Les BD de la semaine #4


Une petite semaine de lecture, mais quand même deux albums à vous présenter.

1. Le Château, une année dans les coulisses de l’Elysée – Mathieu Sapin

Découverte par hasard à la bibliothèque, superbe découverte avec ce reportage dans les coulisses de l’Elysée, aux côtés de l’occupant actuel, François Hollande.
C’est une immersion auprès des plus intimes, on rencontre presque tous les corps de métiers qui gravitent au sein même de l’édifice, pour faire vivre la fonction de Président.
Avec humour et précision, Mathieu Sapin raconte ce microcosme, la liberté avec laquelle il a pu mettre sur le papier tout ce qu’il désire, sans censure.

C’est drôle tout en étant sérieux. Le côté reportage BD m’a vraiment plu. J’aime de plus en plus ce vecteur d’informations et d’idées que représente ce support.
Mathieu Sapin ? Je le découvre et il est clair que je le suivrais assidûment !

C’est édité chez Dargaud.


2. Tocqueville, vers un nouveau monde – Kévin Bazot

Une plongée dans les pas des découvreurs de l’Amérique, avec Tocqueville. En véritable ethnologue, il part à la recherche des indiens. Mais ce qu’il va trouver, ce ne sont que des miséreux asservis, méprisés par les colonisateurs.

La nature a une place dominante dans cet album, avec les illustrations très belles de Kévin Bazot. Le trait ressemble un peu aux dessins animés « Il était une fois l’homme« .
L’auteur montre la suprématie de l’européen colonisateur et moralisateur, qui a détruit une civilisation en seulement quelques années.

Une jolie découverte qui m’a fait passé un très bon moment.

C’est paru chez Casterman.


⇒ A la semaine prochaine pour vous faire découvrir de nouvelles BD et nouveaux comics !

Rosa Bonheur, liberté est son nom – Gonzague Saint Bris

1507-1Le personnage :

Rosa Bonheur. Un nom qui ne vous dira peut-être rien, comme c’était mon cas avant cette lecture. Et pourtant ! Cette femme du XIXe siècle a certainement été la femme peintre la plus renommée de son époque. Admirée par ses pairs et par la critique de son vivant, ayant très souvent exposé dans les Salons et expositions universelles, tout cela malgré son statut connu et revendiqué de femme dans un monde d’hommes.
Elle s’est notamment distinguée par ses peintures animalières, d’une précision exceptionnelle, traduisant l’âme des animaux comme personne.

L’auteur :

Gonzague Saint Bris est ce qu’on pourrait appeler un homme polyvalent : tour à tour écrivain, historien, journaliste, homme de radio et de télévision, et j’en passe !
Spécialiste notamment du XIXe siècle, il a écrit un nombre assez étonnant de biographies, dont la dernière en date, Marquis de Sade, L’ange de l’ombre, parue aux éditions Télémaque, semble faire l’unanimité de la critique.
(source : http://www.gonzaguesaintbris.com/)

Ce que j’en ai pensé :

C’est grâce à un détour en braderie que j’ai découvert ce livre, qui tombait à pic car je souhaitais découvrir Gonzague Saint Bris écrivain/historien.
Et grand bien m’en a pris ! Car, peu adepte des biographies, j’ai été enchantée de découvrir une femme forte, avec un caractère presque masculin mais qui ne reniait en rien sa condition de femme. Et surtout un personnage emblématique de la peinture animalière française, qui n’a pas en France la notoriété qu’elle mérite. En effet, adulée en Angleterre et surtout aux États-Unis, sa propre patrie semble l’avoir mis de côté.

J’ai beaucoup aimé la façon de conter de Gonzague Saint Bris, qui nous livre une biographie (et non un roman historique, attention) très facile à lire, assez courte, qui est loin d’être dense et imbuvable. C’est donc une plume que je souhaite retrouver : si je tombe sur ses livres je les achèterais sans hésiter.

Un conseil ? Même si vous ne connaissez pas le personnage d’une biographie, n’hésitez pas à acheter le livre ! Cela permet de faire des découvertes, de ne pas toujours rester enfermé dans ce que l’on connait.

A la conquête du Marquis – Vanessa Kelly


Quatrième de couverture :

Fuyant un oncle qui cherche à s’accaparer sa dot, Meredith trouve refuge chez les grands-parents de sa demi-soeur Annabel. L’arrivée de cette ravissante jeune femme dans la maison bouleverse leurs plans. En effet, l’indomptabe marquis de Silverton, promis à Annabel, tombe sous le charme de Meredith. Il ne reculera devant rien pour la séduire.

Mon avis :

Avec ce roman, c’est un champ de découvertes qui s’offrent à moi : découverte de la collection Milady Romance, dont beaucoup de lecteurs (et lectrices principalement) parlent beaucoup actuellement. Mais aussi ma première fois avec une romance historique. Très classique, trop pour certaines, mais qui tient ses promesses et qui fonctionne bien.

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Les étrangers du temps, t1 : Destins obscurs – Corinne Gatel-Chol

Quatrième de couverture :

Colombe. Hadrien.
Deux destins… deux lignes parallèles, sur le même plan, qui jamais ne se croisent.
1896 – Colombe survit dans un 19e siècle où la vie et la mort ne se différencient guère.
De nos jours – Hadrien dérive dans un présent aseptisé qui va bien trop vite pour lui.
Rien ne devrait permettre qu’un jour leurs vies se rejoignent. Et pourtant…

Mon avis :

« Les étrangers du temps » est le premier tome d’une série qui en comporte quatre. Avec une magnifique couverture et un résumé intrigant, Corinne Gatel-Chol m’a surprise par une histoire que j’ai trouvé prenante du début à la fin.

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Fleur de Neige – Lisa See

Quatrième de couverture :

Dans la Chine impériale du XIXe siècle, Fleur de Lis et Fleur de Neige naissant au même instant. Cette coïncidence et sa grande beauté permettent à Fleur de Lis, malgré son extraction modeste, de devenir l’âme-sœur, la laotong, de Fleur de Neige, fille de la haute noblesse. La grande amitié qui lie les jeunes femmes se brise quand Fleur de Lis découvre que son amie l’a trahie…
Une histoire d’amitié et de fascination réciproque qui explore avec lyrisme et émotion l’une des plus mystérieuses relations humaines : l’amitié féminine.

Mon avis :

Une plongée dans la Chine du XIXe siècle avec ce magnifique roman, qui nous raconte une histoire à la fois dure et belle, celle d’une amitié féminine qui durera toute une vie.

Fleur de Neige et Fleur de Lis sont deux fillettes nées en 1823. Elles ne se connaissent pas mais leurs destins vont s’unir de la façon la plus étroite car, dès leur septième année, elles deviennent laotong, autrement dit des âmes soeurs. L’amour qu’elles se porteront sera bien au-delà d’un quelconque amour filial ou marital. Plus que des amies ou des soeurs, leurs coeurs vont battre ensemble, si bien qu’elles se réjouiront ou souffriront l’une avec l’autre. Et de la souffrance, elles en connaîtront ; car être une femme dans la campagne chinoise de cette époque n’est pas une mince affaire. Leur naissance n’est pas attendue comme celle d’un garçon, elles ne sont qu’une source de dépenses et surtout, elles n’ont aucun droit.

Fleur de Lis, notre narratrice, naît dans une famille pauvre. Sa seule façon de s’en sortir est d’avoir les plus petits et les plus beaux « lis dorés ». Que se cache-t-il derrière ce nom poétique ? Une pratique atroce : les fillettes, dès leurs six ou sept ans, se font bander les pieds à l’extrême, jusqu’à ce que leurs os se brisent et se modèlent de la plus parfaite des manières. Une souffrance indicible, très bien rendue dans ce roman.
Fleur de Neige se voit aussi subir ce cruel rituel, bien qu’issue d’une famille plus aisée. Souvent en visite chez sa laotong, elle n’a de cesse de lui apprendre le nu shu ; l’écriture secrète des femmes ; tandis que Fleur de Lis l’initie aux tâches ménagères.
Après l’enfance, suit l’adolescence où les jeunes filles vont découvrir leur corps et leur potentiel, puis viendra le mariage et la vie de mère. Pendant que l’une contracte une union au-delà de toute espérance, l’autre baisse de la pire des façons dans l’échelle sociale. Leur amitié surmontera-t-elle les difficultés ? La vie finira-t-elle par les séparer ?
Derrière cette saga dramatique, le contexte culturel de la Chine du XIXe siècle a une place primordiale. On y comprend la difficulté de naître femme, la complexité des rapports avec les hommes, de même que l’instinct maternel qui n’est pas censé exister puisqu’un enfant n’est jamais sûr de passer sa cinquième année. On y côtoie également les rebellions qui éclatent ou les épidémies de maladies mortelles qui déciment la population.

Concernant les personnages, je les ai adoré. Je me suis autant attachée à Fleur de Lis qu’à Fleur de Neige. Elles sont complémentaires, se soutiennent mutuellement lorsque l’une ou l’autre est au plus mal. Elles sont fortes parfois, et si fragiles à d’autres moments. Le lien qui les unit est d’une force insoupçonnable, si bien que comme dans une histoire d’amour, la jalousie fera aussi partie de leur vie. Les quitter une fois le livre fermé a été très difficile, ce qui m’arrive assez rarement.

C’est un roman à la fois dur et très beau. Une histoire d’amour amical entre deux femmes mais aussi l’histoire plus large des chinoises qui vivaient à cette époque. Un coup de coeur pour ce magnifique récit.