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Neuroland – Sébastien Bohler


BOHLER, Sébastien. Neuroland. Robert Laffont, 2015, 615 pages, 22,90 €.


L’histoire :

Un attentat terroriste tue 53 personnes à Paris. Les policiers n’ont pas réussi à faire parler le suspect à temps pour éviter le carnage. Que faut-il faire pour obliger les assassins à parler ?
Et s’il était possible de lire dans le cerveau des individus grâce à un scanner surpuissant ?

Ce que j’ai apprécié :

– En ouvrant « Neuroland« , je pensais m’engager dans un thriller scientifique comme je les aime. Mais finalement, j’ai découvert un livre extrêmement plus riche que cela. En plus du thème des neurosciences et des applications de celles-ci, c’est une véritable plongée dans les jeux politiques, les détournements de fond et les gens prêts à tout pour servir un idéal, aussi malsain soit-il.
Concernant le style de l’auteur, je l’ai trouvé très bon, prenant, et aussi sans concession avec ses personnages ! Il m’a tenu en haleine sans me lasser pendant plus de 600 pages tout de même !

– Concernant le volet scientifique, j’ai été impressionnée par la maîtrise du sujet par l’auteur. Et en effet, ce n’est pas anodin puisque Sébastien Bohler est lui-même spécialiste des questions de neurobiologie et co-directeur d’une revue scientifique, Cerveau et Psycho. Donc, tenez-vous le pour dit : il y a du fond très réaliste ici et vous n’êtes pas dupé question neurosciences. Pour être plus précise, vous allez en apprendre plus sur la maladie d’Alzheimer ainsi que sur le décodage de notre cerveau. En effet, un des thèmes du livre est le suivant : révolutionner les interrogatoires judiciaires en inventant une machine permettant de lire dans les pensées au moyen d’un code inversé (on pense à une image > elle est transformée en signal par/dans les neurones > on inverse le code pour retrouver l’image à laquelle une personne pense).
Mais ce n’est pas aussi simple. Car pour les besoins du roman, l’auteur imagine une intrigue où l’adage « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » prend tout son sens.

– Et, de fait, nous en arrivons au volet politique de l’intrigue. Lire dans les pensées d’un individu. Quel homme politique ne l’a pas rêvé ? Notamment en ce qui concerne les interrogatoires. Voici donc une nouvelle cellule policière de la section anti-terroriste est ouverte pour réfléchir à de nouvelles méthodes pour faire parler coûte que coûte les suspects. La ligne rouge de la manipulation n’est pas loin. Et pourtant l’auteur est malin d’user du prétexte du terrorisme. En effet, entre massacre d’innocents et belles paroles, le politiquement et socialement correct est difficile à faire accepter. Mais lire les pensées, c’est effrayant, c’est briser le dernier rempart de l’intimité de l’individu. Sébastien Bohler créé donc une histoire politicienne très dérangeante et qui fait nous poser beaucoup de questions sur l’intégrité et le pouvoir de manipulation des dirigeants.

– Concernant les personnages, j’en retiendrais évidemment un : le dangereux psychopathe (dont je tairais le nom pour ménager le suspense !) Un homme terriblement effrayant. Le scientifique fou, l’homme mégalomane, un idéal hors limites. La manipulation exercée par ce personnage sur tous les autres est stupéfiant. Je l’ai trouvé très bien construit dans sa perversité. Il pousse également à réfléchir sur le fait que l’intelligence n’est pas synonyme d’intégrité et de mesure. On a tendance à respecter parfois aveuglement ces hommes qui semblent détenir des vérités cachées. Or tous ne sont pas pétris de bonnes intentions, c’est évident.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Bien que j’ai aimé le côté scientifique concernant les neurosciences, j’ai parfois trouvé les explications très complexes. Franchement, j’ai perçu la plupart des théories comme du chinois. Et je ne sais pas si c’était finalement si nécessaire de rajouter encore et encore des dialogues (illisibles pour moi) entre scientifiques, avec des formules et du vocabulaire très pointilleux.

– J’ai eu un manque énorme concernant le passé du psychopathe de l’histoire (eh oui, pas de nom !). On sait qu’il y a anguille sous roche de côté-là, quelque chose à creuser, puisqu’à un moment on nous le suggère clairement. Et je pensais avoir quelques réponses à ce sujet à la fin du livre. Mais non ! Ma curiosité a été un peu déçue je dois bien avouer.

En bref ?

Un thriller très complexe, très intelligent et surtout très ancré dans l’actualité, que cela concerne les sciences ou le terrorisme. Malgré les points négatifs soulevés plus haut, j’ai trouvé cette lecture excellente. Je me suis posée beaucoup de questions sur les politiques et les scientifiques. L’intégrité en est parfois complètement absente alors que ce devrait être un fer de lance.