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Tenebra Roma – Donato Carrisi


CARRISI, Donato. Tenebra Roma. Calmann-Levy, 2017, 304 pages, 20,50 €.



L’histoire :

« Et si Rome se retrouvait plongée dans les ténèbres pour toujours… »
Cinq siècles auparavant, le pape Léon X lança cet avertissement : Rome ne devra jamais être plongée dans l’obscurité. Pourtant, lorsqu’aujourd’hui la foudre s’abat sur une centrale électrique au cours d’une terrible tempête, les autorités romaines sont forcées d’imposer un black-out total de vingt-quatre heures sur la ville le temps de réparer les dégâts. Dès le crépuscule, les ombres reviennent envahir Rome.
Dans le chaos et la panique qui s’ensuivent, une silhouette plus sombre que les autres va se déplacer silencieusement à travers la capitale, laissant derrière elle une traînée de morts… ainsi que des indices.
Marcus, le prêtre de l’ordre des Pénitenciers, peut reconnaître et interpréter les anomalies sur les scènes de crime. Mais le pénitencier a perdu son arme la plus précieuse : sa mémoire. Lui-même victime du tueur, il échappe de justesse à une mort atroce, sans plus aucun souvenir des derniers jours passés. Il va devoir remonter le fil de sa vie en même temps que la piste du monstre.
Seule Sandra Vega, une ancienne photographe scientifique, peut l’aider dans sa traque. Sandra connaît le secret de Marcus, mais a subi trop de pertes dans sa vie pour être en mesure de faire face à nouveau au mal. Et pourtant, elle va se retrouver entraînée malgré elle au cœur de l’enquête…
Le coucher du soleil se rapproche, et le temps est compté : au-delà des ténèbres, il n’y a que l’abîme.

Ce que j’en ai pensé :

Comment détruire Rome, l’éternelle, en quelques jours ? C’est à partir de cette idée de départ que Donato Carrisi a redonné vie à ses personnages de Marcus, le Pénitencier, et Sandra, la policère photographe ; que l’on avait déjà croisés dans Le tribunal des âmes et Malefico.

Le black-out est annoncé sur la ville de Rome. Arrêt de la centrale qui dessert la ville en électricité et déchaînement des éléments avec des pluies torrentielles et un fleuve qui menace d’entrer en crue.
La nuit sera noire sur Rome, au sens propre comme au figuré. Car la nuit, les passions néfastes se déchaînent, les âmes sombres surgissent.

On suit Marcus, très vite accompagné de Sandra, dans sa quête pour retrouver la mémoire. Car, encore une fois, il est victime d’amnésie et ne souvient plus de l’enquête qui l’a mis dans une situation mortelle.
Au gré de leurs pérégrinations, au gré des trahisons qu’ils essuient, il sera question d’un enfant disparu depuis neuf ans, de crime rituel atroce et d’une société secrète, l’Eglise de l’éclipse. Ainsi que d’une prophétie terrible du pape Leon X : Rome ne devra « jamais, jamais, jamais » se retrouver plongée dans l’obscurité.

Tous les éléments sont là pour former un bon thriller ésotérique, au rythme haletant mais qui n’assomme pas le lecteur sous des descriptions à rallonge. C’est efficace et quel plaisir de retrouver Marcus et Sandra ! D’autant que la fin laisse entrevoir qu’il pourrait avoir une suite à leurs aventures ! Ou c’est peut-être moi qui l’espère avidement !

⇒ En bref ?

Un très bon cru de Donato Carrisi ! Pour moi, c’est un auteur complet, qui aborde des sujets d’actualité et qui n’hésite pas à faire des recherches approfondies pour ses romans.

Je conseille si vous aimez…

– les thrillers ésotériques
– les séries aux personnages récurrents


Cul-de-sac/Piège nuptial – Douglas Kennedy

couv349755L’histoire :

Nick est un américain proche de la quarantaine qui, sur un coup de tête, débarque en Australie pour une sorte de road trip en solitaire. Puisque seul, il l’est : plus aucune famille proche pour se soucier de lui.
Jusqu’au moment où, au volant de son VW en pleine route dans le bush australien, il tombe sur Angie. Une jeune fille très entreprenante, qui va le mener dans un enfer dont il ignorait l’existence.

Éléments de réflexion :

Ce roman parle des mauvaises rencontres que l’on fait mais aussi et surtout de la vie sectaire, en communauté restreintes, où la population autochtone s’estime en-dehors des lois. Si bien que la législation et les codes sociaux sont complètement remaniés, de façon que l’extérieur n’a aucune prise sur eux.

Les points positifs :

– Je découvre Douglas Kennedy avec ce livre et j’ai trouvé la narration très agréable à lire et vraiment intéressante.

– J’ai eu un coup de cœur pour le thème de la communauté fermée qui attire dans son antre ; à la manière d’une araignée et sa toile ; des âmes extérieures sans envergure pour les modeler à leur mode vie. Originale, j’ai rarement rencontré cette thématique dans un polar, et cela est plutôt bien fait ici.

– Concernant le personnage de Nick, j’ai trouvé son instinct de survie assez intéressant et vraisemblable. Parfois révolté, parfois prostré, il ne perd néanmoins jamais l’ambition de s’échapper de ce cauchemar.

Les points négatifs :

Étonnamment, je n’ai pas aimé ce livre comme beaucoup de lecteurs ont pu adoré. A vrai dire, je m’attendais à un récit très angoissant, qui fait frissonner et dont on tourne les pages frénétiquement. Malheureusement, j’ai été très déçue à ce niveau-là. Dès que la partie thriller est arrivée, j’étais très prise dans l’histoire en attendant à être effrayée, étonnée, etc. Mais non. J’ai eu beaucoup d’empathie pour Nick, ce qu’il a vécu est terrible, mais rien de macabre, de terrifiant ou de haletant.

En bref :

Un polar agréable à lire mais malheureusement je ne l’ai pas trouvé aussi dingue que tout le monde le dit.

Le cercle des Huit – Daniel Handler

Quatrième de couverture :

Que s’est-il passé ce soir mémorable d’Halloween ? Aujourd’hui, sur le parking des élèves, le corps d’Adam State a été retrouvé dans le coffre d’une voiture volée. Il avait disparu depuis presque une semaine. A vrai dire, le plus inquiétant n’est pas sa mort, mais la manière dont il est mort. Adam State a été tué au cours de ce qui s’apparente à un rituel satanique… Il ne s’agit pas d’un fait divers. Lisez le journal de Flannery, la narratrice de cette histoire, non pour le frisson macabre dont chacun d’entre nous raffole, mais pour la leçon capitale qu’il nous offre.
Daniel Handler, alias Lemony Snicket, auteur des Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire, imagine ici un récit brillant et drôle, entre roman gothique et roman d’ados.

Mon avis :

Le journal intime d’une adolescente américaine, sur fond de meurtre et de rituel sataniste, cela ne pouvait que piquer ma curiosité. Thriller ? Roman de société ? Fresque moralisatrice ? Il est assez difficile de classer ce roman. Il s’agit plutôt d’un récit qui propose au lecteur une analyse des comportements adolescents et des dérives qu’ils peuvent générer.

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Dans l’enfer de l’Opus Dei – Véronique Duborgel

Quatrième de couverture :

Depuis sa création en 1928, l’Opus Dei fascine autant qu’il inquiète. Pendant treize ans, Véronique Duborgel – recrutée à l’âge de vingt ans – en a subi la loi rigoureuse sous la pression de son mari et de son entourage : endoctrinement, remontrances, «corrections fraternelles» de la part d’une hiérarchie qui refuse d’entendre sa souffrance de femme battue. C’est lorsqu’elle se décide à rompre que l’organisation se retourne contre elle… À travers son témoignage accablant, nous pénétrons le monde opaque de l’Opus Dei, organisation catholique la plus secrète et la plus controversée. Un monde où l’obéissance et le châtiment tiennent lieu de dogme.

Mon avis :

Quoi de plus fascinant qu’une secte vu de l’intérieure par une personne qui y a vécu et qui en est sortie ? Parce que l’Opus Dei, bien que dépendant de l’église catholique (ne devant des comptes qu’au pape lui-même), à toutes les caractéristiques d’une secte d’après la description qu’en donne Véronique Duborgel.
Le récit n’est pas linéaire. L’auteure a choisit de nous donner des « morceaux de vie » comme elle le qualifie elle-même. J’ai été vraiment fascinée par le fait que dès le début elle n’a pas aimé faire partie de cette institution. Au moment même où elle « siffle », c’est-à-dire où elle devient « opusienne », elle se demande déjà pourquoi elle fait cela. Et c’est tout l’ambiguité du récit. Une vraie schizophrénie va se développer chez la jeune femme. Elle se doit de montrer une image parfait à l’extérieur alors qu’à l’intérieur elle ne supporte pas les dictats qui lui sont imposés.

En fait, c’est toute sa vie qui est régulée par sa directrice spirituelle et par les prêtres. En tant que surnuméraire (membre marié, opposé au numéraire qui fait voeu de chasteté notamment), elle doit avoir beaucoup d’enfants, son intérieur doit être bien tenu, elle doit s’habiller en jupe ou robe sans pantalon, sans décolleté, sans sous-vêtement affriolant. Elle doit être bien coiffée, ne doit pas parler ni penser si son mari est là, doit accorder un temps important à tout ce qui concerne la prière dans la journée. Elle subit, et doit faire subir, des corrections fraternelles par et pour ses soeurs qui ne respecterait pas un dictat : trop d’émotion, pas assez d’enfants, un intérieur mal entretenu, tout cela et tant d’autres entre en compte pour ses fameuses corrections, humiliations même.
Finalement, Véronique Duborgel nous décrit une vie d’apparence : son mari la bat ? Tant pis, il faut montrer un couple « lumineux et joyeux » lui répondent les membres et prêtres ! Ce qui va la perturber également, c’est que Dieu là-dedans n’est presque pas présent : c’est le fondateur, le « Père » que l’on idolâtre ; Mgr Escrivà. 
Et puis, il y a évidemment l’isolement complet des membres. Les conjoints ne peuvent pas parler de ce qu’ils vivent dans leur « cercle » (évidemment aucun des rassemblements n’étant mixte hormis à Nöel) ce qui créé un mur dans le couple. Mais surtout, les amitiés intimes sont interdites ! Il ne faut parler que de religion, s’il on parle avec une personne qui ne fait pas partie de l’Opus Dei, c’est pour la recruter. Sinon, ce n’est pas la peine.

Bref, un récit vraiment stupéfiant, qui montre une institution toute puissante qui dépersonnifie ses membres, qui cherchent à les isoler, à les faire mentir, à leur soutirer de l’argent… Enfin, comment, après ce livre, ne pas penser qu’il s’agit d’une secte ?
L’étonnant c’est la culpabilité de Véronique Duborgel : pendant treize ans, elle n’a pas pu quitter l’Opus Dei. C’est dire l’influence sur sa conscience, sur son libre-arbitre.

C’est un témoignage passionnant, court mais qui révèle bien des choses.