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La suite ne sera que silence – Christian Bindner


BINDNER, Christian. La suite ne sera que silence. Le Livre de Poche, 2015, 213 pages, 6,10 €.


L’histoire :

Baptiste est dans l’attente : son procès vient d’avoir lieu. Un an et demi plus tôt, il a assassiné l’homme qui a violé et torturé son fils.

Ce que j’ai apprécié :

– Le thème du livre m’a tout particulièrement intéressé, d’une part car c’est un sujet terriblement controversé, et d’autre part il me rappelait fortement un livre de Jacques Expert, paru également au Livre de Poche, « Ce soir je vais tuer l’assassin de mon fils« , lu il y a tout juste un an.

– Et ce thème, c’est évidemment celui de la vengeance d’un père qui voit son enfant mort ou détruit psychologiquement et physiquement par un psychopathe.
Pourquoi ce thème est intéressant ? Car il est moralement très controversé : oui, il y a assassinat donc forcément condamnation et culpabilité. Mais il y a avant tout un homme qui ne plus vivre avec l’image de son enfant torturé, violé et abandonné à son sort face à un adulte sans pitié.
Dans cette histoire, Christian Bindner réalise un coup de maître. En 200 pages, on en prend plein la tête. D’autant qu’il place son récit dans un huis-clos : Baptiste, en attente du verdict, est enfermé dans une cellule minuscule et se repasse le film de sa terrible histoire.

– Le personnage de Baptiste est très bien pensé. Son métier avant le drame, c’était dessinateur dans les tribunaux lors des procès. Le monde judiciaire, il connaît. Des affaires de tortionnaires d’enfants ou de parents vengeurs, il en a suivi.
Il y a une part très importante d’ambiguité, presque de schizophrénie dans son auto-jugement : il se dit qu’il a des circonstances atténuantes, qu’il est avant tout une victime ; mais parallèlement, il se sait coupable, assassin, lui qui était contre la peine de mort et avec de vrais idéaux humanistes depuis sa jeunesse.
Mais que valent les beaux discours et le code pénal bien policé face à la réalité crue ? Il est facile de juger lorsque les atrocités ne nous concernent pas. Et Baptiste s’en rend bien compte.

– Entre les lignes, l’auteur évoque le problème des prisons en France. Le monde carcéral, c’est bien pratique, ça déculpabilise l’Etat quelque part. Sauf qu’en France, les violeurs entrent en prison mais en sortent aussi. Et quand ils sortent, le taux de récidive est haut, beaucoup trop haut. Il instille dans la tête du lecteur la réflexion sur la castration ; chimique ou chirurgicale ; comme elle est notamment pratiquer au Canada.
La France, un pays bien-pensant, où on pense parfois trop aux assassins et trop peu aux victimes. Et où on traite un malade mental comme un prisonnier lambda.

J’ai adoré la fin, qui m’a vraiment donné les larmes aux yeux, avec une fin ouverte comme je les aime ; même si je sais que beaucoup de personnes ne sont pas du même avis.

– Enfin, l’écriture est top, le rythme soutenu, avec notamment des phrases courtes et une ambiance angoissante lié à la situation présente de Baptiste qui, dans sa cellule, est dans l’attente d’un verdict qui, il le sait, lui sera forcément défavorable. Et à chaque chapitre ou presque, il commence par dire « Quelle heure est-il ? », pour accentuer cette pesanteur, ce temps ralenti qui l’épuise et le pousse dans ces retranchements.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Pas de points négatifs à soulever. J’ai trouvé ce livre excellent.

En bref ?

Une histoire qui soulève des questions fondamentales : la justice, la vengeance, la peine de mort et aussi le problème tout français des prisons.

[GATACA] – Franck Thilliez


THILLIEZ, Franck. [GATACA]. Pocket, 2012, 605 pages, 8,40 €.


L’histoire :

Une jeune scientifique est retrouvée morte dans la cage d’un grand singe. Un assassin se suicide en prison en s’ouvrant la gorge à mains nues.
Déchaînement de violence, évolution humaine, ADN… Henebelle et Sharko, chacun au fond du gouffre, vont s’engager à corps perdus dans une enquête terrifiante.

Ce que j’ai apprécié :

– Tout d’abord, je dois dire qu’avant même de lire la première ligne, j’étais déjà charmée car j’adore les thrillers et je les aime encore plus quand ils traitent de sujets scientifiques. Et connaissant un peu Franck Thilliez à force d’avoir lu plusieurs de ses livres, j’avais vraiment confiance en son talent d’auteur pour en faire quelque chose de top. Cela dit, j’ai tout de même mis la barre très haute donc je l’attendais au tournant. Et… tournant réussi et d’une main de maître s’il vous plaît !

– Pour rester sur le thème, je dois dire que cette histoire d’ADN, de rétrovirus, de latéralité dans la violence, d’évolution des espèces… tout cela m’a emmené très loin et j’ai appris une multitude de choses touchant à ces thèmes-là. D’autant que la longue note de l’auteur en fin d’ouvrage permet au lecteur de s’y retrouver dans les thèses développées ici. Avec des conseils de lecture en prime si l’on veut aller plus loin dans l’exploration de ce sujet. Et vous savez à quel point je suis sensible à cette démarche.
Et le roman exploite vraiment bien la lisière entre le roman à suspense et les thèses scientifiques. J’ai vraiment aimé que l’auteur, sans alourdir son récit, aille aux fonds des choses, en vulgarisant les sujets sans toutefois se contenter de les survoler.

– Les personnages de Lucie Henebelle et Franck Sharko. Ah, ces personnages ! Quand on lit Franck Thilliez, on connaît forcément ses personnages récurrents de flics. Depuis « Le syndrome [E] », on les retrouve ensemble et dans ce volet-là, je les ai adoré au-delà de tout. Ils sont tellement heurtés par la vie, seuls, écorchés vifs, qu’ils deviennent des armes redoutables dans les enquêtes qu’ils résolvent. Dans « Le syndrome [E] », on finissait sur un évènement qui va bouleverser nos deux amis. Et dans « [GATACA] », c’est juste l’apothéose. La psychologie des personnages flics est aussi importante que l’action et le sujet scientifique. C’est un élément à part entière de l’oeuvre de Thilliez et j’avoue qu’il fait ça très bien.
C’est le couple de flics de thriller que je préfère pour le moment. Ils me touchent sincèrement.

– Concernant le style de Franck Thilliez, c’est toujours excellent. Comme je le dis en ce moment, c’est l’auteur de thriller que je préfère. La trame de ce polar est très complexe, si bien que je me demande comme il arrive à organiser ses idées de façon aussi cohérente et limpide.
Le rythme de l’histoire ne souffre aucun ralentissement, c’est très dynamique. Et pourtant il y 600 pages, un pavé donc. Mais que nenni, ça se lit très bien.

Ce que j’ai moins/pas apprécié :

– Rien ! J’ai tout aimé car ce livre est un réel coup de coeur ! Ma meilleure lecture de l’année 2015 pour le moment.

En bref ?

Un thriller d’une précision époustouflante, où la science a une place prédominante, sans prendre le pas sur le suspense et la psychologie des personnages. C’est terriblement bien fait, rien n’est laissé au hasard. Au cours des 600 pages, on ne s’ennuie pas une seule seconde.
Ce livre est juste génial ! Ne vous retenez pas de le lire, vous vous divertirez autant que vous vous cultiverez. Que demandez de plus ?

Nouvelles d’Adichar – Rachida Hellal

Quatrième de couverture :

Un employé d’hôtel, une cliente pas comme les autres, un regard échangé, des traces de violence… Qu’arrive-t-il à cette jolie jeune femme riche se faisant discrète mais qui attire tous les regards de cet hôtel étoilé ? Les pensées d’un jeune garçon s’entremêlent aux faits finement décrits et rapportés. L’écriture est spontanée et sensible. Rachida Hellal nous livre à la fois des contes, des nouvelles et des textes purement poétiques. Elle aborde sans complaisance mais avec sérénité le travail d’écriture, la souffrance, la violence ou la mort. La société est son infaillible champs d’inspiration où l’imagination se mêle au réel.

Mon avis :

C’est un court recueil de sept nouvelles que nous proposent Rachida Hellal pour sa première expérience en tant qu’écrivain. En 63 pages, le lecteur peut rapidement se faire une idée du style de l’auteur mais aussi des sujets qui la touchent.

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Déshonorée – Mukhtar Mai

Quatrième de couverture :

Elle n’avait rien fait, son frère non plus. Le tribunal de son village de l’est du Pakistan l’a pourtant condamné à être violée en réparation d’une prétende faute de son frère. A 28 ans, Mukhtaran Bibi est violée par quatre hommes, humiliée. Pour se venger de son déshonneur, elle parle & se défend. Son appel est entendu par les médias, les hommes politiques & les ONG & lui permet de construire une école : un myen de lutter contre ces pratiques inacceptables. Celle que les enfants de son école appelle Mukhtar Mai (grande sœur respectée) devient un symbole national & international de la lutte contre les violences faites aux femmes.

Mon avis :

Encore une fois, un témoignage poignant sur la condition des femmes dans certaines parties du monde.
Ici, il s’agit de l’histoire de Mukhtaran Bibi, dite Mukhtar Mai. Violée par quatre hommes presque devant tout son village, c’est l’histoire d’un combat.
Tout d’abord, je tiens à préciser que le récit commence directement par le crime subit : ce qui signifie que le reste du livre est entièrement dédié au combat de Mukhtar contre une société régentée par des lois tribales, contre des hommes corrompus. Comment cette femme de 28 ans a réussi à briser le silence, à ne pas se suicider ? On a l’impression qu’elle ne le sait pas elle-même, qu’elle s’est étonnée de cette force elle qui, comme toutes les femmes de son village à toujours été docile, soumise. Ce sont des rencontres, notamment celle de Nasseem, jeune femme militante et instruite,qui va devenir un soutien, une amie.

Ce qui m’a touché dans ce récit, c’est la volonté farouche de ne pas enrayer l’image d’un pays qu’elle aime et qu’elle souhaite aider du mieux qu’elle peut. Ce n’est pas le gouvernement pakistanais qu’il faut blâmer, mais les tribus tribales qui sévissent et faut valoir la loi « oeil pour oeil ». Pour moi, il a été assez difficile de comprendre cette position puisque c’est le gouvernement qui n’empêche pas cela : mais à y réfléchir, il est lui-même pris au piège. Dès lors, comment sortir de ce cercle vicieux ? Mukhtar Mai mise tout sur l’éducation des générations futures, filles et garçons. Ce rêve de voir des hommes majoritairement respectueux envers les femmes et des femmes capables de comprendre tout ce qui se raconte autour d’elles ; ce rêve n’en est plus un, il est en voie d’être accompli dans le village de Mukhtar Mai, qu’elle ne veut quitter sous aucun prétexte même en danger.

C’était une lecture très riche en enseignements comme d’habitude avec ces témoignages !