Un bruit étrange et beau – Zep


ZEP. Un bruit étrange et beau. Rue de Sèvres, 2016, 96 pages, 19 €.


L’histoire :

Où est la valeur d’une vie ? Dans le bruit et la fureur ou dans le recueillement du silence ? Dans ses batailles ou ses renoncements ? William, lui, a choisi le silence il y a 25 ans en intégrant l’ordre religieux des chartreux. Quand un héritage le contraint à quitter le couvent pour Paris, c’est tout un monde nouveau qu’il doit apprivoiser, et des certitudes longuement forgées à interroger… Sa rencontre avec Méry, jeune femme aux jours comptés du fait d’une maladie incurable mais résolument décidée à profiter du temps qu’il lui reste, le confrontera à de nouvelles questions et compliquera ses choix.

Ce que j’en ai pensé :

Résolument à des années-lumières de son célèbre personnage Titeuf, Zep m’a bluffée avec cet album d’une beauté stupéfiante. Un bruit étrange et beau est sans conteste une de mes plus belles découvertes littéraires de l’année 2016.

Il y une force dans chaque planche, qui m’a transporté.

Beaucoup d’émotions passent ; pour exemple la planche ci-contre. La beauté est indéniable. L’ambiance est palpable. On devient le moine chartreux.
D’autant qu’étant originaire de Grenoble, les paysages et l’histoire du monastère me parlent tout particulièrement.

On entre dans cette BD par les sommets.

L’histoire est d’une grande simplicité : la rencontre de deux personnages aussi éloignés qu’on peut l’être mais qui chacun va apprendre de l’autre. L’immuabilité des destins, la remise en cause de chaque principe qui fait notre vie.
J’ai vécu cette histoire comme une évidence : les êtres que l’on croise par hasard, aussi différents soient-ils de nous, on tous un impact sur notre personnalité, et ce tout au long de notre vie.

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J’ai été transportée par le coup de crayon de Zep ainsi que par le choix de la colorisation : camaïeux de violet, de marron, de bleu, ou encore de jaune ; selon ce que l’illustrateur souhaite exprimer. C’est intelligent et efficace.

Et concernant le personnage de William, il me suivra longtemps, que ce soit dans la simplicité de sa vie ou la force de sa volonté.

Bizarrama culturologique – Marion Montaigne


MONTAIGNE, Marion. Bizarrama culturologique. Delcourt, Arte éditions, 2015, 90 pages, 16,50 €.



L’histoire :

On a demandé à Marion Montaigne, auteure des célèbres aventures du Professeur Moustache, son avis dessiné sur les sept péchés capitaux, les enfants stars, Noël, ou encore l’Australie. Du coup elle nous explique pourquoi Belzébuth est déprimé, comment le Père-Noël se paye un crash en traineau et nous raconte quelle est la véritable destination de l’Arche de Noé.

Ce que j’en ai pensé :

C’est les yeux fermés que je me suis lancée dans cette bande dessinée puisque l’auteur n’est autre que Marion Montaigne, que j’adule si vous ne le savez pas encore !
Cet ouvrage est une compilation des planches réalisées pour le magazine culturel d’Arte, Personne ne bouge, que je ne connaissais pas du tout.

C’est donc une sorte de recueil qui regroupe divers sujets pas vraiment liés les uns aux autres, sauf chaque planche illustrant un péché capital. On a ainsi les sept péchés capitaux, puis des sujets tels que l’Australie, Noël, DSK ou encore les Enfants Stars.

C’est toujours aussi intelligents et drôle, comme ce qu’a l’habitude de proposer Marion Montaigne à ses lecteurs. Les dessins correspondent bien à une BD humoristique et la prédominance d’allusions sexuelles est vraiment poilante, d’autant que l’auteur se moque d’elle-même sur ce point.
La planche que j’ai adoré est certainement celle sur « La Luxure », qui illustre des sadomaso au Paradis et en Enfer, et à la façon de les gérer !

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Concernant la longueur du livre, j’ai été sur ma faim car il est vraiment court par rapport à ce que nous propose Marion Montaigne habituellement ! Du coup, j’ai été frustrée lorsque ça s’est terminé !
Bref, encore un moment agréable passé en compagnie de cette auteur illustratrice de génie !

Evidemment que je conseille !!!

L’islam sera français ou ne sera pas – Farid Abdelkrim


ABDELKRIM, Farid. L’islam sera français ou ne sera pas. Les Points sur les i, 2015, 128 pages, 12 €.


L’histoire :

À moins qu’il ne devienne français, l’islam en France est condamné, non pas à disparaître, mais à demeurer un problème. En posant ainsi le débat, ce livre ambitionne de soulever de vraies questions. Et d’y répondre ! Faut-il persister à vouloir représenter les musulmans ou simplement servir leur culte ? Pourquoi des citoyens, sous prétexte de leur appartenance réelle ou supposée à la tradition islamique, ne parviennent-ils pas à se sentirent membres à part entière de la communauté nationale ? La deuxième religion du pays est-elle condamnée à n’être envisagée qu’à travers les prismes ethnique, communautariste, électoraliste et policier ? Qu’on se le dise, la France a et aura l’islam et les musulmans qu’elle mérite. Et ces derniers ont et auront la France et l’islam qu’ils méritent.

Citoyen, croyant, et soucieux que sa religion cesse d’être un problème pour sa nation, l’auteur est convaincu que pour mettre de l’ordre dans ce désordre, il suffit de séparer les ordres. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. Des mises au point simples et néanmoins réalistes qui jalonnent en permanence cette voie vers un islam définitivement français.

Ce que j’en ai pensé :

Il y a quelques mois, j’ai lu avec grand intérêt « Pourquoi j’ai cessé d’être islamiste » de Farid Abdelkrim. Après cette lecture et le visionnage de plusieurs interviews de l’auteur, j’étais ravie de pouvoir découvrir un autre de ses livres.
Après un récit-témoignage, nous avons ici un livre-réflexion, qui se rapproche d’un rapport qu’un expert pourrait rendre au gouvernement. C’est d’ailleurs le point positif mais aussi le point négatif de ce livre selon moi. Et concernant ce dernier, je dirais en effet que Farid Abdelkrim s’adresse avant tout aux politiques, aux représentants des français, qui cherchent à trouver des solutions pour que l’islam de France s’accorde avec les principes de laïcité. Pour le moment en vain. En tant que lectrice lambda, voire carrément néophyte, je ne me suis pas sentie appartenir au public cible.
Cependant, avec un peu de volonté et en passant outre ce sentiment, il est évident que ce livre est une véritable mine d’informations. Et j’espère que l’auteur saura faire porter ses idées devant les dirigeants français.

Avant tout, il convient de rappeler que Farid Abdelkrim ne parle pas de l’islam dans sa généralité mais bien de son application sur les territoire français. Et selon lui, il faut que l’islam soit « réformer » pour son application en France. Pour se faire, il ne prend pas de pincette : éliminer les imams radicaux et autoproclamés pour établir des imams éclairés ; remettre les musulmans sur le devant de la scène afin qu’ils ne s’effacent pas devant des chefs religieux qui décideraient de la façon de mener leur religion à leur place.
L’auteur parle beaucoup, entre les lignes, du rôle du vocabulaire, qui peut être aussi néfaste et stigmatisant que porteur de richesses.
Ce qui ressort de ce livre, de ce « prologue » comme il le dit lui-même, c’est la nécessité de créer un islam de France très vite, avant que les religieux radicaux gangrènent toujours plus des pans entiers de la population.
A voir si nos dirigeants sauront prendre acte concrètement de ces idées, sans s’en tenir à de belles paroles qui ne font en rien avancer le débat. A bon lecteur, salut !

Vous aimerez si…  

  • Les évènements tragiques de novembre 2015 à Paris vous donne envie de vous intéresser aux problématiques liées à l’islam.

Marie-Madeleine, t.1 : Le livre de l’Elue – Kathleen McGowan


McGOWAN, Kathleen. Marie-Madeleine, t.1 : Le livre de l’Elue. Pocket, 2008, 535 pages, 8,10 €.


L’histoire :

Maureen Pascal est une journaliste, très sensible à la place des femmes dans l’histoire. Des femmes à qui elle veut redorer le blason. L’une d’elle notamment, Marie-Madeleine, est au coeur de ses recherches mais aussi de sa vie personnelle puisqu’elle a des visions qui la laisse dans un état de profonde tristesse. Ce qu’elle va mettre au jour risque de révolutionner le monde de la chrétienté.

Ce que j’en ai pensé :

Si vous avez aimé le célèbre Da Vinci Code de Dan Brown, et que vous l’avez lu il y a déjà longtemps, vous aimerez certainement ce premier tome de Marie-Madeleine. En effet, l’auteure reprend l’idée du mariage et de la descendance de Jésus et Marie-Madeleine, celle que l’église a érigé en pécheresse et prostituée.

Un thème qui m’intéresse beaucoup, même s’il est très récurrent en matière de thriller ésotérique. Néanmoins, j’ai trouvé la façon dont il est mené ici particulièrement prenante et, finalement assez crédible.
Sociétés secrètes, rivalités entre héritiers, manuscrit caché, évangile retrouvé… Tous les éléments sont présents pour coller aux codes de ce genre de littérature. Kathleen McGowan, comme elle l’explique dans une postface, s’est largement inspirée de sa propre expérience pour créer le personnage de Maureen. Car les rêves et les visions de cette dernière ont apparemment un écho dans sa vie personnelle. Quoiqu’il en soit, que l’on croit ou non à la véracité des dires des l’auteure, j’ai aimé l’histoire qu’elle développe autour de Marie-Madeleine. Et au-delà de cela, j’ai apprécié la précision et les détails qu’elle fournit autour de son récit. Au début du livre, nous sommes en 2005 avec Maureen et les autres personnages, en pays cathare principalement ; puis dans le dernier tiers nous nous retrouvons au temps de Jésus et Marie-Madeleine. Et là, c’est toute une mythologie que Kathleen McGowan imagine : mariage avec Jean-Baptiste, puis avec Jésus, femme forte, amoureuse, détentrice des enseignements du Chemin, et surtout mère des descendants de celui qui sera le Christ. Dans les grandes lignes, rien de nouveau sous le soleil des spéculations, mais le détail est si précis que j’ai adoré !
La fin donne à voir les intrigues du tome 2, que je possède déjà et qu’il me tarde de lire.

Toutefois, je note un bémol : trop peu de passages sur les réactions que cela pourrait susciter au sein de l’Eglise, or le problème viendrait essentiellement de là, puisque cela remet en cause tout l’imaginaire du Nouveau Testament.

Vous aimerez si…

  • Les thrillers ésotériques à la façon du Da Vinci Code de Dan Brown.
  • Les mystères autour des évangiles perdus vous intéressent.

La formule de Dieu – José Rodriguez des Santos


DOS SANTOS, José Rodrigues. La formule de Dieu. Pocket, 2013, 716 pages, 9,10 €.
Traduit du portugais par Carlos Batista.


L’histoire :

Tomas Noronha, cryptologue portugais, est appelé au Caire pour traduire un manuscrit original et surtout inédit d’Albert Einstein, étrangement nommé « La formule de Dieu« . Il est censé y découvrir le mode d’emploi de la bombe atomique, mais c’est un secret bien plus universel qu’il va finir par mettre au jour.

Ce que j’ai apprécié :

– Le thème de ce roman est vraiment excellent. Il s’agit d’un condensé assez détaillé de thèses scientifiques sur la naissance de l’Univers, les atomes, la composition du monde et surtout son avenir. Beaucoup d’éléments scientifiques parfois ardus à comprendre mais toujours très instructifs. Et tout cela est lié à la religion ou, plus largement, au divin.
José Rodriguez dos Santos a créé un roman vraiment intelligent qui pose la question de Dieu de façon très large, la plus large possible. Ce n’est pas le Dieu de la Bible, du Coran, de la Torah ou des autres religions. C’est un Dieu métaphorique que l’on appelle parfois, dans les recoins scientifiques, le Grand Architecte de l’Univers.

– Qui ne s’est jamais posé la question suivante : Pourquoi existons-nous ? Comment a-t-on pu arriver où nous en sommes en terme d’intelligence ? Et surtout, comment a-t-on pu gagner à toutes les loteries atomiques pour être plutôt que ne pas être. En effet, dans ce livre, vous apprendrez toutes les conditions qui ont été réunies pour que la vie apparaisse. Et il est vrai qu’on peut assez logiquement se poser la question : n’est-il pas étrange d’être ici de façon tout à fait fortuite ?
Et plus que la vie, on parle ici d’intelligence. La vie humaine comme un des vecteurs créateur de l’intelligence. Un thème passionnant qui prend une dimension exceptionnelle dans la révélation finale, que j’ai trouvée géniale et, pourquoi pas plausible après tout !

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Le problème de ce livre, c’est que ce n’est pas un essai scientifique vulgarisé. C’est aussi un roman. Avec des personnages qui interagissent entre eux. Et autant vous le dire, j’ai eu un sérieux problème avec les personnages, notamment Tomas. Ce qui est fâcheux puisque c’est la figure principale qu’on suit pendant plus de sept cent pages.
J’ai trouvé ce bonhomme vraiment antipathique, naïf, non professionnel, caricatural. Pour ce genre de roman, il faut un homme un minimum charismatique, qui a de la bouteille pour surmonter ce qui lui arrive. Car évidemment, le chemin vers la découverte est semée d’embûches. Tomas est censé avoir quarante-deux ans. Quarante-deux ans, sérieusement ? Honnêtement vu le comportement du gars, ce n’est juste pas crédible, ou alors ce n’est pas l’idée que je me fais d’un homme mûr !

– De plus, toujours concernant Tomas, il a visiblement eu un passé amoureux compliqué, avec un traumatisme lié à un enfant, mais le lecteur n’en saura jamais plus. Pour moi, c’est un élément manquant dans l’histoire.

– Finalement, je crois que José Rodrigues dos Santos avait une idée scientifique très précise à mettre en roman, et qu’il a délaissé l’intérêt que les personnages doivent avoir pour que le lecteur entre vraiment dans l’aventure. En tout cas, ce fut clairement le cas pour moi. Or, cela créé un déséquilibre énorme entre la qualité des idées scientifiques et la façon de les mettre en avant ; et tout le reste (intrigue, personnages, relations entre les individus, intérêt des dialogues).

En bref ?

Très bon niveau thèses scientifiques, laisse à désirer pour le reste. Au final, je suis globalement déçue par cette lecture car je m’attendais à adorer. Et pour cause, c’est exactement le genre que j’aime habituellement.
Cependant, je lirais les autres livres de José Rodrigues dos Santos car celui-ci était son premier, et que malgré tout, le niveau de recherche et de mise en roman des multiples idées scientifiques est vraiment excellent.