Le fléau de Dieu – Andrea H. Japp


JAPP, Andrea H. Le fléau de Dieu. Flammarion, 2015, 388 pages, 21 €.


L’histoire :

1347. La Peste noire frappe le port de Marseille. 1348. Paris. Gabrielle d’Aurillay, 20 ans, mariée depuis deux ans à Henri, enceinte, est convaincue d’avoir épousé un prince charmant, en dépit de la modicité de leurs moyens. Jusqu’au jour où, atterrée, elle découvre que son époux n’est pas qui elle croit. Joueur, trousseur de puterelles, escroc, il est aussi en possession d’un diptyque énigmatique. Que recèle ce tableau ? Que signifient les phrases écrites en hébreu qu’il dissimule ? Est-il porteur d’un lourd secret, d’un message occulte ? Geoffroy d’Aurillay, chanoine et cousin d’Henri, connaît cette oeuvre et met tout en branle pour s’en emparer. Quand la peste gagne Paris, le destin de tous bascule. Gabrielle doit enfin devenir la femme qu’elle ne rêvait pas d’être : celle qui décide et se prend en main. Au péril de sa vie comme de celle des siens. Y parviendra-t-elle ? Et si seul Dieu – ou le diable – connaissait la réponse ?

Ce que j’en ai pensé :

Premier volet d’une saga historique qui s’articule autour d’un personnage féminin évoluant au Moyen-âge, « Le fléau de Dieu » promettait une histoire attrayante et historiquement intéressante.

La première impression que j’ai eu dès les premières pages est malheureusement assez négative. La faute aux notes de pages qui étouffent littéralement la lecture. Rares sont les feuillets sans la présence de ces petites lignes de définition ; qui peuvent aller jusqu’à dix par page. Ce qui est instructif devient rapidement agaçant, comme un étalage de la science de l’auteure. A trop vouloir bien faire en utilisant tout le vocabulaire de l’époque, Andrea H. Japp m’a perdu, notamment lorsqu’il est nécessaire d’expliquer trois mots différents dans une simple phrase. J’ai finalement très vite arrêté de lire les notes.

Concernant le personnage principal du roman, Gabrielle, j’ai totalement accroché. Une jeune femme pleine de rêves, qui se voue corps et âme pour son mari, un homme pourtant fade, sans honneur et criblé de dettes, qui n’hésite pas à courir les lupanars au lieu de rester près de sa femme enceinte. Ce livre étant un premier tome, il pose le personnage de Gabrielle en laissant entrevoir une femme qui va vite prendre son destin en main : une femme qui promet d’être forte et indépendante dans les prochains tomes de cette saga historique.
J’ai regretté qu’on croise assez peu Gabrielle dans la première moitié du livre. Car, comme j’étais passablement agacée par ces notes de bas de page à foison, tout m’a rapidement lassé. Seule ce bout de femme m’a réellement plu.

N’oublions pas bien sûr le contexte général du Moyen-âge, un temps que l’Histoire qualifie de sombre et qui laisse un goût péjoratif dans l’imaginaire collectif. Pourtant il n’en est rien. Et les gens de cette époque ont vécu la tragédie de l’épidémie de peste noire, qui a décimé nombre d’individus et sur laquelle Andrea H. Japp s’appuie pour développer son récit.
J’ai toujours de l’admiration pour ces écrivains qui écrivent des romans sur cette période de l’Histoire de France.

Au final, je ne sais pas si je lirais la suite, malgré le fait que j’ai très envie de savoir ce que devient Gabrielle, car j’ai la sensation qu’elle fera une belle héroïne de roman historique. Forte et représentant dignement la femme.
Aux amateurs de romans historiques, laissez-vous tenter, peut-être que ça marchera mieux que pour moi !

Vous aimerez si…  

  • Vous aimez lire des romans sur la période mystérieuse du Moyen-âge.

Le nombre de Dieu – José Luis Corral


CORRAL, José Luis. Le nombre de Dieu. HC éditions, 2015, 443 pages, 22 €.
Traduit de l’espagnol par Anne-Carole Grillot.


L’histoire :

Début du XIIIe siècle, le temps des cathédrales. Henri de Rouen et Teresa Rendol, respectivement maître bâtisseur et maître peintre, vont traverser ces années culturellement fastes entre les villes espagnoles de Burgos et Leon, participant activement à l’élévation de magnifiques cathédrales.

Ce que j’en ai pensé :

« Le nombre de Dieu« , c’est une fresque historique magnifique, qui vous entrainera dans un Moyen-âge florissant, à une époque charnière, une sorte de parenthèse où l’art change et les femmes ont une place à part entière dans la société.
Henri de Rouen et Teresa Rendol, nos protagonistes, sont les fervents constructeurs de ce siècle. Nous allons les suivre de leur enfance jusqu’à leur mort, dans une passion à la fois amoureuse et professionnelle.

Dès les premières pages, le lecteur en prend plein les yeux avec la merveilleuse cathédrale de Chartres du temps de sa construction. Chartres, c’est l’apogée des vitraux, qui permettent au monument de laisser entrer la lumière ; cette lumière qui sera la quête des nouveaux bâtisseurs. C’est à cette époque, au XIIIe siècle, que les cathédrales, abbayes et monastères gothiques s’élèvent en Europe. Des édifices majestueux, nécessitant des connaissances en mathématiques très précises, notamment ce nombre de Dieu, qui est en fait « l’harmonie de la proportion« , comme nous l’explique l’auteur dans un épilogue court mais très appréciable pour le lecteur.
Et José Luis Corral, avec toute la précision du professeur d’histoire médiéval qu’il est, nous décrit l’architecture d’une façon si précise que l’on voit littéralement le monument. Moi qui aime l’histoire de l’art, je me suis sentie tellement bien au contact de ces descriptions ! Elles illustrent le faste, la magnificence et surtout le travail de titan que constituaient ces édifices. Des décennies de construction, des évêques qui se succédaient, avant de voir l’oeuvre achevée.

Mais au-delà de l’histoire culturelle et architecturale, José Luis Corral ancre son histoire dans l’Histoire avec un grand « H ». Nous sommes quelques années après Aliénor d’Aquitaine. Dans cette parenthèse éphémère où les femmes ont une liberté presque totale. A cette époque, les femmes peuvent, à l’égal des hommes, devenir maître bâtisseur, maître peintre, comme c’est le cas de Teresa. Une femme forte qui, d’ailleurs, n’a qu’une peur : perdre cette liberté. De tradition familiale cathare, Teresa doit évidemment cacher ses aspirations pour ne pas risquer le bûcher.
Henri sera l’amour de sa vie. Et il en sera de même pour lui. Un amour sincère et pur, qui sera semé d’embûches. Leur histoire passionnelle, du fait qu’elle se déroule sur la durée ; jusqu’à leur mort ; m’a beaucoup touché. J’ai eu de l’empathie pour ces deux personnages forts et toutefois prisonniers d’un monde religieux, que ce soit chrétien ou cathare. Terriblement beau.

Ce livre aura été pour moi une plongée étonnante dans un Moyen-âge, que l’on traite à tort d’âge sombre. L’art gothique, l’art de la lumière, c’est le Moyen-âge. Un monde florissant, où les hommes connaissaient les principes mathématiques et géométriques à la perfection. Assez en tout cas pour ériger des cathédrales frisant parfois la démesure. Et surtout des édifices qui nous sont parvenus, presque mille ans plus tard.

Merveilleuse lecture, que je recommande aux férus d’histoire de l’art, et d’histoire tout court.

Vous aimerez si…

– Les romans historiques vous intéressent.
– Le Moyen-âge est une époque que vous connaissez, aimez ou simplement souhaitez découvrir.
– L’architecture des cathédrales gothiques vous plaît.

La croisade des voleurs – Jean-Michel Thibaux


THIBAUX, Jean-Michel. La croisade des voleurs. Presses de la Cité, 2015, 374 pages, 21 €.


L’histoire :

Anne est une jeune fille de seize ans, toulonnaise, fille de Mains d’Or, le roi des voleurs de la cité.
Nous sommes en 1096. Pour les beaux yeux du jeune comte Raymond-Geoffroy, elle va exhorter son père et sa clique à s’engager dans ce qui sera la Première Croisade. Reprendre Jérusalem aux musulmans sera leur cheval de bataille.

Ce que j’ai apprécié :

– Jean-Michel Thibaux, je le connaissais à travers deux ouvrages et, déjà, j’avais apprécié son écriture. Ecrivain plutôt régional, il aime mettre en avant sa Provence natale. Et ici, la tradition continue puisque notre histoire débute à Toulon et aura pour protagonistes des toulonnais du peuple, des pauvres hères qui auront tout à gagner dans une bataille où l’or promet d’être la récompense.

– J’ai aimé ce roman historique, de par son thème. Nous sommes au Moyen-âge, ce qui en soit m’a beaucoup intéressé car on a tendance à renier cette période dans la littérature. Hors, c’est effectivement l’époque des Croisades, et notamment la Première Croisade, qui dura trois ans, de 1096 à 1099. C’est précisément le cadre de notre histoire.
En presque 400 pages, l’auteur explique avec force détails les aventures, réelles, qu’ont pu vivre les croisés. Notamment ces gens du peuple, qui côtoyaient les nobles, là où cela n’aurait pas été possible dans leur vie précédente. A la manière des premiers colons, ils étaient là-bas pour un idéal chrétien, mais surtout pour s’enrichir aux dépens des autochtones.
Le but de cette croisade étaient de reprendre le contrôle sur Jérusalem aux Turcs, ceux-là mêmes qui avaient choisi de ne plus laisser passer les pèlerins chrétiens.
Ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est que le contexte historique est très fidèle à la réalité. Arrivée à Constantinople, siège d’Antioche, prise de Jérusalem.
De même que les grands noms de cette croisade ont réellement existé : Pierre l’Ermite, Alexis Ier, Adhémar de Monteil, etc.

– Question style, c’est très romanesque, à la manière des grandes épopées de l’Histoire, façon roman d’aventures. C’est fluide, bien écrit, sans emphase. Un bon divertissement, tout en en apprenant plus sur cette période historique.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– J’aurais aimé que les histoires d’amour d’Anne soient plus approfondies, car c’est justement une histoire de coeur qui l’a fait s’engager auprès des Toulonnais dans la Croisade des Pauvres.

– Il n’y a pas de bibliographie ou de note de l’auteur en fin d’ouvrage qui pourrait nous éclairer sur la réalité et la fiction dans cette histoire. Toujours intéressant lorsqu’on lit un roman historique.

En bref ?

Un très bon roman historique, qui a l’intérêt de mettre en avant de façon précise une période de l’Histoire qui n’est pas souvent traitée en littérature.

Gotico – Rafael Abalos

couv60211519L’histoire :

Un scientifique séquestré dans un lieu ressemblant aux oubliettes du Moyen-âge.
Deux jeunes adolescents de quinze ans appartenant à la future élite de la NASA embarqués dans un jeu vidéo à énigmes.
Une scientifique assassinée avec le mot « Kôt » inscrit au fer rouge dans la paume de la main et dont le cerveau à disparu.

Éléments de réflexion :

Un roman jeunesse, oui, mais pas que ! « Gotico » est un formidable polar ésotérico-scientifique où le Moyen-âge obscurantiste côtoie la science la plus osée jamais imaginée. Et ces expériences scientifiques ont de quoi faire froid dans le dos : l’auteur imagine la dérive morale des progrès de la neurologie associée aux nanotechnologies. Stupéfiant.
Le support du jeu vidéo est également utilisé pour servir de quête virtuelle permettant de résoudre tout un panel d’énigmes amenant au Secret : « L’Essence du Mystère ».

Les points positifs :

– La première chose à savoir, c’est qu’il s’agit d’un roman très fourni, où l’on suit trois histoires qui sont tout de suite reliées entre elles : les fanatiques, les deux jeunes chargés de résoudre des énigmes et le FBI. Cela donne un récit très riche et éclectique. Pas d’ennui, même s’il n’y a pas forcément un suspense insoutenable (cela tient davantage du roman d’aventure à la « Benjamin Gates » avec néanmoins des aspects scientifiques moralement effrayants).

– J’ai aimé tous les personnages, que j’ai trouvé assez bien investis dans leurs missions respectives. Beth et Nicholas, les deux adolescents, bien que très jeunes, sont néanmoins crédibles du fait qu’ils font partis d’une école virtuelle de futurs astronautes et que leur mission se passent essentiellement par l’intermédiaire d’un jeu vidéo.

– Et moi qui suis friande de l’intégration des questions scientifiques dans les polars, j’ai été bien contente avec « Gotico », qui s’appuie sur les questions d’éthiques des progrès de la science. Jusqu’où peut-on aller ? Où doit-on peut-être s’arrêter ? Et cela pose des questions sur les nanotechnologies et les possibles dérives (même si, ici, tout cela n’est que romanesque).

Les points négatifs :

Pas de points négatifs concernant le récit lui-même. Par contre, je regrette que ce roman soit paru uniquement dans une collection jeunesse (Albin Michel Wiz) car je pense que cela n’a pas contribué à le promouvoir à sa juste valeur.

En bref :

N’ayez pas peur de l’épaisseur du livre ! C’est une histoire vraiment intéressante si vous aimez le genre de roman d’aventures/thriller alliant ésotérisme et sciences.

Le templier du pape – Jean-Michel Thibaux

couv75991789L’histoire :

Nous sommes à la fin du XIIe siècle, début XIIIe siècle, en France, au temps des croisades. Gisla et Asselin sont deux enfants qui ne se connaissent pas, mais dont le destin va finir par se rejoindre sur le champ de bataille. Leur destin inespéré sera à la hauteur des enjeux historiques qui se jouent.

Un peu de réflexion…

Ce roman historique est une fresque qui se déroule de la fin de la troisième croisade jusqu’à la fin de la quatrième croisade. Un contexte historique parfaitement relaté, où l’on rencontre notamment le célèbre Richard Cœur de Lion et le pape Innocent III. Ainsi, vu la véracité des faits, le lecteur, tout en se divertissant, se cultive !

Les points positifs ?

– Le contexte historique que l’auteur maîtrise à la perfection. Certainement beaucoup de recherches de côté-là et le lecteur le ressent.
– Deux personnages très attachants avec un destin que rien ne laissait entrevoir. Dans un premier temps, Gisla, une gamine des rues, dont la mère ; veuve ; manie l’arc avec brio. Forte des victoires et des engagements politiques et religieux de celle-ci, Gisla en retiendra toujours un hargne sans faille. Une existence dans un monde rude pour les femmes, où elle se transformera en garçon pour échapper aux sévices.
Puis Asselin, un jeune garçon trouvé, recueilli par des moines. Élevé en religieux, il sait qu’il n’est pas fait pour cette vie d’ascète. Et en effet, son destin sera à la hauteur de ses espérances et jouera un rôle dans la quatrième croisade.

Les points négatifs ?

– Peut-être pas aussi trépidant que ce à quoi je m’attendais. Disons qu’il faut s’engager dans ce roman comme dans une épopée historique où les batailles alternent avec les faits de vie quotidienne de la haute sphère religieuse.

En bref ?

Une lecture très plaisante de par son histoire, mais également par la plume de l’auteur que je retrouvais avec joie ! (lu précédemment La pyramide perdue du même auteur, que je conseille).