Archives par étiquette : histoire

Les étrangers du temps, t1 : Destins obscurs – Corinne Gatel-Chol

Quatrième de couverture :

Colombe. Hadrien.
Deux destins… deux lignes parallèles, sur le même plan, qui jamais ne se croisent.
1896 – Colombe survit dans un 19e siècle où la vie et la mort ne se différencient guère.
De nos jours – Hadrien dérive dans un présent aseptisé qui va bien trop vite pour lui.
Rien ne devrait permettre qu’un jour leurs vies se rejoignent. Et pourtant…

Mon avis :

« Les étrangers du temps » est le premier tome d’une série qui en comporte quatre. Avec une magnifique couverture et un résumé intrigant, Corinne Gatel-Chol m’a surprise par une histoire que j’ai trouvé prenante du début à la fin.

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Canal Mussolini – Antonio Pennacchi

Quatrième de couverture :

Les Peruzzi: dix-sept frères et soeurs, une tribu. Des paysans sans terre, tendance marxiste, à la tête dure et au sang chaud. Parce qu’un certain Benito Mussolini est un ami de la famille, ils abandonnent le rouge pour le noir. En 1932, avec trente mille autres affamés, ils émigrent dans les marais Pontins, au sud de Rome, où démarre le chantier le plus spectaculaire de la dictature. Huit ans sont nécessaires pour creuser un gigantesque canal, assécher sept cents kilomètres carrés de bourbiers infestés de moustiques et bâtir des villes nouvelles. Enfin, les Peruzzi deviennent propriétaires de leurs domaines. Mais tandis que l’histoire emporte les aînés dans le tourbillon des conquêtes coloniales et de la Seconde Guerre mondiale, au Canal, les abeilles d’Armida, l’ensorcelante femme de Pericle, prédisent un sombre avenir. Entre chronique et farce, Pennacchi signe un roman époustouflant où la saga d’une famille sur trois générations croise un demi-siècle de l’histoire italienne.

Mon avis :

C’est une plongée dans l’Italie de la première moitié du XXe siècle, au travers d’une saga familiale, que va découvrir le lecteur en lisant ce roman. Antonio Pennacchi le souligne lui-même dans le préambule : « ce livre est la raison pour laquelle je suis venu au monde« . Ayant étudié l’histoire italienne avec grand intérêt, ce livre qui se définit « entre chronique et farce » m’a interpelé.

Ce roman est une saga familiale, celle des Peruzzi, dont l’histoire évolue avec le contexte historique de l’arrivée du fascisme et de Mussolini en Italie. Largement inspiré de sa propre famille, le narrateur pourrait être Antonio Pennacchi lui-même. De la rencontre de ses grands-parents à sa naissance ; de la guerre de 14-18 à la seconde guerre mondiale ; l’auteur arrive à entremêler l’Histoire avec un « H » majuscule et la petite histoire, celle des paysans italiens de l’époque.
C’est avec beaucoup de franchise que le narrateur explique l’attachement des Peruzzi au Fascio puis au parti fasciste. Chose inavouable de nos jours, il faut savoir qu’après la Première Guerre Mondiale, les soldats italiens sont conspués par leurs compatriotes et par le parti socialiste, initialement contre le conflit. Seuls les adhérents au Fascio et Mussolini les reconnaissent, les remercient et, surtout, promettent à leur famille (souvent des paysans métayers) de devenir propriétaires terriens. Comment auraient-il pu ne pas ovationner cet orateur proche du peuple ? Antonio Pennacchi n’a que faire des conventions et replace les choses dans leur moule initial : il n’était pas condamnable d’être fasciste au début du mouvement, avant la dictature et les horreurs de la guerre.
Mais ce livre est aussi l’histoire de l’assénissement des Marais Pontin, notamment par le Canal Mussolini où vivaient les Peruzzi. Une vie extrêmement difficile au début de leur urbanisation, lorsque moustiques et malaria profiléraient.

Les personnages sont nombreux dans ce roman, mais je n’ai eu aucun problème pour m’y retrouver ; certainement du fait que l’auteur les nomme sans cesse et les fait entrer dans la tête du lecteur grâce à la répétition.
Entre personnages fictifs (les Peruzzi) et ceux ayant une réalité historique, Antonio Pennacchi entremêle les deux avec brio. Un glossaire en fin d’ouvrage permet au lecteur de se documenter sur l’activité et le rôle de certaines personnalités citées dans le livre.
Concernant la famille Peruzzi en particulier, ils sont tous attachants de par leur unité malgré des caractères trempés et très différents.

Le style d’écriture d’Antonio Pennacchi est tout à fait atypique. Très dense, avec de longues descriptions et surtout un nombre trop important de digressions, il faut vraiment une concentration extrême pour ne pas se perdre. Le schéma commun est le suivant : une histoire nous est racontée ; celle-ci amène une anecdote qui va ouvrir une grande parenthèse de quinze pages ; puis on revient à l’histoire initiale. Pour un roman de 500 pages, j’ai malheureusement trouvé cela lassant après en avoir lu les trois quarts.
Notons tout de même le langage « paysan », argotique et haché, que j’ai beaucoup apprécié puisqu’il permet de se plonger dans le quotidien des métayers.

En conclusion, je dirais que ce livre est passionnant durant les 300/350 premières pages. Un puits de savoir sur l’histoire de l’Italie du XXe siècle mais aussi une découverte du monde paysan. Avec des descriptions et des digressions moins longues, le roman aurait gardé ce côté saga historique vivante et entraînante. Malheureusement, les 150 dernières pages ont été très dures à lire, le style devenant lassant et ennuyant.
Une lecture mitigée mais dont le fond historique est très intéressant néanmoins. Elle intéressera les amateurs d’histoire italienne et ceux qu’un style descriptif et plein de digressions n’effraie pas.

Les châteaux fabuleux de Louis II de Bavière – Elisabeth Reynaud

Quatrième de couverture :

Roi de légende, mécène et protecteur des arts qu’on déclara fou, Louis II de Bavière nous laisse pourtant un fabuleux héritage.
En 1864, au coeur d’une Europe déchirée, il succède à son père sur le trône de Bavière à 18 ans. Sa beauté juvénile, sa prestance séduisent d’emblée son peuple.
Lui se voit Lohengrin, chevalier du cygne, Tristan ou Parsifal. Il s’exalte pour l’opéra et développe une passion immodérée pour Richard Wagner, son « Unique ». Il cède à tous les caprices du compositeur et finance pour lui le théâtre de Bayreuth.

Âme sensible torturée par des amours interdites, Louis fait construire des palais de contes de fées comme autant d’écrins pour abriter ses rêves. Les châteaux de Neuschwanstein, de Linderhof et de Herrenchiemsee, qui engloutissent des sommes considérables, témoignent encore aujourd’hui d’une incroyable fièvre bâtisseuse.

À ces deux passions s’ajoutent celles que lui inspirent les jeunes hommes et sa cousine Sissi, impératrice d’Autriche. Elle sera son âme soeur et sa confidente jusqu’à sa mort tragique en 1886.

« Je veux demeurer pour moi et pour les autres une éternelle énigme », écrit-il.

À partir d’un large choix de lettres, extraites notamment de la correspondance de Louis II et Wagner, de passages de son journal intime et des témoignages de ses contemporains, Elisabeth Reynaud dévoile les facettes d’un roi souvent incompris.

Mon avis :

Louis II de Bavière, ou la figure d’un roi qui n’était pas fait pour gouverner.
Elisabeth Reynaud, auteur de plusieurs romans et biographies, nous entraîne dans la vie étonnante et chimérique de ce roi au caractère atypique.

Dès lors que Louis II accède au trône de Bavière en 1864, le peuple n’aura de cesse d’admirer ce beau jeune homme. Cet amour ne se tarira jamais, malgré les dépenses folles qui caractérisera son règne. Dépenses pour entretenir son ami et idole Richard Wagner, mais aussi dépenses pour faire construire trois magnifiques châteaux au luxe débordant : Neuschwanstein, Linderhof et Herrenchiemsee. Les nombreuses photos couleur et noir et blanc présentes dans l’ouvrages permettent au lecteur de se rendre compte du faste de ces constructions.
Elevé dans une rigueur catholique extrême, Louis II se veut chaste comme les chevaliers qu’il admire. Néanmoins, il sera torturé toute sa vie par son homosexualité qui le culpabilise à l’extrême. Elisabeth Reynaud nous livre quelques passages éloquents de son journal intime : c’est un homme tiraillé entre ce que souhaite sa raison et ce que lui fait accomplir son coeur.

Au cours des vindt-sept chapitres que comporte ce docu-fiction biographique, Elisabeth Reynaud retrace la vie de cet homme rêveur, ce roi amateur de grands espaces et de solitude, amoureux des opéras de son « Unique », Richard Wagner. Roi mécène, c’est certainement grâce à lui que Wagner a pu écrire et mettre en scène ses plus grandes oeuvres. Roi pacifiste, la guerre l’horripilait, notamment la mort des civils et des soldats qu’il voulait éviter.
La politique l’intéresse peu, il préfère se réfugier dans le paraître, dans un monde qu’il s’est inventé de toute pièce.

Les amateurs d’histoire, comme c’est mon cas, se régaleront de cette lecture. D’autant que le style d’écriture est accessible : il ne s’agit pas ici d’une étude ou d’une thèse. J’ai relevé une certaine poésie dans les tournures de phrases : celles-ci s’enchaînent avec tellement de fluidité que la lecture n’en est que plus agréable et rapide.
L’impression d’avoir approfondi un pan de l’histoire de l’Allemagne mais aussi de l’Europe est nette lorsque l’on ferme ce livre.

Les Berbères – Gabriel Camps



Quatrième de couverture :

Connus dès le temps des pharaons égyptiens, les Berbères ont occupé un immense territoire, de la Méditerranée au sud du Niger, de l’Atlantique au voisinage du Nil.
Les millénaires ont passé et, malgré les vicissitudes d’une histoire particulièrement mouvementée, des groupes de populations berbères subsistent de nos jours dans une douzaine de pays africains, coupés les uns des autres mais fidèles pour la plupart à leur culture, à leur langue et à leurs traditions.
Paru en 1980, cet ouvrage de Gabriel Camps proposait pour la première fois une étude complète de l’histoire et de l’identité berbères, prenant en compte toutes les disciplines – archéologie, géographie, ethnologie, linguistique, arts… – avec une exigence scientifique et une qualité de synthèse qui en font aujourd’hui encore une référence aussi incontestée qu’inégalée.

Mon avis :

Les Berbères. Un peuple dont le qualificatif est connu d’une majorité, mais qui peut se vanter de connaître cette culture sur le bout des doigts ? A coup sûr, Gabriel Camps, préhistorien et protohistorien qui a étudié les Berbères durant tout sa vie.

Ce livre, c’est avant tout une étude très complète sur ce peuple : certainement la plus complète. Tout ce qu’il y a à savoir sur le monde berbère est présent dans cet ouvrage. La grande intelligence de l’auteur a été de faire travailler ensemble les différents spécialistes : archéologues, sociologues, linguistes, géographes, ethnologues… Cette prouesse, on s’en doute, donne au livre une dimension presque omnisciente ; en tout cas d’une richesse incomparable, puisque tous les pans de cette culture sont analysés et décortiqués.

Avis à l’amateur qui serait intéressé par cette lecture : attention ! Le texte est très dense, d’une précision extrême. J’ai eu l’impression, avec le vocabulaire et le style employé, de lire une thèse de doctorat. Je ne peux pas dire que j’ai apprécié cette lecture mais je ne peux pas nier le travail incalculable de Gabriel Camps et la passion qu’il a du ressentir pour ce peuple. De plus, un énorme travail a été fait sur l’organisation du livre : la cohérence est parfaite, malgré des informations à foison.

Si vous cherchez un texte vulgarisé sur ce peuple, ce livre n’est pas le bon. Je dirais que cet ouvrage est davantage destiné à un public de chercheurs, d’historiens.

Remerciements : Merci à Libfly et aux deux éditeurs participants à l’opération « Deux éditeurs se livrent spécial Maghreb ». Je trouve l’initiative excellente et malgré une lecture difficile avec « Les Berbères », quelles richesses le Maghreb et l’Afrique du Nord en général ont à nous faire découvrir !


Savoie, une montagne de légende – Lucien Chavoutier

Quatrième de couverture :

« Tous les pays qui n’ont plus de légendes seront condamnés à mourir de froid… »
Patrice de La Tour du Pin.

Mon avis :

Entre Histoire et légendes, le fossé semble immense. Les légendes n’en sont pas moins aussi importantes que l’Histoire. Elles véhiculent une histoire populaire, un témoignage de la vie à une époque et un lieu donné. Lucien Chavoutier nous les présente comme des compléments à l’Histoire que l’on nous conte traditionnellement.

Ici, c’est la Savoie qui est traitée mais également toute la chaîne alpine. Quelles légendes se sont créées ? A partir de quels évènements ? Quelles sont leurs particularités ? Au travers de quinze chapitres thématique, l’auteur nous entraîne dans la Savoie d’antan et dans l’imaginaire collectif de ses populations paysannes montagnardes.
L’on apprend notamment le mystère engendré par les Alpes, cette chaîne de montagnes magnifique, fascinante, mais aussi mystérieuse et parfois dangereuse. L’on apprend également la vie quotidienne des villageois, la relation entre les individus mais les rapports des hommes avec une nature très riche, qu’elle soit animale ou végétale.

Avec un effort certain de vulgarisation, l’auteur entraîne le lecteur familier vers des lieux connus de lui (notamment des villages savoyards de Maurienne et Haute-Maurienne) mais dont les légendes qui s’y attachent peuvent lui échapper. 
Pour ma part, j’ai beaucoup aimé retrouver les légendes autour du Diable, très présentes dans la région. Notamment celle du diable et du Pont du Diable à Bessans, village et station d’hiver que je connais bien.

L’auteur explique que les légendes sont essentielles pour l’Histoire. En la complétant, elle ne la renie pas. En effet, il explique assez bien que les populations ne sont pas naïves au point de prendre à la lettre les fables racontées lors des veillées. Cela permet simplement de créer des historiettes autour de fait divers : des gros blocs de pierre charriés par les glaciers ; les edelweiss, ces magnifiques fleurs qui ne poussent qu’entre 1000 et 3000 mètres d’altitude ; etc.

Plus qu’un recueil de légendes, ce livre est donc également un essai sur le rôle et la valeur de celles-ci. Une bibliographique très complète montre l’important travail de documentation de l’auteur (108 références sont citées dans le livre et reprises en fin d’ouvrage).
Je ne peux que recommander cette lecture aux savoyards et haut-savoyards. Pour les autres, n’hésitez pas à vous procurer des livres de cet acabit mettant en scène votre région. Très enrichissant.