La dernière nuit du Raïs – Yasmina Khadra


KHADRA, Yasmina. La dernière nuit du Raïs. Julliard, 2015, 216 pages, 18 €.


L’histoire :

« Longtemps j’ai cru incarner une nation et mettre les puissants de ce monde à genoux. J’étais la légende faite homme. Les idoles et les poètes me mangeaient dans la main. Aujourd’hui, je n’ai à léguer à mes héritiers que ce livre qui relate les dernières heures de ma fabuleuse existence.
Lequel, du visionnaire tyrannique ou du Bédouin indomptable, l’Histoire retiendra-t-elle ? Pour moi, la question ne se pose même pas puisque l’on n’est que ce que les autres voudraient que l’on soit. »
Avec cette plongée vertigineuse dans la tête d’un tyran sanguinaire et mégalomane, Yasmina Khadra dresse le portrait universel de tous les dictateurs déchus et dévoile les ressorts les plus secrets de la barbarie humaine.

Ce que j’en ai pensé :

Ecrire un livre sur la dernière nuit de Khadafi, il n’y avait qu’un grand auteur comme Yasmina Khadra pour oser le faire. Et pour le faire bien surtout.
Lorsque j’ai découvert ce livre et son sujet, j’ai d’abord eu une sorte de répulsion car il est quand même question d’un des plus grands dictateurs de notre siècle. Se mettre dans sa tête, revenir sur des évènements de sa vie, tout ça en usant du « je » pour tout voir avec ses yeux, ce sera perturbant, dérangeant. Mais le défi est relevé et c’est un grand bravo que je voudrais lancer à l’auteur.

Nous sommes la nuit du 19 au 20 octobre 2011. Khadafi, avec ce qui lui reste de sa garde rapprochée, est terré dans une ancienne école, loin des palais prestigieux dans lesquels il a vécu depuis son coup d’état. Il ne le sait pas encore, mais le lendemain sera le jour de sa mort. Il ne le sait pas mais il le devine, l’espère presque à certains instants.
A travers ce court récit, Yasmina Khadra imagine un Khadafi qui revient sur sa vie : une personnalité sanguinaire, violente et en même temps passionnée et adulant son peuple et de son pays. Plus que de mourir, c’est alors la peur pour l’avenir de la Lybie qui le tenaille. La vision des fondamentalistes islamistes qui prendront le pouvoir.

J’ai trouvé ce roman merveilleux dans son écriture, audacieux dans son sujet et surtout intriguant dans le fond. Je m’explique : à travers la réflexion sur Khadafi, je me suis rendue compte que l’on observe ces dictateurs avec notre vision d’occidental et surtout à travers les médias classiques.
En bref, je trouve que ce livre de la rentrée littéraire devrait être plus mis en avant ; je regrette de ne pas en avoir plus entendu parler. Khadra est un auteur de l’actualité, qui sait créer des histoires ancrées dans la géopolitique actuelle, c’est fabuleux. Merci à lui pour ce livre.

Vous aimerez si…  

  • Vous aimez la plume et l’audace de Yasmina Khadra.
  • Le personnage de Khadafi vous intrigue.

Bilan – Février 2015

Un mois de février encore très prolifique avec pas moins de 14 livres lus !

Et globalement de belles découvertes ce mois-ci, qui a été principalement placé sous le thème de la romance, il faut bien le dire 🙂


J’ai adoré et je conseille

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« Notre mère« , de Koren Zailkas : Un drame psychologique à la limite du thriller, dans lequel on rencontre un frère et une soeur qui sont les deux voix du roman et qui subissent le caractère pathologique horrible de leur mère. Terriblement bien fait.

« Journal d’une emmerdeuse« , d’Agustina Guerrero : Dans la lignée de Margaux Motin et Diglee. Si vous aimez ces deux illustratrices, vous aimerez Agustina Guerrero. Un dessin plus enfantin mais un humour tout aussi poilant !

« Mes sincères condoléances« , de Guillaume Bailly : La découverte du métier de croc-mort. Une véritable pépite, à la fois drôle, émouvant, terrible aussi parfois, sur les réalités d’un métier peu connu et qui, pourtant, est essentiel à notre quotidien. Mon conseil du mois.

« Femme interdite« , d’Ali Al-Muqri : Excellent roman sur la condition des femmes en république islamique, ici au Yémen. Et notamment du point de vue assez précis de la sexualité. C’est parfois cru, c’est sans concession, et ça fait indéniablement réfléchir sur ces pays où la femme est illicite par essence.

« Pourquoi j’ai cessé d’être islamiste« , de Farid Abdelkrim : Le témoignage du parcours d’un homme qui a vécu l’organisation des Frères Musulmans en France de l’intérieur et qui en est sorti. Pour moi, un livre essentiel pour combattre les idées que ces extrémistes veulent inculquer aux plus faibles.

J’ai aimé

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 – « Les sirènes de Bagdad« , de Yasmina Khadra : Sur le thème du terrorisme dans les pays du Moyen-Orient, Yasmina Khadra est un auteur de référence. Ici, des personnages profonds et une réalité crue et terrible. Et en plus, c’est très bien écrit.

« Cinquante nuance de Grey« , de E.L. James : LE livre sulfureux qui a fait tant parler de lui et que j’ai lu à l’occasion de la sortie au cinéma de l’adaptation. Pas de la grande littérature mais moins terrible que ce que je pensais et surtout une vraie histoire d’amour que j’ai aimé.

« After, saison 1« , d’Anna Todd : Une romance young-adult érotique sous forme de gros pavé dont j’ai adoré les personnages et notamment Hardin le bad boy par excellence. On se sent retomber en adolescence.

« Wild seasons, 1 : Sweet Filthy Boy« , de Christina Lauren : LA nouvelle saga des auteurs de Beautiful… je ne pouvais pas passer à côté. Et en plus je l’ai lu en avant-première <3 Ravie de retrouver enfin une romance érotique légère, sans personnages torturés à l’extrême.

« Beautiful disaster« , de Jamie McGuire : Une romance young-adult érotique (encore !) dans la lignée des autres, avec une jeune fille innocente et un bad boy, mais là j’avoue avoir encore accroché. Malgré une fin un peu too much à mon goût.

« Cinquante nuances plus sombres« , d’E.L. James : L’histoire d’amour se précise entre Ana et Christian et c’est pour cela que j’ai aimé ce deuxième tome. Sinon, assez redondant dans l’ensemble. Et un Christian beaucoup moin sombre et plus gentillet que dans le premier tome. Ceci dit, je me laisse complètement prendre au jeu !

Lectures en demi-teinte

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« T’as le blues, baby ?« , d’Alessandra Sublet : Un témoignage intéressant sur le baby blues, un sujet encore tabou qui touche pourtant plus de futures et jeunes mamans qu’on le croie. Malheureusement, pas très bien écrit et beaucoup trop redondant à la fin.

« After, saison 2« , d’Anna Todd : Plus de 700 pages pour dire… grosso modo exactement la même chose que le premier à part quelques petites révélations. J’ai l’impression que l’auteur a voulu en faire des tonnes car la romance érotique est la tendance qui marche à fond en ce moment… Néanmoins je suis très attachée aux personnages !

Le coin des petits

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« Rush, t.4 : Chasse à l’homme« , de Phillip Gwynne est une saga parfaite pour les jeunes garçons d’une dizaine d’années. Des récits à la Mission Impossible, mettant en scène un ado de quinze ans. C’est bien fait, prenant, très rythmé.

« Le journal nul de mes amours nulles » de Bernard Friot : à partir de 8/10 ans, j’ai trouvé ce livre super sympa, notamment pour amener des enfants à la lecture. C’est ludique, changement de typographies, collages, etc.

Bonjour tristesse – Françoise Sagan



Quatrième de couverture :

La villa est magnifique, l’été brûlant, la Méditerranée toute proche. Cécile a dix-sept ans. Elle ne connaît de l’amour que des baisers, des rendez-vous, des lassitudes. Pas pour longtemps. Son père, veuf, est un adepte joyeux des liaisons passagères et sans importance. Ils s’amusent, ils n’ont besoin de personne, ils sont heureux.

La visite d’une femme de coeur, intelligente et calme, vient troubler ce délicieux désordre. Comment écarter la menace ? Dans la pinède embrasée, un jeu cruel se prépare.

C’était l’été 1954. On entendait pour la première fois la voix sèche et rapide d’un  » charmant petit monstre  » qui allait faire scandale. la deuxième moitié du XXe siècle commençait. Elle serait à l’image de cette adolescente déchirée entre le remords et le culte du plaisir.

Mon avis :

Un livre que je n’aurais probablement jamais lu s’il ne m’avait pas été offert ! J’aime ce genre de découvert qui sont du même coup un peu improbables. Car sans une intervention extérieure, elle n’aurait pas eu lieu.

Françoise Sagan, je suis un peu comme la majorité des personnes : je ne la connaissais que de nom, notamment grâce au film sur sa vie sortie il y a peu de temps. Ce livre-ci est son premier, écrit lorsqu’elle a dix-huit ans. Quand on pense à cela : quelle écriture ! Des tournures de phrases, un vocabulaire que j’ai juste trouvés parfait ! A cet âge-là, écrire de la sorte est déjà un prodige.

L’histoire est celle d’une demoiselle de dix-sept qui sort de pensionnat (dans un couvent) et qui vit avec son père depuis deux ans. C’est une vie sans limites, avec une relation père-fille fusionnelle au sens amicale. Ils s’adorent, si bien que son père lui montre à voir une image de l’amour particulière. En effet, plutôt adepte des relations éclairs, passant d’une femme à une autre rapidement, la jeune Cécile n’imagine pas l’amour autrement qu’avec des amants passagers. Leur vie va prendre un tournant lorsqu’Anne, une vieille connaissance de son père les rejoint en vacances et qu’ils tombent amoureux et souhaitent se marier.
A partir de l’apparition de cette femme, l’insouciance de Cécile commence à s’étioler. Elle commence à réfléchir sur elle, sur son comportement de fille gâtée, elle cherche à détester cette femme qui bouleverse son univers tout en ne pouvant lutter contre son admiration et sa tendresse pour elle. Cela m’a fait penser à un parent disputant son petit enfant : bien que ce dernier soit énervé, il aime le fait de devoir obéir, cela le rassure. Au fond, j’ai eu l’impression que Cécile et son père se rendent compte que le temps est venu de grandir et qu’Anne est le personnage qui leur permettra cette évolution.
J’ai particulièrement aimé la fin, ce dénouement inattendu (de mon point de vue) et qui donne toute sa portée au titre « Bonjour tristesse ».

Les récits contemporains sont parfois compliqués à comprendre pour moi. Ils me laissent un goût d’inachevé (au sens compréhension pour moi), qui me déplaît ! J’aimerai tellement savoir si ce que j’en ai pensé est réaliste, et ce qui se cache encore derrière le récit.
Quoiqu’il en soit, j’ai plutôt bien aimé cette lecture. Je ne sais pas si je relirais un livre de cet auteur mais je gardais un bon souvenir de celui-ci. 

Mangez-le si vous voulez – Jean Teulé

Quatrième de couverture :

Nul n’est à l’abri de l’abominable. Nous sommes tous capables du pire ! Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune périgourdin, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin. C’est un jeune homme plaisant, aimable et intelligent. Il compte acheter une génisse pour une voisine indigente et trouver un couvreur pour réparer le toit de la grange d un voisin sans ressources. Il veut également profiter de l’occasion pour promouvoir son projet d’assainissement des marais de la région.
Il arrive à quatorze heures à l’entrée de la foire. Deux heures plus tard, la foule devenue folle l’aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé. Comment une telle horreur est-elle possible ? Comment une population paisible (certes angoissée par la guerre contre l’Allemagne et sous la menace d’une sécheresse exceptionnelle) peut-elle être saisie en quelques minutes par une telle frénésie barbare ? Au prétexte d’une phrase mal comprise et d’une accusation d’espionnage totalement infondée, six cents personnes tout à fait ordinaires vont pendant deux heures se livrer aux pires atrocités. Rares sont celles qui tenteront de s’interposer. Le curé et quelques amis du jeune homme s’efforceront d’arracher la malheureuse victime des mains de ces furieux et seule Anna, une jeune fille amoureuse, risquera sa vie pour le sauver.
Incapable de condamner six cents personnes d’un coup, la justice ne poursuivra qu’une vingtaine de meneurs. Quatre seront condamnés à mort, les autres seront envoyés aux travaux forcés. Au lendemain de ce crime abominable, les participants hébétés n’auront qu’une seule réponse : « Je ne sais pas ce qui m’a pris. »

Avec une précision redoutable, Jean Teulé a reconstitué chaque étape de cet atroce chemin de croix qui constitue l’une des anecdotes les plus honteuses de l’Histoire du XIXe siècle en France.

Mon avis :

Ce court récit raconte l’histoire vraie et stupéfiante d’Alain de Monéys, un jeune homme qui, à cause d’une phrase mal interprétée, va mourir sous les coups des villageois de Hautefaye. Je ne connaissais pas ce fait divers mais il est effrayant. Cela s’est passé en 1870, pendant la guerre contre la Prusse. Ce conflit fait beaucoup de morts, aussi les individus sont désespérés et sont ravis de proclamer Alain de Monéys « le prussien » afin d’assouvir tous les désirs de vengeance pour un frère, un fils, un mari tué par l’ennemi.
L’écriture de Jean Teulé est assez spéciale, mais dans un livre de moins de 130 pages, cela ne m’a pas gêné. Les courts chapitres détaillent les souffrances d’Alain, à en faire froid dans le dos. Toute cette violence, dont les protagonistes eux-mêmes, lors de leur procès, seront stupéfiés par leurs propres agissements. Car pour la plupart, ils étaient des amis d’enfance d’Alain. Qu’est-ce qui peut donc bien se passer dans la tête de ces hommes, femmes et enfants ? Une folie collective, l’odeur du sang qui échauffe les esprits, le sadisme ?
Je pense que ce roman mérite d’être lu, car il est court et il nous apprend un bout de notre histoire, très peu connu.