Avec tes yeux – Sire Cédric


CEDRIC, Sire. Avec tes yeux. Presses de la cité, 2015, 549 pages, 21,50 €.



L’histoire :

Thomas ne croit que ce qu’il voit, mais personne ne le croit. Depuis quelque temps, Thomas fait des rêves atroces. D’épouvantables rêves qui le réveillent en sursaut et morcellent son sommeil qu’il a déjà fragile. Si ce n’était que ça ! Après une séance d’hypnose destinée à régler ses problèmes d’insomnie, il est en proie à des visions. Il se voit, à travers les yeux d’un autre, torturant une jeune femme… Persuadé qu’un meurtre est effectivement en train de se produire, il part à la recherche de la victime. Le cauchemar de Thomas ne fait que commencer.

Ce que j’en ai pensé :

Sire Cédric, l’auteur français qui allie avec merveille thriller et fantastique. Et ici, encore une fois j’ai été ravie de retrouver ce combo gagnant. Thomas est un jeune homme un peu dépressif à cause de ses nuits très courtes, toujours entrecoupées de violents cauchemars. Jusqu’au jour où, épuisé, il se rend chez un hypnothérapeute pour tenter de vaincre le mal. Mais c’est l’inverse qui se produit puisqu’il est victime d’une terrifiante hallucination. Il n’est pas au bout de ses peines, et le lecteur avec lui.

Coeurs accrochés nécessaires ! En effet, les scènes de tortures et de violences sont nettement explicites ; d’autant plus lorsque cela touche aux yeux. Mais ces scènes sont finalement assez rares et l’ambiance angoissante de la traque est davantage mise en avant. L’intrigue est parfaitement ficelée, jusqu’à la dernière ligne du dernier chapitre. L’intelligence au service de la barbarie et de la vengeance, tel pourrait être le leitmotiv du roman. C’est osé, cru, dérangeant parfois, à la limite du paranormal mais tellement bien fait que tout est vraisemblable.

Concernant les personnages, j’ai adoré Fox, l’ami virtuel de Thomas. Un personnage surprenant et qui se dévoile au fur et à mesure de l’histoire. De même que Nathalie, la flic, qui va passer de jeune femme effacée et réservée à une femme forte, osant s’imposer dans l’enquête.
Le personnage de Thomas, bien que protagoniste principal, m’a moins plu : j’ai eu l’impression qu’il n’était là que pour servir l’histoire et non comme individu propre avec une psychologie poussée. La fin donne néanmoins un élément de sa vie passée indispensable à la compréhension de l’histoire !

Plus de 500 pages ? Peu importe, vous en redemanderez encore ! Aucun temps mort, c’est terrifiant et bien fait, sanglant sans trop vous salir non plus. L’originalité est au rendez-vous, vous n’avez pas l’impression que c’est une histoire réchauffée ou un thème exploité cent fois.
Encore une réussite de Sire Cédric ! A quand le prochain livre ?!

De force – Karine Giébel


GIEBEL, Karine. De force. Belfond, 2016, 528 pages, 19,50 €.



L’histoire :

«Le temps de l’impunité est révolu. Le temps des souffrances est venu.» Elle ne m’aimait pas. Pourtant, je suis là aujourd’hui. Debout face au cercueil premier prix sur lequel j’ai posé une couronne de fleurs commandée sur internet. Car moi, j’ai voulu l’aimer. De toutes mes forces. De force. Mais on n’aime pas ainsi. Que m’a-t-elle donné ? Un prénom, un toit et deux repas par jour. Je ne garderai rien, c’est décidé. A part le livret de famille qui me rappelle que j’ai vu le jour un 15 mai. De mère indigne. Et de père inconnu. Lorsque j’arrive devant la porte de mon ancienne chambre, ma main hésite à tourner la poignée. Je respire longuement avant d’entrer. En allumant la lumière, je reste bouche bée. Pièce vide, tout a disparu. Il ne reste qu’un tabouret au centre de la pièce. J’essuie mes larmes, je m’approche. Sur le tabouret, une enveloppe. Sur l’enveloppe, mon prénom écrit en lettres capitales. Deux feuilles. Ecrites il y a trois mois. Son testament, ses dernières volontés. Je voulais savoir. Maintenant, je sais. Et ma douleur n’a plus aucune limite. La haine. Voilà l’héritage qu’elle me laisse.

Ce que j’en ai pensé :

Pour moi, Karine Giébel est l’auteure féminine de thrillers français la plus dingue, border-line et tout simplement exceptionnelle, du moment. Se lancer dans sa dernière parution, c’est à la fois beaucoup d’excitation et d’exigences.

Quatre personnages : Maud, la jeune fille victime d’un harceleur, pourrie gâtée et adulée par son père ; Armand Reynier, le père mégalo, chirurgien influent et pas net ; Charlotte la belle-mère dragueuse mais détruite ; et enfin Luc, le garde du corps bien sous tous rapports… enfin presque ! Des menaces, des agressions, des violations d’intimité. Et une sorte de Cluedo dans lequel on se demande où se trouve le méchant.

Ce roman, c’est une tension permanente entre les personnages, que ce soit dans leurs rapports aux autres ou à eux-mêmes. Chacun est border-line, prêt à partir du mauvais côté : drogue, manipulation, meurtre, folie. Aucun individu à peu près sain à qui se raccrocher. C’est une des caractéristiques de Karine Giébel : une ambiance pesante, un rythme assez soutenu et des intrigues inimaginables ailleurs.
Pourtant ici, un peu de prévisible. Notamment certaines révélations que j’avais vu venir. Mais, comme d’habitude, c’est cash, sans concession pour le lecteur. Tu fermes le livre en restant sur un sentiment de noirceur. Un drame familial façon thriller.

Le point fort du livre c’est le style Karine Giébel. Ca se lit tout seul, les pages défilent.
Le point faible, c’est qu’elle a déjà fait tellement mieux précédemment !

Une autre vie – S.J. Watson


WATSON, S.J. Une autre vie. Sonatine, 2015, 443 pages, 21 €.


L’histoire :

Julia a une vie bien rangée entre son mari médecin, son fils et son métier de photographe. Une seule ombre au tableau, sa soeur Kate, dont elle élève l’enfant depuis toujours. Jusqu’au jour où elle apprend que Kate est morte, certainement assassinée.

Ce que j’en ai pensé :

Première expérience de lecture via la plateforme NetGalley, qui propose des services de presse au format numérique. Et pour inaugurer cette nouveauté, j’ai choisi un titre de chez Sonatine, une maison d’édition plutôt axée polars, dont j’aime assez la ligne éditoriale.
Et puis, « Une autre vie« , c’est avant tout un coup de coeur physique, puisque j’ai flashé sur la couverture. N’ayant pas lu « Avant d’aller dormir » du même auteur, je me suis engagée avec plaisir dans ce livre.

Le résultat est que malheureusement, je me suis ennuyée la plupart du temps. Les personnages m’ont agacé tous autant qu’ils sont, et surtout Julia la protagoniste de l’histoire. Mais surtout, ce sont les longueurs et le côté très classique du récit et de la façon de le raconter. Je suis bien désolée M. Watson mais ça ne l’a pas fait avec moi !

Cependant, l’idée d’une femme qui va vouloir enquêter sur la mort de sa soeur via les sites de rencontres que celle-ci fréquentait est bonne. De même que la réflexion sur cet Internet façon Big Brother, grâce auquel une personne mal intentionnée, mais douée en nouvelles technologies, peut traquer un individu et tout savoir de lui. Ce pan du livre est intéressant c’est vrai, mais dans un thriller il faut être tenu en haleine, frissonner, avoir peur avec le personnage, être terrifié par le méchant. Ici, bof.

Alors, oui, je ne m’attendais pas à la fin et à la révélation. Ceci dit, je ne l’ai pas non plus trouvée transcendante, ni exceptionnelle. Elle n’aura donc pas remonté mon ressenti global sur ma lecture et c’est bien dommage.
A vous de vous faire un avis bien sûr !

Vous aimerez si…  

  • Vous êtes adeptes des polars classiques ou que vous lisez du polar l’occasion.

Nous – David Nicholls


NICHOLLS, David. Nous. Belfond, 2015, 477 pages, 22 €.
Traduit de l’anglais par Valérie Bourgeois.


L’histoire :

Douglas et Connie ont la cinquantaine, un fils de dix-sept ans et un voyage d’un mois en Europe prévu avant qu’Albie ne parte pour l’université.
Ce voyage sera l’occasion d’un nouveau départ pour chacun des membres de cette famille. Mais aussi un moyen de réfléchir sur le passé et ce qu’ils sont devenus.

Ce que j’ai apprécié :

– Ce drame contemporain pourrait être l’histoire de beaucoup de couples qui, arrivés au moment charnière où les enfants quittent le nid, se retrouvent face à la peur de ne rester qu’à deux, comme avant mais en plus vieux, sans perspectives d’avenir. Connie, lorsqu’elle s’en rend compte, avoue à celui qui est son mari depuis plus vingt ans, qu’elle ne pense pas arriver à vivre ainsi, qu’elle le quittera certainement, le moment venu.
Douglas tombe de très haut, lui qui voue une adoration sans failles à sa femme bien-aimée. C’est alors l’occasion pour lui de revenir sur tous les évènements marquants de leur passé.
J’aime trouvé ce système narratif très intéressant car on alterne le temps présent du voyage en Europe entre deux parents et leur adolescent de fils, avec le passé de Connie et Douglas, leurs joies et leurs peines. Ce passé qui explique parfaitement la situation complexe dans laquelle chaque membre de cette famille se trouve aujourd’hui.

– Ce roman, c’est aussi l’histoire des relations familiales et de la difficulté de chacun a trouvé la place qui lui revient. La mère qui souhaite laissé son enfant vivre ses rêves, très fusionnelle ; le père qui souhaite procéder à une éducation comme celle qu’on prône dans les livres, très cadrée, sans folie ; et enfin le fils adolescent qui souhaite s’émanciper et qui n’arrive évidemment pas à dire à ce père maudit qu’il l’aime.
D’ailleurs, cette histoire pourrait avoir la teneur d’un voyage initiatique.

– Là où David Nicholls excelle, c’est sans aucun doute la création de personnages très ancrés dans la réalité. Ils pourraient être (et sont certainement) ce que nous sommes, avons été ou deviendrons un jour.
Albie : A dix-sept ans, il a des rêves pleins la tête mais l’important c’est qu’ils soient différents de ce que son père espère pour lui. Il aime cette mère qui lui voue un culte et qui m’a très clairement semblé vivre les ambitions artistiques de son fils par procuration. Tu réussiras là où j’ai raté, en quelque sorte. Niveau caractère, il est somme toute assez dans les normes de l’adolescent en rupture avec son milieu familial, avec des envies d’émancipation qui passe par la rébellion.
Connie : Le personnage qui m’a clairement été le plus antipathique. Pour moi, cette femme est une castratrice. Pleine de nostalgie de son passé d’artiste peintre avorté, elle est aussi d’un égoïsme terrible. Son mari acquiesce à tout, lui passe chaque caprice. Mais elle est aussi inconstante dans ses sentiments et un peu trop femme-enfant pour une cinquantenaire. Une illusionniste dont j’ai eu du mal à voir les qualités.
Douglas : Le mari déchu, le père haï. Cet homme m’a profondément agacé d’autant se plier devant la femme qu’il aime, certes, mais qui n’a de cesse de le traiter comme un gentil bonhomme, sans plus. Scientifique de métier, il l’est tout autant dans sa vie intime et les sentiments ou l’imprévu n’ont peu de place dans son quotidien. Au cours de leur voyage estival à travers les capitales européennes, il va essayer d’arranger les choses, essayer de discuter et de comprendre les siens. Mais à cinquante ans passé, certaines choses sont inéluctables, difficile de revenir sur ce qui a été fait.
C’est un personnage que j’ai beaucoup aimé, malgré tout ses défauts et ses maladresses de père.

– Enfin, ce qui est admirable dans ce roman, ce sont les descriptions des villes dans lesquelles les personnages voyagent : Paris, Amsterdam, Venise, la Toscane, Madrid, Barcelone. J’ai adoré découvrir ces villes, à la lumière estivale et sous la plume de David Nicholls. J’aurais même aimé que ces passages prennent encore plus de place dans l’histoire.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Comme je le disais plus haut, j’ai eu beaucoup de mal avec le personnage de Connie qui m’a profondément exaspéré. J’ai vraiment eu envie de la secouer et de lui ouvrir les yeux sur sa façon de se comporter envers Douglas, mais aussi envers son fils par certains aspects.

– Le livre alterne donc entre passé et présent, ce que j’ai beaucoup aimé au début, puis au fur et à mesure, il est clair que j’étais beaucoup plus intéressée par ce qu’il se passait aujourd’hui. Néanmoins, je ne cache pas que les flash-back ont une réelle importance pour comprendre les personnages.

En bref ?

Voilà une histoire comme on en lui pas souvent. J’ai aimé suivre des cinquantenaires, cela apporte une originalité dans l’histoire et dans le message véhiculé par l’auteur : la désillusion, le fait de vieillir, vivre avec ses souvenirs douloureux, voir ses enfants quitter le foyer pour fonder leur vie, etc. Autant de passages qui doivent être terriblement difficile à vivre. Crise de la cinquantaine ? Nostalgie de jeunesse ? Quoiqu’il en soit, j’ai rarement rencontré ces thèmes dans mes lectures, ce qui a rendu cette histoire particulièrement intéressante.

Trois jours – Laurence Barry


BARRY, Laurence. Trois jours. Editions Carpentier, 2015, 238 pages, 18,90 €.


L’histoire :

Samuel et Sarah, les parents, la soixantaine. Judith et Juliette, les deux filles, la trentaine. Et Jonathan, le jumeau de Juliette, mort dans un attentat terrorisme à Tel-Aviv. Cette famille juive, détruite par la perte du fils, peine à se relever. Lorsque Juliette, parisienne, leur apprend qu’elle est en couple avec Mehdi, c’est le drame. Judith fera tout pour séparer les tourteaux.

Ce que j’ai apprécié :

– Ce roman, c’est l’histoire d’une génération détruite par les ravages du terrorisme et des amalgames. De confession juive, français d’origine marocaine, les parents Sarah et Samuel ont toujours prôné l’importance de la laïcité et de la tolérance. Mais quand leur fils meurt à Tel-Aviv, dans un attentat terroriste (palestinien), toutes les belles pensées s’écrasent au sol. Déjà, impossible de se relever complètement de la mort d’un enfant. Mais quand la cadette leur apprend son idylle avec un musulman, s’en est trop. Judith, désemparée, va s’envoler pour Paris, pendant trois jours, en imaginant un plan qui séparerait Juliette de son amant musulman.
Evidemment, Judith paraît machiavélique dit comme cela. Et pourtant, il faut bien comprendre que c’est une femme brisée par la mort de son frère et la démence naissante de son père. J’ai beaucoup aimé ce personnage, très discrète et surtout complètement dépassée par les évènements qui se jouent devant elle.

– L’histoire de cette famille, celle de Juliette et Mehdi, ce pourrait être l’histoire de beaucoup de français. Tomber amoureux et se heurter de plein fouet aux traditions familiales et à la peur. Cette peur que les violences commises par une minorités fait peser sur toute une population.
Le personnage de Judith est l’incarnation de cette peur : peur d’affronter sa soeur et ses parents, peur de quitter ses enfants, peur de se balader dans un endroit peuplé de Tel-Aviv, peur d’être juive aussi.

– Et puis, c’est aussi un roman sur la gestion du deuil et la séparation que peut engendrer dans une famille un décès tragique alors même que les membres restant auraient besoin de se soutenir. Quoiqu’il en soit, dans cette famille, chacun fait ce qu’il peut pour essayer de s’en sortir, le plus souvent inconsciemment, que cela fasse du mal aux autres ou non.
J’ai trouvé les personnages tous très attachants malgré leurs agissements parfois terribles : rejet d’une fille, pensées racistes, etc. C’est une des génèses du racisme qui prend corps entre ces lignes. Un racisme qui n’en est pas vraiment un, puisqu’il naît d’un désespoir qui ne demande qu’à être apaisé, guéri.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– La couverture ! Non mais ce n’est pas possible de faire des couvertures pareils… Surtout pour un roman aussi intéressant. C’est tellement dommage ! Honnêtement, qui s’arrêtera dessus en librairie ? Soyons sérieux quelques secondes : c’est un repousse-lecteurs.

En bref ?

Un roman court mais tellement complet ! Conflit israélo-palestinien, drame familial, attentat, tolérance, deuil… Les sujets abordés le sont avec beaucoup de justesse, c’est tendre et en même temps dur et réellement émouvant à certains moments.