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L’archipel d’une autre vie – Andreï Makine


MAKINE, Andreï. L’archipel d’une autre vie. Editions Points, 2017, 233 pages, 7,40 €.



L’histoire :

Une chasse à l’homme à travers l’infini de la taïga, au crépuscule de l’ère stalinienne. Qui est donc ce criminel aux multiples visages que Pavel Gartsev et ses compagnons doivent capturer ?
Insaisissable, le fugitif paraît se jouer de ses poursuivants, qui, de leur côté, s’emploient à faire durer cette traque, peu pressés de retourner au cantonnement. Dans cette longue parenthèse rythmée par les feux des bivouacs et la lutte quotidienne contre les éléments se révélera le vrai caractère de chacun, avec ses lâchetés et ses faiblesses.
Un à un les hommes renoncent, découragés ou brisés par les ruses déroutantes de leur adversaire, jusqu’au moment où Pavel se retrouve seul à la poursuite de cette proie mystérieuse. Une étrange communion à distance semble alors s’instaurer entre ces deux êtres que tout sépare. Lorsqu’il connaîtra l’identité véritable de l’évadé, sa vie en sera bouleversée. La chasse prend une dimension exaltante, tandis qu’à l’horizon émerge l’archipel des Chantars : là où une « autre vie » devient possible, dans la fragile éternité de l’amour.

Ce que j’en ai pensé :

Plongée dans l’Union soviétique du début des années 50. Nous sommes en pleine guerre froide entre URSS et Etats-Unis. L’un et l’autre des protagonistes possède arme nucléaire et arme chimique. Le climat ambiant est à la méfiance et aux simulations d’attaques.
Pavel est l’un de ces militaires qui doivent participer aux exercices, jusqu’au jour où il est envoyé en pleine taïga avec une petite équipe, dans le but de traquer un fugitif du goulag.

Ce roman est un véritable roman d’aventures et surtout de quête de soi. Chaque membre va se retrouver face à lui-même dans cette rude immensité. Un regain d’humanité là où la nature impitoyable, va faire ressortir l’instinct animal des poursuivants. La relation prédateur/proie n’en est que plus forte.

Ce roman est aussi une ode à l’immensité de la taïga, cette insaisissable forêt sibérienne. Dans cet environnement, le fugitif est un trappeur qui arrive à échapper à ses poursuivants en utilisant la nature à son profit.
Mais c’est aussi la liberté face au terrible goulag. Je vous livre ici une citation p.55 :

 » Tout autour, dans les camps que cachait la taïga, des milliers d’ombres meurtries peuplaient les baraquements à peine plus confortables que mon abri. Que pouvait proposer un philosophe à ces prisonniers ? La résignation ? La révolte ? Le suicide ? Ou encore le retour vers une vie… libre ? Mais était cette « liberté » ? Travailler, se nourrir, se divertir, se marier, se reproduire ? Et aussi, de temps en temps, faire la guerre, jeter des bombes, haïr, tuer, mourir… […] « 

 

⇒ En bref ?

Court mais intense, il est difficile de sortir de son roman indemne. Les notions telles que la liberté et l’écologie ont une place forte et donnent à réfléchir plus qu’on l’aurait cru en se lançant dans la lecture.

Je conseille si vous aimez…

– Les grands espaces.
– Les histoires qui font réfléchir.


Bons baisers du Baïkal. Nouvelles de Sibérie – Géraldine Dunbar

333x500_chargement_9782361570699L’histoire :

Un recueil de dix-sept nouvelles qui mettent en scène des personnages autour du lac Baïkal.

Éléments de réflexion :

Géraldine Dunbar évoque au travers de ces nouvelles l’immensité, le mystère, la nature, les légendes et la chaleur humaine qui sied au lac Baïkal, situé dans le sud de la Sibérie, en Russie.
Avec ses isbas, ses ermites, ses chasseurs, ce sont avant tout des paysages et une atmosphère que l’auteure souhaite rendre au lecteur. Une certaine langueur aussi.

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Les points positifs :

– L’écriture de Géraldine Dunbar est superbe, parfaitement en adéquation avec les récits qu’elle conte. Chaque mot est à sa place.

– Les paysages décrits sont magnifiques et nous font incontestablement voyager. Mais c’est surtout l’ambiance et la chaleur humaine que je retiendrais de ces nouvelles. L’accueil de l’Autre, à qui l’on ne pose aucune question. On arrive au Baïkal avec le poids de son existence et la quiétude que les personnages y trouvent les font rester plusieurs années ou toute une vie. Jusqu’à ce que la mort les sépare ? Il y a un peu de cela.

– Les histoires suivent une trame commune géographiquement parlant mais sont toutes très différentes les unes des autres, ce qui diversifient le lecteur et repousse l’ennui.

Les points négatifs :

Aucun point négatif à soulever.

En bref :

Vous refermerez ce livre avec le rêve de rencontrer les rives de ce lac majestueux.

En Sibérie – Colin Thubron

Quatrième de couverture :

La Sibérie : un immense nulle part, plus grand que les États-Unis et à peu près inconnu. Une terre dévastée que peuplent, entre usines en ruine et déchets nucléaires, des popes illuminés, des chamans égarés, des rescapés du Goulag – autant de fantômes s’acharnant à vivre malgré tout. Le célèbre écrivain-voyageur mêle le passé au présent, les paysages aux rencontres, pour nous offrir le portrait poignant d’une terre aux allures de prison.

Mon avis :

Il est de ces contrées sauvages, presque vierges, où le temps semble être plus lent que nulle part ailleurs. La Sibérie en fait partie. Un territoire immense, froid, au bout du monde. C’est là-bas que nous emmène Colin Thubron, nous faisant revivre son long périple, à la rencontre des habitants, de la nature et de l’Histoire.

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Dans les forêts de Sibérie – Sylvain Tesson



Quatrième de couverture :

Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Écrivain, journaliste et grand voyageur, Sylvain Tesson est né en 1972. Après un tour du monde à vélo, il se passionne pour l’Asie centrale, qu’il parcourt inlassablement depuis 1997. Il s’est fait connaître en 2004 avec un remarquable récit de voyage, L’Axe du loup (Robert Laffont). De lui, les Éditions Gallimard ont déjà publié Une vie à coucher dehors (2009) et, avec Thomas Goisque et Bertrand de Miollis, Haute tension (2009).

Mon avis :

Passer six mois dans une cabane en Sibérie, au bord du lac Baïkal, avec pour seuls voisins proches les arbres, les ours et la neige, c’est le choix qu’a fait Sylvain Tesson pour expérimenter le temps.
La notion de temps est-elle la même pour un parisien que pour un ermite ? Peut-on se supporter soi-même lorsque les seules occupations sont couper du bois et pêcher ?
Ce sont ces questions et beaucoup d’autres que va se poser Sylvain Tesson, ce globe-trotteur amoureux de la Russie.

Divisé en six parties représentant les six mois passés loin de tout (de février à juillet 2010), ce récit est rédigé à la manière d’un journal de bord : tous les jours sont égrénés. Avec un froid dépassant parfois les -30° C, la cabane devient un refuge, presque une matrice chaude, où l’auteur se surprend à ralentir ses gestes, à « blanchir » et à regarder par sa petite fenêtre avec un intérêt immense. Les montagnes, le lac gelé, la neige, les arbres, les animaux deviennent son environnement, sa vie. Une pointe d’étonnement lorsqu’il se rend compte que sa vie « d’avant » ne lui manque pas? Incroyable de se passer aussi facilement de la vie que l’on mène depuis toujours. Et quelle joie aussi de remarquer que dans cet univers l’ermite ne nuit à aucun être vivant, sauf l’arbre qu’il débite et les poissons qu’il mange. Une certaine spiritualité émerge des tâches de la vie quotidienne.

Deux idées m’ont beaucoup plu dans cet ouvrage.
La première étant que l’homme seul ne peut pas être tout à fait convaincu de la justesse de sa perception du monde, si aucun compagnon n’est là pour lui assurer qu’il voit la même chose. La nature est-elle comme l’homme la voit ?
La seconde est d’une justesse étonnante, qui part d’une seule phrase de l’auteur : « l’ermite ne s’oppose pas, il épouse un mode de vie »Comme on le voit, une philosophie et une spiritualité naissent au contact de cette vie atypique. Des réflexions aussi étrangent que regarder la poussières au travers d’un rayon de lumière.

J’ai noté des points négatifs, notamment deux réflexions qui m’ont déplu à titre personnel. Tout d’abord, lorsqu’il remarque le « Da Vinci Code » de Dan Brown chez un ami, il parle de « baisse de civilisation ». Je trouve cela un poil arrogant et qui peut blesser beaucoup de lecteurs. Ensuite, lors de son séjour, sa soeur accouche et il en parle sans aucune tendresse, ni un minimum de gentillesse. Visiblement cet enfant n’est qu’un nouvel habitant dont la Terre ne voudrait peut-être pas.
Néanmoins, cela n’enlève en rien l’excellente maîtrise de la langue française de Sylvain Tesson, avec un rythme parfois lent, parfois extrêment rapide. Le vocabulaire est très riche et nous fait ressentir beaucoup d’émotions.
L’exercice est donc réussi et l’on se demande comment le retour à la société parisienne s’est faite.
Ce livre intrigue et fait réfléchir sur l’importance de tout ce qui constitue notre société de consommation.