Mystères polaires – Nicolas Dubreuil & Ismaël Khelifa


DUBREUIL, N. & KHELIFA I. Mystères polaires. Points, 2015, 235 pages, 6,90 €.


L’histoire :

En traîneau, en kayak, à ski et à pied, Nicolas Dubreuil sillonne le Grand Nord. Lancé sur les traces de lieux qui ont fait l’histoire, oubliés dans l’immensité des glaces, il nous fait rêver en évoquant Camp Century, complexe nucléaire américain construit au Groenland ; Kivitoo, petit village tourmenté par un terrible tyran inuit, ou encore le Tchéliouskine, bateau soviétique perdu en Arctique. Nicolas Dubreuil est l’un des plus grands spécialistes du monde des glaces. Il a réalisé plus de cent expéditions dans les régions polaires où il passe dix mois par an. Ismaël Khelifa est journaliste et écrivain.

Ce que j’en ai pensé :

Les confins polaires. Avec les océans, certainement les endroits sur Terre qui recèlent encore de grands mystères à découvrir. D’ailleurs, il rappelle qu’il n’y a pas si longtemps encore, l’exploration de l’Arctique et de l’Antarctique s’apparentait presque à l’exploitation extra-terrestre.
Nicolas Dubreuil est un explorateur passionné, qui, avec plus de cent expéditions à son actif « est l’un des plus grands spécialistes du monde des glaces » (cf la présentation de la quatrième de couverture).
Avec ce livre, on se situe entre le récit de voyage et la tradition des grands conteurs passeurs d’histoires. L’écriture de Nicolas Dubreuil porte ce livre haut puisqu’il remet au centre du récit les hommes et l’Histoire avec un grand H.

Les inuits, les américains, les russes, la Guerre Froide… Ces mondes blancs ont toujours été une sorte de terrain de jeux au plus proche de la réalité, où chacun se doit de montrer qu’il est le meilleur. D’ailleurs, la première histoire, celle de Camp Century, ressemble à un véritable blockbuster américain : qui aurait imaginé un immense complexe nucléaire au coeur du Groenland, créé par les américains pour contrer toute manifestation de l’ennemi russe ?

Et là où Nicolas Dubreuil est fort, c’est sa capacité à montrer autant l’omniprésence du monde occidental et de sa volonté de dominer une terre hostile et stratégique, que les autochtones qui vivent sur ces terres depuis toujours, dans un esprit pragmatique tel qu’ils ne comprennent pas la volonté de ces « blancs » à relever des défis sans cesse plus extravagants les uns que les autres sur les immensités froides qui sont leur quotidien.
En me lançant dans cette lecture, je ne m’attendais pas à cette diversité. Les auteurs montrent ce qui fait le Groenland aujourd’hui. De la tradition ancestrale à la modernité occidentale qui se superposent.

Si vous êtes adeptes de récit de voyage, vous lirez ce livre comme un recueil de nouvelles. Et puis, il est délicieusement de saison, alors faites-vous plaisir !

Vous aimerez si…  

  • Vous aimez les grandes étendues blanches et les mystères qu’elles recèlent.
  • Vous aimez les récits de voyage.
  • Vous avez envie d’une lecture de saison pour l’hiver.

Thé vert et arsenic – Frédéric Lenormand


LENORMAND, Frédéric. Thé vert et arsenic. Points, 2015, 264 pages, 6,70 €.


L’histoire :

Comme chaque année dans la Cité interdite, le Fils du Ciel attend la livraison de son thé personnel. Mais en cette année 670 il charge le juge Ti de superviser la récolte. Une série d’empoisonnements survient tout près des plantations, et le juge comprend alors les vraies raisons de sa venue. Il va devoir redoubler d’inventivité pour apprendre à discerner, de tasse en tasse, le thé vert du poison.

Ce que j’en ai pensé :

Je connais Frédéric Lenormand à travers son excellente série « Voltaire mène l’enquête« . Un Voltaire caustique, hypocondriaque, agaçant au possible et tellement drôle ! Je voulais donc tester sa série « Les nouvelles enquêtes du juge Ti » qui se passe cette fois-ci dans la Chine de l’an 670.

Nous suivons le Juge Ti, qui va être envoyé dans une contrée reculée pour inspecter la récolte de thé vert. Tout semble calme, il craint de s’y ennuyer mortellement, jusqu’à ce qu’il découvre une mort déguisée en suicide.

Autant être sincère, cette fois-ci je suis restée hermétique à cette histoire. Et le plus gros problème est que je n’ai pas accroché du tout aux personnages, que j’ai trouvé trop abstraits, pas assez réels, ni profonds. Or, c’est précisément ce que je cherche maintenant dans mes lectures et surtout les polars. Cette distance m’a carrément fait sortir de ma lecture. J’ai persévéré mais tout en adoptant une lecture rapide, pour ne pas tout bonnement l’abandonner.

Néanmoins, ce n’est pas un polar classique puisque le sujet du thé le rend au contraire très original. Pour les vrais amateurs de ce breuvage, vous en apprendrez plus sur les usages qui l’entourent. D’ailleurs on devine le travail de documentation de Frédéric Lenormand, tant sur ce sujet-là que sur la Chine du VIIe siècle.

Mais voilà, on ne peut décidément pas tout aimer, et là j’ai été plutôt déçue. Je passe donc mon tour pour cette série autour du Juge Ti ; mais à vous de vous en faire un avis !

Vous aimerez si…  

  • Vous aimez les polars originaux, ici autour du thé vert.
  • La Chine antique vous intéresse.

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Retour à Little Wing – Nickolas Butler


BUTLER, Nickolas. Retour à Little Wing. Points, 2015, 375 pages, 7,95 €.
Traduit de l’américain par Mireille Vignol.


L’histoire :

Quatre amis, Hank, Kip, Lee et Ronny. Quatre enfants de Little Wing, petite ville américaine du Wisconsin. A l’âge adulte, ils voudraient que rien ne changent ; pourtant leurs chemins divergent. Ceux qui restent veulent partir, et ceux qui ont pris le large sont attirés par ces racines.

Ce que j’en ai pensé :

La première claque avec ce livre, c’est la couverture des éditions Points. Sans le bandeau. Une route pas goudronnée, des santiags et un individu allongé dont on ne voit que les pieds nus. tumblr_ntokjudDUf1sj1l7v_og_1280
La liberté, la campagne, la terre. Rien de plus représentatif que cette photo.
La deuxième claque, je l’ai prise au bout de quelques pages lues : l’écriture (et la traduction de Mireille Vignol). Elle est nostalgique, coule comme les souvenirs, mais surtout, est empreinte d’une poésie qui m’a subjuguée. Le style de Nickolas Butler a beaucoup contribué à mon attachement à ses personnages.

Quatre amis : Hank, le costaud, le fermier, celui qui est resté accroché à sa terre ; Kip, le financier qui a risqué de tout perdre pour revenir chez lui ; Ronny, la brute tendre passionné de rodéo et enfin Lee, le virtuose de la musique, qui malgré la célébrité trouvera dans Little Wing son île de repos, sa bouée. Sans oublier Beth, la belle Beth, femme de Hank depuis presque toujours.
J’ai aimé chacun de ces hommes, avec une nette préférence pour Hank et Lee, les deux meilleurs amis, ceux que Nickolas Butler a mis le plus en avant. Ils sont charismatiques, forts et tendres. Kip et Ronny, j’avoue avoir été moins touchée : mais cela ne m’étonne pas car s’il y a trop de personnages dans un livre, il y en a forcément qui passent à la trappe chez moi.
La force de ce livre, c’est de raconter les fondements de l’amitié. Enfants, on est pareil, on s’aime, on joue, on ne se soucie de rien : on vit tout simplement. Adulte, on voudrait conserver tout cela : sauf que la vie passe par là et on grandit, on prend des chemins opposés, sans jamais totalement se perdre de vue.
Ces quatre-là, ils s’aiment à en crever, et l’auteur nous le montre tellement bien ! Les mariages, les enfants, les séparations, les peurs, les aveux qui font mal. Tout est réuni pour faire de cette histoire une sorte de road trip immobile. Car le point central du roman, c’est justement cette bourgade de Little Wing qui est un personnage à elle seule ; et que j’ai d’ailleurs aimé comme tel.

Les amis, si vous souhaitez un livre pour l’automne, un livre cocooning, avec des personnages profonds que l’on suit sans s’en apercevoir sur quelques années, je vous encourage à lire Retour à Little Wing. J’avoue que je ne pensais pas être aussi happée par ce conte moderne.

Vous aimerez si…  

  • Les histoires où l’amitié, la vraie, est le personnage principal.
  • Vous aimez parcourir les petites villes de l’Amérique profonde.
  • Vous avez envie d’une écriture d’une poésie à couper le souffle.

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L’Etat islamique – Samuel Laurent


LAURENT, Samuel. L’Etat islamique. Points, 2015, 184 pages, 6,50 €.


Le thème :

Cet essai traite de l’Etat islamique, cette organisation qui a fait de la France un de ses ennemis à abattre, au nom d’une religion qui sert d’excuse.

L’auteur :

Samuel Laurent est consultant international et possède des connaissances et des contacts inégalés dans les régions contrôlées par Al-Qaïda. Son précédent ouvrage porte d’ailleurs sur cette organisation : Al-Qaïda en France, également disponible aux éditions Points pour l’édition poche.

Ce que j’en ai pensé :

Pour combattre un ennemi, il faut le connaître en profondeur. Ses failles comme les domaines de compétences dans lesquels il excelle. C’est exactement ce que nous propose Samuel Laurent : voir l’Etat islamique tel qu’il est ; à savoir une organisation très bien installée, proclamée califat depuis le mois de juin 2014, qui repose sur des bases très solides.
L’intelligence et la morale sont deux choses bien distinctes. Et pour cause : Al-Bagdadi, le calife de l’EI, ne manque pas de ressources et de finesse d’esprit. Un dictateur sanguinaire, qui n’hésite pas à tuer au sein de ses propres troupes, et qui utilise à merveille les nouvelles techniques, notamment les réseaux sociaux. Concernant ces derniers, c’est Twitter qui l’emporte haut la main. Détournement de hashtag (#) pour toucher plus largement les individus, création de nouveaux comptes dès que l’un d’eux est fermé… Bref, une invasion (pollution, contagion) de leurs idées sur la toile.
Et ce qu’il faut bien avoir en tête, c’est que cette organisation oeuvre en accord avec un Islam des débuts ; pur en quelque sorte. Samuel Laurent explique d’ailleurs de façon assez stupéfiante : « Refuser de voir l’Islam, dans sa forme originelle, comme une idéologie violente et dominatrice, constitue un déni de réalité particulièrement dangereux pour nos nations. Et aussi particulièrement stupide, dans la mesure où il sert les intérêts des musulmans les plus extrêmes… » (p.72) Une affirmation qui tend à prouver que nos gouvernements ne connaissent finalement pas bien cet ennemi qui semble alors inatteignable. D’ailleurs, Samuel Laurent dit bien que les moyens de combattre l’Etat islamique par nos gouvernements occidentaux est parfaitement stérile puisqu’ils se logent chez l’habitant, dans de petits villages et ne se déplacent que dans des tacots défraîchis.

Ce que j’ai trouvé vraiment intéressant dans cet ouvrage, c’est la précision des informations et leur classement. En effet, l’auteur nous évoque toutes les parties de ce gouvernement totalitaire : la structure générale, l’armée, la justice, les renseignements, les financements, la guerre médiatique, la personnalité du calife.
Puis une ouverture sur l’Occident face à l’Etat islamique et ce même Etat islamique en France.
En 180 pages à peine, je suis ressortie plus riche d’informations sur ces formateurs de terroristes car nous effraient par le biais des médias presque tous les jours.

Je souhaite très vite lire Al-Qaïda en France de Samuel Laurent, et vous conseille vivement cet essai pour aller plus loin que ce que nous en disent les médias et nos politiques.

Vous aimerez si…

  • Vous vous intéressez à la géopolitique mondiale actuelle,
  • Si les questions d’Al-Qaïda et de l’Etat islamique vous intriguent et vous font peut-être peur.