Archives par étiquette : Prix Relay 2015

Baronne Blixen – Dominique de Saint Pern


SAINT PERN, Dominique (de). Baronne Blixen. Stock, 2015, 432 pages, 21,50 €.


L’histoire :

Karen Blixen. Aristocrate danoise, exilée pendant de nombreuses années au Kenya, alors colonie britannique, où elle noue un attachement profond à l’Afrique et ses habitants. Poétesse, écrivain, pressentie au Nobel, elle est un personnage à l’aura extraordinaire qui a exercé un pouvoir incroyable sur les individus qui croisaient son chemin.

Ce que j’ai apprécié :

– Karen Blixen, je n’en avais jamais entendu parlé. Peut-être parce que je suis trop jeune pour connaître le film « Out of Africa«  adapté de son roman autobiographique, « La ferme africaine », qui est sorti sur les écrans en 1985, avec Meryl Streep pour incarner la lionne. C’est dire si, en commençant cette lecture, je ne savais pas à quel point le destin de cette femme aristocrate danoise fut romanesque en tous points.
Avec ce roman, j’ai découvert un personnage digne des imaginations dramatiques des écrivains et qui, pourtant, à bel et bien existé.

– J’ai beaucoup aimé la première moitié du livre qui narre la vie de la baronne Blixen, Tania ou Tanne pour ses intimes, lors de son arrivée au Kenya jusqu’à son départ forcé en 1931, suite à la faillite de son entreprise d’exploitation de caféiers sur des terres réputées arides. Ces quelques dix-sept années sont narrées d’une façon que j’ai trouvé géniales : en effet, il s’agit de Clara Selborn, qui fut la femme à tout faire de Karen Blixen à partir de 1943, qui vient sur les terres kenyanes sur le tournage de Out of Africa. Nous sommes en 1983/1984. Meryl Streep s’apprête à interpréter la baronne mais elle est désemparée face à cette femme au destin et à la personnalité hors du commun. Clara arrive pour lui narrer une femme qu’elle a connu sans connaître véritablement.

– Sur les terres d’Afrique, Blixen est une femme à la main de fer mais au grand coeur. Arrivée avec les préjugés de son époque sur les autochtones, elle noue des liens forts et protecteurs envers les squatters de sa plantation. Confort, éducation, reconnaissance : elle se battra pour que les habitants restent sur leur terre d’origine.
Une attitude qui, on le comprend entre les lignes, ne la fera pas toujours bien avoir par les Anglais qui s’estiment supérieurs en tout. En avance sur son époque ? Certainement ; à la fois pour une femme, mais en plus une femme à l’écoute d’un peuple kenyans emplis de traditions millénaires qu’elle respectera toujours.

– Enfin, le personnage lui-même. Ce livre est une véritable biographie, certes romancée mais particulièrement bien documentée, où chaque nom mentionné à réellement existé (sauf un, précisé par l’auteur en fin d’ouvrage). Un travail minutieux effectué par Dominique de Saint Pern, notamment à partir de nombreux documents des archives de Karen Blixen.
La baronne Blixen a eu plusieurs vies en une. Contrairement aux aristocrates féminines de son époque du début de XXe siècle, elle est aventureuse, avides de découvertes, chasseuse, observatrice, écrivain, poétesse. De nombreuses cordes à son arc. Comme toutes les femmes passionnées, elle est une amoureuse transie et exclusive. L’amour de sa vie, Denys, un chasseur épris de liberté, fut sa plus grande joie mais aussi son plus tragique souvenir.
Pour compléter cette biographie, j’ai d’ailleurs très envie de voir le film Out of Africa, romance dramatique, qui semble être très représentatif de cette vie africaine fabuleuse.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– J’ai été beaucoup moins intéressée par la seconde partie de la vie de Karen Blixen, lorsqu’elle est contrainte de retourner au Danemark. Comme si l’enchantement africain était définitivement brisé, alors même que sa vie fut tout aussi étonnante de par la fascination qu’elle a exercé sur ses contemporains.

En bref ?

Une biographie aussi étonnante que fabuleuse. L’écriture et les choix narratifs de Dominique de Saint Pern en font un livre particulièrement touchant. La partie africaine est une épopée qui m’a littéralement passionnée.

Danser les ombres – Laurent Gaudé


GAUDE, Laurent. Danser les ombres. Actes Sud, 2015, 249 pages, 19,80 €.


L’histoire :

Janvier 2010. Des destins s’entremêlent à Haïti. Notamment Lucine, qui revient à Port-au-Prince annoncer un décès. Ou encore Saul, presque médecin, bâtard d’un notable et d’une boniche. Des vies dures mais jamais amères, qui vivent comme elles peuvent et poursuivent inlassablement leur chemin. Et puis, c’est le drame. Nous sommes le 12 janvier 2010, et un terrible séisme va bouleverser Haïti et détruire des existences.

Ce que j’ai apprécié :

– « Dans les ombres« , c’est avant tout pour moi la découverte d’un auteur. Ou plutôt devrais-je dire : un conteur. Car autant vous le dire, ce que j’ai d’abord apprécié ici, c’est l’écriture de Laurent Gaudé. Son histoire, c’est avec des phrases parfois très courtes et parfois particulièrement longues qu’il la raconte. Un rythme qui accélère et ralentit, selon les circonstances. Une écriture résolument poétique, qui est d’une force incroyable, notamment lorsqu’elle décrit les trente-cinq secondes du tremblement de terre et les minutes qui suivent. C’est saisissant.

– Ce livre, ce pourrait être : l’instant où tout bascule. Laurent Gaudé sait y faire, il faut dire. On s’attache aux personnages durant ce 11 janvier où on les rencontre. Lucine, Saul, Lily, le Vieux Tess, notamment. Ces personnages, je les ai aimé dès qu’ils sont sortis des pages. Et puis au milieu du livre, le chapitre « et la terre » nous livre le tremblement de terre terrible qui a ravagé Haïti en tuant près de 230 000 personnes. A ce jour d’ailleurs, le pays ne s’en est toujours pas remis. La description de cette catastrophe naturelle est exceptionnelle. A se demande où Laurent Gaudé est allé puiser les sensations que l’on ressent à ce moment-là, les bruits aussi. Certainement auprès de personnes ayant vécu un séisme, vu la précision et l’impression d’y être.

– Les personnages présentés m’ont bien plu. Ils ont tous une vie semée d’embûches, on ne leur a rien épargné. La politique, ils en parlent comme si elle leur appartenait. Les combats des rues pour la liberté, ils les ont mené. Certains de leurs proches en sont morts. Mais ils avancent, en espérant toujours que l’avenir sera plus beau. Tous les personnages ne m’ont pas touchés comme Lucine, Saul et Lily ; mais ces trois-là m’ont beaucoup touchés.

– Cette histoire raconte également les très fortes disparités de richesses au sein de la population. Les riches, dont beaucoup choisissent de partir vivre en Amérique et qui ne reviennent en Haïti que par dépit et forcés. Et puis les pauvres, majoritaires, mais terriblement emprunt de joie de vivre.

– La fin m’a beaucoup surprise. Je ne connais pas Haïti et ses croyances. Mais il est évident qu’il doit y avoir une tradition qui parle des morts comme des Esprits toujours là, qui restent au côté de ceux qu’ils ont aimé ou haï. Je n’en sais pas plus, mais quoiqu’il en soit, c’est une fin étonnante mais qui m’a convaincue en ce qui concerne le devenir des personnages.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Toujours sur la fin, j’ai été déroutée par cette présence soudaine de fantastique, auquel je ne m’attendais pas du tout. Néanmoins, cela rapproche l’histoire réelle, subie, d’une sorte de conte moderne.

En bref ?

Une lecture vraiment agréable, qui m’aura fait découvrir avec plaisir Laurent Gaudé. Mais c’est aussi un vibrant hommage au peuple haïtien, unit par cette catastrophe à laquelle on ne peut trouver de coupables puisqu’elle est « naturelle ». Un peuple que l’auteur a décrit comme intelligent, politiquement engagé, parfois frivole et toujours tendre et amical envers l’Autre.

Le voyant – Jérôme Garcin


GARCIN, Jérôme. Le voyant. Gallimard, 2015, 192 pages, 17,50 €.


L’histoire :

Jacques Lusseyrand. Un nom qui ne parle à personne. Pourtant, il s’agit d’une figure de la résistance française, déporté et rescapé du camp de Buchenwald, puis mis au rebut par son pays, la France.

Ce que j’ai apprécié :

– Jérôme Garcin, par son entreprise même, a toute ma sympathie, car il a remis en lumière un homme qui a joué un rôle dans la résistance française lors de la Seconde Guerre Mondiale mais qui, comme beaucoup d’autres, n’a pas eu les faveurs de la postérité. Dans cette biographie, courte mais complète, il dresse le portrait de celui qui su tirer profit de sa cécité précoce pour voir autrement le monde qui l’entourait.
C’est un portrait tendre mais néanmoins sans concession.

– Je n’avais jamais entendu parler de Jacques Lusseyrand. Aveugle à huit ans, il trouva vite la lumière intérieure à défaut de voir à nouveau celle de l’extérieur. Un handicap qui ne l’empêchera pas de créer le groupe Les Volontaires de la Liberté dans son lycée de Louis-le-Grand en 1941. De même, il intègrera très vite le comité directeur du journal résistant Défense de la France. Il a seulement dix-sept ans.
On sait que nombre de résistants durant cette guerre furent parfois très jeunes. Ce livre, à travers l’histoire de Jacques Lusseyrand, leur rend aussi hommage. Car évidemment, la postérité ne pouvait peut-être pas retenir chaque nom de chaque courageux qui officia pour notre liberté. Mais les romanciers tels que Jérôme Garcin les aide à se reprendre une place, si petite soit-elle. Je loue cette démarche historique, et j’avoue avoir été particulièrement touchée par un passage du roman, où l’auteur cite des passages des lettres de certains jeunes résistants qui furent fusillés. Ils avaient moins de vingt ans et prouvent leur étonnante maturité et leur fierté de mourrir pour la liberté des futures générations. C’est terriblement émouvant.

– J’ai trouvé l’écriture de Jérôme Garcin magnifique. Je n’avais jamais lu cet auteur, mais quelle maîtrise de la langue, quelle poésie dans chacune de ses phrases. J’ai été sincèrement touchée par le style car, il révèle, entre les lignes, la tendresse et l’admiration de l’auteur pour son personnage. Ce n’est pas un biographie lambda. Ce n’est pas lourd, ni didactique. Ce n’est pas descriptif, ni dénué d’émotions. C’est tout le contraire, en vérité.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Je cherche des points plus négatifs à cette lecture mais à vrai dire je n’en trouve pas, à chaud. J’aurais pu dire que, ayant adoré ce livre, je me serais laissée aller à lire un peu de pages en plus. Mais en fait, non. Les quelques 190 pages se suffisent largement.

En bref ?

Premier livre sur 4 lu dans le cadre de la sélection finale du Prix Relay des voyageurs-lecteurs 2015. Et quelle lecture ! Si les trois autres livres sont du même acabit, le choix sera dur !

Prix Relay des voyageurs-lecteurs 2015

prix-relayCette année, c’est avec grand plaisir que j’ai été sélectionnée pour faire partie des lecteurs de la sélection finale pour le Prix Relay des Voyageurs-Lecteurs !

Dans ce cadre, j’ai reçu les deux premiers titres en lices (sur les quatre qui seront en compétition). Je les lirais bientôt afin de vous faire part de mon avis et, pourquoi pas, vous donner envie de les lire et de voter pour votre livre préféré sur le site du Prix Relay !

Pour avoir plus d’infos, rendez-vous sur le site de l’organisation.

En attendant, je vous présente les deux premiers livres :

– « Danser les ombres » de Laurent Gaudé (Actes Sud)

– « Le voyant » de Jérôme Garcin » (Gallimard)

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Un parfum d’herbe coupée – Nicolas Delesalle


DELESALLE, Nicolas. Un parfum d’herbe coupée. Préludes, 2015, 284 pages,  13,60 €.


EN LICE POUR LE PRIX RELAY DES VOYAGEURS-LECTEURS !

L’histoire :

Des bribes de sa vie, voilà ce que nous livre Kolia, le narrateur, qui est aussi l’auteur du livre. Un récit autobiographique donc, mais avant tout universel. Ces petits riens qui font une vie, qui nous apprennent la vie, qui nous construisent.

Ce que j’ai apprécié :

– Tout d’abord, l’écriture de l’auteur est absolument géniale ! On peut avoir un coup de coeur pour une histoire, mais là, j’ai également eu un coup de coeur pour la plume de Nicolas Delesalle. C’est simple, pour moi, sa façon d’écrire dans ce livre, c’est comme une chanson de Souchon. Nostalgique, rythmée, vivant, tendre et triste parfois.

– Une mention toute particulière pour le titre qui dit tout du contenu de ce livre dont, chaque chapitre est une madeleine de Proust. Celles de l’auteur, mais les nôtres aussi, car forcément, on se retrouve dans ces morceaux de vie.

– Sous ses airs d’autobiographies non linéaires, ce roman est en fait un condensé d’universalité, qui traite de ces brefs moments dans la vie d’un individu où tout se joue sans qu’on en prenne forcément conscience sur l’instant. Les premières fois qu’on aime, le premier vrai baiser, le moment charnière où l’enfance laisse place à l’adolescence, celui où on abandonne son rêve de devenir astronaute en suivant en direct l’explosion de la navette Challenger, le moment où devient père, celui où on se rend compte qu’on ne sera jamais objectif quand on regardera ses enfants. Mais aussi l’hommage rendu aux gens qui vous ont appris des choses, les professeurs, les vieux de son enfance, les parents, les amis. Mais aussi côtoyer la mort : celle du chien de la famille, celle d’un ami.
Ce livre, c’est tout ça et plus encore. Ce sont des bribes, comme des brèves de comptoir d’une vie.

– La question de la transmission est fondamentale dans ce livre, puisqu’il s’ouvre sur la dernière phrase lancée par un grand-père frappé d’Alzeihmer à son petit-fils, dans un éclair de lucidité. Mais aussi dans la teneur de ce récit même où le narrateur s’imagine parler à son arrière-petite-fille qu’il surnomme Anna. Désir de transmission mais aussi peur de l’Oubli. L’oubli réel, profond, celui qui fait que dans trois générations même nos descendants ne se souviendront pas de nous.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Un regret ne me quitte pas après avoir refermé ce livre, celui d’avoir été invitée à rencontrer l’auteur et ne pas avoir pu y aller, question de géographie, trop éloignée. Et après une telle lecture, je regrette vraiment, vraiment, vraiment !

En bref ?

C’est un livre que j’ai a-do-ré, littéralement. Il est fabuleux dans les messages simples mais commun à tous, qu’il transmet. Et puis, quelle écriture, quel style ! Magnifique !