Itinéraire d’une mort annoncée – Fabrice Barbeau


BARBEAU, Fabrice. Itinéraire d’une mort annoncée. Hugo et Cie, coll. Hugo Thriller, 2017, 284 pages, 18 €.



L’histoire :

Alors qu’il avait tout pour réussir, Anthony a été rattrapé par les fantômes de son passé. Lorsque Mélanie, son ange gardien, lui organise un week-end d’anniversaire avec ses amis d’enfance en pleine campagne lilloise, il est loin de se douter qu’un piège millimétré se referme peu à peu sur lui. Les heures défilent et les cadavres s’accumulent. Alors que les minutes s’égrènent, tout devient flou : Anthony est-il coupable ou victime ?

Ce que j’en ai pensé :

Avec Itinéraire d’une mort annoncée, nous sommes dans un thriller classique, ancré dans le quotidien. Avec des évènements qui ne font pas partie de l’exceptionnel, de l’impossible. Et c’est bien ce qui est terrifiant : des histoires que l’on peut calquer sur notre vie, car il est évident dès les premières pages que les faits décrits peuvent arriver à chacun d’entre nous.
Et on embarque alors dans un récit simple et court mais indéniablement terrifiant.

Je ne vais pas le cacher, j’ai eu du mal à ouvrir ce livre malgré l’envie sur le papier car, de fait, les premiers avis n’étaient pas franchement engageants. Et pourtant ! C’est un livre que j’ai lu en deux jours, qui m’a tenu en haleine et dont j’avais hâte de connaître le dénouement. Même si j’avais deviné l’identité du tueur. Mais soit, cela n’enlève pas le plaisir que j’ai eu à découvrir les évènements et les personnages.

Il s’agit bien d’un huis-clos dans le présent, mais la situation d’Anthony ne peut se définir qu’en revenant sur des épisodes de sa vie passée. C’est ainsi que l’on découvre sa descente aux enfers, sa psychologie et celle de son entourage.

Lorsque je lis ce genre de polar, moi qui suis un inconditionnelle du genre, j’aime savoir que j’embarque dans un récit qui ne partira pas dans tous les sens. Une histoire qui n’aura pas de ramifications complexes, mais où l’on voit néanmoins l’intelligence de l’auteur.

Le personnage d’Anthony est celle d’un homme qui vit avec un lourd passé mais qui a réussi à se construire une vie. Mais une vie autour d’un mensonge peut-elle se dérouler sans accro ? Anthony l’apprendra à ses dépends. Marié, père de famille, il va se retrouver à la rue et alcoolique, comme cela arrive lorsque l’on sombre et que l’on a personne à se raccrocher. Un jeu de domino dramatique.

⇒ En bref ?

Fabrice Barbeau m’a convaincu avec son écriture et ses personnages. L’histoire est crédible et c’est cela qui le plus terrifiant.
La couverture de l’éditeur est parfait, la typographie du titre géniale !

Je conseille si vous aimez…

– les huis-clos angoissants
– les thrillers simples


La vengeance du pardon – Eric-Emmanuel Schmitt


SCHMITT, Eric-Emmanuel. La vengeance du pardon. Albin Michel, 2017, 325 pages, 21,50 €.



L’histoire :

Quatre destins, quatre histoires où Eric-Emmanuel Schmitt, avec un redoutable sens du suspens psycho- logique, explore les sentiments les plus violents et les plus secrets qui gouvernent nos existences.
Comment retrouver notre part d’humanité quand la vie nous a entraîné dans l’envie, la perversion, l’indifférence et le crime ?

Ce que j’en ai pensé :

Quelle découverte que le nouveau Eric-Emmanuel Schmitt ! Une merveille que ces quatre nouvelles sur le thème de la vengeance.

Chacune des histoires est une fable qui raconte la violence de la douleur et la difficulté du pardon. L’envie entre deux soeurs jumelles dont l’une est dans la lumière et l’autre non ; la honte de l’amour et la sensation de supériorité ; la douleur de la perte d’un enfant ; le passé que l’on n’assume pas et qui empêche de nous construire.

J’ai trouvé ces récits d’une justesse magnifique, chaque mot est à sa place, il s’agit de poésie et de morale. J’ai été littéralement enchantée par ce recueil de nouvelles.

L’accent est mis sur la psychologie des personnages, et notamment leur façon d’aborder les différents sentiments : la colère, l’envie, la douleur, la tristesse.
A l’heure des livres de développement personnel, celui-ci pourrait en être un : il aide à trouver des pistes pour se mieux envisager ses relations aux autres, trouver sa place, réagir face à la douleur et au besoin de vengeance. Le pardon, envers les autres mais surtout envers soi-même est peut-être l’acte le plus difficile à envisager et à réaliser.

⇒ En bref ?

Eric-Emmanuel Schmitt n’a pas besoin de publicité : à chaque rentrée littéraire, il est présent et ne vole pas son succès. Il y a longtemps que je n’avais pas été autant touchée par des histoires.

Je conseille si vous aimez…

– l’auteur
– les histoires qui vous donne à réfléchir sur des émotions qui rythment notre vie.


Hyenae – Gilles Vincent


VINCENT, Gilles. Hyenae. Editions JIGAL, 2015, 214 pages, 18,50 €.


L’histoire :

Il a quatre ans, une fillette disparaissait, depuis aucune nouvelle, aucun corps. Jusqu’à cette demande de rançon incongrue.
Et voilà pour Aïcha et Sébastien l’occasion de replonger dans une affaire qui, quatre ans auparavant, a obligé ce dernier à fuir en laissant tout derrière lui.

Ce que j’en ai pensé :

– Avec « Hyenae« , c’est dans un thriller court mais intense que vous plongerez. Avec un thème pour le moins dérangeant, puisqu’il s’agit de la pire des pratiques sadiques : la torture de jeunes enfants pour la jouissance d’un petit nombre de dégénérés prêts à payer des fortunes pour le plus effroyable des spectacles.
Si les descriptions sanglantes et violentes ne vous font pas peur, vous en aurez pour votre compte à coups de mutilations et de séquences vidéos morbides.

– Dans ce thriller, le thème principal est celui de la vengeance qui, exercée par une personnalité psychotique peut devenir le moteur qui enclenchera les pires atrocités. Ce tueur sadique, ce fou attaché à la torture d’enfants, représente l’humain déviant qui peut tomber du côté obscur à cause d’un élément déclencheur tragique et fatidique. Pour la Hyène, c’est une marche inéluctable, démarrée en pensée il y a plusieurs années.

– Si ce thriller est court, ce n’est pas qu’il est pauvre. C’est au contraire grâce à l’écriture de Gilles Vincent qui n’a que faire des tournures alambiquées : c’est direct, acéré. Le rythme en devient ainsi très rapide, aucune pause, aucun répit pour le lecteur, et ce jusqu’à la toute fin. Jusqu’au dernier mot, même.

– Et que dire du personnage de Sébastien Touraine. LE personnage de thriller par excellence, comme je les aime, à savoir torturé, avec une blessure incurable dans son passé qui détermine l’homme qu’il est aujourd’hui : sans pitié, sans morale judiciaire, pour lui aussi la vengeance sera un moteur sans failles. On s’attache à lui, comme à Aïcha, cette femme commissaire, accessoirement sa compagne, qui est un personnage fort, qui cache ses faiblesses pour assumer à la perfection son job de femme flic.

En bref ?

Si vous aimez être caressé dans le sens des poils, passez votre chemin ! En revanche, si vous aimez les polars crus, sans concession envers le lecteur ainsi qu’envers les personnages du récit, allez-y ! Ce livre est une vraie découverte, je lirais sans aucun doute d’autres romans de Gilles Vincent, qui m’a convaincu tant par la teneur de son histoire que par son style.
Je conseille !