Archives par étiquette : psychologie

Shutter Island – Dennis Lehane

Quatrième de couverture :

Nous sommes dans les années cinquante. Au large de Boston, sur un îlot nommé Shutter Island, se dresse un groupe de bâtiments à l’allure sinistre. C’est un hôpital psychiatrique pour assassins. Le Marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule ont été appelés par les autorités de cette prison-hôpital car l’une des patientes, Rachel Solando, manque à l’appel. Comment a-t-elle pu sortir d’une cellule fermée à clé de l’extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Oeuvre incohérente d’une malade ou cryptogramme ? Progressivement, les deux policiers s’enfoncent dans un monde de plus en plus opaque et angoissant, jusqu’au choc final de la vérité.

Mon avis :

Un thriller époustouflant, particulièrement bien orchestré, qui ne laissera pas le lecteur indemne une fois le livre refermé. Une histoire excellente, du début à la fin.

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Seul le silence – R.J. Ellory



Quatrième de couverture :

Joseph Vaughan, écrivain à succès, tient en joue un tueur en série, dans l’ombre duquel il vit depuis bientôt trente ans. Joseph a douze ans lorsqu’il découvre dans son village de Géorgie le corps horriblement mutilé d’une fillette assassinée. La première victime d’une longue série qui laissera longtemps la police impuissante. Des années plus tard, lorsque l’affaire semble enfin élucidée, Joseph décide de changer de vie et de s’installer à New York pour oublier les séquelles de cette histoire qui l’a touché de trop près. Lorsqu’il comprend que le tueur est toujours à l’œuvre, il n’a d’autre solution pour échapper à ses démons, alors que les cadavres d’enfants se multiplient, que de reprendre une enquête qui le hante afin de démasquer le vrai coupable, dont l’identité ne sera révélée que dans les toutes dernières pages.

Plus encore qu’un roman de serial killer à la mécanique parfaite et au suspense constant, Seul le silence marque une date dans l’histoire du thriller. Avec ce récit crépusculaire à la noirceur absolue, sans concession aucune, R. J.Ellory évoque autant William Styron que Norman Mailer par la puissance de son écriture et la complexité des émotions qu’il met en jeu.

Mon avis :

Un livre sombre, triste et tellement fort. Ce roman, présenté comme étant un thriller, est davantage un récit dramatique. Malheureusement, beaucoup pourraient être déçus à cause de cela. Pour ma part, j’ai juste adoré cette lecture. On m’en avait parlé comme un excellent livre et effectivement c’est le cas.

Nous suivons Joseph Vaughan, jeune garçon de douze ans au début de l’histoire. Il vit dans une petite ville, presque un village : Augusta Falls. Une première expérience de la mort le surprend, puis c’est l’enchaînement avec le meurtre de petites filles ; qui ont presque son âge ; selon un rituel plutôt macabre, digne d’un tueur en série diabolique. Joseph va être choqué par ces meurtres. Mais contrairement aux autres personnes qui les ont « vécu », Joseph va être fasciné et hanté très longtemps par ces cadavres. Ponctuée de malheurs, j’ai eu beaucoup d’empathie pour ce jeune homme qui, à dix-neuf ans, semble déjà avoir tout vécu. De ces douze ans à ses quarante ans environ, on suit sa vie, sa personnalité, sa culpabilité aussi. Tout cela donne le récit d’une existence avec, en toile de fond, les meurtres de fillettes, tels des fantômes qu’il ne cessera de le traumatiser. La seule façon de se libérer de ces entraves semble être la recherche du meurtrier.

Mais ce tueur en série reste très vague. On ne suit pas vraiment d’enquête policière. On suit uniquement Joseph, notre narrateur. Au début de ma lecture, je pensais qu’il s’agissait d’un thriller psychologique. Finalement, j’ai plutôt eu l’impression de lire un drame contemporain. Cela n’enlève rien à l’appréciation que j’ai de ce magnifique livre.
L’histoire des meurtres en tant que telle est assez banale. Elle n’existerait pas pour Joseph si sa vie n’avait pas été emplie de malheurs à côté. Ce qui la fait prendre tant d’ampleur, c’est justement ce que le jeune homme en pense, ce qu’il ressent. Personnage très sensible, portant sans cesse le fardeau de la culpabilité sur ses épaules, je l’ai trouvé très abouti. Attachant sous certains aspects, il fait surtout ressentir de la compassion à son lecteur ; parfois même les larmes aux yeux.

Le point fort de ce livre ? Sans hésiter un style d’écriture excellent. Notamment dans les descriptions qui, contrairement à ce qu’on pourrait croire, donne un rythme incroyable au récit. Des phrases très courtes, parfois un seul mot, alternent avec des phrases plus longues. Les paysages sont très souvent personnifiés, j’entends par là décrit à la manière d’un humain : C’était mon New York,le coeur des Amériques, ses rues et ses boulevards commes des veines, ses avenues comme des synapses électriques claquant, canalisant, s’étirant […] (p. 374). Cette citation illustre le type de description du roman. Elles peuvent être longues mais ne ralentissent que très rarement le rythme du livre.

Une lecture superbe, une ambiance sombre, des personnages forts, une écriture totalement maîtrisée. Je recommande.

Robe de marié – Pierre Lemaitre


Quatrième de couverture :

Nul n’est à l’abri de la folie. Sophie, une jeune femme qui mène une existence paisible, commence à sombrer lentement dans la démence : mille petits signes inquiétants s’accumulent puis tout s’accélère. Est-elle responsable de la mort de sa belle-mère, de celle de son mari infirme ? Peu à peu, elle se retrouve impliquée dans plusieurs meurtres dont, curieusement, elle n’a aucun souvenir. Alors, désespérée mais lucide, elle organise sa fuite; elle va changer de nom, de vie, se marier, mais son douloureux passé la rattrape… Les ombres de Hitchcock et de Brian de Palma planent sur ce thriller diabolique.

Mon avis :

Ce thriller, j’en ai beaucoup entendu parlé ; surtout en bien puisqu’il a été le coup de coeur de beaucoup de lecteurs. Il ne faut rien de plus pour me décider à le sortir de ma PAL.

Premièrement, la couverture. Je la trouvais plutôt sympathique avant la lecture. Je la trouve juste parfaitement adaptée au récit après la lecture. Elle dévoile finalement tout son mystère.
Idem pour le titre, qui me plaisait plus ou moins, mais en tout cas qui ne me parlait pas du tout. Le sens se révèle à la toute fin de livre.

Mon entrée dans l’histoire a été un peu dure. Ce n’est pas que l’intrigue ne commence pas tout de suite : au contraire, le lecteur est tout de suite pris d’angoisse. Non, il s’agit plutôt de la synthaxe. Un phrasé vraiment très haché, parfois presque incohérent : l’auteur nous transmet ce qu’il se passe dans la tête de son héroïne. Son héroïne qui se croit folle et que l’on croit aisément. Le procédé choisit est donc vraiment subtil et particulièrement intelligent. Mais alors au début, ça a été assez dur pour moi et l’angoisse m’a immédiatement prise. Je me suis dit que ce thriller allait être psychologique au possible et donc dérangeant.
Et puis on arrive dans la deuxième partie de l’histoire et là, après l’angoisse et l’horreur, je suis abasourdie. L’auteur nous dévoile le pourquoi de l’état de Sophie. Grosse claque. On change de style de narration : on passe à une sorte de journal intime. Je me suis dit que l’auteur a imaginé un scénario angoissant au possible. Et c’est vraiment à partir de cette partie (120ème page environ) que j’ai eu envie de tourner les pages sans m’arrêter pour connaître l’issue du roman.
Et puis, hop, cent pages plus loin, de retour à un récit sous forme basique. J’ai adoré la façon dont Pierre Lemaitre amène son lecteur à la compréhension de l’intrigue. Et puis surtout, à la sortir du livre je me dis « Quel film cela ferait ! ». Et très franchement, si ça sort en film, je crois que je ne pourrais pas le voir ! Autant les pires thrillers littéraires me passionnent, autant les films me font trop peur !

Quant à l’issue, il faut dire que je ne m’y attendais pas. Ce n’est assurément pas conventionnel comme fin. 
Bref, un cocktail vraiment parfait pour un thriller. Ce ne sera pas un coup de coeur simplement du fait que l’écriture du début a été difficile pour moi (même si elle sert idéalement l’histoire).
A lire !!!

[Ce livre a été lu dans le cadre du baby challenge thriller de Livraddict.]

Jusqu’à la folie – Jesse Kellerman

Quatrième de couverture :

Dans une rue sombre de Manhattan, très tard dans la nuit, une jeune femme est agressée par un homme armé d’un couteau. Jonah, un étudiant en médecine surmené, vole à son secours et tue accidentellement l’agresseur. Pendant que les médias font de lui un héros, le procureur s’interroge sur son geste héroïque. La victime, quant à elle, veut retrouver son sauveur et tient à lui montrer sa reconnaissance. Les événements s’enchaînent, et Jonah est entrainé dans une spirale terrifiante. S’il est vrai qu’aucune mauvaise action ne demeure impunie, le châtiment de Jonah ne fait que commencer…

Mon avis :

C’est un peu mitigée que je commençais la lecture de ce livre. Pourquoi ? D’une part car on me l’a présenté comme un thriller et que je l’ai vu à certains endroits indiqué comme un policier et d’autre part car j’ai lu des avis positifs mais pas vraiment enthousiastes. Néanmoins, la couverture m’attirait beaucoup, elle est épurée et incisive comme je les aime pour une thriller.

Puis finalement, je m’y suis plongée et je peux vous dire d’emblée que je suis à la limite d’en faire un coup de coeur ! Il m’a conquise plus que je ne l’aurais cru au départ.
Dès le départ, on entre dans la vie de Jonah, étudiant en médecine à New York, qui est visiblement surmené par ses études et ses stages à l’hôpital surtout. On est tout de suite propulsé dans l’accident : Jonah entend une femme hurler « Il m’a poignardé ! » et cherche à s’intercaler entre l’agresseur et sa victime ; et il en vient à tuer cet homme dans l’affrontement.
Dès lors je me suis demandé quelle allait être la véritable histoire du roman puisqu’au bout de quelques pages on apprend que la victime est sauve, que l’agresseur est tué accidentellement et que Jonah est un gentil bonhomme et qu’il a peu de chances de se faire inculper pour ce meurtre. J’avoue m’être posé des questions du genre : je vais soit tombé sur un roman policier basique (ce qui m’ennuie profondément), soit je suis paumée dès ce début de récit !
Quoi de mieux néanmoins pour aiguiser ma curiosité ? Et alors là les amis, on plonge dans un thriller psychologique dont le thème abordé (psychologie, maladie mentale, etc.) est juste prodigieux. Malheureusement je ne peux pas dire quoi que ce soit là-dessus sans révéler des éléments importants. Quoiqu’il en soit les amateurs de thrillers pourront être déroutés car l’auteur cherche vraiment a nous faire comprendre l’état d’esprit de Jonah à cet instant t, quand il va être pris dans une spirale infernale. J’ai déjà lu des thrillers psychologiques alors je connais un peu ce genre de manoeuvre : je sais qu’il est nécessaire de se pencher sur les personnages, leurs vies, leurs affects, etc. Ce que certains pourraient trouver un peu longuet, je le considère comme essentiel. Du coup, aucun ennui pour moi dans ce roman.
A un moment (même plusieurs fois !) de ma lecture, j’ai vraiment ressenti physiquement de la peur pour Jonah (rythme cardiaque qui s’accélère !) en me demandant comment il allait s’en sortir et comment je réagirais si une chose pareille m’arrivait… Je peux vous dire qu’un indice : Jonah est-il un sauveur, un assassin ou une victime ? 

J’ajouterais également que l’auteur montre une habileté à construire des dialogues excellente. Il arrive à faire ressentir une ambiance ;quelle qu’elle soit ; au lecteur au travers des dialogues. 

Je pense avoir réussi à vous faire passer mon sentiment sur ce thriller (qui en est bien un) et vous donner envie de le découvrir. Et Jesse Kellerman a une belle plume, ce qui ne gâche rien.

Remerciements : Je remercie Thomas de chez Myboox.fr de m’avoir proposé de lire et chroniquer ce livre. De même, je remercie les éditions Les deux terres de permettre à des bloggeurs de recevoir certains de leurs titres. 


 

Ce livre a été également lu dans le cadre du challenge de la rentrée littéraire organisé par Les Agents Littéraires :


Un employé modèle – Paul Cleave


Quatrième de couverture :

Christchurch, Nouvelle-Zélande. Joe Middleton contrôle les moindres aspects de son existence. Célibataire, aux petits soins pour sa mère, il travaille comme homme de ménage au département de police. Ce qui lui permet d’être au fait des enquêtes criminelles de la ville. En particulier celle relative au Boucher de Christchurch, un sérial-killer sanguinaire accusé d’avoir tué ces dernières semaines sept femmes dans des conditions atroces. Même si les modes opératoires sont semblables, Joe sait qu’une de ces femmes n’a pas été tuée par le Boucher de Christchurch. Il en est même certain, pour la simple raison qu’il est le Boucher de Christchurch.
Contrarié par ce coup du sort, Joe décide de mener sa propre enquête, afin de punir lui-même le plagiaire. Et, pourquoi pas, de lui faire endosser la responsabilité des autres meurtres. Ayant accès à toutes les données de la police, il va d’abord se concentrer sur cette « septième victime » pour tenter de connaître le mobile du tueur. Il lui faudra ensuite savoir comment l’homme qu’il cherche a pu avoir connaissance de son mode opératoire dans les moindres détails, au point de leurrer les forces de l’ordre. Se mettre dans la peau du tueur, en quelque sorte : ça, il connaît!

Mon avis :

Pourquoi ce livre m’a attiré quand il a été proposé par Livraddict en partenariat ? D’abord, l’édition grand format a été publiée chez Sonatine et j’adore cette maison d’édition. Ensuite, sa couverture est juste parfaite : je trouve que dans cette image qui paraît simple, toute l’histoire est résumée. Et puis, bien sûr l’histoire. Car, je le répète souvent, mais en tant qu’inconditionnelle des thrillers, je cherche ceux qui vont apporter un petit quelque chose en plus, notamment en ce moment je suis attirée par les récits où le narrateur est le tueur lui-même.

Donc, ce choix n’était pas anodin. En fait, j’étais presque sûre d’aimer ce livre avant même de lire la première ligne. Je n’avais pas l’appréhension de me dire que je pourrais être déçue.
Bref, quoiqu’il en soit j’ai bien ouvert le livre pour m’y plonger. Et là, mon instinct ne m’avait pas trompé. Il y a un condensé détonnant qui m’a ravie.
Tout d’abord, l’humour (noir, s’il faut le préciser) suit le lecteur tout au long de sa lecture. Peut-être est-ce un choi de l’auteur pour apaiser le lecteur, puisque ce qu’il va lui servir est effroyable. Je ne dévoile rien ici, il suffit de lire la quatrième de couverture.
Ensuite, un personnage absolument parfait réalisant des crimes parfaits. Ce personnage, c’est Joe. Il se fait passé pour « Joe-le-Lent » à son boulot et dans la vie en général. C’est plus pratique. Pourtant c’est bien lui le Boucher de Christchurch. Paul Cleave a choisit ce récit car quoi de plus palpitant qu’on tueur qui se rend compte qu’un crime similaire aux siens a été commis, et évidemment il est bien placé pour savoir que cette fois, ce n’est pas lui l’assassin. Le voilà donc parti à la traque de ce mystérieux copieur.

A partir de là, on pourrait se dire qu’il s’agit d’une enquête somme toute assez banale. Mais Paul Cleave n’a pas décidé de faire parler Joe à la première personne par hasard. C’est toute une psychologie meurtrière que l’on découvre. La façon dont un homme que tout le monde pense attardé organise sa vie autour de son travail, ses meurtres, sa mère et ses poissons. La relation de Joe avec sa mère m’a vraiment intéressée : entre amour et haine, on cerne toute l’ambiguité de la personnalité de Joe dans cette relation.
Le personnage de Sally (collègue de travail de Joe), on le sent dès le départ, est celui qui va se poser des questions en premier. Mais pas les bonnes raisons. Stop, je n’en dis pas plus ! A vous de le découvrir. Quoiqu’il en soit, leur relation aussi est intrigante. Sally voit Joe comme l’attardé qu’il prétend être et elle veut l’aider pour cela. Joe, parce qu’il pense que tout tourne autour de sa personne, pense que Sally est réellement attardée et complètement amoureuse de lui.

Néanmoins, un point faible qui ne fait pas de ce livre un coup de coeur : je n’ai compris l’intérêt d’un personnage (Mélissa) qu’à la fin du roman. Paul Cleave l’intègre vraiment bien au livre, ce n’est pas le souci. Disons plutôt que j’ai trouvé que son entrée était un peu trop… surfaite. 
Cela n’enlève rien au fait que j’ai beaucoup aimé ce thriller, cette écriture pleine d’humour et cette recherche visiblement très poussée sur la psychologie d’un tueur en série.

Remerciements : Un grand merci (encore une fois !) à Livraddict et toute la team qui nous permettent de découvrir des auteurs et des livres ; ainsi qu’au Livre de Poche. Cette lecture restera un des très bons thrillers que j’ai lu.