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Les BD de la semaine #3


Pour cette troisième semaine, encore trois albums lus et le tout plutôt convaincant, sans qu’il y ait de coup de coeur.

1. Doggybags, t.12 – Collectif

BD adulte par excellence, les Doggybags reprennent avec brio les pulps fictions de l’Amérique de la deuxième moitié du XXe siècle.

Dans ce douzième et avant-dernier opus, on nous l’avait annoncé : le Japon est mis à l’honneur.
Les illustrations de chacune des trois histoires reprennent un style manga, différents les uns des autres mais tous intéressants.
La première histoire est géniale, c’est celle que j’ai préféré et pour qui j’ai eu un réel coup de coeur. La dernière reprend les codes des samouraïs. Concernant la seconde histoire je suis passée à côté et n’ai donc pas accroché.

Comme d’habitude, chacun des récits permet une ouverture documentaire sur un thème précis : « crimes et collégiennes », « les samouraïs », le « sex made in Japan ». Toujours très instructif, ça donne une vraie valeur ajoutée à l’album.

C’est édité par le Label 619 de Ankama éditions. Et dans quelques jours sort le dernier tome, donc je vous laisse admirer la couverture.


2. Mort aux vaches – F. Ravard et A. Ducoudray

Lu dans le cadre du Prix de la BD Cezam et le prix BD Quais du Polar, j’ai été tout à fait surprise par cet album polar, moi qui en lit très peu.

Un braquage réussit, et des compères qui vont se retranchés en campagne le temps que l’affaire refroidisse.
Une bande dessinée en noir et blanc, où les personnages ont les visages et l’allure des Tontons Flingueurs. Plusieurs thèmes sont abordés : la sexualité, la vache folle, les réseaux de prostitution des pays de l’Est, les rapports entre les individus.

La couverture qui n’est pas sans rappeler les affiches cinématographiques des années 40 est représentative de ce que vous trouverez dans ce récit.

Un récit paru chez Futuropolis.


3. Hyver 1709, t.1 – N. Sergeef et P. Xavier

Avec cette bande dessinée, j’ai abordé le genre historique, avec un thème très précis : la famine et le rigoureux hiver 1709 sous le règne de Louis XIV.

Les paysages enneigés et la guerre qui fait rage condamnent les populations. Personne n’est épargné. Si bien que le blé vaut plus cher que l’or. Des menaces de dérober un gros chargement et voilà Loys Rohan sur les routes.

Ce que j’ai aimé dans cet album, c’est avant tout la grande qualité des illustrations et de la colorisation. Les personnages sont très travaillés et les paysages absolument magnifiques, malgré la rigueur hivernale qu’ils illustrent.
L’histoire n’est pas en reste. Assez simple mais néanmoins très plaisante. Je lirais le second tome de ce diptyque avec plaisir.

Edité par Glénat.


⇒ A la semaine prochaine pour vous faire découvrir de nouvelles BD et nouveaux comics !

Dans les forêts de Sibérie – Sylvain Tesson



Quatrième de couverture :

Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Écrivain, journaliste et grand voyageur, Sylvain Tesson est né en 1972. Après un tour du monde à vélo, il se passionne pour l’Asie centrale, qu’il parcourt inlassablement depuis 1997. Il s’est fait connaître en 2004 avec un remarquable récit de voyage, L’Axe du loup (Robert Laffont). De lui, les Éditions Gallimard ont déjà publié Une vie à coucher dehors (2009) et, avec Thomas Goisque et Bertrand de Miollis, Haute tension (2009).

Mon avis :

Passer six mois dans une cabane en Sibérie, au bord du lac Baïkal, avec pour seuls voisins proches les arbres, les ours et la neige, c’est le choix qu’a fait Sylvain Tesson pour expérimenter le temps.
La notion de temps est-elle la même pour un parisien que pour un ermite ? Peut-on se supporter soi-même lorsque les seules occupations sont couper du bois et pêcher ?
Ce sont ces questions et beaucoup d’autres que va se poser Sylvain Tesson, ce globe-trotteur amoureux de la Russie.

Divisé en six parties représentant les six mois passés loin de tout (de février à juillet 2010), ce récit est rédigé à la manière d’un journal de bord : tous les jours sont égrénés. Avec un froid dépassant parfois les -30° C, la cabane devient un refuge, presque une matrice chaude, où l’auteur se surprend à ralentir ses gestes, à « blanchir » et à regarder par sa petite fenêtre avec un intérêt immense. Les montagnes, le lac gelé, la neige, les arbres, les animaux deviennent son environnement, sa vie. Une pointe d’étonnement lorsqu’il se rend compte que sa vie « d’avant » ne lui manque pas? Incroyable de se passer aussi facilement de la vie que l’on mène depuis toujours. Et quelle joie aussi de remarquer que dans cet univers l’ermite ne nuit à aucun être vivant, sauf l’arbre qu’il débite et les poissons qu’il mange. Une certaine spiritualité émerge des tâches de la vie quotidienne.

Deux idées m’ont beaucoup plu dans cet ouvrage.
La première étant que l’homme seul ne peut pas être tout à fait convaincu de la justesse de sa perception du monde, si aucun compagnon n’est là pour lui assurer qu’il voit la même chose. La nature est-elle comme l’homme la voit ?
La seconde est d’une justesse étonnante, qui part d’une seule phrase de l’auteur : « l’ermite ne s’oppose pas, il épouse un mode de vie »Comme on le voit, une philosophie et une spiritualité naissent au contact de cette vie atypique. Des réflexions aussi étrangent que regarder la poussières au travers d’un rayon de lumière.

J’ai noté des points négatifs, notamment deux réflexions qui m’ont déplu à titre personnel. Tout d’abord, lorsqu’il remarque le « Da Vinci Code » de Dan Brown chez un ami, il parle de « baisse de civilisation ». Je trouve cela un poil arrogant et qui peut blesser beaucoup de lecteurs. Ensuite, lors de son séjour, sa soeur accouche et il en parle sans aucune tendresse, ni un minimum de gentillesse. Visiblement cet enfant n’est qu’un nouvel habitant dont la Terre ne voudrait peut-être pas.
Néanmoins, cela n’enlève en rien l’excellente maîtrise de la langue française de Sylvain Tesson, avec un rythme parfois lent, parfois extrêment rapide. Le vocabulaire est très riche et nous fait ressentir beaucoup d’émotions.
L’exercice est donc réussi et l’on se demande comment le retour à la société parisienne s’est faite.
Ce livre intrigue et fait réfléchir sur l’importance de tout ce qui constitue notre société de consommation.

Le mec de la tombe d’à côté – Katarina Mazetti



Quatrième de couverture :

Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d’à côté, dont l’apparence l’agace autant que le tape-à-l’œil de la stèle qu’il fleurit assidûment. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s’en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d’autodérision. Chaque fois qu’il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis… C’est le début d’une passion dévorante. C’est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d’amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures.

Mon avis :

Un livre avec un titre pareil, ça ne passe pas inaperçu. Paru aux éditions Gaïa, puis en poche chez Actes Sud dans leur collection Babel, cela m’a interpellé quant au sujet du livre, qui devait être néanmoins assez profond et pas uniquement humoristique.

L’histoire est très simple. Le lecteur suit deux protagonistes, à part égale : à chaque chapitre nous changeons de narrateur. Il y a tout d’abord Benny, trente-sept ans, paysan suédois dans une ferme qu’il gère désormais seul depuis la mort de sa mère. Puis Désirée, trente-cinq ans, bibliothécaire solitaire depuis la mort de son mari. Ces deux-là vont se rencontrer dès le début du roman, au cimetière, où les tombes qu’ils visitent sont côte à côte.
Avant même de se parler, ils ne s’aiment pas : l’un trouve la tombe de l’autre trop ostentatoire ; l’autre trouve la sienne trop froide. Mais un seul sourire va tout changer.
En un sourire, en effet, ils vont se rapprocher, s’intéresser. Ce livre est leur histoire d’amour. Amour avec un grand « A ». L’amour envers et contre tout qui n’obéit à aucune loi, aucune bienséance.
Le problème évoqué est le choc des cultures. Totalement opposés, ces deux personnages savent qu’ils ne sont pas fait pour s’entendre, et pourtant ils souffrent de l’absence de l’autre, ils se cherchent et quand ils sont ensemble ils s’engueulent plus souvent qu’ils ne rient. C’est un amour violent puisqu’il les enchaînent l’un à l’autre malgré eux.

Coup de coeur pour ce livre, pourtant très simple mais qui met en lumière le problème rencontré lorsque l’on vient de mondes si divergents qu’on n’a l’impression de ne pas pouvoir échanger. Pour vivre ensemble, l’un ou l’autre doit changer sa façon de vivre, c’est ce que l’on pense. Sans qu’on s’imagine que l’on pourrait, nous, changer. La peur de l’inconnu, du changement. Désirée ne comprend pas que Benny puisse aimer travailler dans sa ferme. Benny ne comprend pas qu’une femme ne sache pas faire à manger pour son mari.
Les personnages sont très attachants, ils nous mettent face à nous-même. Serait-on capable de changer du tout au tout par amour, si l’être aimé nous le demandait ? La réponse n’est pas évidente, aussi il est difficile de juger Benny et Désirée.
La fin est très émouvante et tout à fait dans la continuité de l’histoire. Néanmoins, je dois dire que je ne m’attendais certainement pas à cela, aussi l’effet de surprise était au rendez-vous. 

Un dernier mot sur le style de l’auteur. Simple mais intelligent, l’écriture distingue le narrateur Benny et la narratrice Désirée. Leur façon de parler et de penser est très différente, et parfaitement retranscrite dans le roman.
C’est un petit livre dont il serait dommage de passer à côté pour les amateurs de récit contemporain. 

Le bout du monde. Six mois d’hiver dans les neiges de Haute-Maurienne – Madeleine Triandafil



Quatrième de couverture :

C’est en traineau, par un soir glacial, sous un ciel clouté d’étoiles qu’une jeune institutrice de dix-huit ans allait rejoindre son poste « haut placé ».
C’était en automne, il y a bien longtemps.
Bessans, paraissait comme un coin perdu du monde.

Mon avis :

Ce livre a été pour moi une belle découverte. Je l’ai acheté complètement par hasard dans ma librairie habituelle. Elle consacre en effet deux portants à la littérature régionale, dite du terroir, et donc savoyarde en l’occurence ! Et j’ai eu d’emblée envie de découvrir la maison d’édition savoyarde « La Fontaine de Siloé », d’autant qu’une de ses collection est au format poche, aux prix habituels (7€ pour ce livre).
Le titre ainsi que la couverture m’ont plu et la quatrième de couverture m’a convaincu, notamment à l’évocation du village de Bessans, qui est une station de ski où j’ai passé beaucoup de vacances de Noël avec mes parents.

Le livre est organisé en deux parties. La première est une présentation du récit et surtout de son auteur, Madeleine Triandafil, par un certain Francis Tracq. La présentation regorge de photos, vieilles cartes postales ou encore article de journal. Ainsi, on découvre la vie de cette jeune fille de Modane (village de Maurienne) Madeleine Triandafil, née en 1897 et décédée en 1977. En 1958, elle retourne à Bessans, petit village de Haute-Maurienne, où elle a échoué à 18 ans (en 1915) comme enseignante. La seconde partie du livre est le récit de ses souvenirs à Bessans, édité pour la première fois en 1959 il me semble.

Ce fut une lecture vraiment passionnante pour moi ; bien plus que ce que j’aurais pensé. D’une part, parce que j’aime les histoires de ce types : autobiographique et témoignage historique. Ensuite, car les paysages qu’elle décrit, tout enneigés, me fascinent aussi ; qu’ayant grandit dans la capitale des Alpes (Grenoble), j’ai toujours adoré les massifs recouverts de neige et je me souviens du grand bien-être que je ressens encore quand je me promène en station de ski l’hiver. D’autre part, je dois dire que l’écriture est agréable, même si certaines phrases sont longues et parfois la ponctuation plutôt mauvaise.
Dans son récit, Madeleine Triandafil parle d’elle à la troisième personne, sous le nom de Mlle Mugnier (nom de jeune fille de sa mère). Par ce personnage, dont on sent évidemment qu’elle est proche, elle fait passer aux lecteurs les émotions nostalgiques de ce souvenir, mais aussi les instants parfois cocasses qu’elle a vécu. De plus, on découvre la vie quotidienne des paysans de montagne (Bessans est situé à 1750 mètres d’altitutde) au début du XXe siècle, au travers le regard d’une jeune fille qui devient presque ethnologue. La façon de se chauffer en dormant dans l’étable avec les animaux l’hiver, la composante des lits, la façon de fabriquer la dentelle artisanelement, les costumes traditionaux, les traditions des veillées au coin du feu, des bribes de chansons régionales, etc. Bref, un réel témoignage comme j’aime en lire, surtout quand cela concerne la région où je vis et où j’ai grandi.

Je recommencerais l’aventure avec cette maison d’édition très vite, car c’est aussi une façon de mettre en avant une région, un territoir et des traditions.