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Le Bourbon Kid, t.3 : Le cimetière du Diable – Anonyme


ANONYME. Le cimetière du Diable. Sonatine, 2011, 452 pages, 21 €.
Traduit de l’anglais par Diniz  Galhos.


L’histoire :

Les héros du Livre sans nom  et de L’oeil de la Lune se retrouvent toujours le soir d’Halloween, dans un endroit perdu au milieu du désert, pour un concours de sosies de chanteurs dont le nom est particulièrement éloquent : « Back From The Dead » ! James Brown, Les Blues Brothers, Kurt Cobain ou encore Elvis Presley se mettent en scène. Avec toujours des tueries, des zombies et un ton déluré.

Ce que j’en ai pensé :

Plus de quatre ans avant de me replonger dans cette saga délurée qui met en scène un serial killer au surnom aussi alcoolisé que rock’n’roll : le Bourbon Kid.
Déjà, ce qui est plaisant, c’est d’avoir un univers littéraire complètement déjanté, qui met une grosse touche d’originalité, que ce soit dans le fantastique ou le thriller, les deux genres dans lesquels on pourrait classer cette histoire.

Dans Le Cimetière du Diable, j’ai adoré retrouver le Bourbon Kid, même si on ne le voit pas assez à mon goût. C’est un serial killer tellement attachant (si, si !) qui tue sans l’ombre d’un remords, tout simplement parce qu’il n’a plus rien à perdre depuis ce jour maudit où il a dû tuer sa mère de sang froid, après qu’elle se soit faite transformer en vampire. Un homme maintenant, qui est sans foi ni loi, sauf lorsqu’il rencontre Emily, alias Judy Garland. Une jeune femme qui a la chance de lui rappeler son amour de jeunesse, Beth. Celui qu’on croyait définitivement mort de l’intérieur révèle son point faible ; un coeur qui bat encore pour figure féminine foncièrement gentille et belle.

L’histoire en elle-même, je dois bien l’avouer, m’a beaucoup moins passionnée que les deux premiers tomes. Mais que dire de ce style ? Sévèrement addictif, avec des personnages qui disent haut et fort ce qu’ils pensent, dans un vocabulaire cru et délicieusement détestable. C’est précisément ce style, qui sort des sentiers battus en littérature, et qui donne à voir plus qu’à lire, qui font fantasmer sur l’identité de l’auteur. Qui ne veut toujours pas se révéler ! Les suppositions les plus folles sont de mise, comme celle qui annonce Quentin Tarantino. Car il est vrai que si vous avez vu les films du réalisateur américain, aucun doute que vous y verrez des références stylistiques.

En bref, je suis ravie d’avoir enfin lu ce troisième volet, même si l’histoire en elle-même m’a moins emballée. Maintenant, il me tarde de lire les dernier volet, Le livre de la Mort.

Vous aimerez si…

– Vous aimez les films à la Quentin Tarantino.
– Les zombies et le rock’n’roll sont votre religion.
– Vous aimez sortir des sentiers battus en littérature !

Les Anges de New-York – R.J. Ellory

Quatrième de couverture :

Frank Parish, inspecteur au NYPD, a des difficultés relationnelles. Avec sa femme, avec sa fille, avec sa hiérarchie. C’est un homme perdu, qui n’a jamais vraiment résolu ses problèmes avec son père, mort assassiné en 1992 après avoir été une figure légendaire des Anges de New York, ces flics d’élite qui, dans les années quatre-vingt, ont nettoyé Manhattan de la pègre et des gangs. Alors qu’il vient de perdre son partenaire et qu’il est l’objet d’une enquête des affaires internes, Frank s’obstine, au prix de sa carrière et de son équilibre mental, à creuser une affaire apparemment banale, la mort d’une adolescente. Persuadé que celle-ci a été la victime d’un tueur en série qui sévit dans l’ombre depuis longtemps, il essaie obstinément de trouver un lien entre plusieurs meurtres irrésolus. Mais, ayant perdu la confiance de tous, son entêtement ne fait qu’ajouter à un passif déjà lourd. Contraint de consulter une psychothérapeute, Frank va lui livrer l’histoire de son père et des Anges de New York, une histoire bien différente de la légende communément admise. Mais il y a des secrets qui, pour le bien de tous, gagneraient à rester enterrés.

Mon avis :

Après avoir lu et beaucoup apprécié Seul le silence de R.J. Ellory, j’étais ravie de me plonger dans son dernier roman, joliment intitulé Les Anges de New-York. Cette fois, il choisit de s’intéresser à la grande organisation qui caractérise la célèbre police new-yorkaise.

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Un père idéal – Paul Cleave

Quatrième de couverture :

Jack Hunter a longtemps été un bon époux et un père idéal. Un homme bien sous tous rapports, hormis cette petite manie secrète et discutable : le meurtre violent de prostituées. Aussi son fils Edward ne s’attendait-il pas à ce que la police vienne un jour frapper à la porte de leur maison si tranquille pour arrêter le premier serial killer de l’histoire de Christchurch, Nouvelle-Zélande. Vingt ans plus tard, Edward est à son tour devenu un citoyen modèle. Comptable sans histoire dans un cabinet d’avocats de la ville, il a tout fait pour oublier et faire oublier ses sombres origines. Mais le jour où sa femme est sauvagement assassinée, c’est vers son père, toujours derrière les barreaux, qu’il va se tourner pour prendre conseil. Pourra-t-il faire autrement que de marcher sur ses traces ? L’instinct de tueur est-il vraiment héréditaire ? Autant de questions qu’Edward va devoir affronter durant une folle semaine qui verra sa vie bien rangée basculer dans l’horreur.

Mon avis :

Une couverture superbe, un titre accrocheur. Des symboles opposés qui intriguent : « père idéal », couteau caché dans le dos. Après « Un employé modèle » que j’avais adoré, c’est avec un plaisir non feint que j’ai entamé ce deuxième livre de Paul Cleave paru chez Sonatine Editions.

Premier étonnement : il ne s’agit pas de la suite de « Un employé modèle« . Je pensais que le protagoniste de cette histoire était le fils du Boucher de Christchurch, mais ce n’est pas le cas ; bien que son père soit bien un tueur en série également. Décidément, Christchurch a un haut degré de grosse criminalité malgré son nom !
Revenons à notre mouton. Edward Hunter vit depuis toujours avec les regards suspicieux de la population : son père, Jack Hunter, est un tueur en série qui s’est attaqué à de nombreuses prostituées. Arrêté lorsque le petit Edward avait neuf ans, celui-ci se targue de ne pas être comme son père. D’ailleurs, sa vie de comptable rangé et d’homme marié père de famille l’atteste.
Mais un évènement vient remettre tout cela en question : sa femme meurt assassinée dans le braquage d’une banque. Dès lors, il est chamboulé, détruit et perd tout ses repères. Le lecteur suit la transformation de sa personnalité, dans une sorte de schizophrénie qui le fait osciller entre la bonne façon d’agir et la mauvaise.

Sans en dévoiler trop, vous l’aurez compris, le roman s’appuie sur le drame qui touche Edward Hunter ainsi que sur le changement évident de personnalité qui va se produire. Va-t-il satisfaire tout le monde en devenant lui aussi un tueur ? Va -t-il résister à ses pulsions meurtrières ? C’est ce que va découvrir le lecteur au fil de cette histoire.
L’auteur a créé un personnage très intéressant, qui va se retrouver dans un engrenage destructeur. Le problème n’est pas ce qui arrive à sa femme : cela n’est que le déclencheur. Le problème est enfoui : avec l’histoire de son père et la pression des individus qui le suspectent sans cesse, Edward ne peut gérer son deuil de la même façon qu’un homme lambda. Ce roman nous parle donc de génétique, de déterminisme et de psychologie.

Je m’attendais à un thriller haletant, malheureusement, j’ai été un peu déçue de trouver une intrigue policière presque banale, sans originalité. La force de l’auteur reste l’utilisation d’une narration excellente : Edward Hunter parle à la première personne du singulier (« je »), ce qui permet de se glisser dans son esprit torturé. Le meilleur de ces 400 pages tient dans le dernier rebondissement : j’ai trouvé la fin parfaite puisque l’auteur ne se perd pas dans un happy end qui n’aurait pas lieu d’être. Mais je ne peux nier que le milieu du livre m’a parfois lassé, au point de survoler quelques pages, ce qui est très rare lors de la lecture d’un thriller.
Je ne garderais donc pas un souvenir impérissable de cette lecture, néanmoins je lirais avec plaisir les futurs parutions de l’auteur, qui m’avait fait grande impression avec « Un employé modèle« .

Seul le silence – R.J. Ellory



Quatrième de couverture :

Joseph Vaughan, écrivain à succès, tient en joue un tueur en série, dans l’ombre duquel il vit depuis bientôt trente ans. Joseph a douze ans lorsqu’il découvre dans son village de Géorgie le corps horriblement mutilé d’une fillette assassinée. La première victime d’une longue série qui laissera longtemps la police impuissante. Des années plus tard, lorsque l’affaire semble enfin élucidée, Joseph décide de changer de vie et de s’installer à New York pour oublier les séquelles de cette histoire qui l’a touché de trop près. Lorsqu’il comprend que le tueur est toujours à l’œuvre, il n’a d’autre solution pour échapper à ses démons, alors que les cadavres d’enfants se multiplient, que de reprendre une enquête qui le hante afin de démasquer le vrai coupable, dont l’identité ne sera révélée que dans les toutes dernières pages.

Plus encore qu’un roman de serial killer à la mécanique parfaite et au suspense constant, Seul le silence marque une date dans l’histoire du thriller. Avec ce récit crépusculaire à la noirceur absolue, sans concession aucune, R. J.Ellory évoque autant William Styron que Norman Mailer par la puissance de son écriture et la complexité des émotions qu’il met en jeu.

Mon avis :

Un livre sombre, triste et tellement fort. Ce roman, présenté comme étant un thriller, est davantage un récit dramatique. Malheureusement, beaucoup pourraient être déçus à cause de cela. Pour ma part, j’ai juste adoré cette lecture. On m’en avait parlé comme un excellent livre et effectivement c’est le cas.

Nous suivons Joseph Vaughan, jeune garçon de douze ans au début de l’histoire. Il vit dans une petite ville, presque un village : Augusta Falls. Une première expérience de la mort le surprend, puis c’est l’enchaînement avec le meurtre de petites filles ; qui ont presque son âge ; selon un rituel plutôt macabre, digne d’un tueur en série diabolique. Joseph va être choqué par ces meurtres. Mais contrairement aux autres personnes qui les ont « vécu », Joseph va être fasciné et hanté très longtemps par ces cadavres. Ponctuée de malheurs, j’ai eu beaucoup d’empathie pour ce jeune homme qui, à dix-neuf ans, semble déjà avoir tout vécu. De ces douze ans à ses quarante ans environ, on suit sa vie, sa personnalité, sa culpabilité aussi. Tout cela donne le récit d’une existence avec, en toile de fond, les meurtres de fillettes, tels des fantômes qu’il ne cessera de le traumatiser. La seule façon de se libérer de ces entraves semble être la recherche du meurtrier.

Mais ce tueur en série reste très vague. On ne suit pas vraiment d’enquête policière. On suit uniquement Joseph, notre narrateur. Au début de ma lecture, je pensais qu’il s’agissait d’un thriller psychologique. Finalement, j’ai plutôt eu l’impression de lire un drame contemporain. Cela n’enlève rien à l’appréciation que j’ai de ce magnifique livre.
L’histoire des meurtres en tant que telle est assez banale. Elle n’existerait pas pour Joseph si sa vie n’avait pas été emplie de malheurs à côté. Ce qui la fait prendre tant d’ampleur, c’est justement ce que le jeune homme en pense, ce qu’il ressent. Personnage très sensible, portant sans cesse le fardeau de la culpabilité sur ses épaules, je l’ai trouvé très abouti. Attachant sous certains aspects, il fait surtout ressentir de la compassion à son lecteur ; parfois même les larmes aux yeux.

Le point fort de ce livre ? Sans hésiter un style d’écriture excellent. Notamment dans les descriptions qui, contrairement à ce qu’on pourrait croire, donne un rythme incroyable au récit. Des phrases très courtes, parfois un seul mot, alternent avec des phrases plus longues. Les paysages sont très souvent personnifiés, j’entends par là décrit à la manière d’un humain : C’était mon New York,le coeur des Amériques, ses rues et ses boulevards commes des veines, ses avenues comme des synapses électriques claquant, canalisant, s’étirant […] (p. 374). Cette citation illustre le type de description du roman. Elles peuvent être longues mais ne ralentissent que très rarement le rythme du livre.

Une lecture superbe, une ambiance sombre, des personnages forts, une écriture totalement maîtrisée. Je recommande.

La Religion – Tim Willocks



Quatrième de couverture :

Mai 1565. Malte. Le conflit entre islam et chrétienté bat son plein. Soliman le Magnifique, sultan des Ottomans, a déclaré la guerre sainte à ses ennemis jurés, les chevaliers de l’ordre de Malte. Militaires aguerris, proches des templiers, ceux-ci désignent leur communauté sous le vocable de « la Religion ». Alors qu’un inquisiteur, arrive à Malte afin de restaurer le contrôle papal sur l’ordre, l’armada ottomane s’approche de l’archipel. C’est le début d’un des sièges les plus spectaculaires et les plus durs de toute l’histoire militaire. Dans ce contexte mouvementé, Matthias Tanhauser, mercenaire et marchand d’armes, d’épices et d’opium, accepte d’aider une comtesse française, Carla La Penautier, dans une quête périlleuse. Pour la mener à bien, ils devront affronter les intégrismes de tous bords, dénouer des intrigues politiques et religieuses, et percer des secrets bien gardés.

Mon avis :

Un livre qui m’a transporté. Un coup de coeur énorme pour tout ce qu’il véhicule.

Quand j’ai vu ce livre, je l’ai acheté d’abord pour sa très belle couverture et également car il est édité chez Sonatine, la maison d’éditions qui, en matière de polars, est une référence maintenant. Ensuite, après avoir lu la quatrième de couverture, j’ai su que ce livre pourrait me plaire : thriller historique sur déroulant au XVIe siècle. Pourtant, il s’agit d’un bon pavé (852 pages pour le grand format) et je n’aime pas vraiment en lire, car il faut vraiment que l’histoire me passionne pour que je les termine en principe. Bref, vous comprendrez que si j’ai terminé celui-ci, c’est qu’il m’a subjugué.

Le roman est empli de personnages, tous représentatifs de leur époque à leur manière. Le récit s’articule néanmoins autour de trois principaux : un homme et deux femmes. Matthias Tannhauser, Carla La Penautier et Amparo. Ce trio amoureux va se rencontrer et évoluer dans une époque ravagée par les guerres de religion, et notamment le conflit entre les turcs et la Religion (l’ordre de Malte, une institution chrétienne). 

Carla est une jeune femme noble de vingt-sept ans. Elle vit seule et reniée de sa famille suite à une relation qu’elle a eu avec un homme lorsqu’elle avait quinze ans. De cette union est né un enfant, qu’on lui a enlevé aussitôt. Ainsi, la quête du livre commence par sa volonté de rejoindre l’île de Malte où une guerre est sur le point d’éclater. C’est ainsi qu’elle va se retrouver là-bas avec Tannhauser et Amparo, une jeune fille de dix-neuf ans, que Carla a recueilli sept ans plus tôt.
Voilà le début de l’histoire. Donc on imagine bien que la relation d’amour profond qui va se lier entre Matthias et les deux femmes va être le liant du récit. Mais derrière cela, il y a aussi le récit d’une guerre et celui des religions.
Une phrase du livre résume cela : « Soldats de l’Islam. Soldats du Christ. Chacun est le diable pour l’autre, et Satan ricane dans sa manche » (p. 638). Le lecteur se retrouve à lire un récit d’amour, d’aventures, un récit historique et érudit ; un récit puissant et poétique.
La force de ce pavé tient dans la faculté de conteur de Tim Willocks. Il a une langue magnifique et très riche. Lorsqu’il décrit des scènes de passion, d’amour, on vibre avec les personnages. Quand il évoque l’histoire et la religion, on est attentif comme un écolier. Quand il décrit la guerre, on reste pantois. Oui parce que ses descriptions des scènes de bataille, des blessés, des morts, c’est complètement réaliste tout en gardant toujours une fibre romanesque. Ces scènes sont parfois très longues, aussi il m’est arrivé, je l’avoue, d’en survoler. Mais, wahou, quel roman.
Je dirais aussi quelques mots sur le personnage de Matthias Tannhauser que j’ai adoré du début à la fin. C’est l’homme avec un grand « H » : c’est un amoureux galant, un amant fougueux, un ami fidèle, un guerrier qui se bat pour sa liberté et non pour une religion ou une autre. Il a été élevé par les turcs et se retrouve enrôler dans la Religion. Bref, ce personnage est juste exceptionnel !

Que dire de plus ? Peut-être mon coup de coeur de l’année 2011. Si vous aimez ce genre de récit mais que vous hésitez au vu du nombre de pages, jetez-vous dessus sans plus tarder.