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Un tout petit rien – Camille Anseaume


ANSEAUME, Camille. Un tout petit rien. Kéro, 2014, 247 pages, 17 €.


L’histoire :

La narratrice a vingt-cinq ans. Elle est célibataire, fêtarde, inconstante. Un jour, elle se retrouve enceinte de celui avec qui elle partage certaines de ces nuits, guère plus. Lui ne veut rien avoir affaire avec cet enfant, lui conseille d’avorter et la quitte. Elle ne sait plus quoi faire.

Ce que j’en ai pensé :

– Un roman très court, écrit sous forme de pensées, à la manière d’un journal intime un peu plus poétique que les autres. Et pour cause, l’auteur tient un blog où elle écrit ces billets. J’ai aimé le format de ce roman et la douceur de son écriture. Je rencontre rarement ce genre de lecture mais qu’est-ce que je les aime ! C’est doux, mais aussi percutant, émouvant, drôle, cinglant. C’est plein de choses, plein d’émotions, et, oui, j’ai pleuré, j’ai eu très souvent une boule dans la gorge lors de ma lecture.

– La narratrice ne se nomme jamais, mais on sait implicitement et en se documentant sur Camille Anseaume, qu’il s’agit de son histoire. Ce livre, je l’ai vu et ressenti comme une catharsis parfaitement aboutie. Elle écrit pour elle, tout en s’effaçant assez pour en faire une histoire qui pourrait être universelle.
Les débats qu’elle tient avec elle-même sur l’avortement, ce droit qu’elle a toujours prôné et soutenu, jusqu’à ce qu’elle soit confrontée elle aussi à ce choix. Ce choix qu’elle préfèrerait ne pas avoir. Quelle jeune femme, sans situation, garde un enfant non désiré alors que le papa est parti ? C’est un débat entre elle, sa conscience mais aussi contre la société et la pression qu’elle fait peser sur femmes.

– Et puis que dire des passages où elle clame son amour pour cet enfant qu’elle ne connaît pas, qui n’existe même pas au début. Cette ambivalence des sentiments qui amène à une culpabilité exacerbée, celle de la future maman qui se sent nulle par rapport aux autres, qui pense ne pas mériter cet enfant.
La question du père évidemment, de ces familles « normales ». Elle explique particulièrement bien toutes les réactions gênées voire outrées lorsqu’elle annonce qu’il n’y a pas de papa. C’est terrible et en même temps, qui pourrait jeter la première pierre à ces personnes ? Certainement pas elle comme elle semble le dire entre les lignes.

– Enfin, ce qui est très beau finalement dans ce roman, c’est la question de la transition entre le statut d’enfant et de jeune femme insouciante, à celui de mère avec toutes les responsabilités que cela engendre. Une situation d’autant plus compliquée lorsque l’enfant arrive à l’improviste, sans être invité dans la vie de ses parents.
Il n’y a pas de pathos ici, et c’est aussi ce que j’ai apprécié.

En bref ?

Un roman coup de coeur, sur des questions aussi essentielles que la maternité et l’avortement.

Conception – Chase Novak


NOVAK, Chase. Conception. Préludes éditions, 2015, 472 pages, 14,90 €.


L’histoire :

Alex et Leslie ont tout pour être heureux : argent, réussite professionnelle, mariage d’amour… Une chose leur manque cruellement : un enfant. Et pour cause, ils ont tout essayé. Jusqu’ici rien n’a marché. Aussi lorsqu’un couple leur dévoile à demi-mots le nom d’un médecin en Slovénie, ils sautent sur l’occasion : ce sera leur dernière tentative. Qui se révèlera la bonne, puisque neuf mois plus tard naissent les jumeaux Alice et Adam. Des jumeaux enfermés chaque soir dans leur chambre, sans vie sociale, qui observent le comportement effrayant de leurs géniteurs.

Ce que j’ai apprécié :

– Le thème général de la difficulté que rencontrent à l’heure actuelle beaucoup de couples souhaitant devenir parents. Une difficulté qui, à la longue, peut fragiliser les amants pourtant follement épris. Chase Novak présente ce phénomène particulièrement bien à travers les personnages principaux dans un première partie assez longue mais néanmoins pas ennuyante du tout.

– Puis, parallèlement à ce sujet, est aussi forcément évoqué celui des pratiques diverses et variées pour favoriser la grossesse. Ainsi, j’ai beaucoup apprécié l’imagination de l’auteur qui créé ce mystérieux et effrayant Docteur Kis, qui officie en Slovénie, est dont la pratique est absolument terrifiante. Plusieurs injections très douloureuses, suivi presque obligatoire chez des gynécologues affiliés à ce médecin hors normes.
Finalement, j’ai trouvé que ce livre était une réflexion très profonde sur deux choses : tout d’abord ce que l’on est prêt à faire pour avoir un enfant naturellement, une envie presque bestiale, instinctive, et surtout, tout ce que les chercheurs peuvent ou pourraient imaginer pour favoriser la procréation coûte que coûte. Puis ensuite, réflexion aussi sur les substances que l’on ingère sans forcément connaître les méfaits sur l’organisme humain (citons par exemple les hormones). Chase Novak pousse très loin cette idée de transformation du corps humain.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Je n’ai pas du tout accroché aux personnages, que ce soit Alex et Leslie au début du livre, ou même à Alice et Adam leurs enfants. De la compassion pour ces derniers, et encore dans une moindre mesure. J’ai trouvé que le récit n’encourageait pas cet attachement. Si bien que j’ai été plus intéressée par le sujet de fond que par les personnages et le polar en eux-mêmes.

– J’ai été franchement déstabilisée par Alex et Leslie et surtout , par ce que le traitement a eu comme impact sur leur métabolisme. Négatif, positif ? Je suis dubitative et honnêtement il m’est difficile de me prononcer sur l’un ou l’autre sentiment. Quoique, à chaud, c’est un malaise qui me saisit suite à cette transformation spectaculaire. (Evidemment, il m’est impossible d’en dire plus !)

En bref ?

Une lecture en demi-teinte et j’avoue être un poil déçue car je m’attendais à adorer. Et cependant, je loue sincèrement l’idée  de Chase Novak de prendre le sujet de l’aide à la procréation. Mais autant vous le dire tout de suite : il n’y va pas avec le dos de la cuillère. Si vous aimez être bousculé et dérangé, allez-y !
Bien que ce fut une lecture étrange pour moi, je m’en souviendrai assurément. Et j’aurai même tendance à conseiller ce livre pour savoir ce que, vous, vous en penserez !

Au début – François Bégaudeau

97822640608080-2082457-1


BEGAUDEAU, François. Au début. 10/18, 2014, 165 pages. 6,60€.


L’histoire :

Des histoires de femmes, dans ce qui les différencient le plus d’avec les hommes : la grossesse, le désir et l’acte d’enfanter. Qu’elles soient riches ou pauvres, jeunes ou plus âgées, heureuses ou non, chacune de ces femmes portent une douleur ou une angoisse, quelle qu’elle soit.

Éléments de réflexion :

Ce recueil de nouvelles évoque la grossesse et le désir, ou non, de devenir mère. Ce désir s’inscrit automatiquement dans la dualité d’un homme et d’une femme puisque, malgré tout, ce sont les ingrédients essentiels pour fabriquer un enfant.
Pas vraiment joyeux, beaucoup de questionnements sont abordés en très peu de pages.

Ce que j’ai apprécié :

– Tout d’abord, il faut bien le noter, l’auteur est un homme. Un homme qui consacre tout un recueil de nouvelles à parler de la grossesse, et plus particulièrement des expériences de grossesses. Car chacune est unique. Cela m’a interpellé autant que réjoui, et je suis heureuse de dire que je tire mon chapeau à François Bégaudeau pour avoir réussit très justement à s’approprier le corps, le cœur et le ressenti de ces femmes.

– J’ai été émue par toutes ces histoires si intimes et  terriblement révélatrices des troubles et des émotions que l’on ressent lorsque l’on est enceinte pour la première fois. Le fait de ne plus se sentir désirable, de reproduire un schéma familial compliqué et les erreurs de sa propre mère, d’avoir l’impression d’être devenue soudain très importante. Mais aussi les problèmes de couples qui peuvent survenir à toutes ces femmes : faire un bébé pour retenir un homme, sortir de la solitude, par amour aussi.

– Enfin, j’ai trouvé que l’auteur a justement évoqué des situations très différentes : la difficulté d’avoir un enfant parfois, les fausses-couches, les couples homosexuels, sortir d’une éternelle adolescence, la perte d’un enfant, etc. Autant de points délicats, tous abordés sans tabou mais avec la pudeur des émotions très bien décrites.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

Le seul point que je pourrais noter ici, c’est que je m’attendais à des histoires plus joyeuses, plus heureuses. Mais une grossesse heureuse à tous points de vue aurait-elle sa place pour faire une histoire littéraire avec une réflexion derrière ? Peut-être pas !

En bref ?

Des nouvelles que je suis absolument ravie d’avoir découvert et que je conseille vraiment, quel que soit le rapport qu’on ait avec la grossesse. C’est à la fois beau et terriblement touchant.