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Elise au pays des alpages – Régine Boisier

9782842063771FSL’histoire :

Élise est une orpheline, née dans un hameau proche du Grand-Bornand en Haute-Savoie. En orphelinat pour commencer puis recueillie par deux vieilles filles, elle va n’avoir de cesse de vouloir en savoir plus sur sa naissance.

Un peu de réflexion…

Régine Boisier nous conte avec cette histoire très simple à la fois deux choses : d’une part les paysages de Haute-Savoie avec une géographie particulièrement montagneuse, et d’autre part la vie dans ses milieux reculés et parfois hostiles au début du XXe siècle.

Les points positifs ?

Plusieurs choses m’ont plu dans ce récit.
Tout d’abord, l’idée de base, à savoir le début du siècle (1913 pour être exacte) où les convenances sont de mises. Ainsi, une jeune femme enceinte sans être mariée ne peut que jeter l’opprobre sur sa famille et doit faire en sorte de cacher son péché.
Ensuite, j’ai trouvé l’écriture de Régine Boisier très agréable, avec des descriptions légères des paysages environnants.
Puis l’histoire en elle-même ainsi que le personnage d’Élise m’a vraiment charmé. Une jeune fille qu’on suit de sa naissance à ses vingt ans, avec une réelle déchirure qui est celle de l’orphelin. Les questions sur ses racines, et la façon de se construire sans connaître l’histoire de ses parents.

Les points négatifs ?

Plus une précision qu’un point négatif : la lecture de ce roman pourra ravir beaucoup de personnes mais je le conseille évidemment principalement aux personnes originaires des Savoie, puisque les éditions de la Fontaine de Siloé privilégient justement des récits où les lieux savoyards et hauts-savoyards ont presque une place de personnage principal.

En bref ?

Un roman régional qui m’a beaucoup plu et qui m’a permis de visualiser les paysages avec d’autant plus de facilité qu’ils me sont familiers.

Savoie, une montagne de légende – Lucien Chavoutier

Quatrième de couverture :

« Tous les pays qui n’ont plus de légendes seront condamnés à mourir de froid… »
Patrice de La Tour du Pin.

Mon avis :

Entre Histoire et légendes, le fossé semble immense. Les légendes n’en sont pas moins aussi importantes que l’Histoire. Elles véhiculent une histoire populaire, un témoignage de la vie à une époque et un lieu donné. Lucien Chavoutier nous les présente comme des compléments à l’Histoire que l’on nous conte traditionnellement.

Ici, c’est la Savoie qui est traitée mais également toute la chaîne alpine. Quelles légendes se sont créées ? A partir de quels évènements ? Quelles sont leurs particularités ? Au travers de quinze chapitres thématique, l’auteur nous entraîne dans la Savoie d’antan et dans l’imaginaire collectif de ses populations paysannes montagnardes.
L’on apprend notamment le mystère engendré par les Alpes, cette chaîne de montagnes magnifique, fascinante, mais aussi mystérieuse et parfois dangereuse. L’on apprend également la vie quotidienne des villageois, la relation entre les individus mais les rapports des hommes avec une nature très riche, qu’elle soit animale ou végétale.

Avec un effort certain de vulgarisation, l’auteur entraîne le lecteur familier vers des lieux connus de lui (notamment des villages savoyards de Maurienne et Haute-Maurienne) mais dont les légendes qui s’y attachent peuvent lui échapper. 
Pour ma part, j’ai beaucoup aimé retrouver les légendes autour du Diable, très présentes dans la région. Notamment celle du diable et du Pont du Diable à Bessans, village et station d’hiver que je connais bien.

L’auteur explique que les légendes sont essentielles pour l’Histoire. En la complétant, elle ne la renie pas. En effet, il explique assez bien que les populations ne sont pas naïves au point de prendre à la lettre les fables racontées lors des veillées. Cela permet simplement de créer des historiettes autour de fait divers : des gros blocs de pierre charriés par les glaciers ; les edelweiss, ces magnifiques fleurs qui ne poussent qu’entre 1000 et 3000 mètres d’altitude ; etc.

Plus qu’un recueil de légendes, ce livre est donc également un essai sur le rôle et la valeur de celles-ci. Une bibliographique très complète montre l’important travail de documentation de l’auteur (108 références sont citées dans le livre et reprises en fin d’ouvrage).
Je ne peux que recommander cette lecture aux savoyards et haut-savoyards. Pour les autres, n’hésitez pas à vous procurer des livres de cet acabit mettant en scène votre région. Très enrichissant.

Le bout du monde. Six mois d’hiver dans les neiges de Haute-Maurienne – Madeleine Triandafil



Quatrième de couverture :

C’est en traineau, par un soir glacial, sous un ciel clouté d’étoiles qu’une jeune institutrice de dix-huit ans allait rejoindre son poste « haut placé ».
C’était en automne, il y a bien longtemps.
Bessans, paraissait comme un coin perdu du monde.

Mon avis :

Ce livre a été pour moi une belle découverte. Je l’ai acheté complètement par hasard dans ma librairie habituelle. Elle consacre en effet deux portants à la littérature régionale, dite du terroir, et donc savoyarde en l’occurence ! Et j’ai eu d’emblée envie de découvrir la maison d’édition savoyarde « La Fontaine de Siloé », d’autant qu’une de ses collection est au format poche, aux prix habituels (7€ pour ce livre).
Le titre ainsi que la couverture m’ont plu et la quatrième de couverture m’a convaincu, notamment à l’évocation du village de Bessans, qui est une station de ski où j’ai passé beaucoup de vacances de Noël avec mes parents.

Le livre est organisé en deux parties. La première est une présentation du récit et surtout de son auteur, Madeleine Triandafil, par un certain Francis Tracq. La présentation regorge de photos, vieilles cartes postales ou encore article de journal. Ainsi, on découvre la vie de cette jeune fille de Modane (village de Maurienne) Madeleine Triandafil, née en 1897 et décédée en 1977. En 1958, elle retourne à Bessans, petit village de Haute-Maurienne, où elle a échoué à 18 ans (en 1915) comme enseignante. La seconde partie du livre est le récit de ses souvenirs à Bessans, édité pour la première fois en 1959 il me semble.

Ce fut une lecture vraiment passionnante pour moi ; bien plus que ce que j’aurais pensé. D’une part, parce que j’aime les histoires de ce types : autobiographique et témoignage historique. Ensuite, car les paysages qu’elle décrit, tout enneigés, me fascinent aussi ; qu’ayant grandit dans la capitale des Alpes (Grenoble), j’ai toujours adoré les massifs recouverts de neige et je me souviens du grand bien-être que je ressens encore quand je me promène en station de ski l’hiver. D’autre part, je dois dire que l’écriture est agréable, même si certaines phrases sont longues et parfois la ponctuation plutôt mauvaise.
Dans son récit, Madeleine Triandafil parle d’elle à la troisième personne, sous le nom de Mlle Mugnier (nom de jeune fille de sa mère). Par ce personnage, dont on sent évidemment qu’elle est proche, elle fait passer aux lecteurs les émotions nostalgiques de ce souvenir, mais aussi les instants parfois cocasses qu’elle a vécu. De plus, on découvre la vie quotidienne des paysans de montagne (Bessans est situé à 1750 mètres d’altitutde) au début du XXe siècle, au travers le regard d’une jeune fille qui devient presque ethnologue. La façon de se chauffer en dormant dans l’étable avec les animaux l’hiver, la composante des lits, la façon de fabriquer la dentelle artisanelement, les costumes traditionaux, les traditions des veillées au coin du feu, des bribes de chansons régionales, etc. Bref, un réel témoignage comme j’aime en lire, surtout quand cela concerne la région où je vis et où j’ai grandi.

Je recommencerais l’aventure avec cette maison d’édition très vite, car c’est aussi une façon de mettre en avant une région, un territoir et des traditions.