen ; mais aussi de l’alliance entre végétaux et animaux pour combattre un « ennemi » (exemple : des sapins d’Amérique qui ont sécrété une hormone visant à stériliser les punaises dont la surpopulation leur nuisait). Etonnant, véridique et peu connu. Le roman a donc, dans un premier temps, le grand intérêt d’instruire le lecteur sur un sujet rarement traité.

A travers Tristan, nous allons également suivre Yannis et Manon. Manon, jeune adolescente, vit dans la maison mitoyenne à celle du poirier. Le choc de le voir à terre l’émeut, tant et si bien qu’elle se met à sculpter une petite partie de son tronc. Tristan est émerveillé, car tout ce qui compte maintenant pour lui, c’est de vivre autrement : « Je veux vivre encore. Je veux qu’on ait besoin de moi » (p. 71).
Sa conscience va dès lors se ballader entre les bûches à conbustible, les sculptures de Manon et le livre de Yannis. Les personnages qu’il suit vont vivre leur vie, bon gré mal gré, subir joies et désillusions, sans se douter que Tristan est là. Sans se douter que lorsqu’il était vivant, il recevait leurs malheurs.
L’histoire des personnages est vraiment touchante. Quelques frissons, un peu de larmes aux yeux, et le sentiment d’avoir lu un livre extraordinaire au sens premier, qui sort de l’ordinaire.

Par son arbre, Didier Van Cauwelaert va sonder la nature humaine. Il met en avant les relations égoïstes des hommes face à l’environnement, en disant que cela ne saurait durer car, comme pour le sapin qui régule la population de punaises, pourquoi les arbres ne trouveraient-ils pas un moyen de réguler la population humaine ?
Tout cela est exprimé de façon très tendre, sans jugement : un simple constat.

Petit dans son nombre de pages, ce livre n’en reste pas moins un grand livre pour moi. D’une part par le message qu’il transmet, d’autre part par la façon dont l’histoire est contée. C’est beau, c’est simple, c’est agréable. L’affection que l’on éprouve pour Tristan, c’est aussi une manière de nous faire comprendre qu’un arbre n’est pas seulement décoratif : il est essentiel. 

Pour aller plus loin :

www.lejournalintimedunarbre.com : vous y trouverez une interview de l’auteur, des photos d’arbres remarquables, des vidéos.
– Un dossier pédagogique sur le roman et les thèmes abordés.