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Un souffle, une ombre – Christian Carayon


CARAYON, Christian. Un soufle, une ombre. Fleuve Editions, coll. Fleuve Noir, 2016, 539 pages, 20,90 €.



L’histoire :

Été 1980. Le lac de Basse-Misère, dans le sud du Massif central. Un groupe d’adolescents de bonne famille est massacré sur l’ îlot où il était parti camper, en marge de la fête du club nautique local. Dans toute la région, l’onde est sismique. Comme un point de bascule irréversible, qui signe la fin d’une époque d’insouciance, et le début du déclin de la vallée.
À Valdérieu, principale agglomération du pays, quelque chose s’est brisé pour toujours. Trente-quatre ans plus tard, le meurtrier supposé croupit derrière les barreaux. Mais à l’université de Toulouse, le chercheur en histoire Marc-Édouard Peiresoles ne croit pas en sa culpabilité. Originaire de Valdérieu, et témoin impuissant du cataclysme alors qu’il n’était que collégien, il décide de retourner sur place, et de reprendre toute l’enquête. Comme on replonge dans ses propres traumatismes. Comme on lève le voile sur trois décennies de non-dits, en grattant le vernis d’une communauté beaucoup moins lisse qu’il n’y paraît. Derrière les fantômes des adolescents disparus, c’est bientôt le lac de Basse-Misère qui se réveille, tel un prédateur endormi. Déjà prêt à engloutir ses prochaines victimes…

Ce que j’en ai pensé :

C’est par hasard que je suis tombée sur ce roman à la bibliothèque. Et, venant juste de le refermer, je peux affirmer qu’il s’agit d’une très bonne lecture. J’ai été passionnée par l’histoire et par les recherches très approfondies de notre protagoniste.

Marc-Edouard Peiresoles est professeur d’histoire à la fac, pas beaucoup d’envergure, célibataire, peu enclin aux amitiés depuis la défection de son meilleur ami deux ans plus tôt.
Son problème est le traumatisme de son enfance : des enfants qu’il connaissait ont été massacré à l’été 1980. La peur n’a cessé de le suivre jusqu’aujourd’hui, trente-quatre ans plus tard. Le psychologue qui le voit lui affirme qu’il faut qu’il creuse l’affaire du meurtre de Basse-Misère pour retrouver la paix.

L’histoire est donc celle-ci : voilà notre historien solitaire en quête de réponse. Pourquoi cet assassinat ? Le tueur en série arrêté es-il vraiment coupable de ce crime-là ?
Pour répondre aux diverses interrogations qu’il se pose, Marc-Edouard va aller à la rencontre des acteurs de cette époque, d’anciens élèves, de parents, proches des victimes. Il va enquêter sur eux, les interroger, lire les journaux d’époque, étudier les photos. Tout est passé au crible et le livre est très bien détaillé. Chaque personne passée entre ses yeux est mise en lien avec le massacre.

L’écriture est très bonne, le rythme soutenu. Je me suis attachée à ce personnage un peu fade et qui se dévoile avec le récit.
La fin est à la hauteur, je n’avais pas vu venir le dénouement. Bon point !

⇒ En bref ?

J’ai trouvé cette enquête non-officielle passionnante. Le récit m’a tenu en haleine sans discontinuer. Je lirais avec plaisir d’autres livres de l’auteur.

Je conseille si vous aimez…

– les enquêtes très approfondies
– les psychologies des personnages très détaillées


Rêver – Franck Thilliez


THILLIEZ, Franck. Rêver. Fleuve Editions, 2016, 595 pages, 21,90 €.



L’histoire :

« Pour la plupart des gens, le rêve s’arrête au réveil. »
Si ce n’étaient ses cicatrices et les photos étranges qui tapissent les murs de son bureau, on pourrait dire d’Abigaël qu’elle est une femme comme les autres.
Si ce n’étaient ces moments où elle chute au pays des rêves, on pourrait jurer qu’Abigaël dit vrai.

Ce que j’en ai pensé :

J’en aurais mis du temps à lire le dernier livre de Franck Thilliez. Et quel pied maintenant que je l’ai lu !
Un moment de lecture incroyable encore une fois. De la précision, de la complexité, une écriture addictive. Ajoutez à cela les codes du thriller parfaitement maîtrisés et me voilà comblée.

Rêver, c’est l’histoire tout à fait étonnante d’Abigaël, psychologue, maman d’une ado et souffrant de narcolepsie. Tout un thème médical autour du sommeil que l’auteur approfondit pour le plus grand plaisir du lecteur.
A la suite d’un accident personnel dramatique, Abigaël voit sa vie basculer. Les médicaments qu’elle prend en masse, ainsi que l’alcool pour lutter contre la dépression lui créent des trous de mémoires terribles.
Par delà sa maladie, elle va vouloir faire la lumière sur tous les évènements qu’elle a subit ; que ce soit personnel ou bien la poursuite du kidnappeur d’enfants, enquête pour laquelle elle intervient en qualité de psychologue.

La construction du livre est très complexe, et beaucoup de lecteurs ont été perturbés. En cause la chronologie complètement déstructurée. La ligne de temps est hachée. De mon côté, cela ne m’a pas gêné. J’ai au contraire été encore une fois épatée par l’intelligence narrative de Franck Thilliez.

Du début à la fin, presque 600 pages et aucun moment qui m’a semblé long ou inutile. J’ai un vrai coup de coeur littéraire avec Thilliez, et cela se confirme de lecture en lecture.
La construction psychologique des personnages est géniale. Ici, principalement Abigaël et Frédéric. On tremble pour l’héroïne : la promesse du thriller est tenue.

Pour moi, c’est encore un pari gagnant.
Et j’attends impatiemment le prochain roman de l’auteur, qui nous fera retrouver son duo de choc : Lucie Henebelle et Franck Sharko !


Angor – Franck Thilliez


THILLIEZ, Franck. Angor. Fleuve Noir, 2014, 618 pages, 21,90 €.


L’histoire :

Franck Sharko et Lucie Henebelle sont des parents heureux. Ils se sont promis de ne plus se mettre en danger inutilement pour les besoins d’une enquête.
Mais ils sont définitivement accro, surtout Lucie qui abrège son congé maternité pour s’engager dans une enquête tortueuse où une jeune femme est retrouvée dans une cavité sous un arbre déraciné.

Ce que j’ai apprécié :

– Quel plaisir de retrouver Franck Thilliez et ses deux personnages de Sharko et Henebelle ! Après plusieurs histoires, plusieurs enquêtes plutôt, j’ai vraiment fini par m’attacher à eux et leur histoire commune, qui me passionne vraiment. Une histoire dans l’histoire selon moi.
Dans ce nouveau tome, Lucie est en congé maternité et Sharko au turbin. Mais les deux amoureux, malgré leurs bonnes résolutions de ne plus laisser le boulot grignoter leur vie privée, sont malgré eux aspirer vers l’adrénaline et la traque du Mal. Et avec le passé que leur a créé Franck Thilliez, il est clair que cela ne s’arrêtera jamais. Et je dois bien avouer que maintenant j’ai toujours l’appréhension qu’il arrive quelque chose à un membre de leur famille. Il faut dire que Thilliez n’a pas peur de faire mourir ses personnages !
Quoiqu’il en soit, j’ai trouvé nos deux protagonistes en grande forme et leur présence ne s’essouffle pas.

– Mais ils ne sont plus les deux seuls sur le devant de la scène. Cette fois-ci, Nicolas Bellanger, leur supérieur et ami est mis en avant, tout comme Camille Thibault, un nouvel élément, jeune femme gendarme dans le Nord.
J’ai beaucoup aimé rencontré ses deux individus, cela donne une autre envergure au récit puisque Sharko et Lucie sont maintenant bien installés dans leur vie commune.
Peut-être que Nicolas Bellanger, plus jeune de Franck Sharko, deviendra un des personnage central des futurs livres de Thilliez ? A suivre !

– Concernant le thème du livre, après les techniques cinématographiques (« Le syndrome E« ), l’origine du Mal lié à l’évolution des espèces (« Gataca« ) et le nucléaire (« Atomka« ), cette fois-ci Franck Thilliez nous embarque dans le domaine médical et plus précisément le sujet du don d’organes.
Toujours aussi intéressant, et surtout l’intrigue que développe l’auteur est très complexe et pleine de ramifications comme d’habitude. Autant dire qu’on ne s’ennuie pas !
On démarre en effet par une jeune femme découverte dans une cavité sous un arbre déraciné, on poursuit avec une greffée du coeur qui fait des rêves qu’elle pense liés à la mémoire cellulaire de son nouvel organe, puis un homme énucléé  qui ne parle plus. Tout cela parsemé de morts, bien sûr, et d’un trafic de jeunes filles roms, marquées comme des bêtes.

– Et surtout, quelle fin ! On a tout de suite envie de découvrir la nouvelle enquête ! Heureusement que celle-ci sort très bientôt, le 4 juin, chez Fleuve Editions toujours (« Pandemia« ). Quoiqu’il en soit, il est clair de Nicolas Bellanger aura une place importante dans ce prochain livre.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Globalement j’ai encore une fois adoré, même si ce n’est pas mon enquête préférée. Ceci dit, j’ai été contente de découvrir de nouveaux personnages.

En bref ?

Encore une fois, je ne suis pas déçue par Franck Thilliez. Il sait, à la fois se renouveler, tout en conservant une trame de base fidèle aux précédents livres de la série.
Comme une série télévisée, le lecteur attend avec impatience le prochain épisode !

Le vent t’emportera – Jean-Marc Souvira

couv39022857L’histoire :

Les meurtres de trois femmes sur Paris s’enchaînent avec quelques jours d’écart. Le processus est le même : nues, des morceaux de miroirs dans les yeux, un morceau de papier recouvrant leurs visages.
La police judiciaire, saisie de l’affaire, va s’apercevoir que quelques mois plus tôt, des crimes tout à fait similaires ont été commis, le suspect confondu par son ADN est actuellement en prison.

Éléments de réflexion :

Un thriller qui reprend le thème de la traque du serial killer, en suivant à la fois le tueur lui-même et les recherches presque heure par heure des équipes de la police judiciaire.

Les points positifs :

– J’ai beaucoup aimé le parti pris de Jean-Marc Souvira de nous proposer deux visions de la même histoire : à la fois la résolution de l’enquête par la police judiciaire, notamment avec le personnage de Ludovic Mistral ; mais aussi la psychologie du tueur en série.
– Le personnage du tueur (dont je dois taire le nom !) est vraiment excellent. Car on le déteste de par ses crimes mais ses problèmes psychologiques et physiques nous font obligatoirement le prendre en pitié. En effet, l’auteur nous fait très vite comprendre que c’est un homme en souffrance, qui a été seul tout au long de sa vie, complètement malgré lui.
– J’ai particulièrement apprécié le dénouement. Tout d’abord les motivations du tueur qui étaient « pertinentes » par rapport à la façon dont les crimes sont exécutés ; de même que l’auteur a choisi de s’attarder un long moment sur l’explication des crimes et de la psychologie du tueur.

Les points négatifs :

Le seul réel point négatif de ce roman a clairement été le personnage du flic Ludovic Mistral. On comprend tout de suite qu’il s’agit du même personnage officiant dans le précédent thriller de l’auteur, « Le Magicien » (que je n’ai pas lu). Et cela m’a vraiment agacée de voir que le personnage est toujours sujet aux troubles et à la fatigue qui l’ont visiblement touché lors du premier livre. Or, dans ce roman, ces traits de personnalités n’apportent strictement rien à l’histoire. J’ai simplement l’impression que l’auteur a voulu faire un flic torturé mais sans que ce soit réussi.

A savoir :

Jean-Marc Souvira est lui-même commissaire ayant exercé dans la police judiciaire, et cela est une vraie valeur ajoutée pour le roman, notamment dans les descriptions très précises sur le déroulement d’une enquête. Très appréciable.

Notre secret – Jessica Warman

couv56569068L’histoire :

Alice et Rachel sont deux sœurs jumelles de dix-huit ans. Elles sont très liées, dans les bons comme dans les mauvais moments, jusqu’au jour où l’une d’entre elles disparaît. Des heures d’angoisse commencent pour sa moitié.

Un peu de réflexion…

Ce thriller ; car il s’agit bien là d’un véritable thriller ; est centré sur le lien des jumeaux, qui fascine tout un chacun. Ont-ils des facultés parallèles, tel que la télépathie ou l’empathie excessive par exemple ? L’auteur s’appuie sur cette question pour construire un roman étonnant, auquel je ne m’attendais pas.

Les points positifs ?

– C’est un thriller psychologique, est vous savez comme j’aime les thrillers psychologiques ! Il y a des rebondissements excellents, que je soupçonnais (ou que j’espérais secrètement plutôt) en début de lecture et qui ne m’ont pas déçu ! Au contraire, l’auteur exploite bien le filon psychologique. Malheureusement, je ne peux pas plus en parler car l’histoire mérite vraiment qu’on la découvre de A à Z.
– Le personnage d’Alice : c’est LE point fort du livre, et tant mieux puisqu’il s’agit du personnage principal. Elle a une personnalité très controversée, et très onirique parfois. Souvent transportée par son imagination, elle est typiquement une adolescente qui n’arrive pas à se construire à cause d’un traumatisme qu’elle ne surmonte pas. Extrêmement dépendante de sa sœur Rachel, on découvre que sans elle, elle n’est plus tout à fait elle-même.
– Le fantastique (ou pas, selon ce que l’on croit), est présent sous la forme de don que possèderaient les deux jeunes filles et qui les lit au-delà de l’imaginable.
– La fin m’a plu (avec un bémol vous verrez ensuite) car elle n’est pas entièrement « rose bonbon ». L’auteure n’a pas eu peur de heurter son lecteur une dernière fois.

Les points négatifs ?

– Ce livre aurait pu être un coup de cœur. Le problème, c’est essentiellement que l’auteure n’a pas creusé certains aspects de la personnalité d’Alice, notamment dans les révélations finales.
– La fin, qui est arrivée beaucoup trop vite. J’aurais aimé que l’auteure prenne son temps et approfondisse le dénouement.

En bref ?

Ce livre a été une vraie découverte. Je ne m’attendais à être passionnée, ça a pourtant été le cas. C’est exactement ce que je demande à la littérature : me surprendre.
A noter que j’espère qu’il se fera connaître, et pas seulement chez les adolescents (il est sorti chez Fleuve Noir dans leur collection young adult « Territoires »). Il ravira également les amateurs de thrillers.