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L’Etat islamique – Samuel Laurent


LAURENT, Samuel. L’Etat islamique. Points, 2015, 184 pages, 6,50 €.


Le thème :

Cet essai traite de l’Etat islamique, cette organisation qui a fait de la France un de ses ennemis à abattre, au nom d’une religion qui sert d’excuse.

L’auteur :

Samuel Laurent est consultant international et possède des connaissances et des contacts inégalés dans les régions contrôlées par Al-Qaïda. Son précédent ouvrage porte d’ailleurs sur cette organisation : Al-Qaïda en France, également disponible aux éditions Points pour l’édition poche.

Ce que j’en ai pensé :

Pour combattre un ennemi, il faut le connaître en profondeur. Ses failles comme les domaines de compétences dans lesquels il excelle. C’est exactement ce que nous propose Samuel Laurent : voir l’Etat islamique tel qu’il est ; à savoir une organisation très bien installée, proclamée califat depuis le mois de juin 2014, qui repose sur des bases très solides.
L’intelligence et la morale sont deux choses bien distinctes. Et pour cause : Al-Bagdadi, le calife de l’EI, ne manque pas de ressources et de finesse d’esprit. Un dictateur sanguinaire, qui n’hésite pas à tuer au sein de ses propres troupes, et qui utilise à merveille les nouvelles techniques, notamment les réseaux sociaux. Concernant ces derniers, c’est Twitter qui l’emporte haut la main. Détournement de hashtag (#) pour toucher plus largement les individus, création de nouveaux comptes dès que l’un d’eux est fermé… Bref, une invasion (pollution, contagion) de leurs idées sur la toile.
Et ce qu’il faut bien avoir en tête, c’est que cette organisation oeuvre en accord avec un Islam des débuts ; pur en quelque sorte. Samuel Laurent explique d’ailleurs de façon assez stupéfiante : « Refuser de voir l’Islam, dans sa forme originelle, comme une idéologie violente et dominatrice, constitue un déni de réalité particulièrement dangereux pour nos nations. Et aussi particulièrement stupide, dans la mesure où il sert les intérêts des musulmans les plus extrêmes… » (p.72) Une affirmation qui tend à prouver que nos gouvernements ne connaissent finalement pas bien cet ennemi qui semble alors inatteignable. D’ailleurs, Samuel Laurent dit bien que les moyens de combattre l’Etat islamique par nos gouvernements occidentaux est parfaitement stérile puisqu’ils se logent chez l’habitant, dans de petits villages et ne se déplacent que dans des tacots défraîchis.

Ce que j’ai trouvé vraiment intéressant dans cet ouvrage, c’est la précision des informations et leur classement. En effet, l’auteur nous évoque toutes les parties de ce gouvernement totalitaire : la structure générale, l’armée, la justice, les renseignements, les financements, la guerre médiatique, la personnalité du calife.
Puis une ouverture sur l’Occident face à l’Etat islamique et ce même Etat islamique en France.
En 180 pages à peine, je suis ressortie plus riche d’informations sur ces formateurs de terroristes car nous effraient par le biais des médias presque tous les jours.

Je souhaite très vite lire Al-Qaïda en France de Samuel Laurent, et vous conseille vivement cet essai pour aller plus loin que ce que nous en disent les médias et nos politiques.

Vous aimerez si…

  • Vous vous intéressez à la géopolitique mondiale actuelle,
  • Si les questions d’Al-Qaïda et de l’Etat islamique vous intriguent et vous font peut-être peur.

Femme interdite – Ali Al-Muqri


AL-MUQRI, Ali. Femme interdite. Liana Levi, 2015, 208 pages, 19 €.


L’histoire :

L’héroïne de ce roman est une jeune femme élevée dans une famille traditionnelle yéménite, dans une société où la femme est impure, qu’elle que soit la situation. Entre soumission totale et appétit sexuel, Ali Al-Muqri nous livre sa vision du Yémen traditionnel avec ce roman court et percutant.

L’auteur :

Ali Al-Muqri est un auteur yéménite engagé envers les dysfonctionnements religieuses et sociales de son pays. De part cet engagement, il a reçu des fatwas et des menaces de mort.
Son précédent roman, Le Beau Juif, et également paru chez Liana Levi.

Ce que j’ai apprécié :

– Ce livre est court mais il foisonne d’informations sur cette société yéménite islamiste. Lorsque j’ai entamé la lecture de ce roman, j’avais entrepris de mettre des Post-it pour marquer les idées importantes. J’ai vite arrêté : des Post-it, il y en avait en vérité à toutes les pages.
C’est un récit sans concession sur une société qui annihile complètement la femme, qui en fait un sous-être qui mérite à peine de vivre. Alors que faire des désirs de ces femmes ? Des filles qui aspirent à l’amour, à la sensualité, au désir et au plaisir dans tout ce qu’il a de plus cru.
Des romans sur la condition féminine dans un régime extrémiste comme celui des talibans, j’en ai lu. Mais jamais aucun n’est allé aussi loin dans l’image de la sexualité de ces femmes. De ce point de vue-là, ce livre est déjà fascinant.

– L’héroïne est une jeune fille candide, qui apprend la sexualité de façon quelque peu forcée, par sa soeur aînée Loula qui, elle, loin d’être attirée par les préceptes de la religion, vend son corps et profite de tout ce que les hommes peuvent lui offrir. Une pécheresse à l’état pur selon la charia. Mais finalement bien utile lorsqu’il s’agit de ramener de l’argent à son père. Cette éducation sexuelle se fera à l’aide de « cassettes culturelles » qui ne sont autre que des enregistrements vidéos ou seulement audio de films pornographiques.
L’héroïne n’aura de cesse de rechercher cette jouissance, dans un monde où la notion de plaisir pour la femme n’est même pas envisageable.

– Le personnage du grand frère, Raqib est saisissant. Il est tout d’abord complètement anti-religieux, grand lecteur de philosophie, pour finalement, une fois marié, se transformer en un prédicateur forcené par simple jalousie. Le changement radical d’orientation traduit une véritable cassure chez Raqib, issue d’une faiblesse à un moment donné qui le fera basculer : c’est un peu le principe de tous les fondamentalismes, de toutes les sectes : se nourrir de la faiblesse d’un individu.
La dimension tragique et caustique de ce personnage est terrible et vraiment bien construite.

– Et puis ce livre, c’est avant tout une vision globale de la situation de la femme et de la sexualité dans le monde islamiste de la charia. La femme elle-même est illicite. La voir, la toucher, la soigner, l’éduquer : autant d’actes prohibés par la charia. Comme ce passage terrible qui indique qu’une femme enceinte ne peut être examinée, que ce soit par un homme ou une autre femme car ce serait la profaner et profaner l’être qu’elle porte. Saisissant lorsque l’on sait que cette affirmation dépasse le simple roman.
Cela amène aussi à se poser des questions sur les femmes qui vivent cet enfer. Ont-elles vraiment le choix ? Soumission au risque de se perdre et ne pas exister ; ou transgression avec tous les risques que l’on imagine.
Des scènes tragico-comiques comme celle d’un enseignant filmé qui explique aux filles comment se comporter dans l’intimité conjugale et qui voit la caméra déviée vers son bas-ventre et son excitation évidente ; avec un par-terre de jeunes filles fascinées, qui le contemple avec une envie certaine.
L’héroïne, entre ces cassettes érotiques et sa quête inassouvi de plaisir, voudra se lancer dans une quête religieuse extrême qui passera par le djihad. Une société hypocrite qui interdit, tout en mettant les objets du délit sous les yeux des femmes.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Difficile de juger ce livre. Sa dimension si réaliste peut paraître choquante, mais c’était exactement ce qu’il fallait pour amener le lecteur à se poser les bonnes questions.
Ce qui m’a le moins touché en vérité, c’est la présence de ce poème sur lequel tout le roman s’appuie pour étayer les propos, comme une grande étude de texte.

En bref ?

Un roman très percutant, qui m’a dérouté, révolté et dont je me souviendrais longtemps.

>>> EN LIBRAIRIE LE 5 MARS 2015 <<<

Pourquoi j’ai cessé d’être islamiste. Itinéraire au coeur de l’islam en France – Farid Abdelkrim


ABDELKRIM, Farid. Pourquoi j’ai cessé d’être islamiste. Itinéraire au coeur de l’islam en France. Les points sur les i, 2015, 259 pages, 18,90 €.


Le sujet :

L’islamisme. Un sujet sur lequel on discourt énormément ces temps-ci. Et notamment avec les récents attentats contre Charlie Hebdo, contre une épicerie juive et contre la police et les militaires français. L’islamisme en France, c’est comme la mafia : on refuse de croire qu’il existe chez nous. Et pourtant, c’est bien chez les frères musulmans en France que le jeune Farid a cru trouver une voie pour sa foi.

L’auteur :

Farid Abdelkrim est nantais, diplômé de sociologie. Son parcours personnel l’a amené à s’engager corps et âme pour l’islam et l’a conduit vers des personnes qu’il n’a pourtant jamais vraiment estimé. Aujourd’hui, c’est un homme qui s’exprime grâce à la scène et qui vit son islam de l’intérieur.

Ce que j’en ai pensé :

– Le sujet du livre en lui-même ; ce titre et ce sous-titre ; sont un appel cinglant qui demande à être entendu par le plus grand nombre. C’est avant tout cette couverture qui m’a attiré et qui m’a dit que c’était un témoignage à lire pour éclairer certaines lanternes. Et effectivement, j’ai appris des choses et je pense sincèrement que ce livre pourrait être une base pour contrecarrer les arguments des recruteurs qui attirent toujours plus d’adolescents en mal de reconnaissance, que ce soit dans le milieu éducatif ou dans leur foyer.

– La construction du livre est intéressante puisque l’auteur a choisi de remonter aux racines qui ont fait qu’il s’est intégré aux Frères musulmans : une enfance nantaise agréable, mais un père mort trop tôt, évènement qui fut le début de la fin. Quête d’une reconnaissance qu’il ne trouvera nulle part, il devient complètement perméable à des discours qui lui font croire qu’il a été choisi, élu parmi des milliers d’autres pour intégrer une organisation islamiste. Car sa quête de religiosité, d’un islam profond, le conduit vers des hommes qu’ils pensaient admirer et qui vont très rapidement se révéler creux. D’ailleurs dès le début, dès qu’il prête serment, il porte un oeil sévère et aiguisé sur ceux qui l’entourent. Pourtant, il va être à leurs côtés, il va prêcher l’islam aux jeunes en fondant les JMF : Jeunes Musulmans de France. Il décrit assez bien une organisation de non-dits où la discussion et le débat n’ont pas leur place à son grand étonnement. Il pensait trouver des adeptes de l’islam mais il n’a trouvé que des hommes loin de la religion, loin du Dieu qu’ils disent adorer et servir.

– J’ai trouvé ce témoignage cathartique d’une importance fondamentale. Il montre que l’islamisme est bien implanté sur le territoire français et ce depuis plusieurs années. Il détaille les moyens de recrutement, la pression et la mise à l’écart utilisés par les têtes pensantes pour tenir les adhérents et leurs discours. Il explique surtout pourquoi ces prétendues mains de Dieu sont plus éloignées de la religion que ce qu’on pourrait penser. Car, de Dieu, ils n’en parlent pas vraiment : leur fondement, c’est le racisme, c’est la haine du pays et de la population dans laquelle ils évoluent. Pourquoi ne pas retourner chez eux dès lors que ce constat est avéré ? Parce qu’ils veulent la « saigner », la « pomper » jusqu’au bout, comme l’a dit un jour un homme à l’auteur. Aussi simple que ça.

En bref ?

Pour moi, ce témoignage a été révélateur : il devrait être une base pour décrire concrètement ce que sont ces islamistes recruteurs français, ce qu’ils prônent et pourquoi ils sont loin des idéaux religieux que peuvent avoir envie de suivre certains jeunes gens. Avec une seule ligne de conduite : pour combattre son ennemi, il faut le connaître intimement.