Je peux me passer de l’aube – Isabelle Alonso


ALONSO, Isabelle. Je peux me passer de l’aube. Héloïse d’Ormesson, 2017, 301 pages, 20 €.



L’histoire :

Juillet 39. La guerre d’Espagne est officiellement finie. Angel Alcalà Llach, 16 ans, rentre chez lui. Après dix mois au front et quatre au camp de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales), il croit retrouver les siens. Mais rien ne se passe comme prévu. L’Espagne franquiste est une prison à ciel ouvert et Angel ne sera finalement relâché qu’après un an de travaux forcés. Il rejoint enfin sa famille en juillet 1940 tandis que la répression fait rage. Il doit alors s’adapter à un monde inconcevable pour lui : sans droits, sans liberté, où tout devient risque, et où tout risque est mortel. Il choisit de continuer la lutte, et entre en résistance. Malgré la portée modeste de leurs actions, ses camarades vont colorer ces années de violence de toutes les teintes de l’espoir et de l’amitié.
En avril 44, son refus du service militaire le contraint à la clandestinité. Il rejoint Madrid. Les Alliés vont gagner la guerre, balayer Franco… Des temps nouveaux s’annoncent. La République va revenir, c’est sûr…

Ce que j’en ai pensé :

Nous sommes en Espagne, en 1939, à la fin de la guerre civile espagnole qui a duré trois ans. Gelin ; de son vrai nom Angel ; a dix-sept ans. Il revient dans son pays mais comme prisonnier. Les nationalistes ont gagné, Franco est au pouvoir et impose sa dictature.
Quand Angel est libéré, c’est une illusion de liberté. Sa famille essaie de reprendre une vie « normale » sous cette occupation oppressive, mais lui ne peut se résoudre à l’inaction.
Il dit d’ailleurs, page 217 : « agir, ça me donne le sentiment d’exister« .

Nous suivons donc ce jeune homme qui, pour vivre, a besoin de croire en l’avenir. Comme tout le monde me direz-vous. Sauf que pour lui, rester à attendre ne peut pas être une solution envisageable. Il ne veut pas seulement croire en le retour de la République. Il veut oeuvrer pour.

J’ai trouvé ce roman excellent, récit historique emprunt de romantisme ; entendant romantisme au sens artistique du terme : faire prévaloir le sentiment sur la raison.
C’est écrit avec beaucoup de justesse, l’auteur maîtrise incontestablement le sujet, beaucoup de documentation et une histoire personnelle qui l’encourage certainement à écrire (Isabelle Alonso est fille de républicains espagnols, naturalisée française à huit ans).

Gelin évolue dans une famille sans père. En tant qu’aîné, il reprend le flambeau. Trouver un toit pour vivre, du travail pour lui et son frère, préparer une vie meilleure pour ses petits frère et soeur et surtout aider sa mère Nena, qui ne montrera jamais ses sentiments mais qui, on le sent, admire son fils autant qu’elle exècre ses prises de risques.

Emportée par l’écriture d’Isabelle Alonso et son sujet, ce livre est sorti des sujets que j’ai l’habitude de lire et quel pied ! Hâte de lire la suite.

⇒ En bref ?

Un roman court et très intéressant, qui donne envie d’en savoir plus sur ce sujet particulier et qui m’était méconnu.
A savoir : il s’agit de la suite du livre Je mourrai une autre fois. Livre que je n’ai pas lu mais que je lirai volontiers à l’occasion.

Je conseille si vous aimez…

– En apprendre plus sur un sujet historique = la fin de la guerre civile espagnole dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale.


Le voyant – Jérôme Garcin


GARCIN, Jérôme. Le voyant. Gallimard, 2015, 192 pages, 17,50 €.


L’histoire :

Jacques Lusseyrand. Un nom qui ne parle à personne. Pourtant, il s’agit d’une figure de la résistance française, déporté et rescapé du camp de Buchenwald, puis mis au rebut par son pays, la France.

Ce que j’ai apprécié :

– Jérôme Garcin, par son entreprise même, a toute ma sympathie, car il a remis en lumière un homme qui a joué un rôle dans la résistance française lors de la Seconde Guerre Mondiale mais qui, comme beaucoup d’autres, n’a pas eu les faveurs de la postérité. Dans cette biographie, courte mais complète, il dresse le portrait de celui qui su tirer profit de sa cécité précoce pour voir autrement le monde qui l’entourait.
C’est un portrait tendre mais néanmoins sans concession.

– Je n’avais jamais entendu parler de Jacques Lusseyrand. Aveugle à huit ans, il trouva vite la lumière intérieure à défaut de voir à nouveau celle de l’extérieur. Un handicap qui ne l’empêchera pas de créer le groupe Les Volontaires de la Liberté dans son lycée de Louis-le-Grand en 1941. De même, il intègrera très vite le comité directeur du journal résistant Défense de la France. Il a seulement dix-sept ans.
On sait que nombre de résistants durant cette guerre furent parfois très jeunes. Ce livre, à travers l’histoire de Jacques Lusseyrand, leur rend aussi hommage. Car évidemment, la postérité ne pouvait peut-être pas retenir chaque nom de chaque courageux qui officia pour notre liberté. Mais les romanciers tels que Jérôme Garcin les aide à se reprendre une place, si petite soit-elle. Je loue cette démarche historique, et j’avoue avoir été particulièrement touchée par un passage du roman, où l’auteur cite des passages des lettres de certains jeunes résistants qui furent fusillés. Ils avaient moins de vingt ans et prouvent leur étonnante maturité et leur fierté de mourrir pour la liberté des futures générations. C’est terriblement émouvant.

– J’ai trouvé l’écriture de Jérôme Garcin magnifique. Je n’avais jamais lu cet auteur, mais quelle maîtrise de la langue, quelle poésie dans chacune de ses phrases. J’ai été sincèrement touchée par le style car, il révèle, entre les lignes, la tendresse et l’admiration de l’auteur pour son personnage. Ce n’est pas un biographie lambda. Ce n’est pas lourd, ni didactique. Ce n’est pas descriptif, ni dénué d’émotions. C’est tout le contraire, en vérité.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Je cherche des points plus négatifs à cette lecture mais à vrai dire je n’en trouve pas, à chaud. J’aurais pu dire que, ayant adoré ce livre, je me serais laissée aller à lire un peu de pages en plus. Mais en fait, non. Les quelques 190 pages se suffisent largement.

En bref ?

Premier livre sur 4 lu dans le cadre de la sélection finale du Prix Relay des voyageurs-lecteurs 2015. Et quelle lecture ! Si les trois autres livres sont du même acabit, le choix sera dur !

Tant qu’il y aura des étoiles, t.1 Résistants – Pierre Hentic

Quatrième de couverture :

Le prélude à la guerre est relaté à travers les yeux d’un adolescent, au cœur grand comme ses rêves, qui très tôt va s’engager et deviendra « l’une des plus belles figures de la Résistance française ». L’auteur sait tour à tour nous faire sourire devant le burlesque des trains bondés, des cafés, des campagnes de la France en déroute ; nous passionner pour les aventures des jeunes agents infiltrés par Londres en France et pour celles de villages entiers qu’ils rallient à leur cause, alors que l’Europe semble écrasée et que le monde s’embrase ; nous émouvoir enfin quand viennent l’arrestation, l’isolement à Fresnes, le bagne de Dachau, le retour…

Mon avis :

Je n’ai pas pour habitude de lire des livres traitant de la guerre. Mais quand Les Agents littéraires m’ont proposé ce partenariat, j’ai tout de suite été attirée par le résumé et le titre. « Tant qu’il y aura des étoiles » : ce titre plein de poésie est très beau, et nous fait comprendre que l’on doit toujours avoir l’espoir, que l’on doit se battre pour notre liberté, qu’il ne faut jamais abandonner. C’est comme ça que je l’ai compris, surtout avec ce mot « résistants ».
A la réception, première déception : la couverture. Bien sûr c’est une petite maison édition ; et même une édition qui promeut les notes de Pierre Hentic (l’auteur de ce livre), qui était appelé Maho durant la résistance. Mais tout de même, la couverture est tout particulièrement laide. C’est dommage car ça ne donne pas le même entrain pour ouvrir le livre.
Bref. Passé cette première approche, la rentrée dans le récit se fait facilement. L’auteur est donc Pierre Hentic, mais c’est sa famille qui ont rassemblé des textes écrit de sa main pour les rassembler en un livre. Il parle à la première personne du singulier. Evidemment cela rend l’histoire bien vivante et passionnante puisqu’avant de parler des années guerre, il nous raconte son enfance, sa formation militaire au 27e BCA d’Annecy, sa mobilisation pour la guerre puis sa démobilisation, son entrée en résistance puis son arrestation et sa déportation.
La première moitié du livre a été un réel plaisir, j’ai été un peu plus lassée dans la deuxième moitié. Pourtant, qu’est-ce que cette histoire vraie est riche en enseignements ! J’imagine aisément un étudiant travaillant sur le sujet de la résistance trouver dans ce récit des éléments plus que pertinents. On apprend toutes les manoeuvres du réseau clandestin de Pierre Hentic.

Cette lecture a donc été contrastée. J’ai aimé l’histoire générale de cet homme. On aimerait que nos grands-parents soient comme lui. Mais les descriptions étaient parfois un peu longues.
Néanmoins, ce livre a été Prix littéraire de la résistance en 2010 et je dois avouer qu’il s’agit d’un témoignage très complet sur la guerre vue par les yeux d’un militaire, puis d’un résistant et enfin d’un prisonnier. Mais surtout, la guerre vécue par un jeune homme épris de liberté.

Remerciements :

Merci aux agents littéraires ainsi qu’aux éditions MAHO qui m’ont fait découvrir un livre très intéressant, même si mon sentiment général reste mitigé.



EDITIONS MAHO