Archives par étiquette : psychologie

Mauvais genre – Chloé Cruchaudet, Fabrice Virgili & Danièle Voldman


CRUCHAUDET C., VIRGILI F. & VOLDMAN D. Mauvais genre. Delcourt, 2013, 159 pages, 18,95 €.
Traduit par Fanny Soubiran.


L’histoire :

Un soldat déserteur pendant la Première Guerre Mondiale. Mais déserteur = mort. Jusqu’à ce que le gouvernement français se décide à les gracier, il devra vivre cloîtrer. Ou bien trouver un moyen de sortir incognito.

Les illustrations :


Etonnante histoire, étonnants dessins. J’ai trouvé la charte graphique de cette bande dessinée très pertinente. Des traits acérés, francs, avec pour seule touche de couleur un camaïeu de rouge/ocre.
J’aime ce choix de colorisation, qui amène une dimension dramatique très particulière à l’histoire. Le rouge sang de la guerre et des blessures, le rouge de la passion amoureuse et sexuelle.

Pour quel public ?

Attention, bande dessinée pour adulte uniquement !

Ce que j’en ai pensé :

Voilà une histoire vraie étonnamment adaptée en roman graphique par Chloé Cruchaudet.
Paul et Louise se rencontrent, se plaisent et se marient. Puis la Grande Guerre arrive. Avec son lot de cruautés, de blessures atroces, de peur et de mort. Paul est sur le front. Il voit mourir ses frères d’armes et ne le supporte plus. Il déserte l’armée, rentre à Paris et se terre dans une chambre morbide avec sa femme.
Pour sortir, il doit se travestir. Il devient Suzanne. Un personnage qu’il investit d’abord par nécessité puis par réel plaisir. Un personnage qui va lui permettre des folies sexuelles, des libertés à une époque où cela n’était pas décent, tout simplement pas permis.

Une histoire dramatique qui, en l’espace de quelques pages, développe des thèmes cruciaux, fondamentaux, tels que l’identité sexuelle, la violence conjugale et bien évidemment les ravages psychologiques que la Première Guerre Mondiale a laissé chez les Poilus. Paul est un condensé de colère et de douceur.
Au bout de dix ans, lorsque la nécessité de se travestir n’est plus de mise, la séparation entre ce personnage féminin et sa réalité masculine, si fade pour lui, va le détruire. Une schizophrénie terrible.

En bref ?

Difficile de dire qu’on a adoré une histoire si terrible ; surtout lorsqu’il s’agit d’une histoire vraie. Néanmoins, je peux vous assurer que vous ne ressortirez pas indemne de l’histoire de Paul et Louise.

Sa vie dans les yeux d’une poupée – Ingrid Desjours


DESJOURS, Ingrid. Sa vie dans les yeux d’une poupée. Pocket, 2014, 339 pages, 7,30 €.


L’histoire :

Marc Percolès est un flic torturé, cassé, qui revient de loin après un grave accident de voiture dans lequel sa femme a trouvé la mort. Cynique, misogyne au possible, c’est un homme brisé et insupportable.
Barbara, vingt-quatre ans, est une jeune femme que la vie ne semble pas avoir épargnée non plus. Effacée, rasant les murs, très solitaire, elle n’a qu’une passion : les poupées de porcelaine.
Deux vies qui vont se rencontrer et se dévoiler, et plonger le lecteur dans une terrifiante aventure.

Éléments de réflexion :

Un thriller qui aborde les thèmes de la destruction psychologique après un drame, quel qu’il soit. Destruction physique, destruction psychique. On plonge dans les tréfonds du mal, et Ingrid Desjours a la terrible efficacité de nous faire aimer le plus terrible des monstres.

Ce que j’ai apprécié :

– Tout d’abord, un bonheur de retrouver la plume d’Ingrid Desjours, que j’avais découvert avec son roman Potens, qui était également très poussé en terme de psychologie. Et ce n’est pas anodin puisque l’auteur est elle-même psychologue spécialisée en sexo-criminologie. Tout un programme, qui se retrouve sublimé dans ce thriller terrifiant qu’est Sa vie dans les yeux d’une poupée.

– Les deux personnages développés par l’auteur sont d’une précision psychologique géniale. On les aime, on les déteste, on a envie de les aider autant qu’ils nous effraient. Le lecteur est bringuebalé entre des émotions contradictoire. Si je pouvais m’attendre à ce qui se cache derrière toute cette histoire, j’ai tout de même été happée par ce final que j’ai trouvé magistral et explosif. Marc a été pour moi un des personnages flic les plus intéressants qu’il m’a été donné en voir en littérature policière ; et Barbara est stupéfiante par les émotions qu’elle a pu suscité en moi : tendresse, pitié, terreur, stupéfaction.

– J’ai apprécié ne pas ressortir indemne de cette lecture. Un thriller que je ne pourrais pas oublié car il m’a fait me poser beaucoup de question sur la psychologie humaine, sur la façon dont on se construit malgré nous selon notre histoire, qu’elle soit banale et heureuse ou tout bonnement horrible. Rien que pour ce livre, Ingrid Desjours mériterait que l’on parle plus d’elle, aussi je ne saurais que vous conseiller cette lecture si vous êtes adepte du genre.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Qu’il soit aussi court peut-être ? Et pourtant, il n’y avait pas grand chose à rajouter.

En bref ?

Une lecture aussi excellente que terrifiante ; fascinante à tous points de vue. Je suis ravie de m’être plongée dans ce livre et je remercie Myriam du blog « Un jour. Un livre » de m’avoir fait faire une dédicace dd’Ingrid Desjours qui m’a elle-même conseillée ce livre !

L’homme à la bulle de savon – Sylvie Matton


MATTON, Sylvie. L’homme à la bulle de savon. Don Quichotte, 2014, 241 pages, 17,90 €.


L’histoire :

Patrick est à un tournant de sa vie. Aujourd’hui est un grand jour, il l’attend certainement depuis presque quinze ans, sans le savoir. Aujourd’hui, il va s’approprier une oeuvre d’art, la subtiliser au musée de Draguignan. Nous somme le 13 juillet 1999, il va voler « L’enfant à la bulle de savon » de Rembrandt.

Éléments de réflexion :

Ce roman est une non-fiction, puisqu’en 1999, Patrick Vialaneix dérobe réellement ce petit tableau estimé à 3 millions d’euros. Ce n’est qu’en mars 2014 que le tableau est restitué. Et son histoire n’est pas celle d’un petit trafiquant d’art issu d’un réseau organisé. Non. Son histoire est bien plus complexe. C’est ce que nous raconte Sylvie Matton avec ce roman.

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Ce que j’ai apprécié :

– L’histoire prise dans son ensemble est fascinante du fait qu’il s’agisse d’une histoire vraie. En effet, on est dans la psychologie pure, en entrant dans la pensée et la vie schizophrène de Patrick. L’auteure utilise différents moyens de narration : dans la première partie, le lecteur suit Patrick dans le présent, le jour du vol du Rembrandt, puis en parallèle, il apprend tout de la vie de cet homme, de son enfance jusqu’à ce jour charnière. Dans la seconde partie, on suit la vie de Patrick avec le tableau : une vie de paranoïa pure et de culpabilité. Jusqu’à ce qu’on comprenne qu’il devient pour lui trop dur de vivre avec ce tableau, témoin de son passé malheureux.

– J’ai trouvé que l’auteure, sous couvert du roman, retrace avec perfection une histoire vraie mais surtout des états d’âme. Car ce que Patrick a vécu et ce qui l’amène à rencontrer et vivre avec celui qu’il appelle « L’Enfant » est tout bonnement terrible. Un père violent et sadique, une mère aimante mais effacée et sans pouvoir : le seul refuge pour Patrick lorsque son chien adoré meurt, c’est son double, celui dans lequel il se reconnaît. Celui qui lui parle. Car on est bien dans une forme élevée de schizophrénie puisqu’il estime réelles les voix de « l’Enfant » et du « peintre », qui l’accompagneront pendant presque trente ans !

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

Pas que j’ai eu des éléments négatifs lors de cette lecture, mais je pense que si je l’ai apprécié, c’est avant tout car il s’agit d’une histoire vraie.
Par contre, je trouve que le livre se termine trop tôt. Et cela pour deux raisons : tout d’abord, l’auteure choisit de ne pas aller jusqu’à la remise du tableau aux gendarmes par Patrick le 19 mars 2014 et surtout, j’aurais aimé une sorte de prologue avec le parcours de l’auteure, son travail de recherche et ses réflexions personnelles sur cette histoire. De plus, pourquoi avoir décidé de raconter cette histoire particulière ? Autant de questions qui attendent des réponses.

En bref ?

Une lecture très intéressante, où l’on entre dans la limite très fragile entre l’appréciation artistique et l’obsession.
En lien, un article de Culturebox.fr sur le retour du Rembrandt au musée de Draguignan.

Cadre de lecture : Lu grâce à l’agence de presse L&P Conseils et les éditions Don Quichotte.

Le voisin – Tatiana de Rosnay

couv11852948L’histoire ?

Colombe, une trentenaire fade, sans envergure, s’installe avec ses deux enfants et son mari dans un bel appartement. Stéphane, le mari, est toujours absent. La routine reprend : ménage, travail de nègre pour une maison d’édition à mi-temps ; en bref, une femme soumise aux autres. Jusqu’à une nuit où tout bascule : son voisin du dessus semble vouloir la rendre folle en l’empêchant de dormir.

Un peu de réflexion…

En ouvrant ce livre, vous entrez dans un thriller psychologique court mais haletant. Colombe est-elle folle ou traquée ? Quoiqu’il en soit, le lecteur voit le changement de personnalité qui s’opère petit à petit chez Colombe. De femme gentille et transparente, elle devient fourbe, aux aguets et décide de se laisser aller à des instincts presque vicieux.

Les points positifs ?

Le premier chapitre. Le point le plus positif du roman car il permet au lecteur de rentrer directement dans l’ambiance du livre et c’est très important puisqu’en 280 pages tout va très vite. Cette première approche est composée de phrases très courtes, un style acéré qui empêche le lecteur de reprendre sa respiration.
Autre point intéressant, le développement de Colombe face aux autres. Comme disait Sartre « L’enfer c’est les autres« . Mais pas uniquement ce voisin terrifiant. L’enfer de Colombe, c’est son mari toujours absent, qui ne croit rien de ses angoisses. L’enfer, c’est sa sœur autoritaire, qui ne la considère pas. L’enfer, ce sont les voisins qui lui assurent que le fameux Docteur Léonard Faucleroy est adorable et bel homme. Mais pour Colombe, l’enfer c’est aussi elle-même. Et cette tragédie, qu’elle soit réelle ou fantasmée, la fera sortir d’elle-même et se révéler.

Un thriller psychologique réussit à tous points de vue.

Les points négatifs ?

Une fin sympathique mais qui aurait pu être plus noire encore, ce qui n’aurait pas enlevé de charme à ce thriller !

Pour aller plus loin…

Je vous conseillerai un autre thriller psychologique qui m’a beaucoup marqué : Robe de marié de Pierre Lemaître.

La beauté du mal – Rebecca James

Quatrième de couverture :

Les contraires s’attirent, c’est bien connu. Au lycée à plus forte raison. Ainsi rien ne prédisposait Katherine, l’introvertie traumatisée par un passé douloureux, à se rapprocher d’Alice. La populaire, la sexy, l’incendiaire Alice, point de mire de tous les regards. Leur amitié étonne, détonne. Jusqu’à exploser. La fragilité de l’une nourrit la cruauté de l’autre. La torture psychologique ne fait que commencer, et ses racines s’insinuent au plus profond d’un âge qui n’a plus rien de « tendre »…

Mon avis :

Lorsque la quatrième de couverture présente « Un thriller psychologique et sexy, (…) un page-turner brillamment construit » (The Wall Street Journal), je me sens tout de suite irrésistiblement attirée. Puis, quand une bloggeuse me le conseille, je me lance enfin dans cette lecture. Autant vous le dire, je ne suis pas déçue !

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